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Full text of "Monumens historiques, rélatifs à la condamnation des Chevaliers du Temple, et à l'abolition de leur ordre;"

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ARTES SCttNTtA VERlTAt 



I 



MONUMENS 

HISTORIQUES» 

BELAXIFS A LA COIiDAMNAIION 

CHEVALIERS DU TEMPLE, 

A L'ABOLITION OË LEUR ORDRE. 



1 



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, MONUMENS 

HISTORIQUES, 

BELATIES A LA CONDAMNATION 

DES CHEVALIERS 

DU TEMPLE, 



A I/ABOLITION D£ LEUR ORDRE} 

PAR M. RAYNOUARD, 

DE I**IKSt7tUT impérial DE FRANCl^ 
£T D£ Z«A LÉGION d'uoNNEUR. 



PARIS, 

DE L'IMPRIMERIE D'ADRIEN ÉGROiN, 

i8i3. 



r 



75b 



;;Xr PREFACE. 



Je n'aurais point consacré mon temps et mes 
soins à de nouyelles reclierclies sur la condam-» 

nation des Chevaliers du Temple et sur Tabo- 
lition de leur Ordre ^ si ^ à fespoir de résoudre 
un problème historique^ il ne s'était joint un 
motif plus noble et plus impérieux : j'ai pensé 
que j ajouterais peut-être aux titres de gloire 
de ma patrie , et au juste respect qu'inspire le 

caractère national, si je recueillais, avec zèle 
et impartialité; les preuves de l'innocence de 
. -TOrdre et des Chevaliers; si j'offrais le tableau 
fidèle de cette fameuse catastrophe, où tant 
d'illustres Français, opprimés à la fois par 
l'autorité et par l'opinion, subirent toutes les 
épreuves du malheur ; où tant de braves guer- 
riers, rejetés, punis par l'Eglise, comme héré- 
tiques, montrèrent une constance vraiment 
chrétienne; et, résignés sans orgueil, martjrs 
sans enthousiasme, s'immolèrent noblement 
à la religion, à l'honneur et à la Ycrité: évé- 
nement unique dans lés Annales du monde ! 
Quand les commissaires du Pape deman- 



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dèreat au .Grand-Maître , Jacques cle Moki^ 
s'il TOulait défendre 1 Ordre , il répondit ; 
fc Je suis prêt à le {aàre\ sélon mes faibles 
« moyens ; ne serais-je pas vU et méprisable 
« à mes jeux et aux yeux des autres, si jV 
« bandonnaîs la défense d un Ordre qui ma 
« procuré tant de précieux avantages? » (i) 

On ne sera pas surpris de retrouver, dans 
cet ouvrage, quelque chose du sentiment qui 
dicta cette réponse du Grand-Maître. 

(i) « Paratus erat, juxia sul possibilltatera , dictum 
<c Ordinem defendere. Nam aliàs se vilem et miser ura 
« reputare et posseï ab alii» reputarl, nîsi ipsum Ordi- 
« nem defenderet , à quo «ccpcrat tot eonUUOda et W^- 
« nore*. » processus corUrà Tem^larioSi 



INTRODUCTION. 



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INTRODUCTION. 



DE PHIIiPPE-LE-BEL. 



Philipp£-l£-B£l fut roî de France à lage 
de dix -sept ans* Son éducation avait été 
confiée aux soins du célèbre Gilles Co- 
lonne, depuis archevêque de Bourges, pri« 
mat d'Aquitaine , qui mérita dans l'école 
le surnom de docteur te^s- fondé. Ce 
maître habile composa ^ pour son auguste 
élève , un traité de Téducation du prince. 
Il répandit dans ses ouvrages de théologie 
quelques maximes alors remarquables ^ 
surtout celles que Jésus-Ghbist n*a point 

DONNE DE DOMAINE TEMPOREL A SON ËGLISE 

et que le roi de France ne tient son au- 
torité QUE DE Dieu (i). 

On reconnut bientôt dans Philippe une 
Volonté ferme et constante d'ajouter sans 

(i) Ah de vérifier ha dates, 1. p. £90.' 

a 



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Ij DE PHILIPPE-LE-BEL. 

cesse à sa puissance et à son autorité* C'est 
le premier roi de France qui ait employé 
la formule ; par la plénitude de la puis- 
sance AOYALB ; et il ne se borna point à 
faire àè cette formule une vaine décoration 
de ses diplômes. 

Dès le commencement de ce rëgne^ il y 
eut en France une révolution administra- 
tive. Depuis long-temps, c'était principa- 
lement le caractère de nos rois qui diri- 
geait le gouvernement ; sous Phiiippe-le* 
Bel , ce fut la raisou d'état. 

La France était en guerre avec la Cas-* 
tille et TArragon. Des traités de paix, furent 
conclus, et Philippe fit l'essai de sa poli- 
tique , en sacrifiant la cause des Lacerda^ 
ses alliés, quand la France n eut plus ia- 
térêt à la soutenir. 

Ëdouard 1" avait rendu Thommage 
qu'en sa qualité de vassal de la couroaue 
de France , il devait à Philippe ; tout sem* 
blait assurer à ce jeune monarque la paix 
au dedaus et au deViors : des ministres, ha?- 
biles et dévoués, l'aidaieut à gouverner^ des 



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DE 3PHILIPP£-LE-BEL* iij 

savâns distingués^ des auteurs estimables 
pronettaientàson règne la gloire des suc- 
ces littéraires ; les classiques grecs et latins 
, étaient connus et recherchés -yïU niversité 
de Paris avait le droit ou le soin de taxer 
le prix d«s copies des livrer ^ et il est pet« 
mis de croire que , même avant la prise 
de CoiisLaiitiiiople, événement auquel ou 
affecte d'attribuer la renaissance des lettres 
en Occident, la France les aurait cultivées 
avec distinction y si les malheurs des rë- 
gnes suivans n'avaient arrêté le progrès 
des lumières. 

Tont«à-coup une rixe entre deux mate* 
k>ts, l'un Anglais^Taulre Normand , occa- 
sionne des voies de fait j elles sont suivies 
de représailles violentes qui amènent une 
guerre de nation à nation* 

Philippe ne vit ou fit semblant de ne voir 
dans les hostilités du roi d'Angleterre que 
la félonie d'un vassal : au lieu de déclarer la 
guerre à Edouard comme monarque étran« 
ger ) il le cita comme feudataire rebelle j 
j^iocédure qui aujourd'hui paiait j^eut-* 



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\ 

iv DE PHILIPPE-LE-ÇEIi. 

être bizarre , mais qui alors servait d'heu« 
icux prétexte aux projets de la politique. 

A cette époque ^ Boniface Viil fut élevé 
à la papauté. La cour de Rome était loin 
d'avoir renoncé au système de suprématie 
que les croisades avaient tant favorisé^ en 
réunissant les rois ^ les princes et les grands 
de la chrétien té 9 sous l'autorité du pontife 
suprême et sous la bannière de la croix. . 

Philippe avait accueilli à sa cour les en- 
nemis personnels de Boniface, qui , portau t 
jusqu'à l'extravagance les prétentions ul- 
tramontaines ^ devait iuévltablement se 
heurter contre la fermeté d'un monarque 
jaloux des dioits et de l'indépendance de 
sa couronne. Des débats s'élevèrent entre 
eux 9 et le pape publia cette fameuse bulle 
qui défendait au clergé de payer aucun 
subside aux puissances laïques , sans une 
expresse permission de la cour de Rome. 

Il y avait plus de présomption que d a- 
dresse dans la conduite du pontife romain. 
Défendre au clergé de contribuer aux 
suLsides c^i^és. par les besoins des Ëtals^ 



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• DE PmLIPPE-LE-BEL. ^ 

c'était évidemment déplaire à tous le$ 
rois, et snrtoat aux grands et aux peuples^ 
puisque Texemptioa n'était accordée qu'à 
leur préjudice* 

Philippe profita babilement de cette 
faute > pour mêler à ses propres intérêts 
l'intérêt des grands et du peuple^ et faire de 
sa cause là cause de tous les autres princes. 
' La cour de Rome retirait de la France 
des sommes considérables : le roi dcfeadit 
l'exportation de l'or ^ de l'argent , des 
marchandises. Par ce moyen indirect , il 
priva le pape d'une partie de ses revenus. 

Cependant les cours de France et de 
Rome parurent se rapprocher^ 

Le pape avait interposé son autorité 
pour rétablir la paix entre la France et 
l'Angleterre. Philippe^ qui devait à l'esprit 
de son siècle de ne pas refuser cette haute 
médiation , trouva un moyen heureux : ce 
fut de remettre la décision de l affaire, 
non au pape y mais à Thomme privé ^ Be* 
hoit Gaétan 9 qui accepta la fonction d'ar- 
bitre eu celle seule qualité. 



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vi DE PHILIPPE -LE -BEL. 

r 

Là sentence de Benoît Gaétan proposa 
les mariages de la sœur et de la fille àé 
Philippe avec le roi d'Angleterre et son 
lils aîné, fixa les dots, et ordonna que 
les deux rois se restitueraient réciproque* 
ment ce qu'ils avaient pris l'un sur l'autre^ 
depuis la guerre. 

Philippe avait seul gagné dans cette 
guerre ^ il possédait les terres conquises 
Sûr Ëdduard : ainsi , sous cette feinte mo- 
dération, Boniface prononçait, contre Phi- 
lippe, la sentence la plus sévère. 

Philippe n'acquiesça point. 

Bientôt il fut en rupture ouverte avec 
la cour de Rome. Boniface déclara que les 
irois lut devaient être soumis , même dans 
le temporel. 

Le roi , offensé , mit dans sa réponse un 
ton de hauteur et de mépris qui n était 
convenable ni à la justice de sa cause, ni 
à la dignité de son rang 

(l) La xépouse du roi fut conçue eu ces termes : 
« PHIUrra, PAK U GRACB DE DiEU» KOl Ptt 



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DE I>HILIPPS-];£-.B^. Tîi 

• • • . .T 

Il défendit plus noblement Tindépen- 
(iance de la couronne contre les usurpa-; 
lions de la tiare , lorsqu'il réfuta les pré-r 
tentions de Boniface , en lui opposant le . 
fait incontestable q^ue « les rois exerçaient 
u leur pouvoir en France > et y donnaient 
ic des lois y avant qu'il y eût un clergé ( i ). >^ 

Le souverain pontife, persistant dans 
ses menaces et dans ses entreprises^ le roi 
déploya i^ne habileté et une hardiesse in-f 
connues jusqu'alors , dans les cours de la 
chrétienté. 

Au milieu d'une illustre et nombreuse* 

t 

« Français , a Boniface y prétendu souverahi 

« PONTIFE ; PEU OU POINT DE SALUT. 

ii QU£ VOTRE SUPRÊME DÉMENCE SACHE QUB^ 

M DANS LB TEMPOREL, NOUS NE SOMMES SOUMIS A 

' • ■ • » / . 

« PERSONNE. » 

PhilippuSy Dei gracia^ Francoram rex , Boniiacio ^ se 
ferenti pro sammo ponlifice^ salutem modicam , 9en 
nnllam. 

Sciât znaxima iua fatuitas^ in temporalibus^ alicui 
nos non «ubesse. 

, '{%) ÂiUequam ess^nt Clepîciy rex Ffaaciae habebat 
dulodiam regai et poterat staïuta &ceis»« . > 



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viij . DE PHILIPPE -LE -BEL. 

assemblée, il fit Li ùler une bulle du pape j 
cet acte d'autorité fut annoncé dans Paris 
à son de trompe , et peu de temps après ^ 
eu présence de tous les grands du royaume, 
il prononça Texhérédation du trône contre 
ses propres fils, s'ils reconnaissaient jamais 
que la muronnëde Francç relève d'homme 
vivant et d'autre que de Dieu. 

Le pape se montra fort scandalisé de 
Taffront fait à sa bulle. « Quoi ! s'écria- 
k t-il y mes bulles ont été brûlées en prê- 
te sence du roi lui-même et des grands ^ 
« ce que n'ont jamais fait hérétiques j 
u païens ou tyrans ! n 

Il convoqua à Rome les prélats et les 

ecclésiasticjues de France^ pour aviser à la 
conservation des libertés de l'Eglise^ à la 
correction des excès du roi , à la réibrma* 
tion de son administration et au bon gou- 
vernement de son royaume (i ). 

(i) CoDsenrationeni «cclesiasticae'lîbertalis, et re-« 
fermalionem regni et regiâ, correctionem pr<et€ritoruia 
excesftinini^ hmvm f^;iineii r^gnii 



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BÊ MLIPPE-LE-BEL. ix 

: De son coté , Philippe prit ses mesures. 
Bientôt Paris reçut dan^ ses murs une 
Assemblée de la nafioa j oiî, pour la pre» 
«xnière fois ^parurent les députés des com*« 
ffiunes. 

- 11 ae (ut pas difficile d'obtenir des Fran- 
çais , réunis devant le roi ^ une adhésion à 
sa juste vésistance contre le pape. ' 

Doutera-^-on de la nécessité des me- 
sures que le roi avait prises, quand on 
saura que, malgré ta décision des Etats, 
malgré les ordres du roi et la surveillance 
de ses officiers, trente-cinq évêques, quatre 
archevêques et six abbés se rendirent à la 
convocation du pape? 

Le roi ordonna sur-le-champ la saisie 
^e leur temporeU Cette démarche hardie 
est d autant plus. remarquable, que Phi- 
lippe était alors dans tous les embarras de 
la guerre. 

Bailleul, roi d'Ecosse, allié de Philippe, 
avait pris les armes contre l'Angleterre. 

Guy, comte de f landrci allié d'Edouard, 
s\jtait à son tour déclaré contre la France. 



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» DE PHILIPPE ^LE- BEL. 

> Philippe , accâ^lant aussitôt son vassal 
rebelle , eut Part de se créer un parti pat- 
jmi lea Flamands : il affecta de flat^r lea 
iX)mmunes ; il annonça ^u il protégerait 
leurs privilèges contre le comte , et ne dér 
idaigna pas la ressource d'une excommu* 
jnicatipn, quil fit fulminer par l'ai che- 
yéque de Reims et réviâque de Senlisf la 
JFlandre fut mise en interdit 

Ainsi , tandis qu'il bravait avec succès 
les entreprises de la cour de Ronie , il em- 
pruntait les foudres de la religion contre 
jceux qui résistaient aux projets de sa por 
litique. 

Ce trait caractérise Philippe jet soci 
siècle (i). 

Le comte de Valois ^ qui commandait, 
J'armée du roi^ fut vainqueur en Flandre y 

( I ) Autre trait égalemeat caractêrîstîqiie : PhilîppQ- 
le-Bei soUidu et obtint de Clément V une bulle par 
laquelle il fut absous d'avoir enlevé les biens de l'Eglise, 
sous le prétexte des besoins de TËUt j la mèaie bulle 
jdispensa le monaf^ue de rendre ce qu'il avait pria 
aux Juifs (i5o5j. 



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PE PHILIPPE-LE-BEL.- xj 

Guy y ses deux fils et quarante seigaeurs 
se livrèrent au prince français, en stipu- 
lant la condition que si, dans un an , oa 
ne convenait pas la paix^ ils recouvre^ 
raient la liberté. 

U n'est pas permis de taire que Philippe 
s'aveugla , ou feignit de s'aveugler sur ses 
droits. Il désaTOue le traite consenti par 
son frère le comte de Valois; il retient pri-? 
meuniers Guy, ses ûls et les seigneurs fla- 
mands 9 prend possession de la Flandre e( 
la réunit à la couronne* 

Philippe fait, avec la reine sou épouse , 
un voyage en Flandre, s'applique à gagner 
l'affection de ses nouveaux sujets^ et y 
réussit d'abord par ses manières populai* 
res et par raholition de quelques impots. 

Mais bientôt il reprend le caractère de 
sa politique: des citadelles sont bâties pour 
contenir les Flamands } les impôts sont 
rétablis. 

Le pape, irrité de ce que la plupart des 
prélats et ecclésiastiques fraaçais ne s e^ 
taient pas rendus à Rome^ menaça de la 



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xi) DE PHILiPPE-LE-BEL. 

perte de leurs dignités ^ tous ceux qui n'o- 
béiraient pas à la convocation» 

Il prétendit qae Dieu avait mis dans 
àes mains deux glaiyes, Tun spirituel et ^ 
Tautre temporel; mais Philippe ne crai- 
gnait ni l'un ni Tautre. 

Le nttonarque assembla les Etats-Gé- 
ûéraux , qui demandèrent la convocation 
d^un concile ^ et déclarèrent appel à ce 
concile contre Bouiface, pour Vy faire dé- 
poser^ à caose de ses excès et de Tinvali* 
dite de son élection. 

' Aussitôt le roi s'adresse aux églises , 
couvons et communes du royaume afin 
d'obtenir leur adhésion à cette démarche 
extraordinaire : des commissaires parcou-* 
rent la France ^ et dans peu de temps s'é-* 
lèye y en faveur du trône , Thommage de 
. Topinion publique. 

11 faut le dire:; ce fut à ce soin habile 
d'associer le clergé, les grands et le peu-^ 
pic à sa résistance contre le pape, que 
Philippe dut la soumission apparente des 
esprits et la tranquillité réelle du roy auuia 



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J 



DE PHILIPPE-LE-BEL, xuî 

. L'abbé de Citeaux expiait dans les pri- 
sons du Ghâtelet son refus d'adhérer à ces 
détibératioas i il recouvra la liberté et 
se démit de son abbaye, (i) , 

Le clergé de Paris ayait donné i'exem- 
pie de la soumission. U9 sieul pi^étre, Mar^ 
tin Rippa , chauoine de Notre-Dame et 
régent de la Faculté de Théolc^ie, aviait 
fait des protestations contraires j bientôt 
il les désavoua en plein chapitre , et douna^ 
comme les autres ^ son vœu d'adhésion; , 
A Montpellier, les Frères-Prêcheurs de- 
mandèrent dû temps pour consulter leur 
prieur-général , qui était à Paris. On leur 
intima soudain, au nom du roi,uu ordre 
de sortir, dans trois jours, de leur couvent 
0t de la France ; ils n'hésitèrent plus. 

(i) J. abbace cisteroensi détente et aliis.... alîquo 

tempore inCastelleto servatis, dUaitBoNiFACM dans 
M bulle Sufer Petii soliùm * 
Joannes de Pontisara m conventu Parisiensi aA^ 

versus BoiiiiH( iuiii papaai solus restit t su» ecclesiae 

et aUarum per orhem regimen dimbû. GiUtia Chrût 
iiana* 



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xif DE PHILIPPE -LÏ-BELi 

Ce prieur- général des !Frèrea-Pl:é« 
cheurs écrivait de Paris à tous les coU'* 
^ens de son Ordre , et les invitait à ne pad 
refuser leur adhésion, craignant sage* 
MENT, disait-il, d'encoueir l'indigna- 
tion DE NOTRE SEIGNEUR- ROI (l). On 

peut présumer que les autres chefs d'Or« 
dre avaient écrit de la même manière. 

A toutes ces mesures le roi ajouta la 
défense de sortir du royaume , sous peine 
de mort et de confiscation des biens , et il 
déclara qu'il punirait, comme trahison 
d'état , la fraude ou même la négligence 
de ses officiers. 

Dès les mois d'août et de septembre 
i3o3 , le roi avait obtenu des corps ec-* 
clésias tiques et des communes plus de 
sept cents actes d'adhésion. 

Telle était, cependant, l'espèce de ter- 
reur superstitieuse qui pesait sur les es^ 
* 

(i) UtetTOSyapertocomiderationisocttloySÎciigalis 

ne îndîgnatiaiicm domini nostri regisrincurme, vdiab 
aiiquo aiio possiti& meritd repf «h^ndi. 



* 

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DÉ PHHJPPE - LE - BEL. xf 

prits, que le roi crut uécessaire de pro- 
mettre solennellemeDt y ainsi qué son 
épouse et ses fils ^ de ne jamais abandon'* 
ner ceux qui adhéraient à la résistance 
que la France opposait à la cour de 
Rome. 

Boniface , toujours plus irrité , lance 
enfin contre le roi me bulle d*excommn«* 
nicatioa^ défend à tout ecclésiastique de 
célébrer les saints mystères devant lui, et 
; mande à Rome son confesseur, auquel il. 
reprochait d être trop indulgent (i). 

A celte démarche violeate,qui outrageait 
également les lois de la religion et celles 
deTEtat^le roi n'opposa d'abordque des 

(j) On sera peut-être surpris aujourd'hui que k 
pupe ait mandé k Borne ce confêaseor; mais les son^ 
Yerains pontifes ont exercé lon^-temps une )nrMlic«* 
tiou particulière 9 une autorité directe sur les coules- 
seurs des rois et des reines. Voici y entre autres y 1^ 
lettre que dément V écrivait à Frédéric , rot de Sidle : 
a Nous vous permettons de ikire choÎK d'un confes- 
« seur apte et discret y qui y toutes les fois que la cir- 
« constance Pexîgera y entende la confession de voa 
(( péchés I vous en accorde rabsoluûou y eu vous impo* 



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xvj IME PHILIPPEtLE-BEL. 

mesures de police. Il voulut empêcher 
balle de parvenir au légat qui était dans 
sa com\ il ordonna et on établit la sur-- 
yeillance la plus sévère daai tous les ports, 
passages et routes ; les voyageurs étaient 
' arrêtés, fouillas » interrogés } ou envoyait 
au roi les dépêclies suspectes [i] : la bulle 

<( sant une pénitence salutaire y à moins que vos péchés 
« n'exigent que le Sainl-Siége 3oii consulté, 
Charissimo in Christo filio Frederico , i egi Trinacriœ 

iUustri. 

Indulgemns ut aliquem idoAeum et discretum pret^ 
Bytcnim in tuum possîs confessorem eligere, qui quo- 
tiens oportunum fuerit confessionem tuam audiat et ^ 
pro ooinmîssis, debitam tibi absolutionem impendat, 
ae in jungat pœnitentiam salutarem , KiBl TALIA FtJB- 

KINT FROFTER QUJB â£D£S APOSTOLICA SIT MERITO 

C0NSVL8MOA. jivemani^ toLjunU aninoy.—Arch. 
êecrêtea du Fatican. — Ragesirum UUerurum com^ 

munium anni F Clementia papœ F ^ iili, 6i0« 

(l) Intellexit rexsenteutiam ejus Diudi latam iuîsse 
contra se Rom^^ quâe né in Franciam ad legatum Jo- 
hannem transferretur ; jussit omnes vîas , portus^ adi- 
tusque custodire diligeuter, et quoscumque, peregrè 
accedentes, intem>gari| undè, et què^ Utteriisque> si 
^uas rei testes difierrent ^ ad se mittî... . • 



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DE PHILIPPE -LE -BEIi. xvij 

iul. ia ter cep tée. Ceux qui Tapportaleat au 
légat furent mis en prison ( i ) ^ et des 
prêtres , auxquels ils en avaient laissé 
preudre des copies, furent punis de leur 
imprudente curiosité. . 
' Knfin, ce ponlile allier qui avait osé 
éciiie au rui ; a Nos prédécesseurs ont 
« déposé trois rois de France (2) ; les Frdn- 

(1) Nuper Nîcolaum de Benefracta Capellaaum car- 
dioalis dicti , Dosirasadeum portsCDtem liueras , qaibiu 
legem excommunicaium y per etindiein cardinalem ^ 

mandavimus publiiè minciaii, c«îpi fecit et repetitunx 
a cardinaii eodem noiuit relaxare^ etc. BuUe ^UFJSR 
PSTRISOLIO*' 

(2) Aucun autre niopunicnt liisLoiique ne parle de 
. cette prétendue déposition de trois rois de Fiance. La 

ikUe Blême de la déposition de ChUdértepairZachartey 
n'a été inventée que long-temps apii;^ la inoi i de Chil- 
dérîc } si les papes avaient exercé une telle autorité sur 
nos rois, est -il vraisemblable que, postérieurement ^ 
les prélats de FEglise gallicauc eiisoent répondu à Gré" 
goire IV, qui, venant en France en b53, pour favoriser 
Ym des fils de Louîs-le*-Débonnaire, menaçait d'ex- 
comniuuication : « Si vous venez pour excommunier, 
({ vous retournerez excommunié. Sx excomkunica- 

« TUaUS VBNIS , EXCOUHUNICATUS ABIBIS.9) 

, ' f^it, LucL piL 

h 



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xviij DE PHILIPPE -LE -BEL. . 

K çâis ea oni^^es pieuvesdans leuis cbro*- 
« niques^ et nous dans les nôtres; et si 
« yous ne vous aaieodez^ je vous déposé- 
es raicomme un petit garçon ^sicux unumi 
If GARCiôNRM 9 n Boniface poussa l'arra*^ 
gauce et le délire jusqu'à disposer de la 
couronne de France en fav>eur d'Albert 
d'Autriche. 

Philippe, justement indigné contre le 
pontife, le traita militairement, comme 
prince tempodrel, qui déclarait la guerre. 
Voulant le faire déposer dans un con- 
cile, il résolut de s'emparer de sa per- 
sonne. Bonilàçe résidait alors dans la ville 
d'Agn^^.nie; quelques Français, conduits 
par Guillaume de Nogaret , s'y rendi- 
1 eut secrètement, surprirent le pontife et 
Iq firent prisonnier. . 

pape, délivré par les habitans, mou*< 
rut peu de jours après, au moment oii il 
ordonnait, pour sa vengeance, la convo- 
cation d'un concile général. 

Le nouveau pontife, Benoît XI, eut assez 
de politique et de religion pour révoquer 



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DE PHILIPFE-LË-BEL. adx 

• 

les censures et l'exeommitaicatioii lau**^ 
çées par Boaiface WlkL * 

Dans la bulle qui lève rexcommuhica<« 
tioQ y le pape déclare qae Philippe n'a pas 
sollicité d être absous^ et cependant le roi 
avait fait à ses ambassadeurs une procu-* 
ratien expresse pour recevoir cette abso-^ 

lulion. 

Si Philippe la désira, ce fut sans doute 
pour montrer à la France et à l'Ëurope 
que les censures de Bouiiace avaient été 
lancées injustement; et, en même temps, il 
eut assez d-adresse et d autorité pour obte- 
nir que non seulement le pape ne fît pas 
mention de la demande, mais même qu'il 
déclarât qu'elle nWait pas été faite. 

Le siège de Rome devint encore vacant. 

Philippe-le-Bel fut le premier roi de 
Frauce qui sentit l'importance et même 
la jiéccassité d'appliquer sa politique aux 
opérations du conclave } il pr<^ta habile-» 
ment de la disposition des électeurs, et le 
candidat qu'il protégeait , Clément fut 
élu. 



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xk DE PHILIPPE-LE'BEL. 

- Doit on accorder une entière croyance 
au récit d'un historien étranger qui a 
doiiné le détail des conditions secrètes 
qu iia^>osa Philippe à Tarchevèque de 
Bordeaux^ avant de placer sur sa tête lai 
couronne pontificale ? 

S'il était poi mis de hasarder des con- 
jectures à cet égard, je dirais qu'il est 
vraisenibiable que Philippe exigea une 
seule condition, qui renfermait toutes les 
autres, la résidence du pape ealixancej 
et ce ne lut pas le moindre succès de la 
haute politique du roi. . 

Heureux si )a sagesse de son adminis- 
tration l'avait préservé de la nécessité , 
également fatale aUx princes et aux peu- 
ples, d'employer souvent des moyens 
désastreux pour se procurer des ressour- 
ces pécuniaires ! 

Depuis le commencement de la mo- 
narchie jusqu'à ce jour, Pliilippe-le-Bel 
est Tuu des princes qui ont joui des re- 
venus les plus considérahles. Cependant 
il fut souyeut rëduit aû malheur d'altérer 



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DE PinLIPPE-LE-BEL. xxy 

les monnaies j et ce fut peut-ctve pour y 
avoir toaché imprudemment une pre- 
mière fois, qu'il se trouva dans la néces- 
site de les altérer encore. 

La voix publique le ûétrit du surnom 
de FAUX MONNAYEUR, et la postérité n'a 
pas encore révoqué cet arrêt; cependant 
le devoir de Thistorien commande d'exa- 
miner si cet arrêt fut juste. 

Du temps de Philippe -le -Bel, la 
taille^ soit réelle , soit personnelle , n était 
pas d'un produit considérable, et même 
elle n'était exigible que dans certaines 
circonstances. 

Le monarque avait, pour revenus or- 
dinaires ^ les impôts sur les marchandi- 
ses , les droits de péage , d'entrée , et quel- 
ques autres , le produit des biens de la 
couronne ^ et surtout les proiits sur la fa- 
brication des monnaies qui avaient cours 
à la fois dans ses propres domaines et 
dans ceux des barons et grands vassaux , 
tandis que leurs monnaies n'avaient cours 

que dans leurs terres» 



DE PHILIPPE-LE-BEL. 

Le droit de battre des monaaies d'or 
appartenait exclusivement au roi. ' 

Comme le commerce n^avait pas en- 
core étabii de fréquentes et d'importantes 
relations entre les sujets des divers états ^ 
il n'était pas aussi nécessaire qci'à présent 
de régler une juste proportion , entre la 
Taleur réelle des monaaies de chaque 
pays et leur valeur nominale. Aiissi les 
rois regardaient-ils raltéralion des mon- 
naies, comme nn droit de la douro'nne , 
comme un impôt légal , et les sujets ne 
se récriaient que contre Textrême abus. 

Philippe , donnant cours à sa monnaie 
affaiblie^ s'obligea d'indemniser ceux qui 
l'auraient reçue, {i) 

w 

(i) Mo6 pro ingnientibns inconvenientîbus nostrU 
. et regni nostii oi*gotiis , tem'pôribus his monetam cdâi 

seu fabiicari disponentes, ia quà fors alrqUcintulum 
deerit de pondère^ allayo^.»*.. proxniuiinas qu^d om- 
nibus qui moneUm bajusmodî....» récipient ^ m iuto-* 

rnin id qiiod de îpsîus valore, ralîone mînoris pondcris, 
ailey, sive legis deerit, io întegmin de nostro suplebi- 
mus. Ord. de PhUippe-U^el. 



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DE PHILIPPE-tE-BEL. xxiij 

En i3o5 et t3o6, trois deniers de la 
nouvelle mpauaie n'en valaient qu'un de 
Tancienne* 

Les prélats du royaume , assemblés , 
avaient offert au roi le dixième du rer 
venu annuel de leurs bénéfices ^ à la coa- 
dition que ni lui ni ses successeurs » n'af« 
faibliraient plus la monnaie^ sans une 
nécessité indispensable^ préalablement 
reconnue. 

Philippe n/avait point accepté cette 
proposition ; mais Voffre et le refus prou- 
vent évidemment que , de part et d autre» 
on reconnaissait en principe que le roi 
n'était pas soumis à un taux fixe et réglé 
pour la valeur réelle des monnaies qu'il 
mettait en circulation. • . 

Charles VI » dans une de ses ordon- 
naqces , déclare qu'il est obligé d aliaiblir 
5es monnaies pour résister, dit-il, à nostre 
adversaire d' Angleterre^. novs k'a- 

VONS AUCUN AUTRE REYëKU DE NOSTRE 
BOMAIKE NE AITTREMEUT DE QUOT VOVS 
PUISSIONS NOUS AIDEa. 



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xxir DE PHIUPPE-LE^BEL. 

Sons le règne de son fils y Taffaiblisse^ 
ment des monnaies fut tel , que pour les 
droits de seigneurlage et de fabrication , 
on retenait les trois-quarts du marc d'ar- 
gent. 

Enfin, le peuple demanda à Charles VU 
et obtint comme une grâce ^ qu en rem- 
placement du droit de faire des change* 
mens aux monnaies , les tailles et les aides 
deviendraient ua impôt perpétuel. 

Quand le peuple se plaigqait de Talté- 
raiîon des monnaies , il demandait , pour 
corriger l'abus ^ la monnaie du temps de 
Jkf, St-Louis. 

Philippe-le-Bel prétendait contre ses 
grands vassaux , qu abaisser £t AMEjifui-* 

SEU LA JVlOINNAlE EST PRIYIX-EGE SPECIAL 
AU KOI, DE SON DROIT ROYAL ^ SI QX7E A 
LUI APPAKTI£^'X^ ET NON A AUTK£S^ ET 
ENCORE EN UN SEUL CAS, C*EST- A- DIRE, 
iks-NKC£SSlT£S» . 

Malheùreusenient pour la France et 
pour Philippe lui-même, il se trouva 
dans la continuelle nécessité d'exercer ce 



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DE PHILIPPE-LE-BEL. m 

droit funeste j rindignllé Je la ressource 
sert même à prouver * l'extrême besoia 
du moment. Il n'y a pas d'exemple que 
des moyens si désastreux n'aient tourné 
contre les gouvernemens qui avaient eu 
Tavide imprudence d'y recourir. 
* Cependant on ne peut pas accuser Phi- 
lippe d'avoir trompé ses sujets j il a usé 
en maître absolu , ou , pour mieux dire , 
abuse du droit d'altérer les monnaies , 
mais il a mis le peuple dans la conii- 
dence, en prouieUaiU une indemnité: 
peut-être sans ces fatales ressources (i), 
Philippe -le -Bel n'aurait pu soutenir la 
guerre contre les Flamands qui, s'étant 
révoltés , et ayant renouvelé à .Gand 
envers les Français , l'affreuse tragédie 
des vêpres siciliennes ^ avaient gagné en- 

f 

( I ) Notum facimus qiiod oblatam iiobis liberalita- 
tem..,.. pro &UBftlI>IO NOSTRiË GU£Ilil^> FLANDRliE 

msTAKTls quod monetas noBlras ad sutuoi in quo 

erant lempore Leail Ludovîci proavi nostrî. ...... infia 

annum reduci faciemus, non mutaadaB amplius^ m&i 
nrgenle nêomiuite» l mai i5oi* 



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Xxvj DE PHILIPPE -LE-BEL. 

suite la bataille de Gourirai, première 
bataille coDsidérable^oii.ua roi de France 
n'eût pas coii^battu à la tête de son ar- 
tinée« 

Philippe, consentit à faire la paix avec 
rAngletei i e , quoiqu'elle se trouvât dans 
une position devenue critique par les en*- 
Ueprise^ de i'ËiCQ^se^ * . 
, Le mariage d'Isabelle^ fille de Plii- 
lippe 9 avec le fils aine. d'Edouard , fut 
le gage de la paix; la restitution de la 
Guyenne fut la dot d'Isabelle. 
. Pour cimenter cette p^ix y les deux 
princes s'immolèrent réciproquement des 
yictimes : Philippe abandonna l'Ëcosse à 
la vengeance d'Ëdouard^ et Edouard li- 
vra la Flandre à celle de Philippe, 

La guerre contre les Flamands recom* 
mença. Après leurs précédens succès^ le 
roi avait envoyé vers eux leur comte, 
Guy y âgé de quatre-*vingts ans , pour les 
epgager à accepter les conditions que la 
cour de France leur offrait ; mais n'ayant 
pas réussi ^ ce vieillard malheureu;^ , qu^ 



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DE PHILIPPE-LE-BEL. xxni 

Philippe avait retenu si injustement cap- 
tif y retourna dans sa prison à Gompiè^ 
gne j il en avait donné sa parolô* 

La bataille de Mons-en^Paelle , oii le 
roi commandait en personne ^ vengea la 
France du mallieur et de la houle de la 
bataille de Gourtrài. 

Cependant l'épuisement du trésor pu- 
blic était si grand, que le roi fut réduit 
à faire aux monnaies de nouvelles al- 
iératioQS^ aussi injustes (£ue les précè- 
de ti tes. 

• Il j eut une émeute à Paris; la foule 

essléga le roi dans le palais du Temple, oU 
jl^'était réfugié. Le roi , délivré avec peine 
de ce danger, sévit contredes principaux 
coupables ; mais les exécutions terribles 
ne donnèrent point aux monnaies une va« 
leur réelle qu'elles n'avaient pas. 

Si raUératloa des monnaies causait des 
séditions à Paris , l'établissement de divers 
impots en causait dans les piovinces j et 
Philippe, malgré sa fierté royale, révoqua 
uae imposition de dix deniers pour livret, 



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xxTiij DE PHILIPPE -LE -BEL. 

qui avait excité un soulèvement géuëral 
en Normandie. 

J'attribuerai aux circonstances diiïiciles 
dans Jescpîelles le roi se trouva si sou- 
vent, cette mesure aussi extraordinaire 
que violeate, d'arrêter, dans la France 
entière , en un même jour, tous les Juifs , 
pour bannir leurs;personnes et s'emparer 
de leurs biens. . . 

En dénonçant Tinjustice de cette me- 
sure , peut-on toutefois. ne pas remarquer 
avecquelle hardiesse Philippe-le-Bel créait 
et employait les moyens d'assurer à son 
adminisLi aiiua , cette vigueur et cette ra- 
pidité d'exécution , qui trioai plient pres- 
que toujours des plus grands obstacles ? * 

La persécution contre les Juifs était de- 
puis long-teinps une espëcë d'impôt en 
faveur des rois (i). 

(i) Ett Au§ieterre^ le père de Henri III les awt 
croellement persécutés^ en^^ autres vexations, H avait 
dànandédîx mille marcs d'ar-ent à un juif de Bristol, 
et ordonné de lui arracher cUai^ue jour une dent, jus- 
qu'à ce qu'il eût acquitté sa taxe : barbarie d'autant 



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DE PHILIPPË-LE-BËL. xxix 

♦ 

Philippe *le-Bel se montra vraiment 
digne de son trône par deux actes de son 
administiallou qui auraient suffi pour lui 
marquer une place honorable dans notre 

Il protégea , il faTorisa raffranchisse- 
ment deS' communes, et appela leurs dé** 
pûtes à ces grandes assemblées pii la na- 
tion n'était auparavant représentée qUé 
par les prélats et par les grands ( i )• 

Edouard , pressé par le besoin des sub- 
side)»', avait déjà «idmis au 'Parlement les 
députés des communes d'Angleterre j il 

plu3 atroœ qu'elle était ridicule i Le malheureux, ne 
paya qu'après en avoir perdu sept* 

Henri III et Edouard lui-même avaient dépouillé el; , 
banni les Juifs. 

( I ) L'admission des députés des communes k des 
assemblées provinciales est constatée par des monu- 
mensaniérîeiirs. 

L'ordonnance rendue par Louis IX pour la séné- 
chaussée de Beaucaire porte : • 

« Côngreget senescaQus concilîam non snspectumin 
« iquo sînt aliqui de prelaiis, baionibus, miiitibus, et 
m UOIIINIBU6 BONA&UM tXULA&UM, » 



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XXX DE PHILIPPE-tE-BEL. 

avait reconnu alors et proclamé ce pria-* 
cipe : C'est la règle la plui^ équitable ^ 
i< que ce qui intéresse tous soit approuvé 
u de tous 9 et que le danger commun soit 
u repoussé par des eiïorts réunis**» 

De méuje , quand Philippe - le -Bel 
convoqua les députés des coimmunès de 
France, il n'y fut déterminé que par rin<- 
térét de sa politique et par les besoins du 
trésor royal* Toutefois ce respect public 
pour les dioits de la nation mérite notre 
recounaissance, surtout envers un prince? 
qui était sî ardent à maintenir les droits 
du trône. Peut-être cet art de s'environ- 
ner des députés de ses peuples était-il le 
moyen le plus heureux de relever encore 
sa propre dignité : il honorait le trône eu 
honorant ses sujets. * 

Philippe fut heureux: en ^ministres. 11 
avait eu la sagesse de les choisir habiles 
et sélés ; il eut la sagesse plus rare de n'en 
pas changer. Enguerrand de Marigny ob- 
tint le titre de premier ministre et même 

de coadjuteur. Cette Ibngue confiance des> 



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' m PHIUPPE-UE-BEL. xxxy 

rois es.pliqae quelquefois leur caract^e.' 
Elle e^i pr^que toujours le sigue de sou 
extrême faiblesse ou de sou extrême 
force. 

Tels sout les principaux traits du règne; 
et de la vie de Philippe-le-Bel. Je ne me 
suis attaclié qu'à ceuit qtti peignent, plus- 
particulièrement^ la politique et le carac- 
tère du prince' qui proscrivit' l'Ordre et' 
les Chevaliers du Temple. * 

Ce prince eut de graades qualités j mais 
il vi^.eti fit pas toujours et peut*- être ne 
lai fttt'il pas possible d'eu faire souvent ua 
noble usage. 

Supposons que , trouvant dans la pré- 
voyance des règnes précédens> dans le 
dévouement de ses peuples, dans réta- 
blissement d'un sage système de tinances^ 
le$t ressources qui lui manquèrent sans 
cesse , il n'eût pas été réduit à des expé- 
dions d'autant plus condamnables^ qu'ils 
furent presque toujours des fautes d'ad- 
ministration : la réforme de la justice ^ 
l'indépendance du troae . envers JLa cour 



xxxij DE PHILIPPE-LE-BEtii 
de Rome, l'autorité royale affermie contre 
les grands vassaux , l'admissioa des dé- 
putés des communes aux Etals -Géné- 
raux, le perfectionnement de la politique, 
i:artde maîtriser Topinion auraient mé- 
rité à ce monarque les justes hommages 
de son peuple et ceux de la postérité. 

Au contraire, le manque de fonds, la 
nécessité indispensable de s'en procu- 
rer, rignorance.de Fart moderne qui sait 
créer des ressources, rentraîucrcnt à de 
grande^ injustices ; alors cette haute po- 
litique qui, dans djes temps peureux , ap- 
pliquée sagement et volontairement , n'au- 
rait servi qu'à de nobles . entreprises , 
devint souvent injuste, quelquefois fu- 
neste, et presque toujours condamnable. 

. L arrestation du comte Guy de Flandre 
fut la cause de longues guerres et de longs 
malheurs, • ' 

Pour assurer la paix avec le roi d'An- 
gleterre , Philippe souscrivit des condi- 
tions auxquelles il eût été coupable de 
consentir, si la pémirie des.linauces et la 



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DE PHILB?PE-LÈ-BËli. Xxxuy 

guerre de Flandre ne lui eussent imposé 
la nécessité de s'apaUvrir encore : il aban- 
donna 9 pour la dot de sa fille , cette même 
province de Guienne qui , démembrée du 
jroyautne de France par la répadiàtioa 
d'Ëléonore , avait coûté tant de sang à 
reconquérir j en sorte que Von peut dire 
que le mariage dlsabelle, fille de Phi- 
lippe-le-Bel , recommença le malheur 
politique du divorce d'Ëléonore d^Aqui- 
taine. 

Plusieurs des ordonnances que publia 
Philippe-le-Bel révèlent encore les torts 
ou les erreurs de son administration. 

La variation du taux des monnaies mit 

le monarque dans la nécessité déplorable 

de statuer souvent âur leâ modes de paie-* 
ment des obligations^ fermages^ loyers ^ 
salaires ^ etc» 

Manquant de matières pour battre de 
nouvelles espèces et faire des prolits sur 
cette fabrication , il ordonna plusieurs fois 
que ses sujets livrassent leur vaisselle. 

Le discrédit des monnaies ayant fait 



XKJÛv OtE PHILIPPË-Lfi^BËL. 

resserrer . et renchérir , les denrées , le roi 
fut réduit à permettre les perquisiiticms et 
les l ë^uisitioas des grains j pour dernier 
mallienry il en fixa le prix» le souniit à 
un mAxiBCUM (i) , prononça la confisca- 
tioa des grains cachés et encouragea èt 
récompensa les dénonciateurs » en leur 
promeltaut une portion des objete confîsr- 
qués* 

Enfin , il se trouva dans la malheureuse 

circouslance ou il crut nécessaire de pror 
clamer une défense de staasemliler dans 
Paris» de jour ou de nuit» en puhlic o^ 
en secret y au nombre de plus de cinq 
personnes » de quelque rang et condition 
qu elles fussent» sous peine d'arrestation { 
et il prononça la même peine contre ceux 
qui » ayant connaissance de telles réu-« 
nions» ne les déaouccraient pas (2). 

(i) Le maxitnom da meiHeàr fioroent fut taxé à 

4o 8. le setier. 

Celui de . l'orge à. • • So 
Celui de Favoine à . . 30 s. 



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Sens ajaliciper sur ce qui concerne les 
Templiers, jed<HS obeeryeirque Philippe , 
qui GoauaîjSMÎt %om lee^ moyens d'impo^ei: 
àj'opinion, introduisit, Iprs de TarrcsUn 
tion de ces GhevaUers , une nouveauté 
dangereuse. 

Le peuple de Paris fut convoqué dans 
un lieu public, pour entendre, au nom 
du roi , le motif d'une démarche que lui 
suggérait sa politique. Il ne s'agissait pas 
alors d'appeler les députés des communes 
à une délibération légale, mais de séduire 
l'opinion populaire , en rendant la mul- 
titude confidente et pour ainsi dire juge 
des actions du roi : c était la Hatter, c'était 

la craindre, c'était surtout manquer à la 
dignité du trône. j 

teru aut status, in villa npstrà predictà ultrà qainque 
insiinal per diem Tel noctem , palàm vel occulté^ con^ 
grcgationes aliquas suh quibu&cumc[ue forma, modo, 
vel simulauoae«*..., et qai eos coDgregatos ultrà iiume- 
mm predictum viderint et revelare pmterjmtterinl , 
capi facias. Ordonnance du 2j avril l3o5* ' 



xxxvj EK PHILIPPE-LE-BEL* 

Cette mesure extraordinaire annonçait 
les moyens violens qui amenèrent la des- 
tructio& de l'Ordre et l'illustre malheux^ 
des Chevaliers. 



MONUMEîvS 



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MONtJMENS 

HISTORIQUES,. 

KKItATIM 

A LA CONDAMNATION 

CHEVALIERS DU TEMPLE, 

A L'ABOLITION DE LEUR ORDRE. 



Nhuf des cheyaliers français qui avaient suiyi 

Godefi'Oi de Jîuuilloa à la conquête de la Pa*. 
iestine, se consacrèrent à protéger^ contre les 
attaque» el le brigandage des Musulmans^ les 
pieux voyageurs qui^ de toutes parts^ accou*- 
raient à Jérusalem. 

L'exemple de ces Français excita le zèle de 
beaucoup d'autres guerriers, qui se joignirent 
à eux* Cette milice généreuse parut bientôt 
ayec gloire dans les champs de bataille. Ainsi 
se i'omia l'Ordre religieux et militaire des 
GHByAi«iBRS DU Tvxpj^E, OU Tempoers^ qu'ou 
appela aussi les SoiéDats nu (Juaist^ la AIilics 

1 




2 DES TEMPLIERS. 

DU TEMPLE D£ SaLOMON^ LA MlLICE DE SALO- 
MON, (l) 

• Le Concile de Tro;yes approuva cet Ordre , 
en 1^28. Uae règle fut donnée aux Chevaliers : 
on s'empressa d'accorder des encouragemens 
et des recompenses à leur dévouement et à 
leurs succès. 

« ,Ils vivent , disait saint Bernard > sans 
tt avoir rien en propre, pas même leur vo* 
« lonté. Vêtus simplement et cou vcrU de pous- 
« sière, ils ont le visage brûlé des ardeurs du 
« soleil, le regard fier et sévère : à 1 api)roclie 
« du combat, ils sarment de foi au dedans et 
te de fer au dehors; leurs armes sont leur uni- 
« que parure ; ils s'en servent avec courage 
« dans les plus grands périls, sans craindre ni 
ce le nombre, ni la force des Barbares ; tout« 

( I } Saint Bernard adresse ses esliortatioiis ad Milites 
Christi. 

Leur sceau portait riuscriptioii ; Sigillum militum 

Dans quelques monamu anglais, VOrdredaXciii|iit 

est appelé : Militia Tïmili SAZ^MOins. 

M.S.C. Bibliot. Cottoniajiœ et Bodlejatiœ. 

Ils sont aussi nommés Fbatjies MiiaxiiS SaiiDMonis 
in chart cum. ii^f^Df/cMcs, Gloss. nov. 

Dans leurs anciens statuts on lit : tiEùUhk TAVtjtRVU. 
CoiucxusioiïUM ^£Mri«i Salomokis. • 




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" DES TEMPLIERS. S 

« leur confiance est dans le Dieu des armées; 
« et, en combattant pour sa caase^ ils cher- 
«client une victoire certaine ou une mort 
« sainte et honorable. 

« O rheureux genre de TÎe, dans lequel on 
«peut attendre la mort sans crainte , la dési* 
« rer avec joie , et la recevoir avec assu- 
« rance! (i) 

Les statuts de TOrdre exilaient et inspiraient 
les vertus chrétiennes et militaires. 

Les principales dignités étaient celles de 
grand-maitre^ qui avait rang de prmce dbiez 
les rois. 

De précepteurs ou grands-prieurs^ 

De visiteurs^ 

Et commandeurs, etc. ^ 

Lorsqu'il s'agissait de recevoir un nouveau 

chevalier, le chapitre s'asseiuhlait : la céré- 
monie avait lieu ordinairement pendant la nuit 
et dans une église. 

Le récipiendaire attendait au dehors. Le 
chef, qui présidait le chapitre, députait, à trois 
différentes reprises « deux frères qui deman- 
daient au futur chevalier s'il voulait être adnds 
dans la Milice du Temple -, d apre« sa réponse, il 

( i) D. BsBNABSX exhortatio ad mUUes T^mpli. 



i DES TËMPLIEHS. 

était introduit. Il sollicitait tkois Ibis (i), à ge- 
noux , le pain et l'eau , et la société de rOrdre« 
Le chef du chapitre lui disait alors : 
«Vous allez prendre de grands, engagemens; 
« vous serez exposé à beaucoup de peines et 
<c de dangers. Il faudra veiller^ quand vous tou« 

( I ) On pourrait croire que le nombre trois était parmi 

les Templiers un noiulire de pi cici ence. 

On interrogeait trois fois le récipiendaire avant de 
l'introdaire dans le chapitre. 

n demandait par trois fois le pain et Feau, et la so- 
ciété de 1 Ordre. 

11 faisait trois vœux. 

Les Gbevaliers observaient trois grands jeûnes. 
Ds communiaient trois fois Pan. 

L'aumôiic se faisait dans toutes les maisons de FOrdre 
TROIS Ibis la semaine. ^ 
Cbacun des Chevaliers devait avoir trois chevaux. 
On leur disait la messe trois fois la semaine. 

Ils miingaient de la viande ixioib joui s de la semaine 
seulement. 

Dans les )Ours d'abstinence on pouvait leur servir trois 
mets différenà. 

Ils adoraient la croisa, solennellement a tkois épo<^ues 
de Pannée. 

Us } nraient de ne pas fuir en présence de trois ennemis. 
On flagellait par trois foîÉ en plein chapitre ceux qui 

avaient mérité cette correction, etc. etc. etc. 

Je ne présenterais pas cette remarque, si je n'avais lieu 
de présumer qu'elle avait été £iite avant les malheurs de 



■ 

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DES TEH PLIERS. S 
« driez donnir ; supporter la fatigue , quand 

« vous voudriez vous reposer; souffrir la soif 
« et la faim^ quand vous voudriez boire et 
«« manger ; passer dans un pays , quand vous 
<c voudriez rester dans un autre » • 

Ensuite il lui faisait ces questions : 
Etesrvous clievalier? (i) 
f%i;i«JÊte»-vous - sain de corps? 

H iN eiei- vous point marie, nu iiance? 

« N'âppartenez-Tous pas déjà à ub autre 

«^UiJre? ^ . ; ; ' - - 

f^q.'^'M avez-TOus pas de dettes que ^irous ne 

^<i>|>uii>siez acc^iiiller par vuu:>-meiiic uu par vus 

fv-nmis »? • ) . . ■ > 

^ Quand le récipiendaire avait répondu d une 
Ha^ière satisiaisante^i ii prononçait les trois 
vœux de pauvreté, chasteté, obéissaijïgb. lise 

l'Ordre, cl que les accusa tours des Templiers regardaient 
eux-mt'uxcs ce nombre comme consacré, pu^i^u'on leur 
reprocha de renier Taoïs fois, de cracher pair trois fois 
sur la croix.. XEE abuboasant, et bomlibuli crudbu- 

TATE TER IN FACIEM SPUEBANT EJUS. OrCttl. dê Pkt^ 

lippe-le^Bel y du i4 septembre iSo/. Et li fait benier 
PAR TROIS vois liB PRoruiTE et par trois fois cra- 
eaiXR sur la croix. Instruci, de PlnqmâUmrGmUaumê 

(i) On ne faisait point celte queslion aux récipien- 
daires prêtres, ni à ceux qui devaient être skrya^is. 



6 DBS TEUPIilERS. 

C4;msacrait à la défense cie la Terre^-âamte^ et 
recevait le manteau de l'Ordre ; les chevaliers 
préseas lui doonaieot le baiser de Iraieriuié* 

On lit dans Henriquez (i) la formule de leur 
serment, trouvée dans les archives de i abbaye 
d'Aloobaea : 

«Je jure de consacrer mes discours, mes 
<c forces et ma vie à défendre la erojance de 
ce Tumie de Dieu et des mjstèrtô de la foi, etc. 
«cJe promets d'être sonmis et obéissant au 

<e grand-mai tre de TOrdre Toutes les fois 

ft qu'il en sera besoin, je passerai les mers 
« pour aller combattre; je dpnnerai secours 
« contre les rois et princes infidèles, et, en 

« présence de trois ennemis , je ne fuirai point, 
m mais seul je les combattrai, si ce sont des 
w Infidèles. » 

Leur étendard était appelé le Bbaucsant. Oo 
y lisait ces mots : Non nobis. Domine j non 
nobiê , ëed nomini tua da ghriam. 

C'était après avoir participé ou assisté aux 
saints mjrstères, qu'ils marchaient à l'ennemi, * 
'précédés de Fétendard sacré , et quelquefois 
récitant des prières. 

Leur sceau portait cette inscription i^igillum 
miUtum Chrutif sceau des soldats du Christ* 

(i) FrwUegia Ord, ckierceiuù, p, 479. 



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DES TEMPLIERS. . j 

• Des témoignages «uthentiqiM» soleaneb 

ont consacré le dévouement et la gloire de cei 
Chevaliers. 

Fidèles à leur institution et à leurs sermens , 
ils respectaient les lois de la religion et de 
Ihonneur. Des liistoriens leur ont reproché 
un zèle trop ardent à augmenter ces richesse» 
qui devinrent la cause de leur infortune ; 
d'autres les ont accusés d'une fierté audacieuse^ 
que leur opulence, Tesprit de eoi^ et la gloire 
même nourrissaient dans leurs cœurs , fierté 
qui peut-^tre n'était pas inutile à leurs succès 
guerriers. 

Une ancienne chronique mann6crite(i)parle 

de leurs richesses et de leur ambition 

JÀ frcre , U mestre du Temple 
Qu'esloieiit rempli et ample 
B^or et d'argent et de riefaesie 

Et qui menoieni tel noblesse, 
Oii soat il ? que sout devenu ? 
Que tant ont de plaît malatenu,^ 
Que nul a elz ne s'osoit prendre j 

Tozjors achetoienl sans vendre 

Nul riche a ek n'estoit de prise , 
Tant Ta pot a eue qu'il brise. 

w 

f 

(i) ChrontquêàiasMÙteduromandeFjrifXi. 



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8 DES TEMPLIERS, 

r Ce n'est point dans les ouvrages écrits depuis 
la destmclion de l'Ordre que rhomme impar- 
tial cheiclicia quelles étaient les mœurs , la 
conduite et les opioions des Templiers : rare- 
ment des proscrits trouvent des apologistes. 
laterrogeoQS les auteurs coatemporaios de ces 
Chevaliers , les témoins de leurs vertus et de 
leurs exploits , et considérons surtout les té— 
moig-nages honorables des papes , des rois et 
des princes qui , peu de temps après, devin- 
rent leurs oppresseurs» 

Personne y avant leur terrible catastrophe , 
n'avait jamais accusé , ni même soupçonné les 
Tem pUers des impiétés , des déréglemens qu'on 
leur imputa quand on voulut les proscrire ; et 
même l'adage boire commb un Templier n'a 
été imaginé que long-temps après eux* Il ne 

se trouve point dans les divers recueils des 
anciiens proverbes Irançais^ et il ne prouve pas 
davantage contre les Chevaliers, que Tadage 
sans doute plus ancien ^ bibbiœ fapaliter* (i) 

(i) Dans la huitième Vie de BcuoistXIl, on lit que 
toute la cour de ce pontife le citait comme un très-grand 
buTeur , et qu'il arait douié lieu au proverbe ^ boir^ 
comme un pcgite, . 

Potator vini maxîmus ab omnibus curialibusdicebatur, 
acle& ùtyersum sit in proverbium consuetum diei ; Biba- 
MUS PAPAiliTSR. Bajlluz. ^ vU, pc^, jâpen. 



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DES TEMPLIERS. 9 

bùire comme un pape , ne profiTe contre les 

pontiies. romains. 

Le chroiiiqueQr 9 déjà cité, rapporte les ac- 
cusations qui servirent de prétexte aux op- 
imase^rs derOrdre» etlnen loin d'accuser les 

moeurs deb C lie viiliers, il ajoute : 

Si fesoient le monde pestre 

Que ils SEMBIOIENT FAR DXHOHS SSTHB 

Bons; mais or n'est pas queliquî luist. 
Chapitre tcuoient de uuit, etc. etc. 

Les Templiers ne furent jamais dénonces 

pai les Troubadours ; ignore-t-on que les sir- 
ventes de ces poètes hardis ne faisaient point 
de grâce à la dépravation de leur siècle , et 
4}u elles attaquaient impitoyablement le pape^ 
le clergé , les princes et les grands ? 

L'auteur de la satire intitulée la Bible 
GuiOTy nomme les Templiers et parle d'eux 
en termes honorables ^ tandis qu il médit de 
la plupart des autres Ordres religieux. (1) 

Molt sont prodommc II Templier. 
. Là se rciitlent li chevalier 
Qui ont le siècle asavoré 
£t ont tôt Tea et lot tasté. 

« 

(1} Glossaire de la langue Romance, V, Tcmpiika. 



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10 DES TEMPLIERS. 

Dans les quinze- dernières années qui ont 

précédé la proscription de l Ordre, je vois les 
papes s'intéresser Tivement pour lui auprès des 
rois d'Angleterre, d'Anagon et de Chypre. 

Le concile de Salzbourg, tenu en 1292, et 
plusieurs autres assemblées ecclésiastiques , 
avaient proposé de réunir en un seul Ordre, 
les Chevaliers Templiers, Hospitaliers et Teu- 
toniques. 

Si les Templia*s n'avaient alors joui d'une 

réputation au moins égale à celle des autres 
Chevaliers , aurait-on proposé de réunir ceux- 
ci à un Ordre dégénéré? Et puisque les Tem- 
pliers étaient, à eux seuls , plus puissans , plus 
nombreux et plus riclies que les Hospitaliers 
et les Teutoniques , et devaient nécessaire- 
ment transmettre aux incorpores leurs maxi- 
mes et leurs mœurs , n est-il pas évident que 
proposer cette réunion , c'était rendre un 
hommage solennel à TOrdre des Templiers ? 
' Il fut en eflPet question de réunir les Ordres 
du Temple et de l'Hôpital : ce projet fut dis- 
cuté dans un mémoire que le grand-maître 
des Tenipliers adressa à la cour de Kome. 

Il craint la discorde parmi les frères réu- 
nis : « On les entendxait se dire les uns aux 

«r autres : Som yalions mieux que vous; dans 



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DES TEMPLIERS. i* 
« Bôtre piemiaff état ^ nom &iaîon5 plus de 

« bien ». 

On jugera que ht règle et la conduite des 
Templiers étaient plus sévères que celles des 
Hospitaliers , puisque le grand-mattre ajoale : 
« Il serait nécessaii e que les Templiers se re- 
«c lâchassent de leur discipline, ou qae les 
« Hospitaliers réformassent la leur. » 

En lisant ce mémoire sur la réunion des 
Ordres , et un autre sur les moyens de recon- 
quérir la 1 erre<^aiute , on reconnaît dans la 
grandHnaitre la franchise , la loyauté el le 
zèle d'un chevaiier ammé par la religion et 
par rhonneur , et qui surtout avait le droit 
de traiter avec le pape et les souverains^ sans 
craindre qu'on pAt lui Teprooher les torts dé 
l'Ordre ou Imconduite des Chevaliers. 

Aussi; avant de seconder les mesures violen- 
tes de Philippe-le-Bel , le pape exprima 
l'extrême surprise que lui causait le genre 
d'accusations portées contre eux, accusations, 
disait-il, invraisbublables , incrotables et 

INOUÏES, (l) 

Le roi d'Angleterre rendit en faveur des 

(i) Ad eredendnm qaae imc dicebantar , eimi quasi 
jvetL-gtnvitXA et nmssiBiuA TÎderentur , nottrum anî- 

muiu vii potuimus applicare, quia tamen plura incredi- 



i'2 DES TEMPLIERS. 

Templiers un témoignage encore plus hono-^ 

rable, en invitant les rois de Portugal, de 
Gastille, de Sicile et d'Amgou, i ne pas 
ajouter foi aux calomnies c^u ou répandait 
contre Tordre. 

Il écrivit au pape : « Comme le graad-^ 
« maitre et ses chevaliers , fidèles a la pu-- 
€c reté de la foi catholique , sont en très- 
«e grande considération et devant nous et de* 
« Tant tous ceux de notre rojatune , tant par 
« leur conduite que par leurs mœurs , je ne 
« puis ajouter foi à des accusations aussi su»- 
«c pectes , jusqu'à ce que j'en obtienne une 
« certitude entière j». (i) 

Ce témoignage d'Edouard II est d'autant 
plus précieux y que le grand -maître et le» 
chevaliers fiançais étaient alors dans les Jers/ 

Il est permis de croire que le roi d'Angle- 

bilia et ixat dita, etc. LeU, de Clàmswt V à PkI'^ 
x^PM^ZE'BMif , du 9 kal, de wptemhre, €made ton pon- 

(i) £t quia predieti magister et firatres in fidei cathoU- 
cae pnrîtate canstantes à nobis et ab omnibus de régno nos- 
tro tàm vilâ quàm nionbus habentur multlplicîter com- 
XDendati, non possumus hujus modi sugpecûs relatibus 
dare fidem^ doaec super iis nobis pleoÂor ipnotaerit cei>« 
titudo. RrKMn, i. 5, ad atm. 1307. 



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DES TEMPLIERS. i3 

terre aurait persisté à protég er les Templiers ; 

muib devenu gendre de Piiilippe-le-Bel , il 
céda enfin aux instigations de son beau-père. 
Cependant il n'emploja point les moyens 
rigoureux dont le monarque français don^ 
naît Texemple. Et en livrant les Templiers 
aux inquisiteurs et aux conciles ^ il déclara 
expressément que c'était par respect pour la 
demande du pape* 

Ainsi , il est certain que jusqu'à l'époque 
de leur inlortune , les Templiers avaient joui 
de Festime générale ; que non seulement 
aucun ennemi, ni public , ni secret, ne leur 
avait reproché les dérèglemens et les im-« 
piétés dont ils furent cn^uile accusés , mais 
que les papes et les rois , même ceux qui leû 
ont ensuite poursuivis avec le plus d*achar- 
nement , rendaient hautement justice à leur 
zèle pour la religion et à la pure lé de leurs 
mœurs* 

Il existe en leur faveur un titre aussi so- 
lennel qu'honorable , émané de Philippe-le- 
Bel lui-même : ce titre ne peut laisser aucun 
doute sur les droits que l'Ordre et les Cheva- 
liers avaient à l'estime du monarque et de la 
nation. 

En octobre i3o4i trois ans seulement avant 



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i4 DES TEMPLIERS. 

l&xr proscription , Philippe<*le«>Bei9 dans un 

acte qui contient de nombreux privilèges 
en faveur des Templiers, explique en ees 
termes les motifs de sa munificence : 
- « Les œuvres de piété et de miséricorde , 
te la libéralité magnifique qu'exerce dans le 
ce monde entier y et en tout temps , le saint 
» Ordre du Temple , divinement institué de- 
« puis longues annnées , son courfi^e qui 
te mérite d'être excité à veiller plus attentif 
et vement et plus assiduement encore à la dé-* 
u fense périlleuse de la Terre-Sainte , nous 
. m déterminent justement à répandie notre li- 
m béralité rojale sur TOrdre et ses Gheva^ 

«< liex'S , en quelques lieux de notre royaume 
te qu'ils se trouvent, et à donner des mar- 
«r ques d une faveur spéciale à l'Ordre et aux 
« Chevaliers pour lesquels nous avons une 
«c sincère prédilection, i» (i) 

Sans entrer dans les détails des bienfaits du 
roi , je me borne à rapporter ce préambule de 

(i) Octobre i3o4. Admo&tuultio rao obdwx TbmpiiA* 

aiORUM. 

PliilippusDei gratîâ Fr^ncommrex; opéra pietatls et 
misericordiae , magnifica pleiiltucio quz in sanctâ domo 
jBÙlitis TempU, ab olim diyinitiis institutà^longè latèque 
per orbem terrantm |ag«ter exercentur, cujasque yireB 



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DES TEMPLIERS. i5 

f acie qui les contient ; il oflfre une preuve 

incontestable de la considération dont jouis- 
saient rOrdte et les Gherâdiers : le roi eût-^il 
consigaë dans cette chartre solennelle un té- 
moignage aussi honorable et ans«i authenti^- 
que , s'il n avait été mérité par TOrdre et 
approuvé par Topinion publique ? 

Je l'ai dit et je le répète : Les écrivains 
modernes , qui ont hasardé Topinion que 
l'Ordre des Templiers avait alors dégénéré , 
ne se sont autorisés d'aucun témoignage con^ 
temporain ; et il est très-vrai àe dire que gé- 
Qéralement les Chevaliers étaient , par leur 
bravoure , leurs mœurs et leur piété , dignes 
deFillustre chef auquel ils obéissaient* 

Jacques de Molai, leur grand-maitrCi était 
né en Bourgogne, de la laïuille des sires de 
Longvic et de Raon. (i) Admis dans TOrdre 

♦ 

animarl sperantur atteatiùs et immlnentiiis vigiiare prae- 
sertiia ad sanctae negotiosum terne subsidium promptè 
cunctis temporiliasoppartaiiiB, merîtè nos indncimt, ut 

dictae domui Terapli et fratrlbus ejusdem in reguo BOStro 
uBîlibet constitutis , quos sinccrè diligimus et prosequi 
favore cupimus fipeciali^ regiam liberalitalLs des.U'aïuei^ 
tendimus. Volentes^ etc. etc. IV'ésor de$ Chartres, 

(i) Molai était uae terre dudoyeaac de iNoblant, au 
diocèse de Besançon. 



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tO DES TEMPLIERS. 

du Temple vers Tan i265 , reçu par Imbert 

de Pcrauclo , visiteur de France et de Poitou , 

dans la chapelle du Temple à BeajLiue, il avait 
passé outre mer et s'était distingué dans la 
guerre contre les Infidèles , sous le magistère 
de Guillaume de Beaujeu. 

Absent de Issi Terre^ainte (i), lors de sou 

élection unanime a la dignité de grand-maître, 
Ters 1298 y il ne tarda pas à réaliser les es- 
pérances des Chevaliers , et à se montrer 
digne d'un choix, aussi honorable. 

Il se trouva en 1299, à la reprise de Jéru- 
salem par les Chrétiens ; forcé ensuite de se 
retirer dans Tile d iVrade^ il parut encore 
assez redoutable aux Musulmans pour qu'ils 
fissent contre les Templiers un anncuicat 
considérable; après avoir résisté long-temps, 
réfugié enfin dans Tile de Chypre, il rassem- 
Jjlaxt de nouvelles lorces poui* aller venger les 

* 

(i) Por oonfonnidade de TOtos Mkio eleilo Jacobo de 
Volai. 

Como. fora eieito ausente séria recebido com grandes 
e con ben ftmdadas espeninças. 

. Fbbbbiha , Memorias et noticias bistoricas 
da célèbre Orden militar dos Templarîos. 

Lisboa, 1735. 

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DES TEMPLIERS* 17 

derniers revers des armes chrétiennes , lors-» 

qu en i3o5 le pape l'appela en France. 

Il arriva suivi de soixante Chevaliers, 
vieillis dans les combats , éprouvés par l'ad- 
versité » toujours prêts i donner leur vie 
pour la défense de la religion et la gloire 
de rOrdre* Outre l'immense trésor que VQv^ 
Are conservait dans le palais du Temple à 
Paris ^ le chef apporta de l'Orient cent cin- 
quante miUe florins or et une grande quan^ 
tité de gros tournois d'argent, qui formaient 
Ueharge de douze chevaux (1) : sommes con- 
sidérables pour le temps , mais faible portion 
du numéraire que les croisades avaient ex- 
porté de la France ! 

Traité avec distinction à la cour de Philippe- 
le-Bel, qui lui lit rixonneur de le clioisir pour 
parrain de l'un des en&ns de France^ il obtint 
la considération que méritaient son cuuiage, 
son rang et ses vertus , et qu'augmentaient 
encore les marques d'estime et d'amitié que 
lui accordait le monarque. 

(1) Cette circonstance est attestée par la déposition de 
Jean de Folbac, que le pape, interrogea luMoiiéme sur cet 
•bjet, le 39 )itiii i3o8. 

lUposit.fact, coram J}, LanduLpho et Coiumna, 



i8 DES TEMPLIERS. 

Le projet de réunir les.Ordres du.Teniple et 
de THopital avait été le motif apparent du pon* 
tife romain pour appeler le grand -maiUe. 
Bientôt le Téritable motif fut connu. Des dif-* 
famations Tagueb et sourdes , des délations 
insidieuses accusèrent TOrdre et les Cheva- 
liers du Temple. 

Vers le mois d'avril iSoj, le. grand -maître 
•e rendit à Poitiers, auprès du souverain pon- 
tife, pour se justifier et justifier TOrdre. Molai 
avait avec lui Rimbaud de Garon y précepteur 
d'Outre-mer; GeolFroy deGoneville, précep- 
teur de Poitou et d'Aquitaine; Hugues de 
Peraudo, précepteur de France. 

Le pape leur parla des impiétés dont on 
les accusait, et notamment de l'adoration des 
tètes et des idoles. U ne fut pas difficile aux 

chefs de l'Ordre de le disculper pleinement. 

Le graad-mattre revint à Paris, crojrant 
que les explications données au pape avaient 
détruit jusqu'au moindre soupçon. 

Habile à cacher ses projets, Philippe con- 
certait dans l'ombre et le silence les moyens 
terribles qui devaient opprimer tout- coup 
rOrdre et les Chevaliers* 



furent expédiés pour airéter les Templiers, le 



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DES TEMPLIERS- 19 
iS octobre, à la même heure, dans toute la 

France ; cL le roi dissimula si bien, que ni le 
grand-maître ni ses Chevaliers ne conçurent 
pas la moindre alarme : cette confiance était 
permise à leur vertu» 

, La veille de Tarrestation , le grand -mattre 
fut choisi pour être Tune des quatre personnes 
qui portèrent le poêle à la cérémonie de 
Tenterrement de la princesse Calherine, héri- 
tière de Tempire de Gonstantinoplei épouse 
du comte de Valois. 

n est évident que , depuis TairiVée du grand- 
mai ue, le roi s était affermi dans le dessein 
de parvenir à l'abolition de l'Ordre ^ et en 
avait calculé les moyens. 

Et 1 on peut avouer que si ces moyens 
avaient été moins injustes et moins violens^ 
Tintérét de l'Etat, la sûreté du trône auraient 
justifié peut -être cette grande mesure poli- 
tique. 

Ghassésde laTerre-Sainte, exercés aux comr- 

. bats, possédant des richesses qui leur permet* 
taient de fiiire la guerre par eux-mêmes, et de la 
-faire continuellement; toujours prêtai par de- 
vc»r et par habitude, àobéirsans réserve a leur 
chef; milice courageuse et entreprenante, qui 
restait armée au milieu des États de r£uvopt , 



M DES TEMPLIERS. 

où elle était forcée de chercher des asiles, il 

est vrai de dire qu'à cette époque oa les rois 
a'ayaient pas encore de troupes réglées, il eut 
été difficUe d'échapper aux entreprises des 
Chevaliers, s'ils avaient eu la coupable au- 
dace de s'armer contre les trônes. 

Un historien contemporain a porté à plus 
de quinze mille le nombre des défenseurs du 
Temple, la plupart Français. 

Parmi * les iaits qui pouvaient exciter les 
craintes du monarque, il en est que l'historien 
impartial ne doit pas dissimuler. 

Durant les guerres, toujours renaissantes, 
entre les princes de la maison d'Anjou et ceux 
de la maison d'Arragon, qui se disputaient les 
royaumes de Naples et de Sicile , les Templiers 
avaient eu le tort de prendre parti pour la 
maison d'Arragon, et d'aider à ses succès.» ' 

Armés au nom de la chrétienté pour corn^ 
battre contre les Infidèles, les Chevaliers pou- 
vaient sans doute et devaient combattre aussi , 
comme sujets, sous les drapeaux de leurs rois, 
ilans les querelles de prince à prince, de 
royaume à royaum'e; mais l'Ordre n'avait au- 
cun droit d'intervenir, comme puissance bel-* 
lijS^érante, dans les débats des princes chré- 
tien.s. 



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DES TEMPLIERS. 21 

Ce principe a toujours été reconnu et res- 
pecté. Aussi, lorsque Louis XIV requit TOrdre 
de Malte de se déclarer pour lui contre les 
Hollandais, eu 1672, c'est-à-dire, à 1 époque 
la plus brillante de sa puissance et de sa gloire , 
rOrdre eut le courage et le mérite de lui op* 
poser un refus ; et le monarque français- eut le 
mérite sans doute plus rare d en pardonner le 
motif. 

Philippe -le-Bel pouvait donc justement 
prendre des niesures pour empêcher un Ordre 
trop puissant de s'armer un jour contre lui ou 
contre ses successeurs, soit en faveur d'un 
monarque étranger, soit surtout en laveur des 
grands vassaux de la couronne. 

Lorsque, à Foccasion des changemens faits 
auj^ monnaies, une émeute avait Ibrcé le roi 
à chercher un asile dans le palais du Temple ; 
les Chevaliers, en le protégeant avec succès , 
avaient prouvé , par ce succès même , qu'il 
n'eût tenu. qu'à eux de labandonner aux fu- 
reurs populaires. L'effet heureux et prompt 
de leurs soins à calmer la sédition avait peut- 
être donné à penser qu'ils n'y étaient pas en-- 
tièrement étrangers. 

Que Philippe eût soupçonné ou non la 
loyauté des Chevaliers, son caractère cuniiu 



22 DES TEMPLIERS. 

permet de croiré qu'il n'ayait point pardonné 
à une corporaùoD assez puissante pour le pro- 
téger contre ses propres sujets. 

Enfin, cette lutte longue et pénible de la 
France avec la cour de Rome avait sans doute 
laissé dans Tesprit du roi de fortes préven- 
.tîons contre un Ordre aussi redoutable que 
^ celui des Templiers, cjui, soumis par sa cons- 
titution même à l'autorité des papes , pouvait 
trouver, dans Iti» dcbals de la couronne et de 
la thiare, des motifs ou des prétextes pour ré^ 
sister à Tautorilé des rois. * 

Us furent donc coupables, aux jeux de 
Philippe-le-Bel , de tout le mal qu'il était en 
leur pouvoir de faire ; sa politique prévoyante 
ne leur pardonna point. 

.A la raison d'État se joignait une raison 
particulière ; le besoin de s'emparer de leurs 
trésors, et Tespoir de s'approprier leurs licbes 
possessions. - 

Quoique, par la suite des événemens, ces 
possessions ne soient pas restées dans le do- 
maine de la couronne, il csi évident que 
Philippe-le-Bei a eu primitivement le desseinr 
de les y réunir. 

Si 1 Ordre était abolie la prétention que les 
biens devaient appartenir aus princes dans la 




DES TBMP{iIËR& 2S 

j]ùâdicti<Hi desquels ils étaient situés» n'ayait 

rien de contraire aux principes adoptés alors 
par les tribunaux civils, et ecclésiastiques* (i) 
On accusait les Templiers d'hérésie , et la 
loi prononçait la confiscation contre les héré-* 
tiques. 

En i5o6 et iSoj, époque où fut concerté 
et exécuté le projet de saisir les personnes 
et les biens des Templiers , les finances du 
rojaume étaient dans un tel épuisement , qu'a- 
près avoir promis solennellement aux états- 
généraux de remettre les monnaies an taux ou 
elles étaient 6ous Louis IX, Philippe se vit 
réduit à fausser sa parole royale et à com- 
mettre de nouvelles altérations ; à la même 
épo<{ue, le soulèvement général en Norman-* 
die l'obligea de révoquer une imposition de 
dix deniers par livre, qu'il avait essaj^é d'éta-^ 
blir sur les marchandises. 

Douterons-nous que, pressé par l'extrême 

(i) Le sénéchal d'Aquitaine ^ à Voccasion nième de la 
saisie des biens des Templiers, réclamait la^coufiscaliou 
eu faveur du roi d'Angleterre. 

Bbk Anglia; , dux Aquitain», ùtitur in dicto duoatu si<ïut 
fiscus, et ad ipsmn luirtinet confiscatio omnium honorum 
incursoriuu ratioue omnium criminum pubiicorum et 
malestatîs et hœresis. Balum. ^ pii,pap. Aven. 



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24 DES TEMPLIERS, 

pénurie des finances^ le roi^ en pouisuiTant 
rOrdre des Templiers , n ait eu a la fois 
le désir et le projet de profiter de leurs 
dépouilles^ comme il s'était approprié^ peu 
de temps auparavant, celles des malheureux 
Juifs ? 

Mais il ne reste plus de prétexte au moindre 

doute; PIiilippe-le-Bel lui-même, dans une 
pièce qui se trouve au Trésor des chartn^^ et 
qui est postérieure à Tarrestation des Templiers, 
pose la question : Si leurs biens doivent être 
confisqtiia en faveur du pririce dans les États 
dnquei ils sont situés? (i) 

Il est constant que Philippe^ le* Bel , P^'^*' 
dant tout le temps de son règne, ne cessa 
de jouir- des revenus de l'Ordre ; lorsque les 
grands et le peuple, murmurant de la longue 
détention des Templiers, osèrent dire haute^ 
ment qu'on ne les avait fait arrêter que pour 
s'emparer de leur fortune^ si le roi consentit 
à ce que la cour de Rome disposât des biens 

(i) Aeticuli qvjbstionw ik HmoTxo tzMriijuutomtncy 

Sexto quacrîlLir de houis quae f^ictî Tcmplarii in com- 
iQuni tamque siia propria possidebant, an causa bajusuiodi 
debeant confîscari, in Ga)iis potestate eonslilula sunt. 
Tréêor deu Chartr99. 



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DES TEMPLIERS. '26 
en faveur des Hospitaliers^ il continua tou- 
tefois de perceToir les revenus, dont ni lui, 
ni ses successeurs ne rendirent jamais compte, 
et même il ne fut jamais question du riche et 
'immense moLilier, ni de For et de Targent 
trouvés et saisis au moment de l'arrestation des 
Chevaliers. 

En i3i6, Jean XXII se plaignait à Philippe 
le-Long de ce que, sous prétexte d'exiger de 
rOrdre de l'Hôpital le montant des traitemens 
, fixés pour les Templiers prisonniers, et surtout 
pour leurs geôliers, les agens de ce roi' saisis- 
saient les hiens mêmes des Hospitaliers, éta- 
blissaient des gardiens dans leurs maisons, 
ordonnaient des ventes, etc. (1) 

Enfin, en i3i7, Philippe-le-Long obtint des 

Hospilaliers, sans leur rien donner, une quit- 
tance finale de tout ce qu'ils avaient droit de 

• 

( I ) Senescalll , balliy î ceterique j usticiarii regai Fr a n- 
ctse prétexta quanuudam iitierariïiii quae a regali corià 
émanasse fenintar àe corapellencEîs Hospîtalariîs per cap^ 

tionem rt explectatloiicm bonoi um ijuoutlam ordinis 
Templi ({liiG iiospitalariis ipsisaplicata fuerunt adsc^ven- 
dum in Parisiensibus personis dictî quoadam ordinîa 
Tada sibi assignata tam pro se quam pro custodibus eo-* 
runitlcm unA cum arreragiis praelerili teniporis, }am 
miserimt pcr omkks i>omo« iraïus hospitalis ccrtos exe- 



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a6 DES TEMPLIERS. 

prétradre des admimstrateuis des biens du 

Temple, (i) 
Quek que fussent les moti& et même les 

droits de Philippe-le-Bel, comment excuser 
les mesures Tiolentes auxquelles il-fut succès- 
f sivemeut entraîné, contre les Templiers, du 
moment que, les ajant dénoncés devant la 

chrétienté, il crut 6on intérêt et son lionneur 
engages au succès de l'accusation? 

Philippe fut cruel, de peut de paraître in- 
îuste. 

Ce monarque , et la plupart des courtisans 
qu'il employait à combiner et à exécuter ses 
desseins, étaient, à certains égards, au-dessus 
de l'esprit de leur siècle ; et la preuve qu'on en 
peut donner, c'est qu'ib surent seconfcKnner à 
cet esprit. 

Enguerrand de Marigni, ministre, et Guil- 
laume de Npgaret , chancelier, étaient remar- 

cutores qui v£>'j>unt et distrahukt piio ubito boka 
UO6FITAI1IS XT NiBiuDMiNug ssRvixims aliquos in sior 
gttlb domibas posuerunt qui bdna omiha bwitaus ip- 

SIUS DISTRUUNT ET COUSUMUï^T. 

'Lettre de Jsjiir XXJI, Arimpvr , xr ial, juin ; 
prem. année de son pontificat, i3i6, 

■ (i) DupuY,p. i84. 



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DES TEMPLIERS. %^ 
quablespar leurs lumières, par leur caractère 
iërmç et entreprenant» et par leur déyoaeineitt 
absolu aux intérêts et aux volontés du roi. 

L'un et l'autre montrèrent la plus grande 
énergie dans la défense des droits du trône , 
contre le& entreprises de Boniikce VIII» 

Nogaret osa, en son propre nom^ intenter 
contre ce pape une accusation d'hérésie et 
d'impiété ; et , ce cpii surprendra moins pent^ 
être, cette accusation fut prouvée par une 
multitude de témoins. 

Parti secrètement de Paris , avec quel- 
ques hommes sûrs et résolus; et» se mOQ^ 
trant tout-à-coup au milieu de l'Italie, il 
réussit à surprendref le pape dans le village 
d'Agnanie, où il le tint quelques jours pri- 
sonnier. 

Gesr ministres étaient secondés par des agens 
animés du même esprit. Senoos-nous étonnés 
des mesures extraordinaires et violentes exé- 
cutées contre les Templiers ? 

On dira peut-être aujourd'hui que le roi et 
ses ministres ayant cru TaboliLion de TOrdre 
des Templiers nécessaire ou utile , il eut suifi 
de la prononcer ou de la faire prononcer, en 
faisant respecter cette décision légale par les 
moyens de puissance et d'autorité que le Gou- 



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d8 DES TEMPLIERS. 

▼ernement avait employés si heureusement en 

d autres circonstances. 

On se tromperait. Non seulement alors on 
ne reconnaissait puint que le monarque eût le 
droit de détruire un Ordre , mais*oii pouvait 
douter que le pape lui-même eût ce droit ; il 
n existait encore aucun exemple de suppres- 
sion d'Ordre religieux , et on verra bientôt 
que f pour le donner, la cour de Rome jugea 
nécessaire de convoquer un concile et de pré- 
parer les preuves de la nécessité mdispensabie 
qui pouvait légitimer cette mesure extraor* 
dinaire. 

Si Philippe n'avait pas cmplojé un coup 
d'état , s'il avait usé simplement de son au- 
' torité rojale , s'il s'était borné à prononcer 
ou à faire prononcer l'abolition de l'Ordre, le 
clergé et le peuple n auraient vu dans les 
Templiers que les victimes de la puissance 
rojale , et les grands qui regardaient les biens 
de rOrdre comme un second patrimoine de 
leurs familles , auraient peut-être })ris haute- 
ment le parti des Chevaliers déposèiédés ; une 
guerre^ civile pouvait naître de telles disseu- 
sions, 

La politique fut donc réduite à emplojrer 
contre les TempUers des armes plus puissan- 



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DES. TEMPLIERS- 29 

les, celles de la religion. Il fallut, enlesacca-^ 
blant, séduire le vulgaire, les calomnier dans 

l'opinion , les présenter comme hérétiques et 
impies» 

Les Templiers défendaient en public la re- 
ligion , on les accuse de loutrager eu se- 
cret Ils étaient respectés et considérés , on 
leur impute des mœurs infâmes. L'invraisem- 
blance et Fatrocité des crimes imputés devien- 
nent même des mojens de tromper la crédu- 
lité publique ; et le vulgaire , au lieu de voir 
dans ces infortunés des victimes de la politi- 
que ou de 1 avidité du prince , n'ose pas même 
les plaindre , quand ils sont dénoncés comme 
coupables d'impiétés et de déréglemens* 

Lesagensdu roi qui connaissaient toute l'in- 
fluence que les signes extérieurs et l'appareil 
religieux exercent sur la multitude , les em- 
plojrèrent avec une babileté cruelle ; si un 
Templier mourait dans la prison , son corps 
n'obtenait pas la sépulture ecclésiastique : 
c'était le châtiment imposé aux impies ^ aux 
hérétiques ; et le peuple qui distingue si ra- 
rement le fait d'avec le droit , jugeait les 
Templiers hérétiques , parce qu'il les voyait 
punir comme tels. \ 

L'accusation portée contre les Templiers 



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3o DES TEMPLIERS, 

n était pas difficile à rédiger. Depuis long- 
temps^ tcaites les £ûds que la hidne ou le 
fanatisme avaient poursuivi des victimes , 
les dénonciateurs avaient supposé le même 
genre de délits , et après laffaire des Tem- 
pliers , quand on voulut faire des coupables 
aux jeux du Tulgaire , on suivit k même 
méthode. 

Le rendredî (i) .i5 octobre iSo;, le grand- 

(i) Baed«&(qa,'âid»toraidioU 
£t ne Mà A MET 00 A. smoiT 
Furent li Templicti itns douUnce 
Tous pris par le Royaume de Ftutet 
Au mob d'oetohre , ma point dn jor 
Et on vendredi lit le jor. 

L'expression ne sai à tort ou a droit est à remarquer 
de la part de Tauteur^ qui rapporte tous ks crimies 
pâtés aux Templiers. On Iroare dans la suite de san i^t 
ces réflexions : 

Adoncqups Diex qui tout surmoule 
De leur iiaut estât les trébuche , 
Si les brise comme une cruche. 
Ainsi les Templiers il a fet 
Car ils s'estoient trop nieiiet 
Si coninie assez de gens le dient. 
Mais j£ »b aai ai lU mbsdievt. 
• •••••••« 

£t MAXHS 00 XOVSB QOVnBlOMXS 

SosT XAsnra ov cibl oomtoxiiss- 

Cirjtojr» MANUsex, défà dtée. 



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DES TEMPLIFRS. 3i 

maître et une foule de Cheyaliers soat toutnà- 
fïoup arrêtés dans le palais du Temple à Paris , 
on s'empare de leurs possessions et de leui^ 
richesses. 

Le roi occupe leur palais. 

Le même jour^ les autres Cheyalieis sont 
arrêtés dans toute la France. 

Le roi publie un acte d'accusation qui les 
qualifie de loups raviësans , de société perfide, 
idolâtre , dont les œuvres , dont les paroles 
seules sont capables de souiller la terre et 
d^ infecter Voir , etc^ 

Les habitans de Paris sont convoqués dans 
le Jardin du Roi \ toutes les communautés et 
paroisses de cette capitale s> rassemblent ; 
des commissaires ^ des moines prêchent le 
peuple contre ces proscrits. 

Ils étaient dans les fers; l'inquisiteur, Guil- 
laume de Paris , les interroge ; ils sont privés 
de tout conseil , . de tout secours ; on les 
menace; on laisse manquer du nécessaire 
ces guerriers! qui , par leurs privilèges et. 
leur opulence, rivalisaient naguère avec les 
princes. 

On promet la vie , la fortune, la liberté aux 
Chevaliers qui avoueront les crimes imputés 
à rOrdre. 



r 



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3û DES TEMPLIERS, 

Pour les y engager,, on leur présente de 
prétendues lettres du grand-maître , par les- 
quelles ils sont inTÎtés à fiiire cet ayeu. (i) 

Lorsqu'ils ont le courage de résister à tous 
les genres de séduction, on les livre aux tor- 
tures ; elles varient selon les lieux et selon 
les personnes ; trente-six Chevaliers périssent 
à Paris durant Tépreuve des plus horribles 
tourmens. (2) 

D'autres ne peuvent y résister. Pour se sous- 
traire' à la douleur, ils font les aveux exigés. 

On s'étonnera peut-être que des Chevaliers 
qui aiFrontaient courageusement la mort dans 
les combats, et qui la bravèrent si noblement 
sur les bûchers , n'aieuL pas aussi heureuse- 
ment résisté à la douleur violente des tortures* 

Pour apprécier avec justesse quelle difFé- 
rence existe entre la force morale qui rend 
rhomme capable de se résoudre à mourir 
un instant, et la force phjrsique nécessaire 
pour endurer de longs tourmens , il faut se 

# 

( 1 ) Copiam litterarum magnl m a gi str l q lùbns omnibus 

fralrlbus suis iutimabat quocl hoc et hxc fuerat coufessus 
et quod idem coulitereatur omaes. 

(3) Procesâus conir. J^mpl, 



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DES TËMPLIEK& S3 

faire une idée précise des diverses manières 
de torturer les accusés. 

J'en trouve les détails dans les codes avoués 
par rinquisition et dans les procès des Teu^ 

pUers, 

Les lecteurs , qui partageront le sentiment 
pénible que j'éproùve à transcrire ces cruautés 
juridiques, auront bientôt jugé s'il était po&* 
âble de les supporter long-temps. 

On dépouillait le patient , on lui liait les 
mains derrière le dos ; on attachait des poids 
énormes à ses pieds -, et la corde qui serrait 
ses mains» trayersait ensuite une poulie pla- 
cée au haut de l'instrument fatal de la torture. 

Au signal des inquisitéurs , la corde jouait, 
le patient ^tait rapidement suspendu en IW , 
et tout son corps cruellement tiraillé. 

Il poussait des cris; les inquisiteurs avaient 
soin que les greffiers prissent note non seule- 
ment des réponses de Taccusé , mais encore de 
tousses soupirs, de toutes ses larmes, (i) 

(i) Che il notario serîve non solamente tutto le riposte 
de]l reo, ma anco tutti i ragionameati e moU che tara e 
tatte le parole che egU proferirà né tormentî, anxt Tvrrr 
z Bvsftnif Ttmi i*s oeiba, vtmt i uLsmn s ut ui- 
onuiE. clic mandera. // Sacro ArsmaUj ù$wv pratica 
4d S, Officio, Aut. Masiui, 



54 DES TEMPLIERS, 

L'une des varia lioû^ de la torture consistait 
à hi3ser le corps , à lâcher ensuite rapidement 
la corde # et à retenir tout-à~coup dans Tair 
le corps retombant de tout son pends ; la chute 

et le mouvement rétrograde causaient au pa- 
tient la dislocation de tons ses. membres , et 

d'horribles douleurs , surtout daas les bras et 

4 

dans les cuisses , ^tc. (i) 

La torture de la corde était la plus usitée ; 
on emplojrait qu^lqueiois celle du ieu. (b) 

On enchâssait les pieds nus du patient dans 
un instrument qui nt lui permettait plus de les 
retirer;on les firottait d'une matière onctueuse, 
et on les présentait ainsi au feu le plus ardent. 

Pour éprouver la constance du torturé , 
on plaçait tout- à- coup, entre ses,, pieds et le 
feu, une planche qui interceptait la douleur; 
et , s'il persistait dans ses dénégations , gn re-^ 
levait la phnobe, et la douleur le resaisissait. 

Il j avait aussi la torture des talons« (3) 

Ou étendait le patient à terre , on enfermait 
son talon nu dans un talon concave de fer 
que Ton resserrait à volonté , et cette com- 
pression causait uue douleur insup|>ui lable.(4) 

Pt si la £ùblesse du corps ne peimettait pas 

(x) USacroAnmde. (a) Md. (5) Bid. (4) ii^. 



V 



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DES TEMPLIERS- 55 

d'autre torture , on plaçait , entre chacun de 
ses dpigtâî , de peiits morceaux de baguettes , 
en forme de sifflets , que l'oii pressait avec 
Ibrc^^ de mitoieri^ à £ûre craquer les os des 
doigts. 

OuUre ces tourmens ordinaires^ on voit daas 
les procédures faites contre, les Templiers 
qu'ils eu^ subifeixt de plus cruels encore. 

En quelques pajs , on leur arrachait les 
de^ts ^ (i) en d autres, on leur faisait calciner 
les pieds ; (?) ailleurs. e|i leur suspendant des 
poi4s à différ^nl^Ê^ psii^tiç^ du corps,' on ne 
pmgnuii pas de rendre la torture même im- 
pudique. (5) 

Upe fpule de Chevaliers périrent durant ces 
épi eu Y es terribles ; plusieurs de ceux qui 
ay^^nt lété 4Fi:étés dans ie palais du Temple f 

(1) In quîlms tormentls dioebat se c^uaUtor dentés per^ 
4idi$se. Procès, contra Ulsmplar, 

(2) Quodin tantum tortus et lortlonatus fiieratet tamdiii 
leiiius ad îgaeiu^ quod carnes talonumsuorumcombustae 
et ossa taioniim suoruia infra paocos dies ce«idenmt 

(0) i\Lït quaestionatus pondéribéé appepsis in osnx- 

tiliiBus et in aliis memliris uii^ue e&animaûonem. 
^I Qce^, contra 2 '^ mplar* 



36. DES TEMPLIERS. 

torturés et interrogés par Tinquisiteur Guil-*' 
laume de Paris , confesseur du roi :^ ou par 
ses délégués , ne purent éviter le malheur de" 
faire enfin les déclarations eiûgées par les in- 
quisiteurs ^ et Ton obtint un instant du grand- 
maître lui-inéme layeu que , lors de sa ré- 
ception , il avait renié la croix malgré lui » • 
et qu'invité à cracher dessus^ il avait craché 
à terre 9 et une seule fois. 

Que la crainte ou les tourmens de la tor- 
ture , le désir d'épargner aux Chevaliers de 
nouvellès épreuves , l'espoir de s'entendre 
avec le pape et d'apaiser le roi , eussent fait* \ 
céder un moment le grand - maître ^ il est 
certain qu'il donna bientôt à tous les Che- 
Taliers le signal et l'exemple de rétracter 
^es aveux arrachés par la violence. Ils offrirent 
ainsi y en faveur de FOrdre, un témoignage 
plus remarquable et plus authentique encore 
que ne l'eût été raffirmation continue de leur 
^ innocence I puisqu'il fallut soutenir et qu'ils 
soutinrent jusqu'à la mort cette rétracta.tiou 
courageuse. * 
Ceux des Chevaliers qui avaient la forcede 
résister aux tortures^ jetés dans des cachots 
et menacés de nouyeaux tourmens, n'avaient 
que le pain et Teau pour toute nourriture. 



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DES TEMPLIERS. S7 

Telles étaient les rigueurs ordonnées par 
les ministres d'un roi qui arait proclamé cet 
. axiome , digne des ^Trajan et des Marc-Au- 
rèle , que le citoyen accusé , même par Fin- 
quisition» devait entrer dans la prison seules 
ment pour être gardé et non pour être puni, 
ad custodiam non ad pœnam ! 

< En blâmant les mesures Tiolentes des ag^ens 
de Philippe-Je-Bel, gardons-nous •d'oublier 
que ce monarque arait bien mérité de Thu- 
m^nité et de la religion , lorsque touché des 
malbeurs et. dea gémissemens de ses sujets , 
il s'était opposé vivement à l'inquisiteur Foul- 
ques i Frère-Prêcheur , qui exerçait ses ra- 
vages dans ]p Languedoc. 

«Quoi y s'écriait ce prince , cet inquisi-^ 
«t teur a rinjustice de commencer les procès 
« par les arrestations^ par les tortures, par ki» 
« tourmens iiiouis , contre les personnes qu'il 
« lui plaît d'accuser d'hérésie ! Quoi ! par la 
« violence de la douleur , ce prêtre les force 
«d'ayouer qu'elles ont renié le Christ^ etc! » (1) 

« 

(i) Clamor Talidus et msinuatio luctoosa fidelium sdb- 
ditorum* . . . . processus suos in inquisitionis negotîo ft 

CAPTIOÎfIBUS , QU.^STIONIBUS , ET EXCUGITATIS TOR.MEjSTIS 

iucipieus personas <^uas pro libito asserit haeretica khe 



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c 



38 DES TEMPLIERS. 

Et ce même monarque permet qu en iSoj, 
on autorise de son nom tes terriMes mesures 
qu'il avait condamnées si hautement et si juste- 
ment en iSot ! 

Tous ces mojens injustes , violens et cruels , 
étaient employés afin d'obtenir Taveu que lors 
de la réception des Templiers , et d'après leurs 
statuts» on^xîgéait d'eux Tobligation esiLptesse 
d'être impies dans leur croj aiice et dépravés 
dans leurs meeurs; ifa'il% raiiaieut Gkristi 

qu'ils crachaient sur la croix s> etc. , etc. * 

Les instructions adressées par le roi à tous 
' les baillis et sénéchaux , aTaièiit été les ikiémes ; 
saisir les personnes et les biens > interroger^ 
torturer^ obtenir des aVeux, prcgnettre grâce 
à ceux qui avouent, menacer ceux qui nient. 
Aussi ^ dans les dépositions qui furent envoyées 
au roi, on trouve celte uniforniiléj qui est une 
forte présomption que l'accusé» cédaut à la 
force ou à la crainte, s'est borné à répondre 
affirmativement à tontine qu'on lui a demandé. 

noiatas, abnecasse ciiristum ycI, etc. etc. VI vel mztu 
loaMEKTOBUM f ateui compell.it. 

Lettre de Phmppe~îe^Bel tmrhant rinquUiteur de 
Touhu9e, datée dePontainehleau , duvendredi aprèê * 
la Saint-Martin cFInver, i3oi. 

Preweadei lliêtoire de Languedoc, t, ir,p, ii^. 



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IXBS TËHPLIfiRS. 39 
avjourdlim» dans le Trésor 

des Chartres, les interrogatoires de plusieurs 
TempHets, qui» cédant auxiorturooo aux 

menaces, firent les déclarations que leurs per^ 

sécutEUEs 43xigeaieiit$ mtts on ny trout^e pas 

les rëpoijses de ceux qui curent le courage 
et la £orce de résister aux douleurs^ aux 
menaces et aux séductions, soit qu'alors les 
coaunissaires négligeassent de rédiger ees ré*- 
ponses, soit qu'on ne jupeât pas à propos 
i^ojner à la coar des pièces aussi peu satisfais 
sâtntes. Les instructions données par Tin^piisî^ 
leur général, Guillaume de Paris, portaient ; 
« Envoyet au rot, sus le^ seaux des fscmaài^ 
« saires de l'inquisiteur, le plustost^ue il po]>- 
« ront, la oorts m 1. a. i>fiMsmoir <3&ex <^xst 

« GOVFESSfiiiOHT LBS DITES • ERREURS , ESF£CIAU~ 

« LS sBmimv M ïFOtRS sb^ubuh isxsn<- 

« CRIT. » 

Dans les infonnatkntis prises à Caen , on lit 

que treize témoins qui accordent enfin les 
aveux exigés , les ayaient conitaxnment refusés 

lors des interrogatoires précédens(i), dont il 
ne parait pas qu'on eût fait la rédaction» 

Ainsi , Philippe - le - Bel répandait dans 

(i) Les ç[uiex aTaientjuré par deux fols et est jexAinmé» 



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4o DES TEMPLIERS. 

tojjite la France des inquisiteurs , qui n a- 

valent aucune mission de la cour de Rome; 
il poursuivait les Chevaliers d'un Ordre re- 
ligieux qui, par les lois générales de l'Église 
et par leurs privilèges particuliers, n'étaient 
soumis qu'à la juridiction immédiate du sou- 
verain pontife , surtout quand il s'agissait 
d'une accusation d'impiété et d'hérésie* Grê- 
lait, de la part de Philippe, un acte d'auto- 
'rité rojale beaucoup plus iiardi que tout ce 
qu'il s'était permis lors de ses démêlés avec 
Bonilace VUI. 

• Clément V avait vu la cour de France, enne- 
mie de Boniface , n'attaquer en lui que le pape ; 
et il voyait aujourd'hui cette cour amie atta- 
quer en lui-même la papauté. U oomprit qud. 
danger courait l'auto rite du saint-siége. Il se 
récria contre les démarches du roi, députa 
deux cardinaux , et suspendit les pou^irs des 
évéques et des inquisiteurs. 

Les plaintes et les obstacles mirent Philippe 
dans le cas de déplojrer toute sa fermeté; le 
pape fut bientôt réduit à céder, et lé roi pro- 

• ♦ 

diligemmôit sm les articles desus dis et singaliëremeiity 

les quiex articles eus avoieut nié à plein. Tris, det Chart. 



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DES TEMPLIERS. 4i 

fila de cette condescendance pour obtenir 
idismitagé. T! . . ' -...i tir 

,»^iSoigneux de donner à toutes ses poursuites 
IWl^Areil etHViéme l'ostentation de la fustiee, 

le roi avait consullé la faculté de tliéolocie , 
.qui ayait répondu, le aâ mars i5oH, en fâi- 
sant Fapologie des mesures déjà prises. 

Il ^i^ait convoqué à Tours une assemblée . 
'àe «obles, de gens d'église et du tiers- état, 
" pour le mois de mai suivant. Cette assemblée 
«'expliquant an nom du peuple français^ de- 
manda unanimement au roi que les Templiers 
lussent pouTSuiTis et punis. • 

Une circonst^iance très -digne de remarque, 
c'est que, d#ns cette supplique, le peuple 
français non seulement demande la punition 
des prétendus crimes des Templiers^ mais 
encore observe que le roi n'a pas Lesoin du 
concours du pape pour exterminer des héré- 
tiques notoirement coupables : 

u Le chef des enfans d'Israël, MoiLse,::Cet 
K ami de Dieu , qui lui parlait face à face , 
(c s'écria dans une semblable circonstance , 
tt contre les apostats qui Waient adoré le reau 
ic d'or : Que chacun s'aiime du gjlaiyb et 
« FRAPPE. Et il ne demanda point , pour cette 
«vengeauce, le consentement dAaron, qui 




4» DES TEMPLIERS. 

«t était le grand** prêtre établi par Tor^lre de 

H Dieu.... (Tons les Templiers sont hodiicides 
«ou faateui» d'iK^asiiiCides Eh! pourquoi 
« lé roi tfès-chrétien fte procéderait-il pas de 
(c la sorte» même contre tout le clergé, si mai^ 
«*hraeeu8emeiit le clergé tofudMiit dan^ Fer^ 
« reur^ ou soutenait et ia^wisait cisax: qui j 
« ftOat tombés? (i) 

Il est évident que ces idées singulières pour 
le temps ayaient été dictées par la politique 
du roi et de ses ministres ^ qui opposiùent ha^^ 
hitement ce lang'age hardi, ce ▼cm iftïposànt 
du peuple français aux prétentions ou aux 
sompules de la cour de Rome. 

Le monarque avait jugé utile que tout le 
elergé de fVance participât h te vùtu. Quel-- 

(i) CuB&iastaaciadeYaiësi^p^^caipopuIus regui Fraocia 
quatenos adTertat tegii^ magestasi qiiod.«.; Pnnoepftfr» 
liorum Israël, Moyses, arnicas Beî , oui facîe ad faciem 

Dominiis loqucbatur, cùm propter simJlrîn aposlasiam 
filiorum Israël > qui titulum aureiun adoraverant, dûdt : 
AcmiÀt tntttaqjnÈqpt ^ItAImitm Ifr iinm#iciA^ maxir 

Mirnf 9UUM oonsensu Aaron fratrîs ëtti qnî mtsunre 

mus sacerdos constitutus de maD<lato Domini miuiroè 
requisito.... Isti Templarii omnes sont homioidae, velko- 

uûcldiorum fantores Quare non sic procedet rei: et 

prlnceps cliristîanissimas, otiam contra totiim clerum, 
61 sic erraret vei erraut/ç$ sastiueret vel faveret ? 



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FIÉS templiers: 43 

^qiies évéq(^:Vfê»t réfiaaé on négligé ik se 
f^i^re à rassemblée, il leur fit payer la dë-- 
pense des.autres.prékis «jmiaTaieiii tifaii^*à 

convocaliun. (i) ' ' • * ' 

^U\m> à^. moyens tpà contnbyâient lè 
efBt^cèment aux stoccès cfu 'ambitionnait Phi- 
l^pp^-rlerBely c'étaii de traiter lai -même eft 
personne les affidres iÉnopotialsliei «jui "èm^ 
geaieiit Le secret et la célérité* 
<^ ;iA^f«M4é;pfakcer la ibiare hmhi téte iteiW- 
chevéque,d<^ iiordeatiX, il s était concerté avec 
^jîpffjaMfa eoiiférencfe'éeRSeintHiim 
c.^jBnî>uUe .il aviul a^âu^ à Lyon au couronne- 
iliit 4u nM^masa papev^ punir les ièt«sr'€fc 
iS^céiéiHOnies religieuses, il avait uàédité et 

nll^ ses ipedptiuibies rproiieis^ On le Tem 

bientôt accourir au concile de Vieniip , y 
îi^ié-4u ^verain fpMAi£e; mâiatè^ 
nant c'est lui-même qui apporte dans Poitiers, 
4l(fjiémeQt y > ie vœu (ab^qurimé fpaf le peuple 

(i) Hoc Item iauio nisMktiiin Fbi%po FratÉi» 

coi*m re^ , quo fmetpkiir pvdbtîs ^prfmaem Bitiirîocvi- 

sis , qui non interftierant cuidam conrentui quem feœmt 
rex super facto Templariorum^ quod solvereut^expeusas 
prelatorum qui adf uerunt 

G<dJ^L» Cmrmst., in8trumBnii^Ecck$iœ Clara- 
mofiÊenns, t, a. 



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m 



44 DES TEMPLIERS. 

' Hy 6at de Tires discuMons entre le papè 

et le roi, et surtout entre les persoiioes (jui 
paidâie&t ou agiraient en leur nom. 

A son arrivée dans Poitiers, le monarque 
s'était prosterné devant le poiitdé et avait 
humblement' baisé ses pieds. Pendant le cours * 
des négociations > Clément Y ajant voulu s'é- 
vader et se retirer à BordeanJi^, ses bagages et 
ses trésors furent arrêtés aux portes de la vitte. 
L'activité vigilante du roi, ayant décottyeit le 
projet, en pmpécha l'exécution, (i) 

Pour donner au pape la conviction des pré* 
tendus crimes de l'Ordre, on lui présenta le 
29, 3o juin et 1/' juillet i9o8', environ 
soixante-et-dix Templiers choisis parmi ceux 
qui avaient cédé aux menaces ou avA tourmens. 

T^us ne répétèrent pas leurs précédentes dé- 
clarations* Jean de Valgellé, Tun d'eux, sou- 
tint ensuite devant la commission papale à 
Paris, qu'en présence du pontife il n'avait rien 
avoué, et plusieurs autres révoquèrent a Paris 
les dépositions que la torture et les menaces 
leur avaient arrachées, et, se rangeant parmi les 
défenseurs de TQrdre, confirmèrent, par une 
mort sublime, leur vertueuse rétractation. 

(i) Jodsrjsfsa Cajsfonig, Srt, Vxct. , Fita démentis. 




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DES TEMPLIERS. 4$ 

Le a luiUety le pape, tiot un consistoire pu- 
blic, où, devant son clergé, ks grands et le 
peuple, on lui les dépositions des soixante-dix 
Templiers. 

Cet appareil juridique frappait sans doute 
le Tulgaire ; mais que devaient penser le» 
personnes éclairées, quand elles reconnais^ r 
saient par les dépositions mêmes de ces infor^ 
tunés, qu'ils avaient été torturés ou présentés 
à la torture ? Ignoraient- elles que si oïdinai* 
rement des coupables se réi>ignent à l'épreuve 
des tourmens plutôt que de faire dea aveux 
qu'on n'exige que pour les condamner à la 
mort, dans cette cause, au contraire, les ac»** 
cusés étaient d'avance assurés de l'impunité et 
même des i>ienraits du roi, s'ils ikisaient les dé-* 
clarations exigées ? Il était donc évident que, 
ceux qui refusaient les aveux ou les révo- 
quaient, ne pouvaient être animés que par un 
sentiment d'honneur et par leur attachement 
à la vérité et à la religion. 

Quel eilèt dut produire sur cette nombreuse 
assemblée l'interrogatoire relatif au trésor 
de l'Ordre î.6es richesses étaient -elles sou 
crime ? (i) * » 

(i) l^àtomiov DE Jbak ds Foi.hao. 

Interrogdtas si scmt àli^id de thesaaro et pecuniftOr^ 



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46 DË& T£MPLIËR& 

. Le 5 du même mois, le pape écriTif à rio* 
^piisiLeur Guillaume de Paris : 

fi Quoique tous ajie& à juste titre mérité 
« mon indignation , de ce que étant si voisin 
m de moi, ircuis avez eu i auciace de procéder 
«ç sans ma réquintiaii contre le» Oievaliers du 
«« Temple 9 je veux bien toutefois user envers 
m VOUS de eléflieiice plutôt que de sévérité, et 
« d '«tprès les instances souvent réitérées du roi 
« dsi^Fvanoais, jeVous permets de procéder 
« avec les prélat^ du rojffaume et les délégués 
9 que je leur asiocierai; mi|is noB autre-» 
'% meat, contre les personne de l'Ordre du 
« Temple* » 

On se garda bien de présenter au pape le 
grand-mattre et les autres ehefe de l'Ordre. On 
les traduisait deyant lui; mais on les retint à 
Ghinon , sous prétexta que quelques uns 
étaient iiialades et hors d'état de continuer 
leur route jusqu^à Pojliiers. 

Mais pourquoi le pape^ dan^ une occasion 

^inis^dtxitquodaudÎTit diet a Delphlno prsedicto (j[iiod 
ciuB loAgkSler lemt àe ultra mare, portavU seeum csk- 

rVM XT QUXITQVAOIKTA Xl£X.IA rU>AKNORirM AU^UmOK XT 
0£CaM SmCARIOS ONERATOS TURROKUM OROSSOR0SC. 

Ih^uU. Gonfr. Templ. in çwr^ fiti9m> Àrf^ 4u Fkiiean, 



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DES TEMPLIERS. 47 

ai importante, dans une oSÙme tpui intéressait 
si essentiellemeni la chrétienté , ne ae trans^ 
porta-t-il pas i GliiBOii, qui n'est qu'à une 
petite distance de Poitiers? Pourquoi du moins 
n'app^la-t^il pas à PoîtierS' teisix des cheft qtii 
n'étaient pas malades ? Car une buUe atteste 
qu'ils ne Tétaient pas tous (1). Pourquoi ne 
mit-il aueun empressement à entendre le 
grandHEDattre, qui lui arait toujours demandé 
d'être admis 4 justifia l'Ordre ? Et puisqu'on 
reconduisit ces ichevalie]» de Gbincm à fiar^^ 
pourquoi ne leur fit-on pas faire le court tra- 
jet de Oûnon à Pditiersi avant de les ramener 
dans leurs prisons ? 

, Xic pape devait 3tnettre à interroger et à 

entendre le grand -maître, un empressement 
d'autant pllb grande que dans Tune des dépo- 
sitions (a) publiées dans le consistoire, on lit 
que les Templiers prisonniers à Paris aTaient 

(i) QuipAM ex. ijpsis sifi iufînnabaAtur hoc tempor« 
^od iQiriTAiut non poterant oeo ad BOftnun pveteûtûna 
quoqao modo adducî. 3 kaLjan.j an Mr pontif, 

(â) Déposition de Jean de Folhac le témein rapporte 
la lettre en ces termes ; Scîatis quod rex et cavdinaks 

cras renient atl doinum istam. Alii îmti es revocabunt 
confessionem. EevocetisetYos^ et tabulai reddatis por- 
tatori. 



« 



48 DES TEMPLIERS. 

reçu des lettres du graad -maître^ qui Iqs ea- 
gageait à rétracter les aveux^ 

Jl est certain que Tentrevue du pape et du . 
grand*- maître eut mneaé des jéclaircissemens 
importans. Ou les craignait, un les évita. 
. Ije. p^P^ avait pjermis aux évéques de 
procéder contre les Templiers. D'après sa . 
volonté, et surtout d'ajprès les loi» ecclé- 
siastiques, chaque ^évéque • n'avait droit de 
procéder que.daos son diocèse, et seulement 
cont^ Içs piersonnes soumises à sa juridic- 
jtion : la cour de France, importunée par ces 
formes , demanda que le pape autorisât les 
évéques à informer dans leurs diocèses contre 
les chevaliers étrangers qui s jr trouveraient, 
et le pape n'osa pas refuser rautorisation. 

Alors le roi sollicita encore le |tape de don* 
ner à chaque évéque le droit de poursuivre les 
Templiers, même hors de son diocèse ; et 
quoiqu'il n'y ait jamais eu peut~éUe d e-\einple 
d'une telle violation de l'ordre des- juridic- 
'tions, le pape ne résista pas davantage. 

Enfin, avant que TOrdre lût jugé dans un 
'Concile, avant qu'aucun tribunal eût prononcé 
'^suT les accusations dont on noircissait les Che- 
valiers, Clément V lança une bulle d'excom- 
xuunicatxon contre toutes les personnes qui 



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DES TEMPLIERS. 49 

accorderaient aide^ secoursi retraite ou coa-* 
seil à ces infortunés. (1) . ^ - > 

A-t-on besoin de recourir à des mojrens 
aussi yiolens> quand il s agit de punir un yéri^ 
table délit ? , 

Dans rentrevue de Poitiers, il„ a^ait été^ 
convenu <ju^un concile œcuménique stîiait 
convoqué à Vienne pour prononcer Taboli- 
tion de l'Ordre. ^ 

Le pape nomma une conmiissionqu il char- 
gea de se rendre à Paris et d j prendre contre 
rOrdre en général une information juridique , 

(x) Nos enim bmnes et singulos, cujuBcumquepnee^ 
nûnentUe tùat, dignitatis, ordinis > condîdoms aut status , 
etiam si pontificalî pnefulgeant dîgnitate, qui supra dictis 

Templariis , vel eorum allciii, scienter, publicè, vei* 

OOCULTÀ, FR^STABUNT AVXtLlliM,, COUSILIUM, YSI* FAYO- 

EBM, yel alias ipsos, vel aliqpios ipsorum receptare 
retinere y aut eis ut piremittitur farere presumpserint , avf 
torîtate presentis^ e&cojocujmicatioms s£nt£14tia inno- 

BAMUS 

Absolutionem pnedictonimi pneterqnam in mortis ar^ 
ticulo, ac relaxionem ipsius interdicti nobis nostiîsque 

succesboi ibus reservantes. Si (]ins autem his atltTiiptai-e 
presumpserit , indiguationem omai-poteatis Dei et bea- 
torom Pétri et PauU apostoloram ejus se noverit iucur- 
sanan. Datum TolosS; 5 h€Uênd. 7atmaru,poiU^icaiû» 
no9tri arniQ quarto. 



5o DES TEMPLIERS. 

dont les preuT^ pussent motiyer la décision 

du concile. 

Les membres de cette commission furent : 

L'arcjievêque de Naibonne; les évêqiies de 
Bajeux , de Mende , de Limoges , les archi- 
diacres de Pluucu, de Treille, de Maguelune; 
le préyot d'Aix. 

On présume aisément par tout ce qui a pré- 
cédé, que les ministres du roi ne fuient pas 
étrangers à la rédaction de Tacte d'accusation 
contre les Templiers. 

Mais il n'j a nul doute que cet acte d'accu- 
sation n'ait été rédigé à la cour de France : par 
une singularité assee remarquable > on a gardé 
au Trésor des Chartres , le brouillon original 
de cet acte , sur simple papier , chargé de 
quelques corrections (i) et tel qu'il se re- 
trouve parfaitement mis au net sur le yélift 
envoyé par la cour de Kome. 

(i) Voici €[uelq[uesruues de ces corrections i 

Ait. 5i. Leâ mois ; lUorutn ^ui eraiU in capUulUj 
sont ajoutés. 

Ârt 55. Ajouté en en^r. 

Art. 61. Finissait ainsi : et portarerU de nocte» 

Gorrection : ei uoniùUiè porimni et hœc fa* 

cieharU du iwcte. 



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DES TEMPLIERS. Hi 

La bulle qui ordonnait d'informer contre 
rOrdre , prononçait que l'Ordre entier et 
chacun des Clieraliers qui voudraient le dé- 
fendre^ seraient cités par devant les com- 
missaires, et que rinformation achevée, TOr- 

DRE, PA.a LE MINISTÈRE DE SES StNDIGS OU 
DéPElfSBTJftS , COMPARAtTRÀlt DEVANT LS PON- 
TIFE DANS lîN. CONCILE GÉl^ÊRAL. 

Toute la chrétienté fut divisée en arrondis- 

semens , dans lesquels chaque archevêque , 
chaque évéque , tous les délégués du pape et 
tous les inquisiteurs reçurent Tordre exprès 
de poursuivre les Templiers. Ainsi, en France, 
en Angleterre, en Suède, en Norvège, eu 
lOanemarck, en Allemagne, en Pologne, en 
Espagne, en Portugal, en Italie, dans les îles 
de Majorque, de Corse, de Sardaigne, de 
Sicile, de Chypre, dans le duché d'Achâîe et 

& Comtaatinople» il ne kur resta plus ftueun 

»* 

Art» 68. Le mot />nea^H^ est ajouté. . -t - 
Art. ^. Fr^èrè yèràvân t item }jlùiili mti M^HiÙSf^ 
fktêèê mh fcmHquo. * ' « ' "' ' 

Conectioii : Item, quod non esi menloria ali- 
cujus dê Ordine qui piuat 

Art 97. Les mots ut débtbaht, ont été outés. 
• ASPt. 137 . In toto cotisistorio , a été comgé yar ^Uno 



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Sa DES TEMPLIERS. 

asile; partout ils furent sous l'œil et . sous la 

zçiam de 1 Iii(|uisilioii. (i) 
Cependant les éréques ou les inquisiteurs 

interrogeaient dam toute la France les Tem- 
pliers arrêtés» 

Dans la procédure faite par révéque de 
Glermont, en juin i5og, soixante-neuf Tem- 
pliers comparurent; quarante firent des aveux 
et vingt- neuf soutinrent rinnocence de TOr- 
dre. (2) 

Après les dépositions, Févéque les. rassem- 
bla tous ; d'un côté furent placés ceux qui 

(t) lia bulle ad omnium fitB notUù^, fut adressée, 

d'après l'indication du registre de la eorrespondance de 
Clément Y, à solxante^tHlis.-huit archevêques dans la 
chrétienté , etc. etc. , aux patriarches de CoiUtantiiiople, 
d^Aquilée ,-de Jémsalem , etc. etc. 

# 

(2) Ftedictos fratres examinatos ad nostram adduci 
fecîmus preseatlam ^ confiteniibiis ab ttoâ parte positis et 

negantibus en alterâ Dictique negantes ante nobis 

interrogati suis depositiouibus se asserueruut velle per- 
aistere i protestantes qu^ si de cetero meta tormenti , Tel 
carceris , yel alterius poeiue seu maoerationis carms , coit« 
filerentur alia quàiu confessi sunt , uolunt quod credatur 
cisdem nec quod eis uoceat^ quouûnùâ per primas depo-. 
sitîones suas fiât eis justitÎK complementum. • - 

Interrogati qui faenint ante nobis prelktî firatres con- - 
iitentes^ an velleut aliquid ad eoi uiu dcHeasioncm propu- 




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DES TEMPLIERS. 55 

avaient fait des aveux , et de lautre ceux qui 
étaient restés fidèles à l'Ordre. 

Les Templiers fidèles, interpeUé%de nou- 
yeau / déclarèrent qu ils persistaient dans leurs 
réponses, et qu'au reste , si par crainte de 
la torture, de la prison du de toute autre 
peine corporelle, ils faisaient dans la suitd 
quelques aveux > ils demandaient que ces 
aveux ne fussent pas valables et que la justice 
n'eut égard qu'à^leur première déposition. 

Les autres, interpellés s'ils voulaient propo- 
ser quelque défense, ou attendre le jugement 
définitif, répondirent unanimement qu'ils ne 
voulaient ni se déiéndre, ni être jugés, mais 
qii'ils se soumettaient en tout et partout à la 
miséri/corde de l'Eglise. 
> Quelle différence entre le courage inébran- 
lable des vrais Chevaliers , et la timide et 
lâche conduite de c^nx qui abandonnaient 
l'Ordre ! 

nere,et aiiTeilent)udîciûm vel deffinitivam sententiam ex- 
pectore, qui qmdein unanimiter respondemnt quèd noie-* 
limit altquid proponere , nec sententiam audire , sed eccle* 

aiaenaiseï icordiae se la omnibus etper omnia submiserunt. 

ARTlCUZa JiT JN^ORMATJO FACTA PSrDoUIITUM 
EPÏSCOPaM CjLARAMOJSrTBNSMM COITTJLâ TsU'* 

BiBidOT. IMPER, f manmcriu de Baluze. 



64 PES TEMPLIERS. * 

ï/é\èquc d'Elne (i), par ordre de l'arche- 
véque de Narbonne, avait pris, durant le moU 
de févrj^r, une iiilurmatioa contre vingl- 
cinq Templiers de la maisoa de Mas-Deu, 

détenus dans le château de Trulars. 
Cette procédure est un monument remar* 

quable. 

Tous attestent la pureté çt Tinnoceace d^ 
rOrdre, tous déclarent qu'ils ne croient pas 
qu'4ucua Templier ait avoué les crimes in- 
vraisemblables et honteux que suppose Tacte 
d'accusation. Si quelque GheYalier , disent-^ils^ 
a fait des aveux > fôt-ee le grand-maître, il bu 

▲ MENTI PAR SA. QO&GMb {à) 

L'un d'eux ajoute : m Ceux «pi ont fait de 

«c tels aveux ne sont pas des Templiers., mais 
« le diable incarné dans la peau des bammes. » 

Ils expliquent en détail les règles et les 
usages de TQrdre ; ils déposent entre les maibs 

(i) li'évéché d'Elue a étémnrféré à Perpignan. 

■ 

(9) Mentitos est rsa ovIiAK sua» faiso modo 

Illos non fuisse fralres Tenipli, sed j>iabolus m pelle 

RdYMViTDt Eprscopi sslskbstsîs ijrçtrisiTt^ 

CONTRA TeMPLARIOS. 

Bjbx>* infjp, , mamscriU de Colberi-, 



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DES TfiMPHEaS. 55 

de 1 evéijue le livre des 9tatut3, qui conyneaçe 
par ces moto en langue romance : Quam al- 

GUN P&O CM a£QU«KK LÀ COMPAYA DE I^A MaïSO* 

Leurs réponses, dictées par un sentiment à 

la Ibis religieux et chevaleresque, ^accordeat 
non seulement avec les dépositions des autres 
Chevaliers fidèles, mais encore avec le texte 
des statuts de l'Ordre , qui n'ont été retrouvés 
que depuis peu d années. 

Mais pourquoi s'arrêter à ces procédures 
partielles qui précédèrent les grandes opéra- 
ûoDs de la commission papale; opérations dont 

devait dépendre le sort de FOrdre entier? 

Cette commission se réunit à Paris, le 7 
août i3o9, et ordonna que les frères du Teui- 
plo lussent cités devant elle au premier ^our 
non fériat; après la Saint-Martin d'hiver* 
Elle envoja des, messages pour faire puhher 
la citation en présence du clergé et du peu- 
ple ^ dans les cathédrales, collégiales, églises 
et écoles , dans les principales maisons de 
rOrdre, et dans les prisons oii^les lemphers 
étaient détenus. 

A l'époque désignée , la commission s'as- 
sembla à révéché de Paris ; mais durant plu- 
sieurs séances, personne ne comparut au nom 
de rOrdre'; de nouvelles citations jurent laites 

m ^ 



4 



56 DES TEMPLIERS. 

à cri public. Les commissaires prorogèreat le 
délai , parce cp'ils s'étaient aperçus que les 
mandemens donnés pour citer les Templiers 
avaient été ou mal interprétés , ou non exé- 
eûtes* 

Que, dans les provinces éloignées, cela fût 
arrivé, il nj aurait eu rien de surprenant; 
mais que penser, lorsque à Paris, sous les 
jeu\ même de la cour, on avait négligé ou 
plutôt refusé d'intimer cette citation aux pré- 
venus? Si devant les inquisiteurs, ou devant 
révéque de Paris, ils avaient avoué librement 
l'hérésie dont l'Ordre était accusé, pourquoi 
craignaitH>n de les avertir qu'il étaii permis de 
le défendre ? Devait-on attendre que les com- 
missaires du pape refusassent de commencer 
leurs opérations, avant que ce préalable sacré 
n'eut été rempli? 11 est évident que la cour de 
France ne voulait qu'un simulacre de procé- 
dure, et qu'elle cherchait à éviter les explica» 
fions franches et les justifications courageuses 
des Chevaliers* 

Cependant Tévêque de Paris, invité par la 
commission papale, va lui-même iaire publier 
la citation dans les prisons où étaient gardés 
le grand-uiaîlre, le grand-visiteur et quelques 
autres chefe, et ensuite il fait remplir la même 



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DES TEMPLIERS. 67 

formalité daas les autres prisons de la ville et 
du diocèse* 

On peut juger encore de Tesprit qui diri- 
geait les ministres du roi , par un événement 
consigné dans la procédure. 

Les commissaires apprennent que le prévôt 
du Ghatelet a fait arrêter, emprisonner et. tor- 
turer quelques particuliers qu'on présumait 
être venus pour défendre 1 Ordre. 

Le prévôt appelé par la commission / 
déclare (1) que les ofHciers du roi avaient^ 
ordonné de saisir sept particuliers en habit 
laïque^ dëuonoés comme Templiers fugitifs 
cffa, ayant quitté Thabit de TOrdre, étaient 
venus à Paris avec de l'argent, pour procurer 
des avocats et des défenseurs aux accusés ; il • 

avoue qu'il a fait donner la question à ces 
étrangers, mais qu'il ne croit pas qu'ils soimt 
Templiers. 

La commission ordonne au contraire d a- 
mener devant elle tous ceux qui voudraient 
déiéndre TOrdre* 

' Ainsi, dans le même temps que la commission 
papale faisait appeler à cri public, au-devant 
de la porte de rÉvéché, les personnes qui 

(1) Proeet^ oontra Templar. 



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I 



1 
I 

58 DES TEMPLIERS. 

désiraient défeadre l'Ordre » 1^ officiers du 
roi arrêtaient tous les malheureux $oupçoniiei| 
de s'mtéç^ïser à cette défense ; on les empri- 
fonnait, qh Ifs torfurait, cmime TempUera 

présumés ! 

Qu'oa juge commeatoa traitait les Ghera- 

liers ^ux-mêmes ! 
• Cependant la publieatioH de la citation dana 

les dilierentes prisons de Paris, avait réveille 
Tespérance et Iç courage des accusés. Op^ 

primés par les officiers du roi, et par les 
inquisiteurs, ils apprirent avec joie que, sous 
les yeux et par les soins d'une commission 
nommée par le pape, le procès contre TOrdre 
entier serait instruit avec une publicité et une 
, solennité dignes de ses malheurs. 

Le mercredi 26 noTembre> J acques de Molat 
parut devant les commissaires. Ils lui deman-» 
' dèrent s'il Toulait défendre TOrdre ou parler 
pour lui-même. 

Le grand -maître leur dit : « Il serait 
« étonnant que TEo^lise mît tant de précipita* 
« tiou à exiger la défense de TOrdre, lorsque 
« la sentence relative à l'empereur Frédéric a 
« été suspendue pendant trente *deux ans. Je 
«< n'ai ni assez de lumicics, ni assez de talent 
« pour défendre TOrdre; cependanl; je suis 



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DES TEMPLIERS. S9 

«c prêt II le faire> seloo mes faibles moyem ^ 
«ne serais -je pas vil et méprisable à mes 
M jeux et aux jeux des aut^'es, si j'abandoii» 
« nais îa défense d'un Ordre qui m'a procuré 
« taat de précieux avantages ? «le ne me dis-^ 
« sipiule pas la difficulté d'une telle entve^ 
u prise , lorsque je suis captif du pape et.. 
« du roi 9 n'ayant pas lè moindre argent pour 
ic fournir aux lirais de cette défense^ je de-» 
« maade donc secours et conseil. Mon inten-^ 
<c tion est que la vérité soitéclaireie^ non seu- 
le lement par les ChevaUers^ mais dans toute» 

m 

« les parties du monde^ par les.rois^ princes ^ 
« prélats, docs, comtes, barons; je suis préff 
tt à m'en tenir aux dépositions et aux téaioi- 
« gnagesdesrois^ princes, prélats, ducs, comtes 
« et barons, et autres hommes probes (1)». 

Les commissaires répondirent : 

<c Réfléchissez bien sur votre offre de dé- 
« fendre l'Ordre ; pensez aux aveux que vooa 
« avez faits contre lui et contre vous-aicine. 
« Néanmoins nous vous admettrons à le dé^ 
«fendre, si vous persistez dans ce dessein; 
« nous vous accordons même un délai ; mais 
« en yous avertissant qu i^u niulière d'Iic- 

(1) Procès, contra Templar. 



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6o DES TEMPLIERS. 

«résie, on procède sonimairenient et sans 
formalités^ sans plaidoyer d'avocats ni forme 
«r de jug-ement fi) ». 

Afin cpiïL put délibérer avec connaissance 
de cause 9 les commiissaires firent lire, en 
langue vulgaire , les pièces qui contenaient 
leurs pouvoirs* 

Durant la lecture des lettres apostolicjues, 
<jui supposent les aveux du gvand -maître en 
présence des cardinaux qui lavaient inter- 
rogé à Cliinon, il fit et répéta souvent le 
signe de la cioix, et, par d'autres mai^ues 
plus énergiques ^ il manifesta son étonnement 
et son indignation, ajoutant que s'il ne de- 
vait du respect aux envoyés du pape, il 
s'exprimerait différemment ; et , comme les 
commissaires lui répondirent qu'ils n'étaient 
point là pour accepter un défi, il répliqua 
qu'il n'entendait point parler de cartel, mais 
que plût à Dieu cpi'on a^t dans ce cas , 
comme agissaient les Sarrazins et les Tar- 
tares, qui tranchent la téte et fendent le 
corps par moitié à ceux qui sont reconnus 
pervers. Les commissaires lui notifièrent alors 
que ceux que l'Église reconnaît hérétiques 

(i) Procès, contra Tempiar, 




DES TEMPLIERS. 6t 

ol>stinés, elle les abandonne à la justice sécu- 
lière* 

Guillaume de Plazian^ officier du roi, assis^ 
tait à cet interrogatoire ; les commissaires ont 
soin d observer qu'ils ne Tayaient poiAt ap- 
pelé. Ce courtisan dit au grand- maître de 
Lien prendre garde à ne pas se perdre im- 
prudemment* lie grand -maftre répond qu'il 
voit bien qu'il doit sagement réflécl^, et il 
demande jusqu'au vendredi* 

Ainsi, la première fuis que le grand-qiaître 
parait devant dpsagensinipartiaux, il se récrie 
sur ce qu'on a inséi^é dans les lelires aposto- 
liques des ayeux qu'il dénie formellement* 
Et ces aveux sont relatés dans une bulle qui, 
adressée à toutes les cours de la chrétienté» 
se. trouve partout datée du 12 août, tandis 
qu elle rapporte les prétendus aveux à la date 
du lendemain de la féte de l'Assomption , 
c'çst-à-dire , du 16 août (i)î Et cette bulle 
atteste que le grand-maître a abjuré, son hér 
résie, et a été réconcilié avec rÉglisel Cepen- 
dant le grand-maître était traité dans sa prison 
à Paris ^ soit quant à Tentier dénûment.de 

tout secours pécuniaire^ soit quant à la priva- 

« •• ■ 

( 1 ) FiiEUET^-fiList Ecdéskistiquei Ut«xci; a le premier 
fait cette remarque importante. 



63 DES TEMPLIERS. 

lion des secours spirituels , comme un Tem-* 

plier toujours supposé hérétique et non récon-» 

Une âlUM eirtoiistii&ce à remarque!', c'est 
qu'un offîcier du roi soit présent à l'interroga- 
toire ^ sânsy A^ùit été appelé ; ce courti^ , lié 

amitié avec ie grand-maître avant sa disgrâce, 
feint de é'intél^ésser encore à cet infortuné , et 
ti'assiste à son interrogatoire que pour le dé-' 
courager dans ses projets de défense. 
' Favori de Philippe, Guillaume de Pla- 
Éiati avait dénoncé Boniface VIII , datas ras- 
semblée des états -généraux. Après la mort 
du pontife romain, il avait été envoyé à 
Rome pour s'entendre avec Benoît XI. Il ve- 
nait de triûter à Poitiers l'affaire des Templiers 
et avail obtenu, au nom du roi, qu'ils fussent 
poursuivis comme hérétiques (i). On sent de 
quelle influence pouvait élre la présence de 
ce courtisan, que le grand-maitre regardait 
encore comme son ami; et Ton devine i 
quel dessein il avait offert ses conseils. 

(i) SvM petitiones per militem Gnûllennitm de Fbh 
sîano porrexit super facto Templarîorum , exponens ipso.i 
inventos fuisse hxreticos, peteus dictas miles ut dicû 
.Tem^larii sictu hierelîd pimiantnr. JI^am.»W/. ^Mp. 



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DES TEMPLIERS. 63 

Le 27 du même mois> comparut derant les 

commissaires Ponsard de Gisi : 

LES COMMISSAIRES (l). 

« Vpulez-yous défendre Ternira ? 

Ht PONSARD DB GISI.' ^ ^ ^ ^^î^^ ' 

« .Oui ; l'imputation qu'on nous fait de re- 
« mèp Jésus-Gbrist, de cracher sur la croix, 
t« et d'au Loriser des mœurs infâmes, et toutes 
« 1^ accusatioils semblables'^ sont fausser. Si 
tf moi-méiiie, ou d'autres Cheyaliers, nous 
«ayons fait des aye^x devant l'évéque de 
« Paris ou ailleurs, nous avons trahi la vé- 
« nié, nous aycms cédé à la crainte, au pé- 
« ril, à la violence. Nous étions torturés par 
f( Hexian de iieziers, prieur de Montfaucon^ 
« et par le moine Guillaume Robert, nos enr 
« nemis ». 

« Plusieurs des prisonniers étaient convenus 
» entre eux de iaire ces aveux poiir évMer 
« la mort, et parce que, durant l'épreuve des 
fc tortures, trente-six Chevaliers étaient morts 
« à Parîs^ et un grand nombre dans d'autres 
« pajrs. 

et Quant à moi , je suis prêt à diéfendte 

(i) Procès, contra Temjphr, 



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64 DES TEMPLIERS. 

« l'Ordre» en mon nom et au nom de ceux 

qui leruiiL cause commune avec moi, si^ 
u sur les biens de l'Ordre , on m'assigne de 
ce quoi fournir à la dépense iiécessaire. Je 
«c demande qu'on m'accorde le conseil de 
«( Rajnaud d'Orléans et de Pierre de Bou- 
«( logne^ prêtres de l'Ordre. 

« Je dépose cette cédule (i) où j'ai écrit de 
K ma propre main les noms de ceux que je 
f< regarde comme nos ennemis* 

• 

LES COMMiââAlKSS. 

« Avez-Yous été toi luré? 

PONSA&D DE GISI. 

« Oui, trois mois avant Taveu que j'ai lait 
« devant l'évêque. On m'avait lié les mains 
u derrière le dos d une manière si forte, que 
« le sang coulait presque par les ongles ; je 
« fus pendant une heure abandonné, en cet 
« état, dans une basse^fosse. » 

r 

I 

(i) Ces sont les treTtonrs Itquel ont préposé fiiuselé et 
debaate contre ceate de la religion deu Temple. Gailial- 

xnes Robert moynes qui les mitoyet à geines^ Esquîus de 
Flexian de Biteriis, eu prieus de Montfkucon, Bevnard 
Pàleti , prieur de Man et Gendis et Ererances de Boxxol 
echevalier Tcneus à Giâoiâ. Procès, contra Temphr. 



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DES TEMPLIERS. 65 

Ce .cheralier^ qoi le premier a le courâge 
de se poster pour déiènseur de l'Ordre, ne 
peut s^empécher de manifester se» craintes à 
raiâoa de ce courage même : il prévoit qu il 
sera-maltraité. Les comimssaire&le recomman- 
dent aux inspecteurs des prisons. 

J'ai du à Ponsard de Gisi l'honneur de le 
nommer, iaunédiatement après le grand- 
maître , à la tête des nombreux Chevaliers 
qui bientôt nous feront admirer leur sublime 
dévouement. Je rassemblerai les autres ré* 
ponses qui m'ont paru dignes d être répétées 
par riûstoire (i). 

Le grand-maitre reparaît devant les com- 
missaires. 

LES COMMISSAIKES. 

- 

et Youlez-vous déiendre TOrdre?» 

tt Vous m'avez lu des lettres du pape, qui 
tt se réserve mon jugement; je ne vetut pas 
«c défendre l'Ordre devant vous; je demande 

«< d'être admis en présence du pape. 

(1) On présume aisément que Ponsard de Gbi fut 
Vunç dos premières victimes iiyrées awL bûchers. 

5 



r 

^ Diaitizec 



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■ 



I 



m DES TExMPLIERS. 

«c Faibla et morliel , ye n ai que cet instant 

« .peut-étrç pour réclamer ce droit sacré. Que 
tt le pontife m'appelle. Oui , qu'il m'appïdile 
« AU plutôt ; et en sa pré^euce je parierai , 
« selonmea mojent^ àla glaire de Diea et de 

« l'Eglise. 

LES GOMMISSAI&£S» 

ce Nous n avons pas à nous occuper des per- 
te sonnes ^ nous sommes euTOjés par le pape 
« pour iniormer contre TOrdre entier. 

tt Je TOUS requiers d'a^r loyalement et fi- 
ce dèlemeat; cependant^ pour lacquit de ma 
tt conscience 9 je présenterai ttois observations 
« en faveur de notre Ordre : 

« i* Ëst-ii aucun Ordre où les églises 
« soient mieux pourvues, et de riches orne- 
€1 mens, et de tout ce qui est uécessaire au 
« cuite divin; où le service se lasse uueux par 
« les prêtres et par les clercs ? Je n excepte 

<c que lei> cathédrales. 

« 2° Aucun qui répande autant d*aumones ?. 
« Dans toutes nos maisons , il est de règ'le 
<c d'accorder l'aumône trois fois la semaine 
« à tous les pauvres qui se présenteat.; 

"S, 

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DES TEMPLIERS. 67 

n 3* En esiril aucun dont les GheTaliers se 

u soient exposés aus^ généreusemeut pour la 
» défense de la religion chrétienne contre les 
« Infidèles, aient répandu autant de sangpouir 
t eUe, et se soient fait également ledouter des 

« ennemiâ de la fui catholi(juQ? • 

LES COMMISSAI&BS. 

^ Sans la foi, ces soins, ces œuvres, cette 
«i :Ndeur ^ sont inutiles air salut de l'Ame. 

« Je conviens de cette vérité. Mais j'atteste 
u que je crois enDieu, àla Trinité des personnes 
« et à tous les autres articles de la foi catho* 
B lique; je crois cju'il ny a qu un Dieu, qu'une 
« foi, qu'un baptême,- qu'une Éj^lise, et qu'à 
« la mort, quand T^e se sépare du corps, il 
« jr a un juge des bons et des méchansM. 

Le chancelier Guillaume deMogaret, pré-* 

sent, prend alors la parole^: 

« Dand les Chroniques de Saint* Denis on 
«trouve qu'au temps du sultan Saladin^ le 
<c grand' maître et les autres chefs de TOrdre 
u lui prêtèrent hommage , et que le sultan 
te a;^ant appris leurs revers, les attribua à ce 
« que les Chevaliers étaient coupables d'un 



68, DÉS TEMPLIERS. 

« vice infâme, et à ce qu'ils avaient préva- 
le riqué dans lew foi et dms leur loi^ 

U ORAKD-MAiTRE. 

V Jamais, jusqu'à ce jour, je n'avais entendu 
ce de telles calomnies. Quand j'étais outre mer. 
Ci et pendant le magistère de Guillaume de 
il Beaujeu, moi et plusieurs jeunes gens qui vou- 
« lions guerroyer, comme c'est la coutume des 
« jeunes militaires^ nous murmurions contre 
ce le ^and- maître qui restait eh paix avec le 
a sultan durant la trêve que le roi d'Angleterre 
•c* avait établie entre les Chevaliers et les Sar- 
cc razins ; mais, dans la suite, nous fumes 
« cobvaincus que le grand-maître agissait 
ce prudemment , attendu que l'Ordre possé-* 
« dait plusieurs villes et forteresses enclavées 
« dans les terres du sultan ». 

Ne sera-t*-on pas surpris de la présence du 
chancelier? Par ce soin d'observer et d'inti- 
mider les Templiers en public et sous l'œil, 
même de lajustice, qu'on juge de ce qu un 
osait dans Tombre et le secret des prisons. 

Le chancelier ne pouvait ignorer la fer- 
meté avec laquelle le grande maître > dans sa 
précédente comparution, s était récrié contre 

ses prétendus ave^x çnoQcés dans la buUe^ et 



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' DES TEMPLIERS: 69 

ee ministre ne prend la parole que pour lui 
opposer les Chroniques de Saint Dénis ^ où 
il s'agit d'un fait ancien et très- étranger au 
procès ! 

Pourquoi n'engageait-il pas avec le grand- 
maître une discussion relative à sa foi, à ses 
aveux, à ses rétractations? 

Cependant les commissaires reconnaissent; 
par les réponses des archevêques, évéques, 
vicaires et otficiaux, que dans la plupart des 
* diocèses, on n'a point observé les formalité^ 
prescrites pour citer valablement les Cheval- 
liers détenus. 

Les commissaires ordonnent .de nouveâu 
l'exécution de ces formalités; et le monar- 
que, par son adhésion, autorise enfin les 
gardiens des Templiers à les représenter aux 
évêques qui doivent leur notifier la citation. 

C'est aux seuls ôlficiers du roi qu'est com- 
mis le soin de traduire à Paris, dev ant la com- 
mission papale , ceux des Chevaliers qai de- 
-inanderunt à cléfeadre l'Ordre. 

Dans les instructions adressées par le roi 
à ses officiers, il exige que les Chevaliers 
soient surveillés par une escorte nondireuse 
et fidèle, de crainte qu'ils ne s'échappent; 
il veut qu'on les sépare^ afin qu'ils ne puis- 



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I 



70 DES TEMPLIERS. 

sent se suborner les uns les autres, ni pré-* 
parer des collusions^ des machinations, des 
subterfuges, (i) 

A la nouvelle époque £xéej les commissaires 
reprennent leurs séances. 

Bientôt de tous les points de la France arri-* 
▼ent des Templiers traduits, du fond de leur 
prison , pour prendi e la défense de l'Ordre 
devant la commission papale. 

Ici se présente un spectacle, .qu'un philo- 
sophe ancien avait jugé digne des- regards da 
ciel, la vertu aux prises avec le malheur. On 
voit entrer à cliaque instant dans Paris, chisir^ 
gës de chaînes, ces braves et nombreux Che- 
Taliers qui, jusqu'alors, avaient tenu dans les 
cours, dans le monde et dans les armées, un 
rang si honorable^. On remarque avec admi- 
ration et attendrisseni^ent les doubles cicatiices 
qui attestent leur valeur dans les combats et 
leur constance dans les tortures. 

A mesure qu'ils arrivent, ils sont présentés 
successivement aux commissaires. Tous, à un 
très-petit nombre près , déclarent vouloir dé- 

(i) Sub tamen fidâ , tntà et certà cnstodiâ , quod non 
possint aafugere et ità cautè et segregatim quod se iti-* 

viccm non valeant sdboraare aut aliquas collusionçs, 
falsitaies , maehiiiationes, subterfugLa ialuricare. 



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DES TEMPLIERS. 71 

fendre l'Ordre, se récrient contré l'accusa- 
tion et prolestent de leur innocence ; ils de- 
mandent qu'on leur rende les habits de TOr- 
dre dont on les a dépouillés ; ils demandent 
surtout d'être admis aux sacremens de TEgiise. 

Plusieurs mettent dans leurs réponses cette 
franchise et celte énergie qui sont si dignes de 
Vinnocence, et (jui la caractérisent si bien. 

LES COMMISSAIRES. 

« Voulez-vous prendre la défense de FOr- 
dre ? 

J. DE CHAMES, RAYNAUD DJE PARIS, MATHIEU 
DE TABLE , I!^ICOLAS DE COMPIÈGISE , ARNAUD DE 
PERCHE , DENIS NEVEU ; 

<t Jusqu'à la mort. (1) 

RAOUL DE TAVERNI. 

« Jusqu'à la fin. 

RICHARD DE MARSEILLE. ^ „ ; ^ 

. « Oui , parce que je veux sauver mon âme. ' 

^ 1 ROBERT DE SORNEY, - . : -r. 

*■ ■ 4 

et Je Tai toujours voulu. 

{ 1 ) Usque ad mortem. — Usquc ad finem. — Adjicîens 
Richardus , quia volebat salvare animam suani ^ ctc. 



73 DES T£KPLIERS. 

SBHTRAVb DE SAmT-PAlTL. (l) 

«Je n'ai jamais ayoué les crimes imputés à 
« rOrdre , je ne les avouerai jamais ; ce sont 
<c des calomnies. J'ose croire que Dieu ferait 
« un miracle , si l'on donnait en même temps 
«c la communion » et à ceux qui avouent et à 
« ceux qui nient. 

DOUZE CaEVALIBAS (2) 

« De corps et d'âme. 

IfSUP AUTRES. (3) 

<i Devant et contre tous y jusqu'à la mort* 

PI£Jaa£ DE MARVILLE ET JEAN DE FOETIKI. 

«c Contre tout homme vivant , excepté le 

Pape et le Roi. 

(1) Bertrandns de Sancto Paaio Viemieiisis, qu! dixit 

qnod nunquam confessus fuit errores dicti Ordini impo' 
£itos> nec conûtdMtur^ quia Terwaiion «st £it crédit 
quod Dominos operaretur miraculnm si corpus Ghrisli 
•chninistraretur eis et si accipetent simul confitentes et 

diffîtentes. Procès, contra Templar^ 

(2) Détenus à Pabbaje Saint-Maglolre. 

(3) Détenus dans la majsoin deOmllawnr dsMartîléy 

près la porte Saint-Antoine. 



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DES TEMPLI£1\S. 75 

SEPT CHEVALIERS QUI JlY AIENT IÈTE INTBRROGÉS 

EN PRÉSENCE DU PAPE, (l) 

' « Quoique nous ayons, en présence du PapC/ 
fait quelques aveux contre TOvdre et eontrô 
«< nous, nous déclarons que nous avons meuli 
«t deraiit lui ; nous révoquons ces aveux, el 
m demandons à défendre l'Ordre. 

JEAN BE VALGELLÉ. 

. 1. ' 

« Et moi aussi , )'ai été présente au Pape 

4fc et je n'ai fait aucun; aveu ; je demande à dé- 
« fendre rOrdre. 

BERNARD DE YADO. 

î*c J'ai été tant torturé , on m'a tenu si long'- 
<i temps devant un feu ardent, que la chair de 
« mes talons est brûlée ; il s'en est détaclié ces 
tt deux os que je vaus présent* Voyez , ils 
pt manquent à mon corps. (2) « : 

Mais voici un incident asses remarquable.- 

» 

(1) Gauzerand de Montpesat , Jean Costa , Etienne 
l^rdbati, Jérôme de Fort-Aigu, Déodat Jafet, Raymond 
t'inel, Ademard de Sparros. Procès, eonira Tèmplar, 

. (2) Ostendens dno essa qnod dîcebat îUa esse qose ce- 
«iderunt de iaiis. Froceê, contra Templar, 



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74 DES TEMPLIERS. 

Un Templier présente une lettre que te clêre 

Jean Chapinî avait remise aux Chevaliers à 
Sens , quand Févêque d'Orléans vint les in- 
terroger. Marquée des sceaux de Philippe 
de Voet , et de Jean Jain ville, préposés, l'un 
par le Pape, et^lautre par le Roi, à la garde 
des Templiers , elle était adressée à Laurent 
de Beaune et aux autres accusés, détenus à 
Sens. Ces préposés du Pape et du Roi invi- 
taient les détenus à faire les aveux 'exigés, 
et annonçaient que le Pape avait mandé que 
tous ceux qui ny persislei aient pas, périxaieuL 

dans les flammes, (i) 

(i) Voici cette lettre : 

Philipe de Voet prevost de Teglese de Poytcs et Jeliaii 
de Janville, huissier d'armes notre seguor le lloi députe t 
sus Toi^doiiance de la garde des Templera ès proyinces 
de Sens 9 de Eoan et de Bems. 

A notre améz frère Lorent dè Bianne jadis comman- 
deur de ApuU et aus autres frères qui s.ont en prisaa de 
SenS} salut et amor. 

Sayoir tous fiiîsons que nous ayons procure que U 
Boys notre siere vous envoie à l'eveche d'Orléans pour 
vous réconcilier y si vous requirons et prions que vous 
en la bone confeasion que nos tous lassâmes tous tenes 
si dévotement et si gransement envers le dit evescheve 
d'Orlièns que il n'aie cause de dire que par vous nous 
laiens .fait travalier ne fait entendre mencmige. î^ous 



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DES TEMPLIERS. 75 

Cette kttre qui décelait les mojem coupa- 
bles employés par les agens du Roi , fot pré- 
sentée à PhUippe de Voct , qui rexamiiia at- 
tentivement et répondit : « Je ne crois pas 
« ayoïr enyejé cette lettre ; je ne sais si elle 
« est empreinte de mon sceau ; quelquefois il 
ft est resté dans mains de mon seeaétaire $ 

« je n'ai ni ordonné ni consenti qu'on l'y ap- . 
f( posât i j'ai toujours dit aux accusés de dé*- 
« poser la vérité ». 

Quelle est cette réponse, de PJûUppe de 
Voet , quand il dit ne croire pas avoir écrit ? 
11 reconnaît sou sceau ; que n'interrogeait- on 
le clerc, qu'il suppose en avoir été dépositaire? 

Jean de Jain ville , autre préposé à la garde 
des Templiers , aurait dû être appelé pour 
donner des éclaircissemens^ soit au sujet de la 
lettre ^ soit au sujet du second sceau qui était 
le. sien. . 

TOUS somons Jean Ghâpini notre amé cler en quel vous 
Teilbet creire de part noiis de ce qu'il tous dira , lequel eu 
len de nous tos anvoiens et saches que terb 

VAVS A UAKDS QUE TtTIT CTI* QUI AVREKT FAYT LE» SUI- 

2ITOS OONFES8IOKS DEV ANï SES ANVOUEZ , QUI EN CELE COV- 
VEa&ia» KB VOVDROIJBMT PEBSBVSRis^ QUE lié 80BXNT MI& 

A nAWbusxQK Jtv wmiT AU rsu, etc. 

Procês, contra Templar. 



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76 DES TEMPLIERS. 

Et pourquoi ne pas interroger Jean'Gha- 
liini , qui àyaît porté cette lettré aux détenus ? 

La muindi e conséquence que Ton puisse ti- 
Ter de ces diverses circonstances, c'est que les 
agens du Roi avaient recours à toutes sortes de 
mojens pour intimider les accusés ; et certes > 
cette terrible menace , de condamner au feu 
les, Templiers qui se rétracteraient , né tarda 
pas à se Térifier. (i). 

Le grand-maitre comparait encore devant 
les commissaires, ' 

LES COMHISSAI&ES. 

« Nous vouademandons de nouveau^ si vous 
« voulez défendre TOrdre ? 

JuE GiiAiXD-MAiTiiE. 

ce Le Pape s'est réservé mon jugement ; 
«faites -moi conduire en sa présence ^ ^t je 

« dirai ce qui conviendra, 

LES COMMISSAIUBS. 

«Nous né procédons pas contre vous comme 

« particulier ; nous n'en avonà ni le droit ni 

( I ) Laui e nt de Beaune , qai avait î énoncé cette lettre, 
fut Tiuie des Yictimes. 



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DES TEMPLIERS. 77 

« la volonté ; nousi sommes chargés d informer 
« contre l'Ordr^. 

LE GRAND-MAÎTRE. 

« Ecrivez donc au Pape , qu'il nous ap- 
te pelle moi et les autres chefe^ afin qu'il, nous 
«c enteâde et qu'il nous juge. 

LES COMMISSAIRES* 

«c Nous VOUS promettons d'éfcrire» ». 

Les commissaires écrivirent*-ils ? Il est évi- 
dent, (jue Pliilippe-le-Bel n'eût jamais pernuA 
que le grand-maître parut en présence du Pape. 
On avait feint de 1 jr conduirejmais on avait eu 
le soin et Tart de trouver un préte;s;te pour le 
reteniij à Chinon ^ afin qu'il communiquât 
seulement avec des commissaire$; et cerles,; 
on ne pouvait pas douter^ d après tout çe 
qui s'était passée et surtout d'après, les ins^ 
tances renouvelées par le grand -jnaitre en 
toute occasion , que l'entrevue de ce che( 
de l'Ordre avec le cLef Je TEglise, ne doniiât 
lieu à des explications qui pouvaient devenir . 
décisives. 

Le système de défense , auquel se réduisit le 
grand-maître, était sagement combiné : 
« Je SUIS dans les, &rs^ disait-^! ; je suis.i^Cr 



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7& D£S TEMPLIERS. 

m cufié : le ponii£b roixiaia se réserre mon ju- 
« gement ; je me présente à lui , qu'il pro- 
ce nonce y et alors dégagé des accusations qui 
« me diffSunent ; f entreprendrai la défense de 
m rOrdre , avec l'autorité de mon rang réta- 
* Ui 9 et de mon innbcence reconnue. 

« Mais tant que Ton refusera de pronon- 
ce cer sur mon sort , de décider der^t les 
« rois , les grands , le clergé , les peuples et 
<e mes Chevaliers, si je suis personnellement 
« coupable ou non, c est -à -dire , digne ou 
« non de représenter l'Ordre et de le défen- 
m dre, je déclare que je me bornerai pour 
M toute réponse à demander mon propre ju- 

gement.». 

Cependant on profita contre les Chevaliers 
mêmes de cette fermeté du grand -maitre, 
pour le dérober à leurs regards. 

Le 98 mars ^ on assembla, dans le jardin de 
VEvécbé tous ceux des Templiers qui jusqu'à - 
lors iraient déclaré vouloir défendre FOrdre : 
on en compta cinq cent quarante-six. Mais 
ùa -eut aoin de ne pas amener le grand- 
maître. 

Les commissaires firent lire en latin Tacte 

d accusation, et ordonnèrent ensuite une se- 
conde lecture en langue vulgaire. 



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DES TEMPLIERS. 79 

cf II suffît, s écrièrent les Templiers ; il suffit 
ce de la première lecture en latin : nous ne 
« Youlons pas entendre encore en langue vul- 

gaire de telles turpitudes ^ qui sont d'une 
« insigne fausseté «. (1) 

Alors ils se plaignirent de nouveau d'être 
privés de leurs habits religieux, et des sa- 
cremens de TÉgli^e ; ils ebsenrànent qu'on 
refusait les secours spirituels à leurs frères 
mourans ^ et la sépulture ecclésiastique aux 
morts. 

tt Appelez ici , direni^ik , le grand-^mattre 

« et les chefs de l'Ordre ! s'ils ne s'unissent pas 
« à nous pour le déièndre , nous aurons rem- 
te pli notre devoir et nous le remplirons en- 
«corev* 

Cette noble fermeté de cinq cent quarante- 
six TempUers qui s'offraient à défendre VOt^ 
dre , quiFéyoquaient et réparaient , ou expres- 
sément ou tacitement , tous les aveux que les 
tortures avaient arradiës à plusieurs d'entre 
eux , fit une grande sensation dans Paris , et 
les ministres du roi se hâtèrent de concerter le$ 

(i) Quod contenli erant de lectura factâ in latliio, et 
quod non curabant quod tantae tiurpitudiaès^ quas assere* 
bant omniiiè esse fidsas et non nommindas, Tolgarîter 
exponerentor. Procès, contra T^smplar. 



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8q des templiers. 

mesures yiolent^ qui j^ientôt accablèrent ces 

infortunés. 

U arrivât encore, et il arriva dans la suite , 
de nouTeaux Chevaliers , qui auj^mentèrent le 
nombre des deièuseurs de l'Ordre : on eu 
compta près de neuf cents. 

La conunisbion , pensant qu Us devaient se 
Ëdre représenter par des mandataires de leur 
cboix, envoja, daos les diverses prisons , des 
notaires pour recevoir le vœu des Chevaliers. 

Plusieurs refusèrent <ie nommer des man-- 
dataires ; leur respect pour VOrdrè éclate dans 
leurs répuz^ses, 

« Prisonniers, enchaînés, nous ne pouvons ni 
<c ne devons, coasiituer des mandataires; nous 
« avons un chef, nous sonmies sous son obéis- 

«sance ; qu'on nous rcuiiissc dvcc nos supé^ 

<c rieurs , nous déUbérerons. 

♦c Nous croyons que le grand -maitre est 
u bon , juste,, honnête, lojal , et pur des elr- 
« reurs dont la calomnie accuse l'Ordre», (i) 

Quelques-uns demandeni à deièndre i'Otv 
dre personnellement. 

(c jNous ne voulons point de mandataires 

(&) Réponse des.détenps dans laprUond«âaim*AUrlUL'« 
de8-Qiamp8> 



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DES TEMPLIERS. 81 
«r poQr défendre TOrdre ; chacun de nous 
ce veut en personne le ciéiendre de corps et 
« d'âme. (1) 

tt C'est ici une affaire criminelle , où cha- 
«c Clin doit se justifier soi-même. Nous défen- 
te drons TOrdre , nous voulons le défendre , 
K jusqu'à la mort : celui-là n'est pas TraiTem- 
« plier qui avoue les crimes qui nous sont im- 
« putés. (2) 

c< îSuus a-t-on demandé si nous voulions 
«r constituer des mandataires, quand on nous 
« livrait aux tortures ? (3) » 

Au milieu de tous ces débats , les mallieu-* 
reux prisonniers sollicitaient toujours Ja pré- 
isence du grand-maître , pour délibérer avec 
lui ; on leur répondait que le grand - maître 
devait être jugé par ie pape , et qu'il arait de- 
mandé à paraître en sa présence. • 

Quel absurde prétexte ! Le grand - maître 
pouvait persister arec raison dans son refus de 

* 

(1) Réponse des détenus à Pabbaje de S«nt-Maf« 
gloire. 

(2) Réponse des déteaus à la maison de 1 Outre> vers 
la Croix du Tirol. 

(3) Diceiiles qaoJ non petebatur ab eis, quakdo 

lONSBAKTUR IK JAUHIS, SI PROCURATOAE6 GQÏîâTITUERS VO* 

LEBAUT. Procet» contra Templar^ 

6 



82 DES TEMPLIERS. 

se soumettre à la commission papale^ quand il 

savait cjue le pape .s'était réservé de le juger, 
mais ce refus autorisait-il les commissaires à ne 
pas accorder aux accusés la coiibulation de 
voir, d^entendre leur chef ? DeYaieaL*-ils les 
priver du droit d'implorer son conseil, de lui 
dedianderla permission' de nommer quelques- 
uns d'entre eux puui les itpitsenter dans la 
défense de TOrdre ? 

II est ti vident que c'était uii parti ari cté de re- 
fuser au grand-maitre la présence du pape, et 
aux Templiers la présence du grand-maître ; on 
craignait et on évitait tout ce qui pouvait ame- 
ner des explications ; et certes , si on avait 
ctàerclié à éciaircir la vérité , il eût été facile 
de mener le grand-maître devant le pap^ de 
faire prononcer son jugement , avant même 
que l'information contré l'Ordre conMnencât : 
c'était dans le mois de novembre que le grand- 
maltre réclamait d'être conduit en présence 
du pape, et le premier témoin ne fut entendu 
-qu'au mois d'avril suivant. 

Enfin ^ après beaucoup de procédures, d'in- 
'terpellations et de réponses, soixante-quinze 
Templiers sont choisis pour rédiger, au nom 
de tous, la défense de TOrdre. 

Kajrnaud de Pruino, Pierre de Boulogne, 



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DES TEMPLIERS. W 
^Tèixm, Guillaume de Chambonoel, et Ber-^ 
Irand .de Sartigesy chevaliers, sont désignée 
{lour être présens à la déposition des témoins. 

Les détenus saisissaient toutes les occasioîis 
de s'adresser, de vive voix ou par éerit, à 
la conumsiion papale, pour protester de leur 
innocence et de ia pureté de l'Ordre , et ofirir 
lems déffiDsed. 

Voici les principaux traits de l'acte d'ac-* 
CQMitioa, et dé la défense des accusé^. 



PRECIS 

JDE L'ACTE D'AGCUSATIOiX (i) 

ilreââ^ au nom du Pape çoatre l'Ordre du Temple. 



f€ Lors de la réception des Ghevî^liers, on leur 
«faisait renier Dieut le Christ^ laVierge, etc. 
« On leur disait surtout quç le Chris L n'était 
a paa le vrai Dieu, mais un faux prophète qui 
« avait été crucjiiié , non pour la rédemption 
« du genre humain , mais pour ses propres 
a crimes. On faisait cracher les récipiendaires 

5 sur la croix. Ils la foulaient aux pieds (a) ; 

(1) Proce9,coniranmpkir* 

(2) « Us p «.t dessus, n 




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^ - • 

84 DES TEMPIITERS/ 

<t c'était . surtout le jour én yeiidredi«-Saint. 

t« qu'ils laisaient ces outrages à la croix, 

« Ils adoraient un cbat, qui apparaissais 
« quelqueibis dans leurs chapitres ; ils ne 
«I croyaient point au sacrement de Tautel ; 
«leurs prêtres, en célébrant la messe, ne 
w prononçaient point les mots sacramentels 
« Je la consécration. On disait aux GheTa- 
«rliers, et ils croiraient, que le grandHoialtre 
« pouvait les absoudre de leurs péchés. 

If Lors des réceptions , on leur annonçait 
« qu'ils pouvaient se p^mettre des mœurs li-* 
« cencieuses et coupables. 

« Dans chaque province ils avaient des 
a idoles, c'est-à-dire des têtes ^ dont quel- 
« qucs-unes avaient trois faces , d'autres une, 
M et quelquefois un crâne humain ; et dans 
ce leur grand chapitre , iis adoraient ces 
ce idoles. 

<c Ils révéraient ces idoles comme Dieu ; ils 
« disaient que Tidole pouvait les sauver, qu'elle 
ce donnait les richesses de FOrdre, qu'elle £iî- 
« sait fleurir les arbres et germer les plantes de 
«( la terre. Ils entouraient la tête de lidôle, ou 

la touchaient avec des cordons, dont iis se 
u ceignaient ensuite sur la chair. 

«c Ceu2^ qui, à leur récepiion, m voulaient 



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DES TEMPLIEJRS. 

« pas se soumettre à ces usages étaient tués ou 
«c emprisonnés. 

« Tout cela s'observait uamès les statuts 
«e i>B li*ORDR£; c'était uu usai^c général et anti- 
ce que, et il ny avait pas d'aulne mode de ré- 
« ception» 

«< Ils ne res^arclaient point comme un péché 
u d'enrichir l'Ordre par tous les moyens licites 
« et illicites, per fas et nefas, » 

Tel çst le précis de lacté d'accusation que 

le pape présenta contre TOrdre* 

PRECIS 

DES MOYENS DE DÉFENSE 

présentés par les Œeyaliers. 



« Ces imputations soi^t fausses, et, si quei- 
« ques Templiers ont fait de» ayeux devant 
ce révéque de Paris ou ailleurs , ces aveu^ 
a n'ont été que l'effet de la violence et de la 
te terreur. Les Chevaliers étaient torhirés par 
iK Flexian de Beziers , prieur de Montfau- 
«c con, et par le moine Guillaume Robert; 
it déjà trente^ix étaient morts à Paris dans les 
c* toi Lures, et plusieurs autres en divers lieux. 

« Les formes légales ont été violées ; 



86 DES TEMPLIERS. 

>oii BOUS a arrêtés dam procédure préa^. 
« lable. 

u Noua hrotà été saisis comme des brebis 

« qu'on traîne à la boucherie, 
it Dépossédés tout-à-coup de dos biens , nouà 

• avons été jetés dans des prisons affreuses. 
<c On nous a fait essuyer les épreayes cruelles 

« de divers genres de tourmens. 





1 


Ml 


1 



<i péri dans ces tortures^ ou des suites de ces 
« tortures» 

« Plusieurs ont été forcés de porter contre 
« eux-mêmes et contre l'Ordre un témoi^age 
« qui, arraché par la douleur, a'apu nuire ni 
tt à eux ni à TOrdre* 

«Pour obtenir des dépositions mensongères , 
« on leur présentait desietti es du roi quiannon* 
« çaient que TOrdre entier était condaitiné sans 
« retour, et qui promettaient la vie, la liberté, 
«r la fortune et des rentes viagères aux Gheva-* 
<c liers assez lâches pour déposer laussement. 

« Tous CBS FAITS SÔNT SI 91TBLIGS BT SI 90* 

•( TOIUBS, qu'il k'y a HI MOYJEN TUl PABTBXTfi 
« DB X«BS DiSAVOUBK. 

« Quant aux chefs d'accusation que la bulle 
M du pape proclame contre nous , ce ne sont 

«c que faussetés , déraisons et turpitudes ; la 



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DES TEMPLIERS. 87 

« bulle ne coalieat que des mensonges détes^ 

«< tables, horribles et iniques. 

« Notre Ordre est pur ; il n'a jamais été 
« coupable des crimes qu'on lui impute. Ceux 
« qui opt dit et ceux qui disent le con-- 
M traire , sont eux-mêmes faux chrétiens et hé^ 
« rétiques. Que les livres de nos statuts soient 
« consultés^ on trouyera qu'ils sont les mêmes 
« pour tous Ijes^rempliers et pour tous les pays* 

« Notre croyance est celle de toute FE;-; lise. 
« Nous faisons vœu de pauvreté, d'obéissance, 
« de chasteté : nous nous dévouons, comme 
« guerriers, à la déiiense de la religion contre 
te les Infidèles. 

€< Des pères appelaient leurs fils dans notre 
« Ordre 9 des frères leurs frères, des onclés 

leurs neveux, parce qu'il était pur et saint. 

cr Quand les Templiers , prisonniers des In- 
te fidèles, ont été réduits au déplorable choix 
fc on de renier notre sainte religion , ou dè 
«subir une mort cruelle, ont-ils hésité? et 
« auraient-ils eu le courage héroïque de pré- 
« férer la mort , s'ils n avaient été de vrais 

Chrétiens ? 

€t Nous sommes prêts à soutenir et à prouver 
n notre innocence, de cœur, de bouche et de 

« fait, et par tous les moyens possibles. Quels 



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88 BJES TEMPLIERS. 

« que soient nos accui>atcuis, nous sommes prêts 
« à les combattre tous , hors le pape et le roi. 

« Nous demandons à comparaître en pér- 
ir sonne dans le concile général. 

« Que ceux des Chevalieï^s qui ont quitté 
te l'habit religieux » et ont .abjuré l'Ordre , 
« après avoir déposé contre lui, soient gardés 
« fidèlement sous la main de TEglise^ jusqu'à 
ce qu'il soit décidé s'ils ont porté un témoin 
ce gnage vrai ou faux. 

« Quand on interrogera les accusés, qu'il 
« n'y ait aucun laïque, ni personne qui puisse 
•e les intimider. 

« Les Chevaliers sont frappés d'une telle ter- 

reur , qu'il faut bien moins s'étonner si quel- 
crquesrUDs. lont de faux ayeux> qu'admirer le 
« courage de ceux qui soutiennent la yérité, 
« malgré les périJs et tant de justes craintes. 

« Une foule de Chevaliers sont morts dans 
« les prisons. Qu'on interroge les personnes 
<c qai les ont assistés à leurs derniers * mo- 
'« mens j qu'il soit permis de révéler les con- 
«t fessions des mourans, et les juges connaî- 
« tront la vériLci ou ]a fausselë des accusations. 

« £t n'est-il pas étonnant qu'09 ajoute plus 
« de foi aux mensonges de ceux qui, pour 
M sauver leur TÎe corporelle , cèdent à Té* 



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DES TEMPLIERS- 89 
€c preti^e ées toUirmens ou aux* séductions des 

«promesses, qii'à ceux qui, pour la défense 
«< de la yéritéy sont morts avec la ]^lme du 
« martyre , et qu'à cette salue et majeure par* 
. cr tie des Chevaliers qui survivent, et qui, par 
<c le seul besoin de satisfaire à leur conscience, 
« ont souffert et soufirexit encore chaque jour?»» 
Cette défense courageuse, ces moyens de 
justification que présentèrent publiquement les 
• soixante-et-quinze mandataires des nombreux 
détenus, ces cris de l'innocence opprimée, 
produisirent sans doute un grand effet sur 
l'opinion publique «t sur la cour; 'mais que 
cet effet fut différent! Si, d'une part, les 
illustres familles qui tenaient par le sang et 
par l'amitié à la plupart des accusés, si les 
parens, les aiiiis de ces victimes, si la pitié 
publique applaudissaient à tant de généreux 
efforts, le monarque et tous ceux dont l'in- 
térêt était de servir les projets de la politique, 
les passions, ou même les caprices de la puis^ 
sance, durent frémir d'indignation etdecrainte; 
les victimes allaient échappe;*, et le nom du roi 
restait , aux yeux de la France et de TEurope , 
et devant sa propre politique, iletri d un crime 
non achevé. 

, Les Templiers, qui jusqu'alors avaient dénié 



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s. 



90 DES TEMPLIERS. 

les accusations, ne laissaient phis, aux agens dti 
roi, Fespoir d oblenir des aveux ; et ceux qui 
en avai^t fait» mais les avaient rétractes » res- 
taient désormais attachés à la vérité par le sen- 
timent de leur première &ate, et par celui de 
leur honneur. 

Où trouver des témoins à présenter devant 
la commission papale? où trouver des Tem- 
pliers apostats qui osassent soutenir les regards 
des Templiers défenseurs de 1 Ordre ? 

Et cependant un concile général était con*- - 
voqué à Vienne; les Templiers eux-mêmes 
avaient été pubUquemeift et solennellement 
^ cités à j comparaître, pour plaider la cause de 
rOrdre accusé ! 

Quand on connaît à fond le caractère de 
Philippe--le-Bel, la hardiesse de ses ressources 
et Taudace de ses ministres , on ne peut que 
s attendrir sur le sort des accusés ; leur inno^ 
• cence même obligera les agens du roi à re- 
-courir à des mojrens extraordinaires et vio*- 
lens; on frémît du courroux et de la puissance du 
roi; on frémit même du courage des opprimés. 
Ii'information commença le 11 avril i5io. 
£q présence des quatre Chevaliers désignés, 
les commissaires donnèrent le serment à vingt- 
un témoins , dont deux étrangers à l'Ordre , 



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DES TEMPLIEÇlS. gx 

quelques -«lins apostate de rQfdbe , et la plu- 
part des autres, choisis parmi ceux qui, ajrant 
paru dans le consistoire de Poitiers > ne s'é- 
taienL point engagés a défendre TOrdre. 

Après l'audition de neuf témoins , Jean de 
Juignac, amené devant les commissaires, lent 
dit : « J'ai fait une déposition en présence du 
€t pape ; ne m'interrogez plus sur les mêmes 
M articles » • 

Les commissaires prirent le sage parti d'in^ 
terrompre la nouvelle déposition. La discré- 
tion et le silence des commissaires permet- 
tent de présumer que le témoin était résolu à 
consigner dans la procédure la rétractation 
des aveux qu'il avait faits, ou qu'on supposait 
qu'il avait faite devant le p'ape» 

Cette présomption devient certitude, quand 
on apprend qu'à la séance du 4 1^ com- 
missaires déclarent que, ne leur ayant été pré- 
senté ce jour* là aucun témoin qui n'eût déjà 
été interrogé par le pape, ils prennent le parti 
de lever la séance, sans recevoir les déposi- 
tions (i). 

(i) Gumque nidlus testis pFodueeretnr coram eis 
exammatus non fuisset per Domintim nostrum Papam, * 
nec oomodè possent ibidem liabere nt eîs dictum fuit:^.. 
recefiserunt. Froces. contra Templar. 



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9« DES XEMPLIEKS. 

Ils n'en étaient qu'à laudilion du treizième 
témoin , lorsque éclata soudain Tun des coups 
.d'État les plus terribles qu'aient jamais concerté 
les ministres du trône et de l'auteL 

Cinq siècles se sont écoulés , et les. preuTes 
de cette grande injustice n'ont pu être entiè-* 
rement L'iiacces, 

L'archeyéque de Sens^t dont levéque de 
Paris était suffragant, étant mort vers Pâques 
de i3o9y le pape écrivit d'Avignon, le neu- 
vièrue des kalendes de mai , qu'il se réser- 
Tait la nomination du successeur, d'après 
de grandes et justes causes, et dcicndiL atl 
chapitre de nommer. 

Le roi demanda rarclievéché vacant pour 
Philippe de Marignjjr» évéque de Cambrajr» 
frère d'Enguerrand^ son premier ministre. On 
voit dans la correspondance du pape (i ), qu il 
se prêta avec peine aux désirs du roi. 

Mais le roi lui mandait : cr Quand je dé- 
«< sire que vous nommiez à l'archevêché de 

Sens, c'est que, faute de cette nomination^ 
« le concile provincial est retardé. Dans ce 
« concile pourront se passer plusieurs choses 
« qui intéressent la gloire de Dieu, la stabilité 



(i) Bmu$., coUecL act, vet, p. i44. 




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DES TEMPLIERS. g3 

m de la foi et de la sainte Eglise. Que la jeu-* 
« nésse du prélat ne tous fasse pas croire qu'il 
(c mauque de capacité ; il est dans Tàge con- 
te veuable ; et^ avec Faide de Dieu^ ses actes 
« vous prouveront combien il est au-dessus 
« de son âge » • 

On saura bientôt par quel moj^en le concile 
devait travailler pour la gloire de Dieu» et 
quels étaient les actes qui devaient prouver la 
capacité de rarchevéque. 

Marigny fut nommé archevêque de Sens 
dans le mois d'avril i3 16. A peine installé, il 
signala son avènement, en 5e dévouant lout 
entier a servir les projets de la cour. . 

Le dimanche 10 'mai, les quatre défenseurs 
de rOrdre apprennent que le ooncile provin- 
cial de Sens est convoqué à Paris contre les 
ekevaliers personnellement; le zele des dé-' 
feiiseurs s'alarme, ils demandent audience à 
la commission papale ; quoique la commission 
ne tint point sesséainces les jours de dimanche »x 
elle s'assembla , et Pierre de Boulogne parla 
en ces termes (i) : 

a Vous êtes commis par le pape pour infor- 
« mer contre l'Ordre des Templiers. Une cita^ 

^ (i) Proceê. canira Templar. 



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^ DES TEMPLIERS. 

« tion que vous avez fait publier, au nom du 
ce pape , a iavilé les Chevalier» qui voulaient 
« défendre TOrdre , à comparaître devant 
« vous; ou en a traduit un très -grand nom- 
* bre^ et ils se sont offerts et dévoués à la dé- 
<c fense de l'Ordre. 

<t Cependant > d'après de sùis renseigne- 
« mens, nous avons Ueu de craindre que Tar* 
« chevélfue de Sens et ses snffiragaos, dans un 
« concile qui est convoqué pour demain , ne 
M ftssent le procès à la plupart des Chevaliers 
« qui se sont engagés à défendre TOrdre. Cette 
a mesure est prisée dit-on, contre eux, pour 
« les faire désister de leur courageuse résolu- 
a tion. Nous avons donc rédigé nn acte d'ap* 
u pel; permettez-nous-ea la lecture w . ^ 

La commission leur réponditqu'eUe ne poun 
vait pas s'occuper de cet appel, qui ne concer- 
nait point ses propres opérations ; mais que s'ils 
avaient à proposer quelque défende en faveur 

de rOrdre, elle était prête à la recevoir; alors 

ils déposèrent sur le Lureau une cédule en 

ces termes : 

« Nous savons que TartAevêquè de Sens et 

« ses sufiS^agaus vont procéder contre nous i 
« en droit , ils ne le peuvent pas tant que 
« dure l'information que vous êtes chargés de 




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DES TEMPLIERS. 

« prendre contre UOrdre» à raison de laquelle 

(c Qous a,voa$ été adxms à sa défense. 

ce Et comme le recours de Tappel a été 
c< établi eu fayeur des opprimes^ nous venona 
« poiu* arrêter les poursuites du concile con-* 
«e tre nous et nos personnes^ poursuites irré-* 
<c gulières et injustes , qui vous empêche^ 
« raient vous-mêmes de remplir vobe corn- 
« mission* . * 
' n Nous venoiis déclarer notre appel au pape 
« et au saint siége^ de ^ive voix et par écrite 
ec plaçant nos personnes et celles de tous ceux 
« qm ont entrepris la défense de l'Ordre, nos 
c« droits et tous ceux de TOrdre, sous la pro- 
« tection du saint siège* . 

ce Nous demandons instanmient d'obtenir 
M un conseil pour régulariser notre appel, s'il 
« en est besoin ; nous demandons qu'on nous 
« accorde quelques secou^rs pécuniaires , et 
tt qu'on nous conduise sans danger devant le 
« pontife, dans. le temps convenable, à Teifet 
<i de pommiTre notre appel. Daignez avertir 
c< l'arcbeyéque de Sens et les autres prélats 
(c de ne pas. nous mettre en jugement peur 
a dant la dm*ée de votre commission. Faites^ 
« nous comparaître devant l'archevêque de 
te Sens , et nous lui notiEerons le présent 



96 DES TEMPLIERS. 

te appel. Désignez un ou ^eux de vos no- 

a taiies pour en ickliycr lacle. Nous ne trou- 
ce Tons pas de notaire qui veuille nous prêter 
« son ministère. » 

Les déiènseurs de TOrdre sortirent après 
avoir déposé cette céduie, et la commission 
eut k délibérer. 

L'arcfievécpie de Narbonne , qui présidait 
cette commission^ se retira de la séance, sous 
le prétexte qu'il allait ou «dire ou entendre la 
messe ; les autres commissaires renvoyèrent la 
délibération après les vêpres. 

Alors les défenseurs présentèrent à la com- 
mission une noirvelle cédule adressée à l'ar- 
chevêque de Sens, laquelle contenait lëar 
appel au pape et au saint siég-e. 

Les commissaires ajant délibéré, répondi- 
rent : tt L'affaire dont l'archevêque de Sens et 
« ses suiFragans s'occuperont dans le concile, 
«c est totalement différente et distincte de celle 
V dont nous sommes ^^hargés. Nous ignorons 
«c même de quoi il s'agira dans le concile ; nous 
« sommes autorisés par le saint siège à remplir 
«c nos fonctions» et rarehevéque de Sens et 
•tt ses suffragans le sont pareillement à tenir 
€c leur assemblée. Au premier aspect, il ne 
ce nou^ parait pas à nous, conuniss^es du 




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DES TEMPLIERS. 97 

XX pape, que nous ayions rien à ordonner à 
«c TarclieYêque de Sens ni amx. autres p:^é*- 
«c lats y relaliTement aux poursuites dirigées 
« contre les personnes de l'Ordre ; cependant 
« nous délibérerons plus mûrement. Nous 
« ordonnons aux notaires d'insérer yotre ap- 
te pel dans le registre des dépositions des té- 
« moins w. ^ * 

Le lendemain lundis 1 1 mai, la conuonission 
s'assembla pour continuer rau4^tion des té- 
moins. L'histoire ne doit pas omettre la dé- 
position de tiumbert du Puy, quatorzième 
témoin. Tandis que Talarme était répandue 
parmi les accusés ^ tandis que le^ inquisi-^ 
teurs du concile marquaient les Tictimes , 
ce Templier eut le courage de ne pas taire 
que, refusant d'avouer les crimes imputés à 
rOrdre, il avait été torturé trois fois, jeté et 
détenu, pendant trente^ix semaines, au fond 
d'une tour infecte, réduit au pain et à l'eau, 
par ordre de Jean de Jainville, chargé de 
garder les prisonniers, et de ]cs présenter 
à la conmussiou* 

Le jour suivant, mardi 12 mai, les commis- 
saires procédaient à Tauditibn des témoins. 
Le (j^uinsième^ Jeaa Bortaldi, déclarait que, 

7 



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98 DËâ TËMf LIBRS. 

par ofdre de Jean de JainviUe, il. avait rafaî 

une première épreuve de le question (i) 

Touirà-CQup la coaimission apprend (2) que 
cinquante-quatre de$ Chevaliers qui s'étaûent 
présentés pour la déiense de TOrdre^ &out 
menacés d'être livrés aux flammes. 

Elle ordonne sur-le-champ à l'un des 
préposés à la garde des Templiers ^ et à Tun 
des notaires , de se rendre auprès de Tar- 
chevéqne de Sens et de ses suiBBragans, pour 
les prier d'^^gir avec une sage circonspeo- 
tion, et d'examiner s'il ne convenait pas 
d'accorder des délais, attendu que lui-même, 
préposé à la garde , et plusieurs autres per- 
sonnes pouvaient affirmer que les Templiers 
décédés en prison avaient attesté à l'heure 
de la mort, et au péril de leur âme, ren- 
tière lausseté des crimes imputés à eux et à 
rOrdre. 

Les eavojrés devaient observer encore que, 
si le concile de Sens passait outre, les opé- 
rations des commissaires seraient arrêtées , 
puiscpie des témoins , qui avaient été pré- 
sentés ce jour- là et le précédent, avaient 

a. '« 

(1) AI^LUiululum qu^estionatuf. JProc, vontr. T^mplQr. 

(2) JProe, «oMr. - 



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DES TËMPLIBA& 

paru ai épouyatiités des iatentioiis du concile^ 

que la commission avait jugé qu'ils n'étaient 
poiat ea état de porter témoignage ; enfia, 
que les Templiers avaient remis uii appel des 
procédures que ikisait contre eas. concile 
de Sens (i). 

Ojd pense bien que ces rennontrances ne 
devaient pas arrêter Farchevéque. H e^t 
temps de dévoiler le sjrstème inique qui fut 
inventé» et les formes barbares furent 
employées* 

, PlusiemdesGlievalieisqiiis'étaiemtoffi^ 

(*) Quod rogarent eos et suadereiit eis qnod placcrct 
eis plenè deiiberare et matuvè agere circà prenùsaa et, si 
fis videbatur utile | differ|« et fsœre differri pradicta 
quia dictus preposttus et multi «lii asaerebant quod fira* 
très dicti Ordinis qui obierant, in extreino vite suic, 
asseruerunt in pericuiuiu auimarum suartunse et dictum 
oïdinem ùl\a6 ddatos fuisse de criminibus eis imposîtis ; 
et quia i&dicia ezaealio nanO'fieffet, videbatur possa im- 
pediri oÛlcium domiriorum commissarioruiu pra^dicLo- 
mm, et quia etiam testes aliqui adducti eodem die et 
pecedenti coram ipsis dominis in ioquîsltione prsdiotâ, 
erant adeo exterriti ratione processttum <pi09 vel doùii- 

ïius archiepiscopus seiiouensis ejiis suirraganel el cou- 
silium e)iis fecisse et£iàcturi esse dicebantur,quod non vide* 
baatttr em pkao sensu mm sk tînora prodkt» nea' esse 
idooel ndhfTiimdumteiHiwnnînm Prrmt cmtr^Timplar* 



,oo DES TEMPLIERS, 
à défendre TOrdre, qui, sur l'invitation con- 
tenue dans la bulle du pape, ayaient consenti 
^ être traduits à Paris, furent soudainement 
iiiiacliés ae leutfs prisons, et traînés au mi- 
lieu du concile» 

Les Chevaliers cjui, ayant fait des aveux, 
les avaient ensuite révoqués, eurent le plus à 
craindre de ce tribunal. 
' L'archevêque les interrogea de nouveau. 
^ Ceux que n'intimidèrent ni les menaces des 
inquisiteurs, ni l'aspect de laïuort, et qui affir- 
nièrent constamment l'innocence de TOrdre,. 
furent déclarés HÉiiBriguES relaps (i), livrés 
à la justice séculière, et cQudamnés au feu. Il 
s'en trouva cinquante-quatre. 

Quant aux Chevaliers qui n'avaient jamais 
fait d'aveux, et qui ne voulurent pas en faire , 
bn prononça contre eux la peine de la déten- 
tion, comme Templiers vos béconciliés (2). 

Et enfin ceux qui persistaient dans leur aveu 

' de toutes les impiétés et de toutes les turpi- 

• . ■ ■ 

(1) nu qui praef^tds casas énormes de se et aliis pu- 

Micè confessi sunt et posteà negarunt, velutrelapsi coiA;^ 
Lusti sunt. Joan. Can. Sti, FicL — Contin, de Nantis. 

(2) Qui nunquam voluerant fateri , in carceribus de- 
tioentur. /o»». Cou. SéL FicL — Contin. d» Nangis, 



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DES TEMPLIERS. loi 

* 

tuclés imputées à rOrdre , furent mis en liberté; 
récompensés. Ils reçurent Tabsolutionj et on 
les nomma Templiers B£eoNcn.i£s (i). 

Arrétons*nou$ un inoment sur les motifs , 

je ne dirai pas de ce jugement injuste, mais 
de cette horrible proscription. 

J*ai observé cj^ue la politique du roi était de 
présenter à lopinion publique les Templiers 
comme des hérétiques, afin d'avoir un pré- 
texte pour supprimer leur Ordre. 

Virans, on leur refusait les secours spiri- 
tuels ; morts^ on ne leur accordait pas la sépul- 
ture ecclésiastique. 

La torture ayait arraché à plusieurs accusés 
les aveux des crimes imputés à l'Ordre. Les 
Chevaliers qui persistaient dans ces aveux ob- 
tenaient grâce ; avilis » ils n'étaient plus à 
craindre; le peuple et les grands ne leur de- 
vaient plus ni estimé 9 ni pitié, ni secours. 

Mais révoquaient-ils les déclarations arra- 
chées par la violence , leur rétractation accu- 

sait leurs persécuteurs : alors la subtilité des 

inquisiteurs imagina de les déclarer héréti- 

/ ' ■ 

(i) Qui yerà prim6 confessi sant et sempier confiten* 
tur , pœmtentes et Teniam postulantes ^ uberÎ sunt dir 

luii^ii. Joan, Can. Sù. Vict»^ Conùn. du j^ungia. 



lod DES TEMPLIERS. 

ques relaps. Voici quel fut le raisonnement 

bizarre et cruellement ridicule de Tarclie- 
Téque de Sens. 

«Vous avez, disait- il, avoué que dans les 
tf réceptions des Chevaliers, ils reniaient le 
« Christ, crachaient sur la croix, et que vous- 
•c même aviez participé à ce crime. Vous avez 
et reconini ainsi que tous étiez tombés dans 
« rbérésie. 

« Par votre confesûon et par votre repen- 
te tir, vous aviez mérité d'être absous et d'être 
*t réconciliés à-TÉglise. 

<c Si vous révoquez vos confessions, TEglise 
« ne vous regarde plus comme réconciUés, 
«< mais comme retournant à vos premières er« 
n reurs ; vous êtes donc relaps , et les relaps 
<c sont condamnés au feu». 

Les Chevaliers pouvaientinvoquer la justice» 
la religion^ les principes de la théologie et 
même les codes de l'inquisition , en répondant 
à 1 archevêque de Sens qid présidait ce tri- 
bunal d'inquisiteurs : 

«Les actes publics sur lesquels vous pouvez 
ce juger notre Ordre et nous-mêmes» ont» en 
« tous temps et en tous lieux, été conformes 
« aux dogmes, à la morale et à la discipline 
et de l'église catholique. 



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DES TEMPLIERS. io3 

«Vous prétendez > qu'en secret nous avons 
ce des usages sacrilèges et des opinions héré^ 
ce tiques. • 
. « Hais comment prouTez-TOUs nos pré*^ 
ce tendus crimes ? 

«.Par des preuves matérielles? 

a Non. 

«c Par le témoignage d'hommes dignes de 

ut foi ? 
« Non. 

« Par nos propres déclarations faites librc- 
k ment et volontairement? 
. « Non* 

te Vous n'avez pour toute preuve que les 
<c déclarations qni noos ont été arrachées par 
« la violence des tortures. 

« Nous avons révoqué ces déclarations» 
ce qui étaient nulles devant la raison et devant 
« la loi. Nous sommes donc dans la même 
<c position où nous étions avant qu'elles nous 
m eussent été arrachées : alors nous n'^ons 
« pas hérétiques, on ne nous considérait pus 
«.comme tels; pourquoi dirait-on aujour- 
cc dliui que nous sommes hérétiques ? pour- 
«c quoi nous traiterait- on comme coupables 
« d'hérésie ? * 

« Et siméme vous tenez pour i^asime qu'une 




loi DES TEMPLIERS, 
ce rétractation libre, volontaire et dictée évi- 
te demment par le sentiment de la vérité et de 
<c 1 honneur, ne détruit pas la preuve que vous 
« supposez résulter de nos déclarations foi^ 
« cées et involontaires, que pouvez - vous 
« conclure de lapplication de cette étrange 
«c maxime à notre cause ? qu'à vos yeux 
« nous restons dans Tétat de nos premières 
fc déclarations, c'est-ànlire, que nous sommes 
if censés être précédemment tombés dans des 
ce erreurs; mais sur quoi.vous fondez-vous , en 
c» nousaccusant d'jr être retoml>és, d'être relaps? 

ic Le relaps est celui qui, étant tombé dans 
ff une erreur, l'ajant avouée et aj^ant été ab- 
tt sous, retombe dans la même erreur en vio- 
« lant le serment qu'il avait fait de s en garan- 
« tir (i). 

« Depuis que nous sommes dans les ffivs,' 
tr avons-nous commis de nouveau les prêtent 

« dues impiétés dont nous avons été accusés? 
« le «prouvez-vous? non, sans doute : vous 
« n'osez pas même le supposer. * • * 
« Et c'est pour nous juger et pour nous con- 

(i) Ut quÎ8 haberi possit iiei#afstj6, necease est qaod 

conslet eum fuisse lapsum, etnunc esse relapsum. 

Parcaorez les DirsctoaiuM; AjBFJBRToaiVM j Luc£iina 
mquisitomm. . 



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* 

DES TEMPLIERS. io5 

« damiier comme relaps, que tous nèm en- 

« levez à nos juges nliturels , à nos conci- 
«les diocésains ou provinciaux! Quel droit 
€c avez -VOUS de^ violer aiasi Tordre des juri- 
€c dictions? Loin de tous, nous attendions au 
« fond de nos cachots le jour tardif de la jus- 
te tice. Nous avons cru qu'il était arrivé, et 
u nous n'avons consenti à être traduits à Paris 
. ic* que pour défendre l'Ordre, comme la bulle 
€< du ponlife romain nous en cluiiiic la per- 
ce mission et le droit; que pour attester linno- 
« cence de l'Ordre et la nôtre, et faire nos 
« déclarations solennelles de catliolic^ité. 

« Ne nous a-t-on oflPert cette espérance , que 
ce pour nous livrer à des juges qui ne sont pas 
H les nôtres, et qui nous offrent grâce et liberté 
«c si, pour sauver noire vie, nous avons la fai-^ 
«c blesse coupable de répéter des déclarations 
tt mensongères, tandis -qu ils nous menacent de 
« la mort si nous persistons à nous dire inno- 
« cens, ainsi queTexigent la vertu, Thonneur, 
« la vérité, et surtout le salut éternel de nos 
« âmes. 

V Nous avons déclaré devant les commis- 

« saires du pape, nous déclarons devant votre 
<v assemblée, toute illégale qu'elle est, que nous 
<c avons toujours été, que nous sommes, et 




lo6 D£S TEMPLIERS. 

f( que nous serons toujours soumis d'esprit el 
K 4^ cœur à la foi caAolique et aux dogmet 

«c de l'église » . 

Tel fut le cri des cinquante-quatre cheva- 
liers, telles étaient les raisons, tels étaient les 
sentimens <|ui auraient du parler à la cons- 
cience des juges. 

Mais, quoique jamais le nom de relaps n'eut 
été appliqué à des accusés qui affirmaient ayoir 
toujours été unis de fait et d'intention à l'Eglise, 
et qui se bornaient à rétracter des ayeux que 
la torture avait arrachés, on crut qu'appliquer 
le mot, c'était prouver la chose. 

Il parait que celle question avait été agitée 
à la cour du pape. Je trouve dans les archives 
du Vatican, une consultation (i) décidant, 
entre autres questions, que les Templiers qui 
ont rétracté leurs premiers aveux , ne peuvent 
pas être déclarés relaps.^ Le concile de Ravenne 
et d'autres conciles assemblés pour Faffaire 
des Xemphers, le décidèrent formellement de 

(l) VxDSm QVASI OOKTEAKIUM BATSOIII TAUSS niBI- 

CARE RELAPSOS..... IN TALIBUS DUBIIS RÏSTmKOBTOjB «TUT 

POINTE. Respousiones concillaril provinciae Narbonensis 

super dubtis ia facto singularlum personarum Texu- 

pUrlorom. jireh» du Vatican, 



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DES TEMPLIFRS. 107 

inéme ; mais rarchevéque de Sens ne cherchait 

qu'un prétexte ; et, pourvu qu'il immolât les 
intrépides défenseurs de TOrdre» peu lui 
portait de commettre une injustice également 
cruelle et bizaire* 

Les Templiers non réconciliés condamnéi* 
à la prison perpétuelle» subissaient è-^ffois. 
Texclusion de la société civile et de la soc^té 

religieuse (i)« 

Enfin, pour compléter le scandale, on ac- 
corde la liberté et même des récompenses à 
ceux qui, ajant fait des aveux, j pends^ 
taient 

f s- • - : • 

t (1) On trotire à }a Bibliothèque hmféxule, pumi les 
msnmcrite de M. de Gaignieregyn.* 714, soixante-^neuf 

pièces, formant cliacLine un quart ou un huiticmc de 
feuille de parchemin^ relatives aux dépenses de la déten* 
lioii des Templiers à Çenlis et dans les environs. J'ai lieâ 
de croire que ces Templiers avaient été condamnés pat 

les conciles tîe Sens et de Senlis. Dans le nombre il y en a 
IQixattte^ia^ de son nàcojxcujiê. 

» 

A Montmeliant. onie 11 

APIailly onze ii 

A la Tour de Beauvals. . . douze la 

A Tiers onae 11 

A Senlii • • onae 1 1 

A Toutoi^e. neuf 9 




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io8 DES TEMPLIERS. 

Emu d'iodignation , j'allais dénoncer an tri-^ 

bunal de la postérité ce Philippe de Marignjr, 
et faire subir à son nom 'Finfamie qu'il a méri* 
tée ; mais l'histoire du temps m'apprend qu'il 
trouTa, même dans sa vie mortelle , la punition 
de son crime. Coupable d/avoir autorisé une 
graildenn justice, il vit sa propre famille vie- 
tiiae d'une injustice aussi extraordinaire. 

Son frère Ënguerrand» après la mort de 
Philippe-le-Bel , eut à expier la faveur dont il 
avait joui pendant un règne entier. Accusé de 
malversation, il fut, grâce à son innocence 
ou au reste de son crédit, absous par des juges 
qui résistèrent à l'influence de la cour; mais 
on mit alors en usage les grands mojens que 
lui-même et son frère avaient employés contre 
les Templiers, ^nguerrand fat accusé d'irréli- 
gion, de sorcellerie : Fabsurdite de l'imputa- 
tion en rendit la preuve plus facile ; nile crédit» 
ni les larmes de son frère , Farchevéque de 
Sens» ne purent sauver ce fameux disgracié. Il 
fut pendu comme sorcier» au gibet de Mont- 
faucon, que lui-même avait jadis fait élever. 
Depuis le supplice de son frère, l'archevêque 
de Sens vécut dans la douleur et l'opprobre» 
et ne vécut pas long*temps Je m'arrête.... 

Quoiqu'il n'existe que peu de documens re- 



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DES TEMPLIERS. 109 
latife à ce jugement des Templiers , je crois 
être heureusemeAt parvenu , par une suite de 
recherches et de combinaisons (i) , à décou- 
yrir les noios de la plupart de ce,s vénérable^ 
Yictimes. ' 9 

NOMS 

de pliuieiin des Templiorc brùUs k Paris. 

Gaucerand de Buris. . Guida de Ittçi. 

Gautier de Bullen$,.(2) Jacques de Sancj, 

(1) Les huit premiers sont designés iiominatiTement 
dans quelques dépositions , comme brûlés , oombusti. Les 
autres, dont les noms suivent» s'étaient présentés pour 
défendre l'Ordre, et ayaient montré de l'énergie dans 
cette défense ; en parlant d'eux , on les appelle defunc n , 
i^LOîsDA M, J'hésite d'autant moins à les placer parmi ceux 
qiii subirent le supplice du bûcher » qu'outre qu'ils s'é- . 
taient montrés digues d'obtenir la haine des ennemis de 
rOrdre , et qu'il n'est pas vraisemblable qu'iiii soient 
morts dans les prisons , dans un si court intervalle de 
temps, les huit premiers , que quelques témoins nomment 
coMBvm , sont également nommés dans la procédure 
MORTS f néruNTs , DEFUKCTi , QUONOAM , comme les 
autres. 

(2) De la maison de Yaymer, au bailiiage^de Caen : il 
avait refusé deux fois les aveux exigés : ayant cédé à la 
troisième fois , il se rangea ensuite parmi les déieu^eurs 
de rOrdre. 



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IIQ 



DES TEMPLIERS. 



Henrj d'Angleâ. 
liaureut de Beaune. (i) 



Maiiin de Nicù 
Raoul de FréuuL 



André de Berri* 

t^lément de Tournon. 
Etienne d'Ëspanhejr. 
Etienne de Volenes. 
Guillanine Arnaud, (s) 
Guillaume de Beaune. 
GuillaniM de Boris. 
Guillaume de Gondi. 
Guillaume de Grana. 
Jacques de Rouge^ 

mont. 
Jean de Chames. (5) 
Jean de Buris. 



Je^fk de Fore^ta. 

Jean le Ganeur. 
Jean Le Moine. 
Jean de Montbellel. 
Jean de Mansuival 

( prêtre. ) 

Jean de Sornaj. 

Jean de Villars. 
Martin d'Arras. 
Martin de Caneyes. 
Mathieu de TEtang. 
Mathieu Renaud. (4) 
Nicolas d'Amiens. 



(1) C'était à Laurent de Beaune qu'arait été adresse 
)a lettre pour les prisonniers de Sens. On a ira que cette 
lettre aTsil été dénoncée à la commission papale. 

(2) Du diocèse de Cahors , avait fait des aveux et les 
avait ensuite expressément rétractés^ en déclarant qu'ils 
hki avaient été arrachés par la tortnre. 

(S) n avait répondu : jusqu'à ul mort ; et il tint 
parole. 

(4) Commandeur de Breteville^ dans le bailliage de 
Caen^ il avait, comme Gautier de BuUens, refusé deux 
fois les aveux , et cédé à la troisiibne fob. Il était venu 

les rétracter à ParU; en se rangeant parmi k:» défenseurs 
de rOrdre. 



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DES TEMPLIERS. m 

Nicolas de Celle. Ponsard de Gisi. (i) 

Nicolas du Ptti. Raoul de Grandyit* 

Pierre Amolard. lars. 

Pierre de Catalooe* Raymond Beruard^ - 

Pierre de GormeiUe. Raymond Bertrand. 

Pierre des Fontaines* Roger de Grandvil* 

Pierre de Montignj. lars. 

Pierre de Trojes* Roger de Marseille, (a) 

Ces Chevaliers se montrèrent dignes d'un 
meilleur sort , ou plutôt de cette grande épreu- 
ve du malheur. Tous les historiens <jui ont 
|iarlé de leur supplice^ quelque opinion qu'ils 
aient eue , amis ou ennemis , nationaux ou 
étrangers , ont unanimement attesté le ver* 

tueux couraye , la noble inUépidUc , la rési- 
gnation religieuse, que montrèrent jusqu'au 
dernier moment ces martj rs de Thonneur, 
Arrivés au lieu du supplice (3) , ils voient les 

(i) Le premier qui se fût présenté devant la commisr 
sion papale pour la défense de l'Ordre. 

( >) 11 ayait répondu Touloir défendre FOrdre ns tout 

BON POUVOIR, FRO rosSE. 

(3) Aute oculos staret ignis et camifes: et voce prae^ 
coni confitenti promissa salua atque libertas , nemini e;^ * 
omnibus, amicis et necessariis flentibus orantibusque ^ 

persuadere poLuit ut irato cédèrent régi et confessîone 
suâ suas parcerent vitae. Bocatius, de cas. vir. iUust,^ 
lib, iXi aqf. XXI, .* - > 



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112 DES TEMPLIERS, 
bûchers préparés ^ les tbrclies déjà fumantes 
et agitées par Les bourreaux ces Chevaliers 
ne se déconcertent pas. Enyain un envoj c du 
roi proclame la grâce et la liberté de tous ceux 
qui ne persisteraient plus dans leurs rétracta- 
tions; en vain les amis et les parens de ces 
infortunés , parles prières et les larmes , poin- 
taient lattendrissement dans leurs cœurs : 
offres , menaees du roi, prières^ larmes' des 
parens et amis , rien ne les ébranle ; invo- 
quant Dieu, la Vierge et les saints^ ils en- 
tonnent rhjmne de la mort ; triomphant dps 
plus cruelles douleurs, ils se croient déjà daQis 
les cieux; et leurs âiues s'exhalent avec leurs 
derniers chants, (i) 

Telle fut la fin honorable tle ces illustres 
victimes -, leur sort fut décidé dans l'espace du 
lundi 11 mai i3io au lendemain matin. C'eut 
" été trop peu de temps pour des juges , c'en 
fut assez pour des inquisiteurs. 

Gomment peindre les sentimeus qui agi- 
tèrent le grand-maftre, lorsque au fond de sa 
prison il apprit les nouveaux périls de ses 

(i) lavocabaat proinde Deum ac beataYn Yîrginem et 
atîos saactos ; et sic vitam Inter lormeaU finiebant. Cresia 



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DES TEMPLIERS. nS 

vertueux. Chevaliers , sans qu'il lui fut pos<- 
sible de leur accorda Fencouragement d'un 
seul mot, ou la récompense d'un seul regard ! 
Plus malheureux, plus maltraité qu'aucun 
d eux, il ne lui restait plus d autre espoir, 
que celui de marcher au bûéher après ses 
Chevaliers , puisqu'on lui avait ravi la gloire 
de les précéder» 

En vain le. pape s'était-il réservé son juge- 
ment, en. Tain les commissaires ayaient-ds 
promis de présenter sa demande ou plutôt sa 
prière réitérée d'être jugé : Vinfortuné grand- 
mai ue n'obtint ni justice, ni pitié. 

U est aisé de concevoir la consternation que 
le suppUcé de tant d'illustres Chevaliers causa 
parmi les autres accusés. Je crois ne pouvoir 
mieux. la peindre qu'en traduisant les actes de 
la commission papale, (i) 

Le mercredi i3 mai , est amené Ajrmeric 
de Villars-le-Duc, âgé de cinquante ans ou 
environ, devant les commissaires. Ils lui ex** 
pliquent les articles sur lesquels il doit dé- 
poser. 

Ce témoin , pâle et extraordinairement épou- 
vanté , répond : « Je parle d'après mon ser^ 

{i) Procès, çonira Ttn^lar. 

8 



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:xU PES TEMPLIERS. 

M méat de dire la véruté , au péiii de mon 
« âme'; si je mens , qw la mort me frappe 
« soudain, et qu'en TOire présence , je sois aib- 
<c sori>é en corps et en âme dans Tenfier. » 

Il frappe aIor% sa poitriue avec ses poings ; 
tend ses mauts TersTautel^ fléchit les genoux 
et s'écrie : r 

« Je persiste à soutenir que les erreura inih 
putéen aux Templiers , sont de toute/ faus> 
seté» quoique moi-même j'en aiaaftmé qucA- 
« (jue*-uaes, vaincu par les tortures qu'avaieat 
it ordonnées contre moi G* de MarciUac ei Hih 
« gues de Celle, elicvaliers du roi. J'ai vu con- 
« duire sur dea charMKls les cinquante-quatre 
« Clievalieriï pour être livrés aux flammes, 
, ^ parce qu'ib n avaient pas. voula laicie les 
« aveux exigés ; j'ai appris qv^ils ont été bru- 
« lés^ et je doute si je pourrais avoir comme 
a eux la noble constance de braver le bûcher; 
a je çrois que ^i Vqu m eu menaçait^ je dépo- 
te serais à serment devant la commission , et 
ce devant toutes les autres personnes qui m m- 
«( terrogeraient , que ces mêmes erreuts im- 
« putees à l'Ordre sont vraies; je tuerais Dieu 
« luinnéme^ si on Texigeait. » 

Alors il adjure , il supplie les commissaires 
et les notaires qui sont préstna, de ne pas ré- 




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DE» TEMPLIERS. nii 
vêler aux otEcier^ .du roi et aux gardjens des 
Teinpliers, les paroles qui lui échappent, 
parce qu il craint quie &i ces gardiens en étaient 
instruits 5 il ne tni livré au même supplice que 
les cinquante-quatre. 

Quelle candeur dans ce désespoir ! quelle 
vérité, quel courage dans cette terreur! une pa- 
reille déposition suffirait pour justifier TOrdre 
contre les meosonges de tous les apostats, qui 
ne déposent que pour éviter la mort ou obte* 
nir le salaire du mensonge. 

Les commissaires, que toucke le dése^it 
de ce témoin , recuunaisseat que les autres 
sont frappés d une égale terreur ; ik décla- 
rent que, la veille, un témoin déjà entendu 
était retoufBé vers eux , et les avait sup- 
pliés, de tenir secrète 6a déposition, attendu 
lextrême danger dont il était menacé, si elle . 
était connue. - 

erant^ que si Tinformation était con- ♦ 
tinuée dans ces circonstances, il y avait à 
craindre pour les témoms et pour 1 affaire ^ et 
enfin cédant à dautt^s motife qu^ih n'expli- 
quèrent pas, les commissaires délibérèrent de. 
suspendre Taudition des témoins, (i) 

(i) Undc oma £cfi éoninî «onuusfisriî vidèrent dSc- 



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i 

liQ DES TEMPLIERS. 

On pense bien quê^ dans cet état de crainte' 

et de stupeur , les agens du roi qui avaient of- 
fecty jusqu'au pied des bûchers» la grâce des Tem*- 
pliers , redoublèrent les menaces et les pro- 
messes > pour obtenir le désistement des nom- 
breux accusés qui avaient demandé à défendre 
l!Ordre. Sera-t-on surpris qu'un petit nombre 
ait renoncé à cette noble et périlleuse mission? 

. Quarante-<quatre se désistèrent de leur qua- 
lité de délenseurs ; au lieu d'accuser leur fai- 
blesse , j'admire la TCrtu de tous ceux qui ne 
l'ont pas imitée : on ne doutera pas des mojens 
employés à leur égard. Kous devons regarder 
leur constance comme unùouyeau triomphe 
de la vertu. 

Le 21 mai, les commissaires s'assemblèrent, 
en labsence de l'archevêque de JNarbonne et 

' lum testent paratam precipitio et îpsttm et alios vaUle 
'êi.territo$ propter praemissa et quidam testis prlûs recep* 
tus ab eîsdem dominis propter praemissa in die martis 
proxime praeterità rediisset ad eos ad supplicandum quod 
ejus depositio secrète teneretur , propter pencolum quod 
timebat posse sibi probabillter imminere^ pnedictî Bo: 
mini commissanî ex rniEBtcTis tvkwvim bt ai.xis 

CREDEBAM POShÈ IMMIN£il£ NEGOTIO COMMISSO BISDEM ET 

TAsiiBus, si qaos recipereat ouramt£ TSUROR^praediclo^ 
et etîam aliis cavsis, deliberaTeront quod praesens fu- 
persadeodum esse. Froces, contra Templari 



% 



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DES TEMPLIERS. 117 

de laichi-diacre de Trente; ils déclarèreat 
suspendre entièrement leurs opérations, et 
s'ajournèrenl au 5 novembre suivant. 

Il n'est pas besoin d'expliquer cette inter- 
ruption de la procédure. Les commissaires 
montrèrent, dans cet acte de prudence , la 
seule énergie que permissent les circonstati-- 
ces* C'étaU peut- être un courage peu corn» 
mun , que de ne pas applaudir à cette pros- 
cription juridique. 

Les victimes qu'immola Tarchevéque Phi- 
lippe de Maiigni, dans le concile de Sens, ont 
obtenu de moi un juste hommage de regrets 
et de vénération; j'ose croire que mes lecteurs 
partagent ces sentimens. 

Mais combien inspirent plus d'intérêt en- 
core les victimes condamnées par les autres 
conciles, qui eurent la cruauté d'imiter le 
premier ! 

Pierre de Cour tenai , archevêque de Reims , 
présida le concile de 6enlis. Les bûchers fu- 
rent rallumés^ neuf Chevaliers j montèrent (i). 

(i) Circa idem tempus apud Silvanectum provlitciae 
Remensis concilium conTOcatum et iliic quasi consîmili 
in Senanensis proyincî» concUto eeiebrato Parisias y su- 
per Templariornm facto, ddîberatîone-pneliabitâ , no- 
Tem Xemplarii coucremantur Contin. de I^angU^ 



ii8 DES TEMPLIERS. 

- Que ne puis-*je ressusciter les noms de tous^ et 

les présenter aux Iioinmages de la postérité î 
Je m'applaudis du moins de pouToir nommer 
Clément de Grand- Villars et Luc de Sornai, 
deux des Cheyaliers qui s'étaient présentés à 
Paris pour la défense de FOrdre. 

C'est dangla déposition de Koger de Grand* 
*yillars (i) , parent de Clément^ qu'il est parlé 
de la mort de ces deux Ghevaiiers ; j'aime à 
reconnaître le respect qu'inspirent la vertn et 
le malheur. Le témoin qui a la faiblesse cou- 
pable de dire que sa réception dans l'Ordre 
eut lieu dans la forme illicite^ ne manque pas, 
en nommant ces deox Cheyaliers j d'ajoutet 
que l'un et l'autre , après leur détention , lui 
aTaient certifié aroir été reçus dans une fonne 
licite. Ainsi quand , pour sauver ses jours, il 
se permet des déclarations extrayagantes , 
touchant sa propre réception , il a du moins 
le courage de respecter la vertu de ces deux 

Et post ea alii noyem Templarii in concUio Aeniensi 

iûfra meosem per archicpiscopumBemcnsem etsiios suf- 
frai^aoeo^cumsuls prelatU in SUvaoecto solemniter cek- 
Imto eodem modo et causà condemnad fuerunt et secu- 
Iftri curie tra^iti. Beinde per ipsam ctiriam extitertmt 

Gombusu. AvGER hm BiTTsmms , Vita ClernsntU 

(i) CLIL Tbst« Procès, contra Tem^iar. 



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DES TEMPLIERS. 

victimes ; il semble craindre cpie son silence 
équivoque ne profane leur martyre. 

La procédure ofl&e d'antres témoignages de 
respect pour les Chevaliers qui périrent sur les 
Jbadiers. 

Le quatre-vingt-dix-huitième témoin , P, de 
C^cell^ dépose : <c Je vis recevoir dans la cha- 
«c pelle de la maison du Temple , à Trojes , 
«c Jaccpies de Sanci , qui a été bràlé k Paris. 
« Lors de cette réception , je n'aperçus rien 
a d'illicite , et depuis je n'ai pas entendu dire 
« qu'il sjr fût rien passé de tel». 

Le soixante -quinzième témoin » Jeaa de 
Buffevant , s'exprime en ces termes : . (f J'ai 
<c assisté à la réception d'Henri d' Angles! , Ghe- 
•* « valier brûlé à Paris. On ne fit , on ne dit 
Xi rien d'illicite dans cette cérémonie y^^ 

Et cq>endant ces deux lémoiâs , pom rar- 
cheter leur vie , déclaraient qu'ils furent eux- 
méme reçus dans la fefime illicite ! £k les dé- 
sordres imputés aux Chevaliers avaient véri- 
tablement existé , ces deux témoins auraient- 
ils manqué d'observer que Jacques de Sanci 
et Henri d'Anglesi avaient péri coupables? 
]\Iais le cri impérieux de la conscience qui s'é- 
levait en faveur des victimes , l'emportait sur 
toute autre considération. 



120 DES TEMPLIERS. 

L'arcliCTcque de Rouen j Bernard de Far- 
ges, présida au Pont-de-l' Arche un autre con- 
cile , contre les Templiers. La Chronique de 
Maneval assure qu'on exécuta les ordres du 
pape contre les coupables ; plusieurs Cheva- 
liers furent condamnés aux flammes, (i) 

Pierre de Rochefort , évêque de Carcas- 
sonne , assembla aussi un concile diocésain. 
Parmi les nombreuses victimes qui périrent y 
rhistoire a nommé Jean Cassanhas, coxnman- 
dteur à Carcassonne. (2). 

En Lorrame , le duc Thiébault fit exécu- 
ter un grand nombre de Templiers , dit lau- 
teur de l'histoire manuscrite de ce prince, (3) et 
il s'appropria 1^ majeure partie de leurs biens. 
Thiébault était très-lié avec PhUippe-le-Bel. 

Après tant de cruelles exécutions , Taiche- 
vêque de Sens n'était pas encore satisiait ; il 

* 

( 1 ) Hîst des Areheréq. de Rouen , par un Biif^xctix. 

Jlouen , 1667, fol. 491. Galiia Christ. , tom. si, p. 75. 

Ce concile se tînt au Poni-de-r Arche , comme le dit la 
Chronique de Maneval , et non k Pontoise, qui n'était pas 
dans le ressort de Parcherèque de Rouen. 

(a) Hist. £ccL de Garcassone> par le P. BourgXj 
page asa, 

(3) Hist. Ercl. et Ci?ile de la Lorraine > par D. Cal- 

MXT^t. 3;P. 436. 



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DES TEMPLIERS. 121 

1 

conToqua un second concile contre les Tem- 
pliers , au 18 août i3io. Les bûchers dévo- 
rèrent encore i^uatre victimes, (i) 
- • Quels hommages ne devons-nous pas à ces 
intrépides martyrs de la vérité et de Thon- 
neur, qui comparurent devant les concUes 
assemblés à Senlis^ au Pont t de- l'Arche > k 
Garcassonne, dans le reste de la France, dans 
les états du duc dé Lorraine ^ à des époques 
où Texempie des cruautés^ commises à Paris 
envers les Chevaliers , pouvait intimider, les 
plus fermes courages l 

Ces nouveaux proscrits eurent l|i,vertu de 
ij écouter que leur devoir , et de se dévouer 
aux bûchers , connaissant d'avance le sort qui 
les attendait. 

Que les cinquante^quatre de Paris , passant 

(lyBans les Mémoireê concemani' VhiUmre EccU- 

siastique et civile (TAu-xerrb , t, vt,page 29 * , se trouve 
-la lettre de Tarjchevéque de Sens, qui fixe la reprise du 
concile : Nostrum provinciale conci)ium ad diem tertiam 
posi instans festum Assumpt. B. Maria» Virgînîs , eum 

diebus subsequenlibus continuaudo post opus fuerit 
Parisiis. 

£t deinde post paucos dies quatuor Templarii eodem 
' modo condemnati extîterant et combnttt. Aucsr de 

« « 

BiTTERiis, Fita Cletnentis V. 



i22 DES TEMPLIERS, 
tôut-à-coup cln fond de leurs cachots devant le 
tribunal; aient opposé une constance inéfaraiiT 
lable aux menaces, aux offres des juges et du 
monarque , aux prières et aux larmes de leurs 
amis, c*est un beau dévouement sans doute ^ 
mais du moins il leur a suffi de combattre pen- 
dant quelques heures, et ils sont arrivés de suite 
aux triomphes de la mort ; une seule nuit a 
passé entre leur accusation, leurs intecroga- 
toires , leurs réponses , leur jugement et leur 
illustre supplice. 

Mais dans les autres lieux de la France , 
ceux des Chevaliers qui cédaient au sentiment 
de leur devoir , au respect pour la vérité , 
ont, pendant des mois entiers, depuis la ca^ 
tastroplie de Paris , contemplé solitairement , 
chaque jour , chaque heure , chaque instant , 
le bûcher qui les attendait ; et pour n être pas 
découragés, il leur iallait non seulement. une 
constance qui bravât le malheur , mais , si 
) ose le dire , une vertu qui d'avance sut jouir 
de la gloire du supplice. 

Dans ces divers concile^ , 

on^ inttx ai e 

tout Texemple du premier concile de Sens. 

Ceux des Chevaliers qui persistaient dans 
leur rétractation , qui attestaient leur inno- 
cence et celle de l'Ordre , étaient déclarés 




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DES TEMPLIERS. i23 

relaps et condamnés au feu* Ceux qui n'ayaient 

jamais (ail d'aveiLX, et cjui persistaient dans leurs 
dénégations y étaient condamnés à la prison et 
la subissaient coauiie non réconciliés ; et les 
tipostats de l'Ordre oktenaieht la liberté. 

■Détournons un instant nos regards de la 

^ Tandis que ^cs bûchers y fumaleiit encore , 
ié ëoncile de Rayenne s'assemblait ^ neuf Che^ 
valicrs y comparurent ; ils déclarèrent que ni 
l'Ordre ni. eux n'étaient coupables : leur dé*» 
nég'alion fut ferme et constante. Le concile 
examina d abord s'il fallait les livrer aux tor- 
turés. Deux Dominicains îhcfuîsitèurs, qui as- 
sistaient au concile, opinèrent à donner la 
ifnestioh ; les autres membres furent d^uri avis 
contraire. Le lendem iin, tous les avis s accor- 
dfeiN^nt à décider qu'il fallait punii" les coupa- 
bles, stlon les lois, et absoudre iesinnocens; 

fallait ranger parmi les inddcèns 
ceux qui ayant fait des aveux par la crainte 
«te^ tèuhïieiis, Icj^ avaient etikùite révôqùéé^ 

oju^çi^ui prouveraient que la coulinuité de cette 

o^^nte les av^û; Jasqi^'alors empécbés .de, S0 

(i) Au daudi e^âcut in ^uestiouem ) respouderunt non 



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124 DES TEMPLIERS. 

Ën Allemagne^ un concile avait été assem- 
blé à Majence, pour prononcer sur le sort des 
Templiers. 

Le concfle s'occupait de l'affaire : soudain 
se présente le commandeur Hugues Sauva- 
ge (i) ) accompagné de vingt Chevaliers , 
tous en armes et en habits de l'Ordre ; ils pé- 
nètrent dans rassemblée ; les pères sont dans 
rétonnement et dans la crainte ; l'archevêque 

■dandos. lïicolaos tamen et Johannes , Dominicaiii ^ inhae* 
retîcos quaesîtoreSy danâos esse dixenint. 

Sed postridie , cum iterum convenissent patres, com- 
muni seutenùà decretum est^ iauocentes absolTÎ, no- 
centes ex lege puniendos. 

Intelligi innocentes debere, qui meta tormentorum 
confessi fnissent , si deinde eam confèssionem reyoca»* 
sent; aut revocare huius modi, torinenloruin metu ne 
inferrent UT nova ^ non fuissent ausi^ dùm tamen id cons* 
taitex, RuaBV8,Hi8t. Rouen. 

(i) . Comparait autem in synodo^ qoemadmodom re- 
fert manuscrîptus liber , Hugo Cornes Silyestris et Rheni, 

qui moraLatar in Gi uiiiback prope Meyseiiheim, cum 
viginti fratribus sub ha)/lta Ordinis^ probe armatis. 

Hi omnes non quidem Tocati^ sed ultr& et subitÀ in 
eoncessum patram îrrumpunt , omnîbasattonitis ; ardiie- 

piscopus vu os ( orisickrans ac violeiitiam tiineus, placicîè 
jubet cotnuieiulaiori ut sedeat^ et si quid babeatin mé- 
dium ad ferendum; ut depromat 



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DES TEMPLIERS. 125 
qui présidait ordonne arec politesse an com- 
mandeur de s'asseoir , et d'ejLpliquer ce qu il 
désire. 

Le commandeur répond, d'une voix ferme 
et tranquille : (1) 

a Ces Ghevaliers et moi, nous avons appris 

(i) Qui clarà et liberâ voce exorsns, se suosqne con- 
fratres inquit intellezisse , hanc synodum sui Ordinis 

delencU gratiâ potissimum congregatam ex comiuibblone 
Komani pontiûcis. 

Enormia enîm qncdam scelera, et piiuqiiam etlmica 
flagitia iUla objecta , qu» in privato designarent, quod 
ipsis sane esset grayissimum et inU)lerabile j maxime ^uod 
non ordinariè auditi, nec convicti condemnarentur* 

Quare coram istâ patrum coogregatione se appellare 
et proTOcare ad futarom pontîfiœm ejiuque anÎTetsum 
clenim, pubikïë quoque protestaii, eos qui propter talia 
flagitia alibi igni traditi essent et combiisti , constanter 
pernegasse^ sed ( nec ) quidquam eorum désignasse, atque 
in eâ con^sssîoiie lormenta etmortemperpes609,ii«ini 
Dei op^i maximi smgulari judicîo et miraculoy eorum 
mnocentiam comprobatam, quod albae clilamides^ ac ru- 
J;>ricatae crucea igni uo^ potueront absumi. 
. Archiepi8Copu8,lkisauditia, ne tomultus aoboriretiir, 
proteflationeni eorum admUit, seqne cimi romanopcmtH 
fiée ; acturum respondit, ut quieti esse pussiut. Atque ità 
ad proj ria suntdimissi. 

Posteà veri Petms aliam commissionem obtîauît: 
juxtà quam procedens^ prsedietos censHtt abfolrendoa. 



136 DES TEMPLIERS. 

i( que^par commission du Pontife Romain , ce 
a sjTDode était ^embié pour abolir notre Qr* 
<c dre. On nous accuse , dit -on, de crimes 
« iiurriliies et de yicos qm désibonoreraient 
i< même les pajens ; il nous serait trop péni- 
K ble^i û ikom serait même in&uppor table de 
ce les énoncer en public ; mais ce dont nous 
ce nous plaignons surtout , c est ipie les Che* 
<!C Tdliers soient condanmés sans être ni enten- 
<( dus^ ni convaincus. Nous déclarons à cette 
« afiMnablée bous rendre «ppelms devant le 
« pape futur et son église. Nous attestons 
<!c hairtement que ceux de notre Ordre qui 
ce ont été condamnés au:$: , flammes ^ sous le 
ce prétexte de tels erimes ^ les ont constam- 
« meat niés , 3ans exception , et ont soulFert 
la torture et la mort , en persistant dans 

Cl leurs dénégations )). (i) 

^ L'archevêque admit cette protestation^ leur 

promit d'agir auprès du pape , pour oblenir 
qu ils ne lussent pa^ioquiétés, et ksreavojrai 

(i) il iiuU sou discours par ces mots : a Un miracle 
jfx e^^tracardinaûre a mauUèâté le iugen^ut Je Dieu ea leur 
« ÛLTeur ; le feu qui les a consuii^és^ a respecté kiws bar 
<c bits Maxu» et leiprs eroi^ rouges. » 

Cette assertion est bizarre; mais du moins cUq peit 
d'uu esprit convaincu dç TinnoceAce des rictijwief. 



9 



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DES TEMPLIERS. \»j 

ensuite il rectA du Pontife une nouvdle com- 

mission , et il procéda de nouveau. 

Quarante - neuf témoins comparurent (i) , 
dont ^enfe-huit Templiers et les autres étran- 
gers à Tordie , et recommandables par le rwg 
<|«>ils 4Mettaienii dans lé ixionàe ou da^rÉ;^rL5e. 
Tous ^ ait^tereai* également 1 innocence de 
ISfONbe:^ . el le concile pronoÉç» en^ ÙLYeàr 

4 es atcu.^cs. ■ ' .• i -/ ■ 

i^4rluibrmftëdn prise à Trêves justifia aussi 
iOidre et les Chevaliers, i)e dix-sçpt té- 
'IH^im (2) qfm' là jccmiposatoiiii lra^ sétile- 

(1) Inquifti^Q factaMo^HDti^'per pommes ardiîepis- 
copum MogUntîae el Koberltim^ decanura ecclesîae Sti.- 

Stii'varik....... iiiquisilurc:» a Scdfe apusloLcà ilepulalos 

Qoatra ordinem et magnum magistrum sen pféceplôvem 

(2) In^iiiâ^o âieta in dipç43fi-^J(J|]^¥eF|9fi#ljp9r Bomi^ 

'iêféy ê^camm ecclesise Sti.-Serrarii ccintm Ordinem Mi- 
lit ia^ Templi et magjtiiuij. jgorecej^^jcexA r^pÂ.^ljj'yp^fffiiie. 

' 'Mdtdpîen cjui a^ait citées. Jlf.S: Vatic, ^ig. , 

«v® 92^ ex nijhriore arch. pal. A\>eii. ILumani perktUim. 




r 



128 DES templiers; 

Vers le même temps, le sort de plusieurs^ 
Templiers espagnols était réglé dans le concile 
de âaUmanque. 

L'archevêque de Tolède le préûdait ; on: j 
comptait onze évêques. 

L'enquête contre l'Ordre; et les Chevaliers 
avait été prise à Medina-del-Campo , par Tar- 
tfaevéque de Compostelle et son adjoint. Les 
Templiers du rojaumc de Castille et de Léon 
avaient été cités. Trente Chevaliers attestèrent 
l'innocence de l'Ordre. 

Trois prêtres étrangers à l'Ordre furent en-* 
tendus ; l'un d'eux fit uné^ déposition très-re- 
marquable : il déclara qu'aj^ant été le confes- 
seur tlt plusieurs Templiers, les ajant assistés 
à leurs derniers momens , il s'était ainsi con- 
vaincu de leur catholicité. (1) ^ 

Après une mûre discussion de l'afEare , les 

n-^fifi, referunt, quadraginta iiovem testes addiictos nil 
adTerstis Templariomm Ordinem de scelelribiia ipsis im- 
positis respondiflse. 

Alterius pariter judiciarix actionis taLulaî inTrevîrensi 
arcliiepiscopatu confectse transmissaeque ad Ciemenieni 
lâairant septemdecim testes ihleiTOgatos de flagitiia Tem« 
plariorum nuUnm confessos. Ojtjsxicus ILérsjiLDtra^ 
Annales Ecclesiasticœ , i3io. 

* (1) AudiTitconfeasionesmultoriimTempIarlorum iiir 
sldiatorum a'Satràcenîs ^uî statîm decesaerent et benfe 



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DES TEMPLIER?. i^^ 

sufFraj^ des juges furent unanime et décla- 
rèreat les Templiers innocens. (i) 

Les TempUers ayaient été poursuiTis jus- 
dans l'île de Ghjpre. 

En mai et en juin iSio^, on y entendit un 
grand nombre de témoins étrangers à l'Ordre ; 
tous étaient des personnes considérables par 
leur naissance^ leurs dignités ou leur état ; tous 
déposèrent en faTeur de l'Ordre et des Gb^ 
valiers. 

GeuX'-ci^ aunombredesoixante^-quinsse, et 

des plus distingués de TOrdi e , se montrèrent 
dignes du bon témoignage qu'on rendait 

d'eux ; ils attestèrent unanimemeul rinno-- 
cence de TOrdre. (2) 

et catbolice confitebantor et nmiliter Gonfeflsioiies infir- 
marum. 

Inquisitio pacta metinuE per reverendos et Dominos 
DominunL Kodericum archiepiscopum CoiMpostellanuia^ 

Dominum J. UlisboneiiBeiii et^Dominiua Geraldnm 

episcopoSyConlra Ordinem IMtilitic Templi et magnum ieu 
preceptorem rcgru Caslellai et Legionis. MSC, du Katic. 

(1) Questioae habita, pro eorum innocentiâ proQua- 
QÎalom communi patrûm sufiragia JSÎARtjasrvA ^ ch»i5, 
p. 10. jioiriABf coU..coneil, 

(2) Rubric.T factae super inquesta contra magistruiu et 
Ordinem Templi iu Cjpro. BiùL imp. 

L'enquête entière se tronve parmi les manuscrits du 
Vatican. 

9 



^5q DBS templiers* 

. Ainsi la justice et Xhuxasadié, ezilée$ de la 

France, proclamaient clans les autres royaumes, 
d'une miiiir^ solenueUe , . l'iimoeence des 

Templiers. 

En vaia jjplùUppe-le^Bei» beau^-père du jeune 
Edouard , essaya d'inspirer à ce prince de fti- 
o^^tQ^ pféyeuUous contre les Templiers an«« 
glais ; en vain fil41 passer des agens en Aagle^ 
terre (i) ; en Tain envoja-^t-^il des renseigne^ 
mens et la copie des aveux obtenus par- les ia« 
quLsiteurs irauçais: en Angleterre et ^Irlande, 
les Chevaliers soutinrent rinhoeence de TOr- 
dre; et quoique condamnéi aux tortures, ils tii^ 
wni fermes et constans dans leurs dénégations. 

Le concile de Londres s'était assemUé en 
1609 et en i5io. 

Quarante-sept Templiers interrogés avaient 

unanûnement protesté de lieur innocence* 

, On proposait a (^ut4c|ues Chevaliers de sortir 
de l^Qrdre ; ils répondirent : Plutôt mourir (2} ; 

■ 

(1) Il parait par la correspoudance de Philîppe-le-Bel 
et de Clément Y ^ que le roi avait désigné à la eour de 
Rome les comimssaires ^'eUe devait euToyer dans les 
antres états. 

' (21) Fuerimt moniti et multipliciter exhortati ut exi- 
rent à dictà religione^ qui rcsponderont siglUatiin ^u&ii 

CITZVS VELUBNT MORZ. 



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DES TEMPLIERS. i3i 

Vnn d'eux» reçu seolemeiit <mze jour» wseat 
l'arresUtioii, ajouta : a Quoiqu^n rentrant daû& 
«c le monde » j'eusse aises de fortune pour j 
« Tivre hoaorablemeot san^ le 5»€cgurs de 
c rOrdre. . . 

On clemaiide à un Chevalier , si l'Ordre n'a, 
pas besoin d'une réforme» 11 la born^ à deux 
points : tr un an d'épreuves et la publicité des 
« réceptions. » 

A peine trouve-t<OQ à recueillir contre TOr* 
dre trois fausses dépositions de Templier^ apo»< 
lats , qualifiés tels par les juges eux-mêmes. 

Thomas de la Moore , grand-prieur 4 An-» 
gleterre et d'Écosse, Himbert Blancke , grand-* 
prieur d'Auvergne , montrèrent un caractère 
et une vertu à Tépreufe du malheur et de la 
persécution. 

Le concile de Londres ordonna, après de 
longues discussions^ (i) que les Templiers 
fiissent séparés les uns des autres , interrogés 
de nouveau, et cjue ctux qui persisteraient 
dans leurs dénégations, fussent. Uyréa aux 

» 

(i) Magnae (Ibputaiiones fiebanl propter varias muta- 
tioues inventas ia iaf^uisiuombu^ et depo&itiooibus prse* 

£a Angleterre on avait entendu beaucoup de timoins 

étrangers à rOrdre. 



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%$i DES TEMPLIERS. 





1 


tn 


1 



ble, ni violente effusion de sang, (i) 

Ne soyons pas. étonnés de celte décision 
Clément V avait écrit au roi d'Angleterre en 
ces termes : « 

ce Vous avez- déf(gndu qu'on eiupiojat les. 
« tortures dans les procès contre TOrdre elles 
ce Chevaliers : aubsi les Tçiupliers. refusent , 
H dit-on , d'avouer la vérité. O mon cher fils ! 
<( considérez attentivement et prudemment si 
<( cela convient à votre honneur , à votre salut, 
cjc et à l'état de votre royaume. » (2) 

(1) Et si per hujus modi arrestationes et separationes 
mhil aliud quàm priùs relient confitert, qù6d ex tune 
«piaestioBarentiir, ita quhà ifkiaestîones ilke illat» fièrent 
aLsqtie mutilaiioiie et dt bilitatiotie perpétua alicujus^ 
jnembri, et suiè Yioieutâ sangumis eilu&k>ae. 

(a) IfoYit> sic credimus^ tua serenitas^ etc. 

Inbibuisti ne contra ipsas personas et Ordinem per 
<^uiiTioM:s ad inquirendum super eisdem criminibus 
procedatur ^ sic que iidem Templarii ciiiEteri dicuntur 
super elsdem articulis Teritatem...«.. 

Attenté , qussumus , fill carissîme ^ et prudenti delibe- 
ratîone considéra si hoc tuo honori et saUiti conveuiat cl 
statuL cui»|^ruat regiil tui. 

II. id, jul. au Y. ( i3io ) Arehwe» ëecrèiea du Faiican,* 
— - Regeatrum HUerarum Cunas anno K domini'CitB- 



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DES TEMPLIERS. î3S 

Niies menaces ni.les tortures n'ébranlèrent 

la constance des GheTaliers. 

Ils furent de nouveau interrogés ^ au mo-^ 
ment même où la nouvelle de ce qui s'était 
passé en France aurait pu intimider de moki^ 
fermes courages : ils persistèrent. 
• Nous verrons dans la suite comment ils fu- 
rent jugés définitivement par des conciles, qui 
surent accorder les intérêts de la politique 
avec le respect que méritent la vertu et lé 
smlbeur. 

Je Fal observé, et je crois devoir l'observer 
encore ; tandis xfaeâ France leà Templiers 

étaient traites avec tant d'inlninianité , il sem- 
blait que , dans le reste de l'Europe , l'équité 
des princeis , Fimpartialité des ministres de la 
religion et des lois, et la constance des Che- 
valiers; sè fusseiit réunies p6ur attester Tin- 
nQcence des Chevaliers français qui étaient 
morts , bu qui souffraient encore en marlyrs 
de la vérité. • . 

Cette circonstance offre une raison décisivé 
en faveur des Templiers français. C'étaient les 
statuts de TOrdre que ses persécuteurs, vou- 
laient faire condamner, en proscrivant les 
Chevaliers. Ces statuts n'étaient pas pour la 
France autres que paur les pa^s étrangers. Si 



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tSi DES TEMPLIERS. 

en Iulie, en Angleterre , en Allemagne » en 

Espagne , en Chypre, on ne condamnait pas. 
les Chevaliers^ on prononçait done qut ni 
€ux , ni leurs statuts n'étaient criminels. Que 
penser alors de lacharnement arec lequel on 
les poursuivait en France ? 

Le 3 novembre trois des commissai- 

res du pape , révêque de Mende , les archi* 
diacres de Aouen et de Trente ^ se rassem-^ 
Uent à Paris ; ils demandent si quelqu'un veut 
défendre l'Ordre des Templiers. Personne ne 
$e présente. 

L'archevêqtie de Narbonne avait quitté Pa^ 
ris pour les aflBBiires du roi ^ dont il lôhtit Us 
sceaux ; 1 evêque de Bajeux était allé auprès 
du pape par ordre dn roi ^ pour affaires diffici* 
les ; etrarchidiacre de M aguelonne se trouvait^ 
' disait-on^ malade à Montpellier; l'évéque de 
limoges, en se rendant à Paris, était retourné 
sur ses pas , d'après des lettres dn roi ponant 
qu'il ne con venait pas, pour certaines raisons, 
de s'occuper de Taffiiire des Templiers, jusqu'à 
ce que le prochain parlement fut assemblé ; ce 
parlement devait s'assembler le lendemain de 
la fête de Saint-Vincent, (i) > 

T 

(i) Froces. contra Templar, 



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DES TEMPLIERa iSS 

ses séances à Paris ; elle appelle Guillaume d% 
Cluaiibonii^t ei liertnuad de Sar^ges , pouf 
assister à raudilion des témoins ; ces Cheva- 
liers réclamenl (i) la présence de Ilajaaad4e 
Pruiiio et de Piètre de Boulogne, et déclâ* 
reat qu'ils persistent dans leur précédent ap^ 
pel; ajoutant que s'ils élaieiit libmett^lalilis 
dans* leurs bieos, ils dé&udraiant volôlUiei^ 
lOrdre. 

Ou leur annonce que Rajuaud de Pruuio ei 
Pierre de Boulogne oût, sblennelleiiientétiro^ 
loutairement, renoncé à la défense de l'Or* 
dre y et révoqué leur rétractatidn ; que Pierre 
de Boulogne s'est échappé de sa prison et a 
disparu y et que Rajnaud de Pruino- tie peut; 
pas être âdnàiâ à défendre l'Ordre , puisqu'il 
« été dégradé an cottcile de 8en«. 

Guillaume dé Chambonuet et Bertrand de 
Sanâges persistent dans leur refus d'assister k 
la séance , s'ils n'ont avec eux leurs deux col- 
l^^es:; et y poui* tie pas préjudieier à leur ap- 
pel , ils se retirent» 

La commission continua la procéduire et elle 
entendit des témoins, juscp au 26 mai i5i 1. 

Avant d'entrer dans la discussion des dé- ^ 

(1) Procès, contra Templar, 



r 



i36 DES TEMPLIERS. 

{positions ^ il se sera pas i&utile de &àre re- 
marquer qu'un nombre très-considérable de 
témoins^ déjà adoiis au serment, ne furent 
pas entendus par les commissaires. 

Pc ut-on ne pas adopter Topinion très-vrai*» 
^ semblable que les a^ns du roi , qui seuls ad-*, 
nûnistraient les témoins ^ avaient trouvé quel^ 
que danger à présenter des personnes dont ils 
redoutaient la sincérité ? (i) * 

En comprenant les seize témoins entendu^ 
avant l'interruption des séances^l'iniormationse 
trouve composée de deux cent trente-un té* 
moins. 

Les deux tiers environ avouent ^ avec plus 

ou moins de détails, les priucipauiL chefs d'ac* 
cusation* 

La plus grande partie de ceux qui .font des 
aveux, disent que lors de la réception- des 
Chevaliers, pn exigeait qu'iL reniassent trois 
fois Dieu ou le Christ , et qu'ils crachassent 
trois fois survie crucifix. 

Ceux qui déclarent qu'oA exigea qu'ils crs^ 
chassent sur le crucifix , prétendent qu'ils ont 
craché à côté et non dessus, (2) , 

(1) Le nombre de ces témoins est Ue viagt-six. 

(2) Jittlà, non saprà. 



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DES TEMPLIERS. xlj 

Ceux cpiî déclarent avoir renié Dieu, ob- 
servent qu'ils ont renié de Jbpucke et noa de 
4WBUr. (i) 

Quelquesruns disent ils furent autorisésf 
& se livrer à de» mœtm licencieuses et crimi- 
-^nelles ; mais ils ont soin d'attester qu ilî> a ont 
jamais profité de cette coupable autori^atioi^. 
: D autres parlent delà Lete , de l'idole,, de 
l'apparition et de Tadoration du chat. 

A l'époque où les commiissaires reprenaient 
la procédure , tout éiait changé^ Le^ Mcher^ 
allumes dans Pans , . et dans plusieurs autres 
Tilles de la France ^ avaient consumé les plu$ 
intrépides défenseurs de l'Ordre ; un ^rand 
ponûubre de dignes Cihevaliers expiaient dans 
Jes prifion$ leur généreux et constant dé- 
youement à la .yérité» à Ihonneur et à>ia 
Tcligion. Ne recevant que dou^e deniers par 
jour, dont niénie on ne leur ^ laissait pas 
l'administration, ils vivaient excommuniés: 
-on leur refusait les secours et les consoldlions 
,ide la i^ligion ; leur vertu était réduite à se 
isuffire à elle-même, 

^'On se garda bien de les appeler en témoins 
xlevant les commissaires ; ou ne présenta que- 



(i) Ore, non corde; 



i58 DES TEMPLIERS. 

la lie de TOidrè , les aposiati», ceux quf, pour 
sauver leur vie , s'étaieni honteusemeat glcH 
rifiés, devaiiL les conciles provinciaux, de 
déposer leurs manteausc ; et encore pour 
en trouver environ deux cetits , fellut • il 
choisir et recruter le luensooge dans les di- 
vers points de la France ^ enàotle que les 
officiers du roi^ qui seuls â%'aient la charge 
d'appeler , de traduire et d'admitiiatrer les té- 
moins ^ ne présentèrent aux commissairês que 
des hommes' déjà gagnée ou intimidés > qui 
étaient engagés par leurs déposiiions faites 
devant les conciles provindan^deSens, Sen- 
lis, Kheims^ Rouen, etc., devant les évêque* 
d'Amiens , Gavaillon , Glermont , Chartres , 
Limoges, Puj, Mans, Mâcon, ÎMaguclônae, 
^Nevers ^ Orléans , Périgord, Paris ^ PoitiefS, 
Rhodez , Saintes, Soissons, Tuul et devant 
Ji archevêque de Tours, eto« etc. 

Tremblant d'encourir la mort à la moindre 
variation , ils commencent presque tous par 
déelarer aux commissaires qu'ils n'entendent 
point s écarter de la déposition qu ils ont déjà 
faite devant tel évéque , ou dans tel eoneile. 

Et toutefois , ô force de la vérité I ô ascen^ 
dant de la vertu ! il s'en trouve qui , malgré 
la terreur qu inspirait le supplice récent des 



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s 



DES TEMPLIERS. 1Ô9 
yictimes^ malgré les menèiQes it left (>f<MMmk 
des officiers du roi , oseûl se pkiûdre devant 
la conmiission d avoir été torturés , et réro** 
<:piant les aveux gu'on leur avait arrachés, al^ 
testent à leur tour rinnocence de l'Ordre. 
Je crois devoir les ûommer : • 



AUDEBERT DE FORTE, 
189a témoÎD. 

^THELEMIDE PtTYKEVEL,i6ie' témoin* ! ' 

EUE rOSTIU, té- f II avait|^itf^s«Jm^^l>T«^ 

i deSSuttlet.. 

ELIE RAYNAUD, 129» C R^^vnmia les awui feita âerwU'é^^ 
temom. * véque de Saintes. 

GHHAilD DE ANOlirN-. ( '^^''^^'-^^ 'I"''! • ^'^'i^' =' P^^ris 

^ HAR, i64a témoin, ) P**""" ^ n'y 

- • C Avait poiût été ad mifi* . . i ■. • " , 1, 

/ 




GUILLAUME DE LIÉ- 



C Age de fyiMtre-vinjfts ans . .uniem- dv. 
~ j I/a RocJifl je . :in,t'àt*i qu'il .'i it r^Tii wn 

>:S^fl *'^^îff***^* > i '" '^l'j'^ Je Chevaiierç , mais 

. ^ . •■ , . daiiâ la iorme iicite. 

^ Reçu depuis cinquante -deliK tut , 



«HLIAUME DEJiiq, Jjl^ ,l'<«^-4, ««ySi,» ! 
imn» tcmoin* j awir etrf tenu Jong-temp «n pain 



GUILLAUME DE TER- ) '''' '^'^'"'^ 

RAGE» aa6a.t#eHite. > ' "'^''''"^ ^^"^ wmblmble^ 

réceptions. 



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i4o DES TEMPLIERS; 

HUMBERfF'DU PUT, ii4* témoin. 

PIEIOIE DE S*.-BENOIT, i59« témoin. , 

JIEBBB THËOBAU)!, i fi«tracu airev» fiûtt devant l^é- 
laS» Unoiii* \ vêque de Saintet. 

■ 

HETlflER DE liAR- f RâmcU Ici avatt frili devint TA- 
CHANT , 70* témoin. \ fêtipe de Stintei. 

ROBERT DE YIGEEIfi , 76, témoin. 
THOMAS DE BAMFELUNE, is;* témoin. 

Malgré le péril imminent , ces intrépides 
Cheyaliers osent déposer en faveur de l'Or- 
dre 9 et te plaindre des iriolences et des tov^ 
tures. En lisant 1 information , on adnure leur 
courage ^ et lorsqu'on serait indigné eontre la 
pusillanimité de ceux qui ne cherchent qu'à 
racheter leur Tie y on pardonné à la faiblesse < 
humaine, et on se consolç avec ces généreuJk 
martjrs du devoir» 

Sera-t-on surpris d'apprendre qu'après ceux 
que je Tiens de recommander à Testime pu- 
blique , il s'ea trouve encore quelques autres 
qui avaient tenu le même langage , mais qui 
vinrent successivement le révoquer et se ran- 
ger de nouveau dans la classe de ceux qui 
avaient iait des aveux ? 

Cette variation démontre évidemment lin- 



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DES TEMPLIERS. i4i 

iluence toujours active des agens du roi^ et la* 
Tertu des GheyaliCTsr qui, résistant sans cesse à 
cette iniluence , sortaient victorieux de cette 
lutte pénible. 

H importe de présenter ce tableau ; U ap-^ 
partient à rhistoire de ce grand événement et 
sert à l'expliquer. 

Jean de Gormeilhes est interrogé sur la 
forme de sa réception. 

Il ne veut pas répondre ; il demande aux 
commissaires dj leur parler en secret. Il est 
refusé» 

*Alors il se plaint d'avoir été torturé, et de- 
mande un délai pour achevejç sa déposition 
ce délai lui est accordé. 

Le lendemain, il reparait, pour renouveler 
Taveu que sa réception avait été faite dans la 
forme illicite. 

Martin de Montricbard ,^ 

Jean Durand , 

Jean de Ruans , 

Après s*être placés sur la ligne honorable 
des défenseurs de l'Ordre^ et avoir rétracté' 
leurs aveux, revinrent peu de jours après, 
et^ révoquèrent leur rétractation. 

Le trente-septième témoin , Jean de Pol- 
lencourt, ayait déjà commencé sa déposition; 



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4 



DBS TEMPJHEiiii- 

déclaré persister dans Jes aveux qu'il avait 
faits devant i'évéque d'Ameo» , tels «pie le 
mûemcnt ^ etc. > etc* 

Les commissaires rapportent ce qui se pas^a 
eu cet instaot ; (i) 

« Ce .ténioiil était tout pâle. — JSous Vin- 
a vitâmes à dire la vérité et à ^au\ t^r squ âme , 

(l) Protestatus fuit piuries quod volebat starc confe&* 

énid pvlMÂ iaicm p«r emisonun dicto dommoiiiQbia- 
mwi f t ejuii pr«d«e^scHne et c^uod tune conftssos fiierat 

se abnegasse Dominum in Teceptiionef uâ. 

Çum autem dictus testis muUum esset perterritus et 
^mi pallidus et dicti domini commissarii persuasissent 
0poi aMùiMt bA ireritaiem dicèiK|afift et AdsalvaBdam 
animam suam^ non ad confessîonem jmdietam^ nisi ewt 
y^ra, et ^mrui^â^ui. ci quod nulium p^iculmn eipoterat 
imniinm> 9i dioeret writAtem coram eb « ^iiia ipsi nollo 
modo rerelarent nec notarii astantes ^ dixit ^ post aliqnod 
intervallum, in periculo animae suae et sub juramento 
prsstito per eum^ quod in ejus receptione non abnega- 
verat dominum nec Jehsum crudfixami née oscnlatus 
fuerat receptorem suum nec alios aslantea niii in ore, 
nec fuit requisitua, nec spuci at ïsupra crucem, nec de 

di<:ûs ahoe^atione , spuitione et oscuio oliquo inhonesia, 
fuerat requi9itu9, Ueet oontrarium confessusfuerit coram 
inquisîtonbus meta mortîs, ut disit, et quia frater £gi- 
dius de Rotangl supra dictus dixit cum lacrymis eîdem 
testi et pluribus ahis cum eodem existentibus in carcere 
di jtoaterrobQ.diQce»is Ambinnepsis gnod pcrderant oor«* 



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DES TËHPLIBa& i43 

a plutôt que de â en tenir à aveux, s'ils 
« n'ëtaieni pas sincèpes : nous rassurâmes qu'il 
<c ne courait aucun risque de dire enfin la vé« 
«c rîté , parce cfue ni nom ni les notaires pré- 
a sens ne réveierians^ en aucune manière, sa 
ce déposition. (i)* . 

Après quelque interyalle , il répondit : 
€c Je déclare donc an péril de mon âme et 
K sous le serment que j'ai prêté , que dans ma 
«réception, je nai ni renié Dieu, ni craché 

♦ 

|M«« sua BMt javarent ad êMatmcûmtm OrXaAêy eeiift- 

ieudo quod âLaeg<u»j»eat Demu et ^^uod spuis&eni suprà 
cruoem, 

Divit insaper qaod» p«st dictam caafeasioiîem £u^m 
per emn ooram dicto tlomino Aaubiaaensi et ooram in- 

quîsitoribuSjfuitconfessus dedictâ falsâ confessione^quam 
asserit se fecisse , cuidam Ira tri M in u ri sibi deputalo per 
dominiun Robanum nano Anrfiianenscm epifoopum, 
cal epitc^ idm lestîs Tolofrat isonfiteii; sad idbni 
episcopus respondit quod non poterat audire aumdem, 
propter fratres alios occupatus , et dictas i rater Minor 
absolyit eiim et injunxit eidem quod deinceps non ^aceret. 
Eadsam depositionem innegotîo praediclo. Proceê, contra 
Ikmpktr. ^ 

(i) Les commissaires du pape pouvaient- îls recon- 
naître d'une manière plus expresse le danger qui mena- 
çait les témoins qui ne déposaient pas comme les agansdu 
roii'cMgaaieni? 




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i44 DES.TEMPLIERS* 

<c sur la croix, ni commis les indécences doiit 
4C on nous accuse» que je n'en ai point été re- 
<c i£uis. Il est vrai que j'ai fait des aveux de- 

Tant les inquisiteurs ,^ mais par crainte de la 
<c mort , et parce que Gilles de Rotangi m'a- 
n vait dit en pleurant , ainsi qu'à plusieurs 
<c autres qui étaient avec moi dans la prison 
« de Montreuil , que nous paierions de notre 
4C Tie , si nous ne concourions par nos ayeux 
c à la destruction de TOrdre. 

« ïe cédai ; et ensuite je voulus me confes- 
' ce ser à Févêque d' Amiens ; il m'adressa^ à 
« un Frèie-rMineur ; je m'accusai de ce menr^ 
4C songe , et j'en obtins l'absolution ^ à condi- 
ic tîon que je lie ferais plu|^ de fausse déposi- 
« tiun dans celte affaire. 

a Je vous dis la vérité ; je persiste à Tat- 
<i tester devant vous, quoiqu'il puisse m'en ar- 
iL river : je préfère mon àme à mon corps. » 

On ne disconviendra pas que cette déposi- 
tion ne porte avec elle un caractère de sincé- 
rité touchante. Trois jours se passent , le té- 
moin retourne vers les conmiissaires', il révo- 
que sa rétractation^ et confirme ses premiers 
aveux. 

Il est évident que pendant les trois jours. * 
d'intervalle ^ il avait été ou menacé ou tor- 



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DËS TEMPLIERS. i45 

luré. âou esprit est égaré.*« Dans sa nouyelle 
déposition , il ya jusqu'à parler, du chat qui 
venait dans le chapitre ; il déclare que si 
on ne dédisait pas TOrdre , il youdrait ea 

sortir. 

Quel juge accorderait la moindre confiance 

à de pareils témoins ! 

Et c'est ^'après de teUes pi^yes que Ton 
espérait former ropimgn du concile général 
et celle de Thistoire ! 

L'époque où ce concile général devait s'as- 
sembler à Vienne, avait été prorogée : elifin 
s'approchait le jour fixé par la nouvelle con- 
vocation. 

L'Ordre avait déjà péri en partie avec ks 
braves Chevaliers qui , dans les torture^ ou les 
bûchers ; étaient morts en attestant son inno- 
cence. S'il subsistait encore en f'rance^ c'était 
dans les illustres fugitif ^ qui ayaient édiappe 
aux poursuites de leurs oppresseurs, dans 
ces honorables captifs et surtout dans cet in- 
fortuné grand-maitre, qui, s^arés du monde 
et des autels y trouvaient au fond des prisons 
. un trépas anticipé : mais il. était entièrement 
aboli pour ces deux cents apostats , dont ou 
soudoyait la lâcheté et le mensonge , en leur 
laissant une yie qu'ils ayaient déshonorée, 

10 



a46 DES TEMPLIERS. 

et quelques bieuf^te qui çt^ient pour eux uu 

plus grand opprobre» 

Cependant leurs dépositions, évideiiiineiiÊ 
mensongères^ avaient seules motiTé ces pré- 
ventions déiavorabies, successivement adop- 
tées par ces écrivains » qui n'osent soumettre 
au jugement de la raison, les actes et les dé- 
cisions de l'autorité » surtout d« lautoirité re- • 
ligieuse* 

Giterai-je une foule d'exemples choi^i^ par- 
mi des auteurs , soit français soit étrangers , 
qui ont eu le sentiment de k grande mjustice 
commise en\ers les Chevaliers du Temple, et 
qui ont craint de la trop manilester ? 

Il suffira de rapporter ce passage de Pas- 
quier : a L'idolâtrie des Templiers qui fut 
m condaniiiée au concile de Vienne.... encore 
<c que je sache bien que i^uelques - uns okt 

« estimé QV*m CBTTB AFFAIIUB , IL T BUT JB 
N£ SAIS QUOI U£ 1^ HOMME ; TOUTEFOIS PUIS- 
(C QUE CBS TbMPLIBRS FURBICT COmjLXSi& PAR 
a UK COKCILB , J£ VEUX C&OIILB QUB 

«C GB KB FUT VAS SABS JUSTB SUJBT. 1» (l) 

Je pense que Je simple récit des laits, la 
seule analjse de cette procédure , «t le fidèle 



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DES TEMPLIERS. 1^7 

exposé des moyens employés pour opprimer 
et perdre l'Ordre et les Chevaliers, ont donné 
à tout homme juste et impartial la convictioa 
que les Templiers furent les victimes de la 
politique et de ravarice d'un roi ^ et de la fai- 
blesse d'un pontife. 

Cependant je ne me l>orne pas à invoquer 
cette autorité de sentiment , cet instinct dé 
justice^ cette évidence de raison, qui sem- 
blent me dispenser de toute discussion ; je 
puiserai dans les dépositions mêmes laites de- 
vant la commission papale, un système de 
défense qui démontrera qu'aucun tribunal 
n'aurait pu condamner avec justice ni TOrdre» 
ni les Chevaliers. 

Je n'ins&te pas sur T^vraisemblance et Tab- 
surdité des chefs d'accusation ; elles sont trop 
évidentes. . * 

Les témoins les plus contra ii es à l'Ordre 
avouent que lors de leur réception , on leur 
fit prononcer les trois vœux, de pauvreté, de 
chasteté, d'obéissance. 

CommeiiL supposer alors , que , dans la 
réception , on leur permit , on leur ordonnât 

la dépravation des mœurs ? 

Les apostats disent qu'ils prêtaient serment 
tantôt sur la croix, tantôt sur un livre où était 



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i48 DES TEMPLIERS. 

empreinte son image ; et qu'ils se crojâieatliés 
par ce sennent . 

Croira-t-on que le récipiendaire attestant 
cette croix et le Dieu dont elle offrait Timage^ 
et les prenauL a lémoin^ de ces eogagemens 
religieux^ on lui lit au même instant un de^ 
voir d'outrager Tun et l'autre^ et que le rcci- 
piendaire eut .obéi ? • 

Toutes les fois que les hommes dérogent à 
la loi ^ soit uatureiie , soit positive , ils . soat 
entraînés ou par le fanatisme^ ou par Tambi^- 
tioD, ou par rinléict personnel. Quel est celui 
de ces mobiles qui aurait engagé un corps puis- 
sant et respecté à établir et à observer de pa- 
reils statuts ? * ^ 

Au contraire^ les Chevaliers conibattaient et 
mouraient pour la religion chrétienne : coname 
corps religieux, comme Ordre, comme cou- 
vent, ils avaient tout à gagner s'ils restaient 
aUacliés à cette religion > tout perdre s'ils 
js'en séparaient. 

Ainsi , nul intérêt d'avoir de pareils statuts^ 
.et nul motif de s'j conformer. 

Il est donc d'une évidence irrécusable , fon- 
dée sur la connaissance du cœur humain^ que 
, ;de téis abus n'ont pas existé dans FOrdrè. 
. . Les apostats déclarent qu'ajraut renié Dieu » 



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DES TEMPLIERS. ^ 

et craché sur la croix , ils croyaient avoir 
commis un crime ; plusieurs prélendent s'en, 
être confessés^ leâ uns à des pré^s qu'ils nom-': 
ment , mais qu'ils assurent èue morts depuis 
cette confession ; d'autres> et c'est le plus grand 
nombre , à des prêtres dont ils i^uoreut les 
noms/ 

Serait-il nécessaire de prouver la fausseté de 
telles assertions ? Non sans douté. Et comment 
expliquer le silence de ces confesseurs, dont 
le devoir eût été de dénoncer l'hérésie , ou 
de Ja laire dénoncer par leurs pénitens ? (i) 

Il j a plus : presque tous ces confesseurs , 
par lesquels ils supposent avoir été absous, 
n'auraient été que de simples moines sans 
aulorité et sans pouvoir pour absoudre les 
cas réservés,, et surtout une pareille hérésie ! 

Tout est ég-alement bizarre et inconcevable 
dans les récxts de ces apostats. Demandez* 
leur quelle pénitence leur a été imposée ? 
Quelques jours de jeûne, dire des jpat^r, des 
ape , chanter des messes , ne pas porter de 
chemise pendant quelque temps. 

- — ^ * 

(i) L'an des chefs d^accusfttîon contre les Chevaliers , 
c^est d'avoir connu ces erreurs et de ne les avoir pas dé- 
noncées à l'Église. Ari. 74, 76 et 76. . ^ 



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i5o DES TEMPLIERS. 

On est sans doote carieux d'apprendre si 

les apostats^ dans leurs dépositioiis , font re- 
monter à nne époque reculée Tusage de ces 
réceptions dans le mode illicite. 

Plusieurs des apostats qui déclarent s'y être 
soumis^ fixent l'époque de leur réception à 
trente, trente-cinq, quarante et même cin- 
quante ans. 

Quoi ! depuis cinquante ans , cette im- 
piété eût été transmise dans TOrdre par une 
sorte d'hérédité! Depuis cinquante ans^ un 
statut fondamental eût consacré une impiété 
aussi absurde ! 

Quoi! depuis i25o, depuis le règne de 
Louis IX, et avant sa seconde croisade, un 
tel abus eàt existé dans l'Ordre y et il eût fallu 
attendre le règne de PiiUippe-le-Bel pour 
soupçonner ce coupable mystère ! 

Mais qu'on fasse attention que, dans cetin- 
terralle de temps, cinquante mille chevaliers 
au moins auraient été dépositaires de ce fatal 
secret ; que ces Chevaliers, se conformant à la 
discipline de l'Eglise, se confessaient, com- 
muniaient, et qu'ainsi ils auraient confié aux 
prêtres qui devai^t les absoudre, le secret de 
leur réception. 

Voilà donc des milliers de prêtres séculiers 



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DES TEMPLIERS. iSi 

ou moiaes, dépositaires de ce secret > ^ui leur 
eût réTélé une hérésie au milieu de FEg'lise et 
dans un corps puissant et nombreux» qui pou-* 
Tait établir cette hérésie sur les ruines de la 
religion chrétienne, (i) 

Serait «il possible d^admettre que, pendant 
cinquante ans, aucun de ces braves Giieva- 
liers , pleins de franchise et d'honneur^ n^eût 
rougi de ces turpitudes inipies, et ne les eût 
dénoncées à Tautorité ! Et Ton supposera qu6 
pendant cinquante ans, aucun imnistre des 
autels n'eut fait ou exigé une juste dénoncia- 
tion pour garantir TEglise d'uu tel péril ? 
Mais 9 d'après lés maximes de l'inquisition et 
même de la théologie, le confesseur négligent 
eàt été coupable de complicité» 

Dîscuterai^je l'article de l'accusation relatif 
au dérèglement des mœurs? 

n paraît que les agens du roi n*exigeaifent 
pas avec tant de. rigueur cet ayeu^ une fois 
qu'ils avaient obtenu celui d'aroir renié Dieu 

(i) Iter de Rochefort, ipil déposa devant le pape, dé- 
clara B^étre, depuis Yingt-quatre ans, confessé des ,pi^é- 
tendues hérésies de l'Ordre , au patriarehe de Jérusalem \ 

croira-t-oii que ce patriarche n'eût fait aucune poursuite, 
snrloat quand Thistoire r^ippeUeles rivalités et ks dis-* 
sensioas des Templiers avec le patriarche ? 



i5s DES TEMI>LIËRS. 

■ 

et craché. sur la croix; aussi ny a-t-il qu'en- 
viron le quart des témoins qui ait parlé de ces 

turpitudes. 

Ce <{ui ajonte encore à rinwaisemblance , 

c'est de prétendre qu'elles étaient uidôiinées 
par les statuts de TOrdre. Quel homme rai- 
sonnaLle admetti a(ju\ii}c pareille loi ait existé 
dans une société ? 

Et ce qui n'est pas moins absurde, c'est que 
tous ceux qui déposent de cette permission , 
ajoutent' qu'ils se sont bien gardés d'en pro- 
fiter- 

Voilà donc encore un délit inutile ! 
' Non seulement les statuts des Templiers 
n'autorisaient points n'ordonnaient point les 

infamies dont ils furent accusés^ mais les sta- 
tuts contenaient des dispositions expresses 
çontre des mœurs aussi criminelles. 
' DansrinfoUnationpriseparréyéqued'Ëlne^ 

Rajmond de la Garde (i) , précepteur de 
Mas-Deu^ répond, que d'après les statuts de 

l'Ordre, celui qui se fut rendu coupable d'un 

m 

(i) Juxtà statiita dicti Ordînis, quiciimqae ex/fra- 
Ivibas dicti Ordimis peocatum.contrà nctaram commisil,. 

perdere débet habitum suac religionis et in magiiis corn— 
pedibus et in collo cateuis appositU, et in manibus ma* 
nicis fenreis, habet pevpetuo caroeri dtancipari > iibi in 



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DES TEMPLIERS. i5S 

lel crime, eut perdu Thabit de l'Ordre, eût 
été chargé de fers et Condamné à une prison 
perpétuelle pour j finir ses jours, nourri du 
pain de la tristesse et abi^UTé de Teau de k 
tribuiation. 

Ces diTenes considérations se renforcent 
eucore d'une autre eon^déraiion que je fonde 
sur la morale naturelle* 

Puisque les apostats déclarent qu'ils *)iiL eu 
Korreur de Tautorisation reladTC au dérègle^ 
ment des moeurs^ et qu'ils se sont confessés et 
ont fait pénitence d'avoir remé/>ieu et cracbé 

sur la croix, conimenl se laisait-il (jue des amis 
aj^lasseat des amis dans cet Ordre, que des 
parens y appelassent des parens, des oncles 
leurs neyeuj^., des frères leurs irères^ des pères 
Irars fils, el des fils leur» pères ? 
. Il a dans le cœur de rhoxnme un senti-*- 
ment intime de pudeur, qui ne lui permet pas 
de s'avilir aux jreux de ceu;ic que les liens de la 

natnre et de la focîété rapprochent de lui. H 

{tame tristîtiBe- et aquà tribolatiooît babel com^ilere et 

iinire reliquum vitae tempus. Ej^isçojei MfiLMffMtfsit 

{l} Yoj«z dans V Appendice la iÎAte à» ces réceptions > 
prowréss par l'iiifii>iQo»tmi papale. 



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i54 DES TEMPLIERS, 
est contre toute vraisemblance qu'on eût si 
long -temps étouffé cet instinct généreux » et 
que des Chevaliers eussent préparé aux amis, 
aux parenSy auxquels ils étaient attachés par 
le sang et par rafl\:cûoii, les mêmes regrets et 
les mêmes remords qu'ils disent avoir éprou- 
vés eux-ménies : c'eût été se rendre coupable 
une seconde fois. 

Et comment concilier l'existence de ces abus 
avec les punitions que les chefs de TOrdre in- 
fligeaient quelquefois? Quel frein eût empêché 
les délinquans de dénoncer l'Ordre entier ? 11 
est prouvé que plusieurs Chevaliers, après être 
sortis de TOrdre, jr étaient rentres et s'étaient 
soumis à la pénitence publique et longue qui 
leur était imposée pour obtenir Thonneur et 
le droit de reprendre Thabit. N auraient-ils 
pas, au contraire, justifié leur sortie, en pre- 
nant pour excuse les abus qui offensaient la 
religion et les mœurs? 

Comment croire d'ailleurs que les chefs, qui 
tenaient un rang si considérable à la cour de 
Aome et dan» toutes les cours de TEurope , 
eussent toléré des abus coupables qui, sans 
aucune utilité pour l'Ordre , auraient évidem- 

ment compromis leur lioiineur, leur iorlune 

et leur vie, en Uvrant à tous les récipiendaires,. 



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DES TEMPLIERS. i55 

à de simples sei vans (i) , un secret aussi inu- 
tilement dangereux? un secret qui, en perdant 
rOrdre, pouvait perdre les Clievaliers, puis- 
que la seule supposition de l'existence des abus 
a été le prétexte dont les ennemis de l'Ordre 
se sont senris pour le délruire ? 

A ces raisons se joignent les moyens juri- 
diques qui résultent de Texamen des dépo- 
sitions* 

Pour fournir au concile qui devait s,'assemr- 
bler à Vienne le prétexte plausible d'aboli? un 
ordre puissant et respecté , il fallait nécessai- 
rement que Tinfonnation prise par la commis» 
sien papale contint la preuve que les statuts 
de rOrdre étaient contraires à la religion. Les 
agens du roi exigeaient surtout que les témoins 
déclarassent avoir renié Dieu et craché sur la 
croix : quand les témoins avouaient cet article, 
on ne regardait pas de très-près Sffxx déta^ , 
qu'il eût été impossi]}le peut-çtré de fiaire con- 
corder. 

Il est résulté de cette négligence, que les 
témoins apostats déclarent hardiment quib ont 

renié Dieu et craclié sur. la croi:^. 

(i) La plupart des deux cents témoins qui composent 
rinformation prise par la CQuuaiâsioii papale^ sont qu»r' 



i56 DES TEMPLIERS. 

Dès les premières dépositions que les inqui-^ 
siteuTS ay^ent obtenues par Teffet ou par la 
menace des tortures, et avant que les évêques 
OU la commission papale fussent appelés à pro- 
céder contre les Templiers, on avait suggéré 
à ceux qui faisaient des aveux^ Tidée de s'ex- 
cuser ^ en disant qu'ils âTiaient renié Dieu de 
bouche et non de cœur, et qu'ils ayaient cra- 
ché auprès de la croix ^ et non dessus. 

Ces motsayaieint couru dans toute la France, 
et ayaient porté dans toutes les dépositions un 
caractère univoque d identité qui, aux jeux 
des magistrats habiles, loin de prouyer la yé- 
rité des dépositions, démontre au contraire 
qu'elles ont été dictées ou concertées* 

Mais il n'était pas aussi facile de suggérer 
ce que les témoins pouyaient ayouer des détails 
accidentels de leur réception. 

liiyrés à eux-mêmes, ils sont tombés dans 
des contradictions telles,^ que presque toutes 
ces dépositions se détruisent les unes les autres. 

Les commissaires demandent à un témoin 
par qui, et en présence de qui il a été reçu 
selon le mode illicite. Souvent le témoin ré- 
pond maladroitement qu'il ne s'en souvient 
pas, ou désigne des personnes décédées. Mais 
quand il cite des personnes encore vivantes. 



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ê 



DES TEMPLIERS. 167 

comme il peut craindre d'être démenti^ si les • 
vrais témoins de sa réception sont restés fidèles 
à rOrdie, il nomme, pour ainsi dire, au ha- 
sard y tels et tels Chevaliers. 

Recourez aux dépositions de ceux-ci : ils 
ayouenl qu ils ont renié Dieu et craché sur la 
croix; mais comme ils disent en avoir eu des 
remords et s'en être confessés, lls^joutent qu'ils 
se sont Lien y aidés de faire des récep lions ou 
fi'j" assister; et s'ils déclarent en avoir fait ou 
y avoir assisté, ils assurent en général qu'il 
u'a point été exigé que le récipiemlaire reni&l 
ou crachât, etc. 

Ainsi, en prenant la peine de comparer cas 
assertions des apostats , il se trouve que tous 
ont renié Dieu ou le Christ et craché sur la 
croix, et ^ue personne, pour ainsi dire, n'a 
exigé qu'ils se rendissent coupables de cette 
impiété. (1) 

De telles contradictions sur des détails im- 
portans, suffiraient pour nous faire refuser 

toute croyance aux léinoins ; que sera-ce quand 

nous reconaaitrons dans les aveuxonémes de 
la prétendue hérésie, des contradictions non 
moins inconséquentes et non moins absurdes ? 

(1) J'«i dressé ua- tableau qui rapproche et démontre 
les discordaiices et Gimtrariélés dece» déposttbm. 

\ 

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i58 DUS TEMPLIERS. 

La majorité des apostats déclarent avoir 
renié le Christ, un nombre considérable dé- 
clarent avoir renié Dieu. * 

Les uns ont renié avant de cracher sur la 

croix ; lei> auUes ont craché sur la croix avaut 
de renier. 

Là, on exige cette impiété en présence des 
témoins ; ici> c'est à part, derrière Tautel ou 
dans un lieu voisiu de, Téglisê. 

Tantôt on dit au récipiendaire que c'est 
d'après les statuts de Tordre ; le plus souvent 
n'en parie pas» 

Tantôt c'est avant de recevoir rhabit , tantôt 
c'est après cette cérémonie. 

Presque tous disent que c'est le jcMir même 
de la réception ; un petit nombre, que c est 
après un certain intervalle de temps. 

A ceuX'-<:i on a dit qu'Us devaient adorer 
Fidole; à la plupart qu'il suffisait d'adorer 
Dieu. 

Si plusieurs parlent de Tobligation qu'on 

leur imposait de se livrer à la dépravation des 
mœurs ^ si quelques-uns même prétendent 
qu'on leur déclara qu elle était autorisée par 
les statuts de l'Ordre, le plus grand nombre 
ou garde le silence sur cette prétendue autori* 
sation, ou la nie expressément. 



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DES TB'MPMëRS. 159 

yoilà quelques-unes des contradictious qui ^ 
frappent le lecteur au premier aperçu. 
. Mais il n'en est pas ainsi des dépositions des 
Tenipliers fidèles* 

Qu'on parcoure leurs dépositions : jeunes 
ou vieillards^ en quelque temps , en quelques 
lieux qu'ils aient été adnùs dàns l'Ordre , ils 
exposent partout les mêmes faits, les mêmes ^ 
circonstances, les mêmes détails; ils s'accor- 
dent non seulement entre eux, quoique sé^ 
parés par de grandes distances, par les mers, 
et isolés daos les prisons, mais encore avec les 
statuts de l'Ordre que la plupart n'avaient ja- 
mais vus ; ils s'accordent même avec les détails 
donnés par les apostats, qui ont raconté les 
formes de la réception Ucite auxquelles ils 
ajoutaient les circonstances extravagantes dont 
on exigeait laveu ; et cependant, les Tem- 
pliers fidèles n'avaient pas , pour régler leurs 
dépositions, un tjpe, comme chaque apostat 
en avait un dans Tacte d'accusation qu'on 
lui lisait. Que dis-je? ils avaient un type sûr 
et invariable : cèlui de la vérité et de leur 
conscience» 

Ëh! qtie ne puis-je peindre la manière diffé- 
rente dont les uas et les autres comparaissaient 
devant leurs juges ! la noUe et oalme intrépi-* 



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i6o DES TEMPLIERS. 

dite des CheTaliers iideles , la Tile et crain- 
thre faiblesse des apostats! 

Pierre de la Paiu , du diocèse de Lyon , de 
rOrdre des Prêcheurs, bachelier en Théologie, 
201*^ témoin devant la commission papale^ en 
a transmis le souyenir en ces termes : 
f <cJ ai assisté aux interrogatoires d une foule 
tt de Templiers dont les uns avouaient la plu- 
« pai^i des crimes dont l'Ordre est accusé , et 
« les autres les niaient absolument ^» . 

« De nombreux motifs m'ont convaincu 
u qu'il fallait aoL cioire plutôt les dénégations 
« que les aveux, (i) » 

. Les oiEciers du roi qui poursuivaient Tin- 
formation contre FOrdre, pensaient Uen qu'au 
concile de Vienne on refuserait aux Templiers 
le droit de discuter cette information , quoique 
ce droit fut sacrée quoique le pape eût promis 
de les entendre 9 et eût lui-même cité TOrdre à 
cet effet. Ces officias savaientsans doute que le 
grand-mattre nç serait appelé ni devant le 

(i) Inter&ierat examinatiouibus muitorum Tempk- 
rionun quorum aliquî çonfitebantur maltos ex enroribug 
contentU in dictis articutis et aliqui alii eos onmîno dif* 

fitebaniur et ei iniiltis argumentis videbatur ei quod 
major fides esset adhibenda ne^antîbûs quam coD&teur 
tibos. Frocm^ contra Wimplar. 



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DES TEMPLIERS. . iGi 

pape y m devant le concile^ pour discuter 
les di!oits de l'Ordre et des Chevaliers, et 
prouver leur innocence ;* ces agens durant 
se mettre peu en peine des détails. Mais 
du moins ces contradictions^ ces absurdités 
existent, et elles sont, après tant d'autres 
preuves ; une preuve surabondante de i'inju^ 
tîce de l'accusation et de la -fausseté des té- 
moignages. 

Il reste encore à présenter une circonstance 
décisive <jui démontre, avec l'évidence la plus 
certaine, que les dépositions relatives aux 
prétendues réceptions illicites, n'ont été que 
leiFet des séductions, des promesses, de la 
crainte , de la violence : cette preuve e^t si 
frappante, qu'il suffit de rapporter les faits 
sur lesquels elle est établie. 

Il est hors de doute que le grand-maître et 
les chefs de l'Ordre, long-temps avant leur 
arrestation, avaient eu connaissance des trames 
qu'on ourdissait contre eux ; ib savaient que 
l'Ordre était dénoncé. 

Clément V, dans sa lettre àPhilippe-le-Bel, 
du 9*". des kalendes de septembre, an qua- 
trième de son pontificat, s'exprime ainsi : 

<c Attendu que le grand-maître des Tem- 

11 



103 DES TEMPLIERS, 
ce pliers et plusieurs précepteurs de votre 
(i royaume et d autres états, ajant appris qu'ils 
« étaient dénoncés j soit auprès de moi et 
« de TOUS y soit auprès d'autres puissances 
ce temporelles, m'ont demandé soix pas une 
«SEULE ï-ois, MAIS PLUsiEuiis , quc je prisse 
« des informations sur les faits dont^ils étaient 
u faussement accusés, etc. » 

Si, le 22 août, le pape écrivait que les 
Tciiipliers, soit de France, soit des pajs 
étrangers, s'étaient plusieurs fois plaints à lui, 
de ce qu'ils étaient calomniés, il est permis 
de croire quà l'époque où Philippe>*le-Bel 
les dénonça au pape, ils avaient été avertis; 
et n'est-il pas évident que dès-lors ils eussent 
cliaiigé la forme des réceptions, si cçtte forme 
avait outragé la religion et les mœurs? 

Quand même cette connaissaui e n'aurait pas 
précède l'entretien que le grand-maître eut 
avec le pape à Poitiers, au mois d'avril iSoj, 
entretien dans lequel l'Ordre avait été pleine^ 
ment justifié, il est impossible de ne pas con- 
venir que , si les réceptions illicites avaient 
existé, le g^ran*-maître et les précepteurs, dès 
Finslant où ils demandèrent au pape de faire 
des recherches sur la yérité ou la fausseté des 



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DES TEMPLIERS. i65 

imputations , n'auraient pas continué ces ré* 
ceptions coupables. 

Cependant telle a été la maladresse des per- 
sonnes qui ont séduit ou torturé les témoins > 
que laveu des prétendues impiétés a été exi^é 
même des Chevaliers reçus depuis une époque 
où il est de toute certiiude ijae les Templiers 
n'ignoraient pas qulls étaient dénonoés.auprès 
du pape et du roi (i). 

Doutera*t-on que ces dépositions naient 
été Feffet des tortures , de la crainte ou de 
la séduction? Non, sans doute, mais alors 
que penser des autres dépositions , quoi*- 
qu'elles se rapportent à des époques plus aur 
ciennes ? 

J'o^ croire que les persoimes qui auraient 
pu être prévenues contre rOrdre ou les Cheva- 
liers du Temple , resteront convaincues que, 
l'accusation , in vraiseniblable dans son prin- 
cipe, n'a été soutenue que par des moyens 
irréguliers, injustes, violens et tortionnaires , 

(i) Voyez dans V Appendice le tableau de ces récep- 
tions : tel témoin de qui on a exigé les aveux, déciaic 
n'avoir été reçu que depuis sis. mois, ti*ois mois, deux 
mois, nn mois et même moins avant l'arrestation. 



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i64 DES TEMPLIERS. 

et que la procédure qu'ils ont produite se 
décrédite elle-même* Il est temps que la 
pillé publique toute entière se réunisse en fa- 
veur de la constance^ des vertus et des mal- 
Leurs de tant de Tcnérables victimes. 

Quand on parcourt la procédure faite à 

Paris par les commissaires du pape , quand 
on lit la correspondance entre Philippe-*1&- 
Bel et Clément V, et les lettres parùculières ' 
de ce pontiié^ i^nyojrées dans toute la chré* 
tienté, on sent ^e poids de cette main puis- 
sante qui opprimait ces illustres infortunés; 
partout on retrouve Faction de cette poli- 
tique sévère qui, dès Torigine, avait dicté ses 
arrêts irrévocables , et avait proscrit à jamais 
dans la France, et l'Ordre et les Chevaliers (i). 
Cependant Topinion publique était cons- 
tamment favorable aux Templiers, dans le 
reste de la chrétienté : les princes et les pré- 
lats qui ne cédaient point à des motifs person- 

(i) Dans un mémoire sur papier, et d'une écriture 
presque indéchiffrable, qui se trouve au trésor des chai^ 
très , sans , le roi expose au pape que : 

In captione eorumdem aliqui ex eis metu criminiun 
Bttorum..» desperati de Chrîsti misericordiâ y laquèo se 
^vspenderunt^ aliiseopcidenmt, alu se preclpttaTenmt 



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DES TEMPLIERS. i6â 
nels de hame ou de cupidité, avaient; pour 
ces respectables proscrits , les égards dus à 
tous les accusés, même présumés coupables, 
égards qu'on accorde . avec un plaisir si tou- 
chant, avec une sorte de respect, à des ac- 
cusés illustres qu'on croit innocens. 

Le pontife romain voyant que ' les procé- 
dures, qu'il avait ordonnées , tournaient à la 
justification de l'Ordre ^ prescrivit, à tous les 
^ rois , princes , prélats et inquisiteurs de la 
chrétienté, d'employer les tortures pour ob- 
tenir ce qu'il appelait la vérité. 

Le i5 des kalendes d'avril , an sixième de 
son puuUlicat (loii), il adressa ses plaintes et 
ses ordres aux rois de Castille^ de Léon, d'Ar- 
ragon et de Portugal : ^ 

«c Xia justice exigeait, qv'afin d'obtenir des 
« Templiers plus certainement et plus évi- 
« demment la vérité, ils lussent appliqués à la 
ce question et livrés aux tortures; cependant 
« les évéques et délégués ont imprudemment 
1 « négligé ce moyen : nous . leur oirdonnons 
« expressément d emploj^er contre les clic- 
vàUers le genre de torture convenable qui 
« amènera le plus promptement et le plus 
« pleinement la vérité : les sacrés .canons exi^ 
»< gent, qu'en pareille circonstance, les per- 



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i66 DES TEMPLIERS. 

tr sonnes qu'accosent des indices si évidens et 

« des présomptions si fortes, soient livrées au 
« bourreau des tribunaux ecclésiastiques, (i) 

Et il enjoignit a ces rois de protéger les me- 
sures que prendraient les évéques et inquisi^ 
leurs pour torturer les Chevaliers, conformé- 
ment aux sacrés canons. (2) 

L'ordre de torturer les Templiers passa'les 
mers; il iùt porté au roi de Chypre et aux évé- 

(1) £t de jure rîdetur quod fratres ipsi^ut elariorel 
certior elîceretur Tentas de praedictis per eos , subîcî de- , 

buci uiu ([lia stionibiis et tormentis,(|uod minus pruden ter 
quam et negligeuter tacere omiserunt. 

Yolomus et eis per alias nostras litteras maudamus ut 
sex , quinque , quatuor, très, dao, aut unns ipsoroniy 
fratres î|)sos, ad habendum ab eîs de praedîctis verltatîs 
plenîtudiaem promptiorem ^ tonueutis et ^uaestionibus 
quibus etprout eipedire noyerint, procurent exponere ; 
cnm etiam tpsîs sacris eanonSbus demaiidetur » m ha}a»* 
modi et consimilibus casibns, pcrsonai» in hujusmodi 
tam perspicuîs indiciis et yehementi prapsumptione sus- 
pectas, ad eliciendam Teritateiii bxlioioso vorb tortobi 
TitADXNiK>s, confessiones ipsorum nobis postmodum tam 
celeriter (£uam fideliter transmissuri. RMGESTRtrjir ZJT~ 
T£M. Clsmsntis fap, Archives secrètes du Fatican. 

(2) Ou trouve dans la correspondance de Clément V , 
une grande quantité de lettres qu'il écrivit à différentes 
reprises* 



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DES TEMPLIERS. 167 

ques de Famagouste et de INicosie. Un légat 
se trouyait dans File d^i Rhodes ^ le pape lui 
écrivit, par surcroît de précaution, de faire 
ordonner les tortures, en repassant par Tile 
de Cliypre (i) ; enfin cet ordre cruel arriva 
jusqu'au patriarche de Gonstantinopte, à Té-* 
véque de Négrepont el au duc d'Achaïe. ' 

Dans cette fatale et opiniâtre proscription , 
supporlée avec tant de constance et de dé- 
vouement, il ne manqua aux Templiers qu'une 
espèce de gloire ; celle d'être torturés dans 
ces champs de Tidumée où leur sang géné- 
reux avait coulé pour la défense de la re- 
ligiojï ; de souffrir le supplice , ordonné par 
le pape , en présence de ce tombeau sacré, à 
la délivrance duquel ils avaient constam- 
i^ent prodigué et leur fortune et leur vie , et 
d'obtenir les dérisions de ces mêmes Musul- 
mans qu'ils avaient si souvent mis en fuite 
devant l'étendard de la croix. 

Le prince et les prélats obéirent-41s à l'in- 
jonction du pape, ou refusèrent-ils de s'jsou- 

(1) Quia nos credimus te in insiilâ Rodi , longo ma- 
rlum spatio a regno Gjrprk predicto distante , tune tem- 
poris permanentem 

Et il le cliarç^c de fj^ire torivirer les Templiers en ar- 
maatà Gliypre. LeLdi* nu des kal. de sept. anri{i3ii.y 



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i68 DES T£MPLI£RS. 

mettre? Dans l'un et l'autre ças, leur conduite 
sert également à proûTer Tinnoceace des Tem- 
pliers. 

Si les accusés livrés aux tortures eurent le 

courage et le bonheur de résister à ces nou- 
Telles épreuves, cette circonstance se joint à 
tant*d'autres qui concourent à justifier TOrdre. 

Si les princes et les prélats refusèrent d'exé- 
cuter le commandement exprès du souverain 
pontife^ quelle nouvelle preuve en faveur des 
accusés! eette résistance pardonnable, cette 
pieuse désobéissance pouvaient-elles être ins- 
pirées par un autre sentiment que par la con- 
viction intime de l'innoceiice des Templiers? 

J'ai déjà eu occasion de parler de la fer^ 
nieté avec laquelle les Chevaliers anglais et 
irlandais avaient persisté à dénier les délits 
imputés à l'Ordre, 

Aux approches du. concile général qui de- 
vait s'ouvrir à Vienne , on trouva en Angle- 
terre le mojren de concilier 1 intérêt des princes 
qui pouvait exiger l'abolition de l'Ordre, avec 
les sentimens de justice et de pitié que le sort 
de ces infortunés inspirait à leurs juges mêmes. 

Les Templiers anglais, persislaiit à soutenir 
qu'ils n'étaient souillés d'aucune hérésie, pré- 
sentèrent leur profession de foi ; il est vrai- 



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DES TEMiPLIERS- ' 169 

semblable qu'ils étaient sortis victorieux de 
1 eprc^uye des tortures, puisqu'un jugement les 
avait condamnés à la subir* 

On feignit de trouver, ^non une béré&ie 
. formelle^ du moins quek[De cbose de blâ- 
mable dans rabsolution que le grand-niaitre 
ou le chef qui présidait les chapitres, accordait 
aux Chevaliers lorsqu'ils s'accusaient de quel- 
que fiiute de discipline* 

On décida que si les Templiers ne pouvaient 
se purger de la diffamation que la bulle du 
pape avait jetée sur l'Ordre , cette circonstance 
leur imposait la nécessité de se £aiire absoudre* 

Ces deux mol ifs, ou j)lutôt ces deux pré- 
textes, offrirent aux conciles provinciaux le 
moyen d'absoudre les accusés. On prononça 
qu'ils étaient déliés de rexconununication, au 
cas qu'ils l'eussent encourue, et tous furent 
réconciliés à l'Église. 

* Je ne m'arrêterai point à discuter ces motifs. 

Le grand-maitre ou le chef qui présidait le 
chapitre, avait incontestablement le pouvoiir 
de remettre les fautes de discipline , et certai- 
nement ce n'était pas être hérétique que d'user 
de cè pouvoir, puisqu'il n'était que la consé^ 
quence du droit non contesté d'infligér des 
châtimeiis. 



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1^0 DES TEMPLIERS. 

Quant à la purgation caauiii(£ue, il est vrai 
que, selon les maximes et la jurisprudence de 
rinquisition , lorsque raccusé n'était coii- 
Taincu ni par ses aveux , ni par les d^posi* 
lions des témoins, ni par Tévidence du fait, 
il n'était absous qu après s être purgé de la 
, diffamation ; et à cet effet , il devait présenter 
le témoignage d'un certain nombre de pe]>* 
sonnes de sa condition, qui connussent et 
attestassent son innocence, (i) 

Est-il surprenant que chacun des Templiers 
anglais accusés par le pape, détenus prisonniers 
par le roi, poursuivis et jugés parles évéques 
et les inquisiteurs, n'ait pas eu le mojren de 
rassembler plusieurs témoins de sa condition 
pour attester son innocence? ou plutôt n'est-il 
pas permis de croire qu'on exigea qu'ils ac- 
ceptassent leur absolution, sous le prétexte 
qu'ils n'étaient pas purgés de la diffamation ? 

Oserait- on blâmer ces hommes puissaus 
qui, dans les grandes catastrophes, savent 
trouver des tempéiamens conciliateurs , et 
n accorder que le moins possible à la dure né- 
cessité des circonstances ! 

Ce qui ne laisse aucun doute sur les inten- 

(i) DucAKOs, GI08S., V*^. Purgatio ca«o/î<ca.— Hof- 



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DES TEMPLIERS. 171 

fions favorables des éyéques anglais > c'est le 

soin qu'ils prirent d ai>surer le sort des Che- 
Taliers. 

Tous les Templiers furent relégués dans des 





1 


Tîi 


1 



leurs propres couvens. 

L'histoire atteste (jju'ils sj comportèrent de 
manière à prouver qu'ils n'avaient pas mérité 
leurs malheurs. (1) 

Quoique ce traitement n'eût rien de sévère» 
on ne put jamais obtenir que les deux chefs 
deTOrdre, en Angleterre, se soumissent â 
raccepter. 

L'Écossais Guillaume de la Moore , grand- 

prieur d'Angleterre et d Ecosse, résista à toutes 
les offres et à toutes les sollicitations; il ne 
voulut reconnaître ni hérésie dans l'absolu- 
tio|i donnée en plein chapitre pour les fautes 
de discipline , ni nécessité de se purger des 
prétendues diffamations, contenues dans la 
bulle du pape ; il préféra de rester et mourir 
en prison. 

Himbert Blancke refusa pareillement d'ab- 

(1) lia q[aodstDgaii in singiilis monsstmif possesrio-* 
Tialis d«tniderentiir pro perpetoà f>eiitteiiti4 peragendd , 
«jiio postea in liujiismodi mouasterii:» y beaè pcr anuiia âe 
gerebanl. IVjii^iifosAM. 




173 DES TEMPLIERS. 

jurer de prétendues erreurs doat il disait a'étre 
pas coupable. 

Alors le concile ordonna qu'il serait resserré 
dans la plus TÎle prison ^ garotté de doubles 
fers, et visité de temps en temps, alin de sa- 
voir s'il roulait faire quelque aveu, (i) 

Le roi d'Angleterre ne refusait ni son es- 
time ni sa- protection à ces deux Gheraliers: 
Guillaume de la Moore mourut en prison. 
Le roi voulut que ses biens et les arrérages 
de sa pension fussent délivrés à ses héritiers , 
et qu Himbert Blancke jouit lui-même de la 
pension du grand-prieur. (2) 

Tandis que dans tous les lieux de la chré- 
tienté on s'occupait du sort des Templiers; 
arriva 1 époque du concile de Vienne , laquelle 
avait été définitivement fixée en i3ii : c'était 
le quinzième concile œcuménique. Il s'ouvrit 

(1) Dicens se nolle errores quos ipse nunquam com- 
inissit abjurare^ concilium noadum orcUnavIt esLecutio- 
nem de eorpore ipsius faciendam : sed in TiliBsiino car- 
cere ferro ditpllcî constrictas^ Jussus est recludi, et ibi* 

deui ( (lonec aliud ordiiiatum extUcrlt) reservari, et in- 
térim visitari , ad videndum , si vellet ulteriiis aliqua 
GonÛterî. CoUeeUo noi^iasima ConciUomm Magnas Bri^ 
tanmœ, t, a, pag, SaS. 

(2) Rimer, tonw lu, p, 472. 




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I 



DES TEMPLIERS. 173 

le i3 oetobre^ jour sinistre et fatal pour les 

Templiers, anniversaire de celui où, quatre 
ans auparavant, ils. avaient été arrêtés dahs 
toute la France ! 

Le pape exposa les iRotiis qui avaient fait 
assembler le concile. L'affaire des Templiers 
était la principale qu'on dut jr. traiter. On s'en 
occupa d'abord. Les évéques de Soissons, de 
Mende, de Léon, d'Aquilée, furent chargés 
d'examiner, d'extraire et de comparer les di- 
verses informations iaites contre l'Ordre et 
les Chevaliers. 

Les pères du concile écoutaient la lecture 
du rapport des commissaires, et se préparaient 
à prononcer une décision à laquelle toute la 
chrétienté prenait le plus vif et le plus juste 
intérêt. Tous les Templiers avaient été solen- 
nellement cités à venir détendre TOrdre de^ 
vant ce concile. (1) 

Ua grand nombre des Chevaliers proscrits 
étaient errans ou f'ugitiis dans les montagnes» 
voisines de Ljon. . ; 

Ce fut sans doute une résolution couragreuse, 
quç celle qu'ils prirent d'envojer des députés 

( 1 ) Ac deiiide ipse ordo seu dciîensores coràm ipso ia 
concilio ^nerali quod oongregare uaudavit oompiirere 
coraret Proceê, contra T^mplatr^ 



m 



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174 DES TEMPLIERS. 

411 concUe de \ ieaae^ pour j plaider la cause 
de la TerCa et do malheur* 

Xies bûchera l'umaîerit encore^ les oppres- 
seurs veillaienl sans relâche sur lesproscrits, la 
haine u était pas assouvie, N'importe, ces Che- 
Taliers écoutent ce lïbble et généreux déses- 
poir qui sied quelquefois à la vertu, dans les 
occasions solennellement périlleuses. 

Au luomeat même où les pères du concile 
de Vienne écoutaient la lecture des informa*-» 
ùous iailes coatre 1 Ordre, paraissent tout-^^-* 
coup neuf Templiers , qui offrent de prendre 
la deicnbC de cet Ordre opprimé. 

Ils en avaient le droit. Un concile était convo^ 
que contre eux : les maximes delà justice et de 
la religion exigeaient qu'ils fussent entendus, 
puisqu'on devait prononcer sur leur sort, sur 
leur fortune, sur leur gloire et sur leur répu- 
tation de probité , d'honneur et de cadioUcité. 

Us en avaient accepté le devoir ; les autres 
■Chevaliers le leur avaient légué du milieu des 
tortures et du haut des bûchers ou leur der- 
nier soupir ayait attesté leur innocence etcelle 
de rOrdre. 

Ces neuf Chevaliers sont introduits* 

Us exposent franchement et lojaleuieiit 
l'objet de leur misaon. 



DES TEMPLIERS. ijS 

Ils se disent mandataires de quinze cents à 

deux mille Chevaliers. 

Ils s'étaient présentés sous la sauve-^arde 
de la foi publique^ et de la permission spé- 
ciale accordée par le pape et proclamée dans 
toute la Chrétienté. 

Leur malkeur et leur proscription étaient 

des titres respectables , surtout devant le5 
pères et le chef de l'Église* ' 

Une grande discussion allait s'engager. Le 
concile seul a en eut pas été juge. L'Europe, 
la chrétienté y le siècle , la postérité auraient 
eu à ratifier ou à improuver le jugement du 
concile. 

Que fit Clément V ? 

Il m'est pénible d'accuser un pontife ; mats 

je- dois à la vérité , je dois a la mémoire de 
tant d'intéressantes victimes, à l'instruction 
des siècles présens, aux vertus mêmes de ces 
pontifes et de ces prêtres qui, dans des temps 
plus heureux, font oublier les erreurs de ceux 
qui les <Hit précédés, je dois enfin à l'impartia- 
lité de révéler un secret caché jusqu'à ce jour. 

Clément Y fit arrêter ces généreux Cheva- 
liers, il les fit jeter dans les fers, et se hâtant 
de prendre des mesures contre le désespoir des 
proscrits, il augmenta sa garde, et écrivit àJ^u:- 



176 DES TEMPLIERS. 

lippe-le-Bel de prendre lui-même des précau- 
tioDs 9 en lui transmettant ces détails que VhisH 
toire aurait peut-être ignorer» à jamais , si les 
circonstances ne m avaient imposé la loi de 
publier la lettre où le pape les raconte lui- 
même sans nul déguisement* 

«t Pour faire connaître a votre grandeur 
CK rojale la vérité de tous les événemens <|ui 
cr surviennent dajos TaiTaire des Templiers , 
« je ne dois pas lui taire le £adt suivant : 
« les informations faites contre l'Ordre des 
a Templiers étaient lues devant les prélats 

u et autres ecclésia.sUques qui , d'après la 

« convocation qu'ils avaient reçue de nous, 
te sont venus à ce sacré concile ; sept Che- 
« valiers de cet Ordre > dans une séance» 
•t et deux autres dans une séance suivante, 
tt se sont, en notre absence, présentés dé- 
fi '^ant ces mêmes prélats et ecclésiastiques ; 
ce offrant de prendre la défense de l'Ordre, 
«c ils ont assuré que quinze cents à deux mille 
ce Cbevaiiers , qui demeuraient à Ljron , ou 
€c dans ses environs , se joignaient à eux 
« pour cette déiense. Quoique ces keuf Tem* 

«c PLIBR8 SK VmsmT PR^EKTÉS VOIiONTAIRB- 
« MENT, NOUS AYOKS C£r£i^DA2«T ORDOJSi^É QU'OSI 
« LES ARRÊTÂT, BT JSOVS LES FAISOlfS RETENIR ElT 



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4 



DES TEMPLIERS, 177 

«c msov. Depuis, nous avons cru devoir ém- 
et plojer des précautions particulières pour 
« notre sûreté , et nous annonçons ces événe- 
<c mens à votre grandeur, afin que prudemment 
« vigilante, eUe avise à ce qu'il convient et 
« importe de faue pour la garde de votre pei^' 
ic sonne. » 

Ce Lté lettre est datée du ii novembre 
i3ii<. (1) 

Je dois dire en faveur des pères du con- 

(i) Clemens, episcopus, senrus servopum Dei, carîi- 
sima in Ghrislo filio Philippe , régi Francorum illustrî , 
talulem et aposlolicam benedictioneni. Quoniam prae- 
cH>rdia tua personse nosu u] nicolumitas grata certiticat 
scirc te volumus quod, illofocieate qui potest, Viemue 
plenâ corporis aospitatç yîgemiis ac. kefenter audÎTimus 
încolumiiate consimili te rigerA Ad hsec, ut eorum (^uai 
înnegotîoTemplariorum emergunt tu» notitiae veritatis 
innotescat, magnitudinem regiam Tolumus non laftere 
quod cùm. inquisitiones, lactae contra Qrdinem Templa-^ 
rîomm coràm pnelatb et aliU personîs eoclesiasticts , 
qui ad presens sacrum concilium veneruat, et quos ad 
hoc congregari, certâ die, nostra deliheratio /ecerat, 
legereûtur, septem de Ordiue Xemplariorum ipsorum , ' 
et in quÂdam aiià subséquent! congregatione coiisîmili , 
duo de Ordine ipso, se eoram eisdem praelatis et pei suais, 
nobis tamenabseiUibus,pr£esentarunt qm, se defeusioni 
ejusdem Ordinis offerentes, assuerunt mille quingentos 
Tel duo milUa fratres ejusdem Ordinis qui {iUgdu«i et in. 

12 



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ijS DES TEMPLIERS. 

çile de Yieime , qu ili furent indignés d'an 

déni de justice aussi scandaleux; les auteurs 
du temps attestent que les prélats et toute Tas* 
semblée manifestèrent liautement leur opinion. 
Jl me semble voir Tun de ces évéques , res* 
pectable par sa doctrine , ses mœurs et sa 
piété , se levant tout-à-coup , attirer sur lui 
Tattention de 1 auguste assemblée ; il me sem- 
ble l'entendre s écrier^ d'une voix, grave et 
tpucliante : 

« iieunis en concile œcuménic]^ue , nous 
«'formons une assemblée de laifueUe la Gbré- 
cc tienté attend la justice et Tédification , l'É* 
R glise une gloire nouvelle , et les Ages futurs 
« un grand exeruple. ÎSous avons à prononcer 
« sur le sort d'un Ordre religieux, fameux et 
<c puissant en deçà et au-delà des mers , dont 
ce Tillustration, les service^ et les richesses ont 

elrcumvicinis partibus morabantur j eis circa defensio* 
aem ipsius Ordiiiis a^QiB^fe^ nos tamen ipsos , se spon- 
laa&eA offereoftes y deiineri mandaTÎmos et faclmas deti- 

neri. Et ex tuuc, circà noslrae personse custoûiam, so- 
leitioreiu diligeuùam solito duximus adhibeudam. Hxc 
autem oebitadine tam diuûmus iatimanda ut tai proyidi 
canlela erasilii qmd deoeat et quid expédiât cîrcà penona 
tuae custodiiLni ciiiigenti consideratlone valeat providere. 

Datum YieniuB, ii mens, novembrisj pontillcatûs 
aostrî aano aexto. 




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DES TEMPLIERS. 179 

« sans doute excité Tenvie , et qni , par ua 
A malheur inséparable de la condition hu^ 
<c maiae, peut avoir été entraîné à de grands 
fc abus j parce qu'il avait uH grand pouTûir. 

Vous connaissez les che& d accusation ; on 
<c TOUS a lu les informations faites contre 
<c les particuliers et coutre 1 Ordre. Déjà des 
« condamnations nombreuses , précipitées et 
« terribles , ont propagé dans l'esprit des peu- 
« pies une grande prévention ; mais ^ j'ose le 
« dire, plus Tin fortune et les préjugés pèsent 
'« sur l'Ordre et les Chevaliers 1 plus je re- 
« garde comme un devoir de ne par pro- 
V noncer sur leur sort définitif, sans avoir 
M entendu les défenseurs qui se présentent 
4c pour la justification de l'Ordre. Le droit 
«' naturel ^ la loi civile * et religieuse , les 
ce n:iaximes de . tous les temps , de tous les 
u lieux f consacrent ce privilège de l'accusé. 
« Mais ces Chevaliers ont-41s besoin de l'invo- 
M quer ? Une promesse solennelle 9 faite par 
« le àSaint - Père , en présence et au nom de 
« toute la Chrétienté y a pris à témoin Dieu et 
« les hommes , et a déclaré que ce dernier 
ce refuge des opprimés ne leur manquerait pas. 
«C est dans l'espérance que votre jugement 
<E définitif les vengerait des fers-^ des tortures 



i8o DES TEMPLIËRS. 

« et des bùchersy qu'ils ont persisté^ jusqu'à la 
ce mort, à soutenir rinnocence de TOrdre. Ac-> 
ce câblés, opprimés en tous lieux, vous seuls 
« TOUS leur restiez sur la terre , et Dieu 
<c dans le Ciel. Ils ont souffert et ils sont 
« morts. 

« Je propose qu'on détache les fers dont on 
ce a chargé si indignement ^es neuf Chevaliers, 
M et qu'on les entende. Je dis même plus : le 
ce grand-mai tre, qu on semble avoir condamné 
ft au malheur, au tourment de survivre à ses 
tt braves Chevaliers, je le cherche parmi nous; 
« je le demande, sinon comme membre de ce 
ce concile, ainsi que ces chefs d Ordi^es que je 
« vois à mes côtés , (i) du moins comme ayant 
« dans cette grande affaire à défendre l'intérêt 
n général de son Ordre et Tintérét personnel 
<c de sa vie et de son honneur. 

« Le Saint-Père s'est réservé son jugement^ 
« me dira-t-on ; mais le grand-maître n'a cessé 
4t de réclamer ce jugement ; il a toujours an*-' 
« noncé qu'il se justifierait devaut le souverain 
tt pontife* Ne pas juger un infortuné <][u'une 

(i) Il y aTait au condle de Vienne le grand •m&îtrè 

cle rOrdre de Si.-Jajcques, le commandeur de l'Ordre de 
Calatraya, VoUnGt, Ogmik, tQm.2Lr^ 



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DES TEMPLIERS. iSi 

« accusation solennelle diffame devant toute la 

w Chiétieulé, (juand lui-même sollicite depuis 
« si long^temps qu'on prononce sur son sort^ 
« c'est une plus ^ande injustice , pcut-ttre, 
« que de le condamner innocent. 

« Mais c[u'avons-nous besoin d'entendre les 
«t défenseurs de TOrdre du Temple ? On nous 

a lu en plein concile les accusations et les 
(c charges. Eh bien ! qui de nous désormais 
« croira que TOrdre et les Chevaliers fussent 
« coupables? Ils adoraient^ dit-on, des idoles! 
« Plusieurs témoins ont déposé qu'il en exi»* 
« tait en Angleterre, en France, en Italie, etc. 
a Gomment ces idoles a^aient-eUes disparu , 
« le jour où l'on saisit les personnes et les ri- 
« chesses des Chevaliers ? 

a Est-ce à aous d adopter aveuglément ces 
ce mensonges grossiers de leurs, accusateurs ? 
« Avons- nous oublié que, du pied de l'autel 
it témoin de leur saint engagement, ils cou- 
ce raient aux combats , et cpi'ils n'affrontaient 
<c les périls et la mort, que pour .venger notre 
« religion , et punir les Infidèles qui font prOr- 
« f ession d.étre ses ennemis ? 

«c Ils s'imposaient la loi d'offenser la reli- 
ft gion et les mœurs I Ëh ! quel intérêt j au-> 



xdd DES TEMPLIERS. 

« raieiit41s trouvé ? Aucun sans doute , tous 
<c le pensez tous , tous en convenez tous. Eh 
«c bien ! quel hoiùme fut jamais hjpocrite , 

cf sans aucua intérêt de 1 être ? Et vous suj>- 
V poseriez que^ depuis tant d'années, il existe 
«t au milieu de nous> à coté de nous , un corps 
« aussi nombreux et aussi illustre , conaposé 
ce d'hommes choisis dans toute la Chirétienté , 
«c qui , sans aucun but , sans aucun intérêt , 
ft se soit transmis Thmtage du crime et de 
« rhypocrisie ? 

« Près de mille Ghevaliefs s'étaient présen* 
« tés pour la défense de TOrdre : que sent- 
ir ils devenus ? les bùchm ou les prisons 
«les ont dévorés. Quel Chrétien, quel 
« homme doué seulement de Tinstinct de 
« la raison, ne serait révolté d'indignation, 
« en apprenant ce qui s'est passé dam plu- 

« sieurs conciles de la France ? 

« Je m'adresse aux prélats qni lés ont pré- 
« sidés. Dans les di^ erses procédures laites 
te contre TUrdre et les Chevaliers, où trouve- 
« t-on la preuve que les Templiers fussent tom- 
« bés dans Fherésie, où trouve-tron surtout la 
<c preuve qu'ils y ftissent retombés? Cepen- 
K dant on les a condamnés comme s'ils avaient 



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0BS TëMPLJSRS. i83 

t( été hérétique» relaps. Ët sur quel prétexta ? 
« Parce qu'aljtestant n'aiK>ir cédé qu'aux tois 
<c tures , ils ^^yaient rétracté dtt confessions 
te nulles devant la justice divine et devant 
a la justice humaine. Mais quelle est la loi, 
tt quel est même Fusage qui pouvait auton^ 
«ser une condamnation aussi extraordinaire? 
« J'ose le dire : déclarer kéretiquai relaps, des 
ce guerriers qui s'accordaient à professer pu- 
.« bliquemeot notre religion» et qui regardaient 
« comme leur premier devoir de mourir pour 
(c elle, c'est» à mon avis» de toutes les héré* 
u sies lâ plus malheureuse qui ait j^mai^ seau- 
ce dalisé l'Église. 

« On vous présente les dépositions reçues 
« paroles oonumissaires du pape , comme le 
ft témoignage de la plus grande partie de 
« l'Ordre : qudile dérisioli l Des quinae mille 
ft Templiers qui vivaient au moment où la 
M persécution a éclaté* la plupart éuient Fran* 
« çais » et 1^ témoignages qu'on prése^ ne 
a s'élèveuit pi^ 4 deux cents. Quel nombre en 
ff comparaison de ceux qui en France s'étaient 
c< offerts pour la défense de l'Ordre > ou qui 
«c dans les autres royaumes l'ont défendu et 
« ont été absous par les conciles ! La plupart 
« des Chevaliers français ont péri dans les toiv 



i84 DES TEMPLIERS. 
<r tures et dans les flammes : d'autres , traités 
fc rigoureusement dans les prisons, sont morts 
« Ticlimes de leur généreux deyouement au 
ce devoir et à la vérité. Les gardiens de ces in- 
€t fortunés attestent que le dernier cri des mou- 
«c rans a été un serment d'innocence. Et ce- 
cr pendant on les traitait en excommuniés , et 
a ils sont morts réprouvés des hommes! Quand 
ce les apostats consentiront à braver les tour- 
« mens et à sabir la mort pour garantir la vé- 
ir rité de leurs dépositions^ je consentirai à les 
« discuter. * 

^ Mais quoi ! tous les avez examinées ces 

<( dépositions; vous avez reconnu les contra- 
<c dictions nombreuses par lesquelles les té- 
« moins se démentent les uns les autres ; 
<c vous avez été irappés de ce qu'on a porté 
ce rîmprévoyance jusqu'à- ' exiger les faux 
Si aveux, de la part même de ceux qui n e- 
cc talent entrés dans l'Ordre que depuis une 
<c époque où les chefs savaient qu'il était 
(c dénoncé et offraient de le justifier. Vous 
a n'avez pas été moins surpris de ce qu'on 
<c avait exigé les mêmes aveux des Tem- 
«cpliers reçus depuis cinquante aus. Vou- 
<c drait-on nous persuader que la prêtent 
a due hérésie avait déshonoré ces braves et 



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1 




1 



DES TEMPLIERS. i85 



■ 

«r gloire en combattant contre les Infidèles ? Et 
a quel est celui de vous c[ui pourrait admettre 
a que tant de personnages respectables aient 
<c consenti à placer leurs amis les plus ckers,' 
^ leurs parens lés plus proches , dan^ un corps 
<c où il eût fallu s'initier par un crime inutile , 
a et vivre dans une hypocrisie qui n'eût été 
<ic ni nécessaire ni profitable , et qui eût été 
HL dangereuse ? 

(( Pensons à Tavenir ; les Chrétiens qui sa- 
« vent défendre la religion et mourir en corn- 
a battant pour elle , ne sont plus en assez 
4L grand nombre pour que vous ne deviez 
« craindre de le réduire encore. Réformez 
tt l'Ordre des Templiers , s'il le faut , mais 
«c ne le détruisez pas. Je désire me tromper 
m dans mes conjectures , mais il me semble 
«^qu'une fermentation sourde agite les esprits. 
<c Ces sectes (i) que le dernier siècle a vu s'é- 
« lever, et qu'on a eu tant de peine à détruire ; 
(c l'affaire même qui nous rassemble^ où Ton 
« a la maladresse de présenter comme des îm?- 
« pies et des héréticjues , tant de braves Che- 
K valiers qui , en tous temps et en tous lieux, 

(i) Les AShêgfsoiB, Vaudcas, ete* 



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i«6 DES TEMPLIERS. 

« ont passé pour les champions de la £6i » le» 

<c soldats de la religion ; cette grande lutte 
a que nous avons vue 4e nos jours , ^ntre 
M rautorité royale et le pouroir pontifical , 
ccJbdea d'auUfs moUis» que je ne puis ni 
ne doi$ divulguer ici, m'autorisent à pré^ 
ce sumer que^ tôt ou taj^d» des sectes nou* 
ce Telles s'éleverottjl contre notre saint culte , 
H soumettront au doute et à Texamea l'auto- 
ce rité de la foi » la vérité des dogmes , les 
ce titres du pontificat. Tant que nous n'au- 
ce rons k combattre que des opinions et des et-* 
a reurs , nous pourrons sans doute avec les 
<c armes spirituelles suffire à k victoire ; mais 
ce si Dieu permet que les dissidens ou les in- 
cc crédules tentent de renverser le Temple 
ce matériel , de détruire le marbre périssable 
ce de nos autels , qui coml>attra pour les dé- 
ce fendre et les sauver ? Sera-ce nous , pon- 
<£ tiies y qui ne savons , qui ne pouvons que 
<c lever les mains vers le ciel, pendant que 
ce les Israélites ensanglantent le glaive de la 

ce victoire ? Réfléchisses , pensez ^ avant 

,ic de vous priver de cette milice catholique 
ce qui , répandue dans toute l'Europe , dé^ 
« vouée au pontife et au pontificat*, trouve à la 
ce fois la fortune, k gloire, et le bonheur i faire 




DES TEMPLIERS. iBj 

€ cause commune avec n6s saints antds ; qui, 

<c éprouvée par de longs combats au-dehors > 
« saura garantir à TÉglise la paix au-^edans. 

« Oui, j*en atteste la cause de Dieu même ; ici 
c la politique humaine s'unit au sentiment de 

(( la jubtice et de la vertu pour protéger les 

c droits 9 les litres et les malheurs des Cheva^ 
tr liers opprimés. » 

Tels étaient les tentimens de justice qui 
animaim généralement les pères du concile. 

On procéda à un appel nominal. Les prér- 
lats d'ItaHe, un seul excepté, les prélats d'Ës- 
pagae> d Allemagne , de Danemarck, d'An* 
gleterre ; d'Ecosse ^ d'Irlande , tous les pré- 
lats Français , hors les métropolitains de 
Rheims') de Sens ' et de Rouen , furent d'avis 
d'accorder audience aux Templiers et d'en- 
tendre leur justification, (i) 

Ce généreux concours de toutes les opi- 

(i) Vocantiir prelati cum cardinallbus ad conferen- 
dum de ïempiariU^ legantur ncta ipsorum inter prelatoa 
et in hoc conyaiemnty ut dent Templariîs AmusiciAM 
snrE DBFFxmioNSM. In hac sententià concordant omnea 
prelati Italiae praeter unum, Hîspaniae, Theutoiùae, Da- 
cïx, Angliae^ Hcoûsis et Hibernke^ etiain Gallicî prscier 
très metn^lilanos vîdeUcet Bemcnaem (Pierre de Cour* 
lenai, qui ayaity ao eoncik de Sedsii oondaaaaé neuf 



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i88 DËS TEMPLIERS. 

Biions €11 fa-veur des Templiers au concile de 
Vienne , est le plus bean témoignage cpi^on 
puisse opposer à leurs détracteurs ; et ce té- 
moignage est d'autant moins suspect , que le 
eoncile était composé des prélats qui^ dans 
leurs diocèses 9 avaient procédé contre les 
Templiers , et d'autres, prélats qu'un monu- 
ment du temps prouve avoir été désignés par 
PhiLlppe-Ie-Bel (i) lui-même. 

D'après le Tceu unanime et sacré des pères 
du concile, les neuf Chevaliers, qui s'étaient 
présentés pour la déiènse de l'Ordre , sorti- 
ront-ils de lem prison ? Seront-ils admis à dé- 
fendre et à faille tfiompher l'innocence et 
mérité ? 

On le désire , on l'espère. 

An lieu d'obéir au vœn dn concile, et de 

♦ 

Templiers auE flanmes , ) Senonensem ( niilî])ipe de 

Maripiî , qui avait présidé deux conciles de Sens et con- 
damné une fois cinquante-quatre et l'autre cinq Tem- 
pliers et Aothomafiensem ( le successeur de B de Far- 
ces , qui ayaît présidé le concile dn Pont-de-l'Ârche contre 

les Templiers... } l^i^ alsiîsqham. ^ Vita CLementia 
aatore Pxolomxo JLucessi» 

« 

(i) On trouve au Trésor des Chartres, sur papier, la 
liste des prélats qui doivent être appelés au concile^ ainsi 
intitulée: Im «irjrr vooAm, eic. 



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DES TEMPLIERS- 189 

remplir son propre devoir. Clément V ter- 
mine brusquement la session. 

Quel outrage à la juvStice ! c^uel mépris pour, 
la délibération du concile ! 

Il était convenable , il était indispensable, 
d'insister sur ces détails, parce qu'ils sont dé- 
cisifs ^ parce que lès historiens ne les ont pas 
assez fait remarquer y parce que les actes dur 
concile ont été supprimés. 

Des pourparlers, des négociations eurent 
lieu pendant Thivep : Philippe^le-Bel jugea 
que sa présence était nécessaire pour trancher 
les difficultés.. (1) . « 

Il arriva dans les premiers jours de février, 
accompagné de ses trois fils , de son frèj^e , et 
de beaucoup de gens de g-uerre. 
« Ce monarque n'avait pas craint sans doute 
que le concile opposât le moindre obstacle 

(i) Inter colloquia et tractatus super ageudis deduc- 
tant est lempud per totam hjemen aubieqnentem. B«rn. 
Gtddo; ÊeHia pita Cmueuttis 

Post predictam vero sessionem inter colloquia et trac» 
tatu& deductum est tempus per totam hjemem sul>se- 
q«eiitein« Bisrn» Gmdo; quarta vita Cleumstis 

Fàpa com sais cardinalibus et ptelatb per totam h je- 
niem sequentem continuo inpluribus traciatibus divomî^^ 
permaasLt. i:kxta vita Clemektis K* , * . 



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igo DES TEMPLIERS. 

«a décret d'aboUûon de l'Ordre» De» les mois ' 

de février et de juin i5ii, il avait eu pour 
rÉglise romaine uoe Gondescendânce qui mé- 
ritait la reconnaissance du pontife et des pré- 
lats; il s'était désisté de<ses accusations et de ses 
poursuites contre la mémoire de Boniface VIII, 
et s'en était remis à la décision du Saint- , 
Siège. Quand on a étudié la politique de Pbi- 
lippe~le-liel ^ ou présume aisément qu'un tel 
désistement qui était loin de flatter sa Ta- 
Aité , n'avait pas été gratuit , et qu'en sacri- 
fiant sa Tengeance contre Boniface VIII , il 
s'était assuré du dévouemeut du pape et de sa 
cour i ses projets contre Tordre des Tem- 
pliers, (i) 

✓ 

(i) S'il ftiktt «Jouter à Vénàmoe des preuTvs qui 

constatent l'inflaence que la cour de France avait ac- 
quise et savait exiercer sur la cour de Home , j'obsenrerais 
que Philippe eiigea et obtint que Ton e&çàt dans les 
registres de la conreifNHidanoe da Bonî&ce VIH, tout ce 

qui sV trouvait d'injurieux couUc le monarque et la 
caur de Jt rauce. On trouTe aujourd'hui en bLanc dans 
ces registres y lesitagei qui ont été raturées très-adroite* 
ment. CSeti» opération se fit soleoneUemeat à Vienne, 

durant la tenue du concile. On lit en marge des pages 
effacées, tantôt âoUatur omninù, à enlever entièrement; 
tHitdt : corrigaim' Mcandum ntOmm, à corriger selon la 
wMàmi»\tXkvmmkwXi dwUwrqwid raimm 



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y 



DES TEMPLIERS. igx 

Le pape rassembla le» eardinauX et plu<-f 
&ieui^ prélats en consistoire ^cret, (i) et dans 
ce consistoire abolit l'Ordre , de sa seule au*^ 

torité. 

Le Siayril (2), §'ottTreladeiudèine.sessiondtf 

concile ; le roi de France j" paraît accompagné 
de ses trois fils et de Charles son frère, en** 

fmrtM de mandata démentis papœ V. On dit ^[ne oei 
ratures furent finîtes par otàt^ de Çléiaeat Y* 

Un proôës-rerbal de Fopération se trouve & k fin da 

registre , et atteste qu'elle fat faite par ordre d'un éréque 
et d'un cardinal, qui disaient en ayoir reçu plusieurs fois 
le mandat verbal du-saînv-p^. Reguinmi iiHerarum 
Curiœ.,,^. Dommi Bon^bvU papm F'Ill, Jtrehinfêê se* 

crêtes du Vatican. 

(1) MultisTOçatia prelattscom cardinatibvs, in priyato 
coNsuTonio Ordinem Templariorum camirit 

TertiA autem die aprilis i3i2, fuit seciinda sessio cou- 
cilii, et predicta cassatio coram omnibus pujbjlxcata est. 

Sommas pontifex, mnltts prdatis corn eardînaUbus 

privato consisiorio convocatis , per provisiums polius 
^uam ^oH '^f^ ff^ n^' ^q'g irtAmj Ordiœm Militiae Templa- 
riorum cassavit et penit&s annulaTÎt Twlia vUa Cjji^ 

(a) Prefatus Gemens papa in coksistobio puUicOj 
présente Fbilippo rege Franeûe eom tribus fiHis suSs^.... 
et erîam fratre oum magnA mUitfft;...... et présente , \ 

muitiludiiic cupioàà, caâsaUuiieinOrJims dictorumTem» 



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DES TEMPLIERS- 

touré d'un grand appareil de force guerrière ; 

il est placé à la droite du pape , ^ur un siège 
tant soit peu moins éieyé. 

Et le pape publie solennellemeutson décret 
d'abolition de Tordre des Templiers » par une 

simple bulle , per viam provisiojnis. 

Les pères du concile assemblés pour enten- 
dre la lecture de la bulle et non pour délibérer, 
ne peuvent opposer à la décision du pape et 
à la présence du roi qu'un silence improba- 
teur. Us se taisent. 

Cette décision -violait à la fois les règles de 
la justice, de i équité et de la discipline ec- 
clésiastique. 

Non seulement Clément Y statuait de sa 
seule et propre autorité , et sans Tavis des 
pères du concile, mais même coutre leur avis, 
puisqu'ils avaient déjà prononcé que les Tem- 
pliers qui olFiaienl de déleadre l'Ordre de- 
vaient être entendus. 

pWiorum solenmiter publicavit Sexta vUq C^mmsS" 
Via V. 

Secunda semio concîlîi celebrata in quà |»«dicta cas* 

satio Ordinis fuit per summum poaùiicem, radiaiile cou- 

cuK TRIBUS nuis siris cui ir jooriuii ^bat cqbbi. Tm-tî» 



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DES TEMPLIERS. agS 
• Qui ne reconnaît daas ces formes yiolentes 
et arikitraires Tiofluence. active et directe dè 
Philippe-le-Bel , entoure de la ibrce armée, 
et plus terrible encore par sa seule volonté ? 

Aussi non seulement plusieurs historiens > 
mais encore de célèbres canonistes (i) se sontl 
ils récriés contre rirrégularité de la bulle qm 
prononça Tabolition de i Ordi e des Templiers, 
S'étonnera-t-on maintenant que les actes 
du concile de Vienne aient été supprimés, et 
quon n'^n ait eu connaissance que par de 
faibles renseignemens épars dans les chroni- 
ques du temps ? 

Que dis-je ? presque tous les historiens ont 
même entièrement ignoré ce qui s'était passé; 
L'opinion publique avait été pervertie ou trom- 
pée; on croyait que 1 Ordre avait été jugé 
définitivement parle concile œcuménique, et 

condamne comme coupable d'hérésie et d'im- 
piété. 

La bulle d'abolition, publiée dans la se- 
conde session du concile général de Vienne 

(i) Entre antres, Van-Ejvbn, qui s'exprime en ces 
termes : 

Admodum insolitam esae httjns sentent!» formam 
uemo non ridet Oèurv. in negoû. Templ,, t, ir,p. i4i. 

l3 



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194 DES TEMPLIERS. 

le 2 mai 1^12 j n'a été iiupiixaée que dans le 
dixr- septième siècle, et en pr^s étranger; (i) 

il àeiuble qu on ail toujours craint en France 

. de soulerer le Yoile qui couYrait ce mystère 

d'oppression. 

Les^ ponûl«s romains en ont toujours connu 
le secret. 

Clément Y lui-même a avait mis aucun art à 
le dissimuler. 

Dans sa bulle consideraiïtes dudum^ du 
2* des nones de mai , seulement quatre jouT$ 
après avoir publié dans le concile la bulle d'abo- 
lition, le pape avoue que l'ensemble des in- 
formations faites contre TOrdre et les Che- 
valiers, dans toute la Chrétienté, n'offre pas 
des preuves suilisanies pour les croire cou- 
pables ; il se réduit à prétendre qu'il en ré- 
suIlc une grande suspicion, et il déclare que, 
d'après ees informations , il n'avait pas eu le 
droit de prononcer une sentence déHuiliv e. (2) 



(1) £lle a été imprimée, pour la première lois, dam le 
Aecueil des Conciles généraux publié ^fucBiniua en i6o6. 

(2) Considérantes dudum inquîsitîoiies et proeesBnt 
varios de mandato sedis apostolicœ per unirersas partes 

Oiristiaiiitatis contra ()i tliaeiu quodt^uc ipsa^ coiifes- 

siones dictum Ordinem valde suspectum reddebant^ 




DES TEMPLIERS. 19S 

Girconstauce remarq^uable et qui mérite 
d'être ^[alement offerte à la méditation des 
grands et 'du peuple ! G est de l^njusUce mê- 
me commise par Glément Y envers les Teih* 
pUers» que Glément XIV s'est prévalu , cinq 
cent» ans après ^ pour abolir TOrcbe desJé^ 
suites. ... 

Dans son bre{ du ai juillet 1773, Clé- 
nient XIV rapporte divers exemples d'aboli- 
tion d'Ordres par les souverains pontifes, et 
il continue eu ces termes ; . . 

«( D autres pontifes romain$, nos prédéces* 
a seurs , dont il serait trop long de citer les 
a décrets, ont agi de même, selon I^ cixs 
€C constances du temps: entre autres, le pape 
<c Glément Y, aussi notre prédécesseur., par 
a ses lettres du 2 mai i5i2 , scellées en plomb, 
a a supprime et totalement éteint TOrdre mi- 
ioc litaire des Templiers, à cause de la mauvaise 
<c réputation où il était alors, quoique cet Or- 
«c dre eut été légitimement confirmé , quoi-* 
• 

> 

non fer moduiii deeutitiva aententie cum tam siiper 

lioc,8SCfrNDfmmQtri»moinuBTTii6cB9Mr8 ^rjedictos ycrst 
POS8EMUS FERRE DE JURE, setl per YÎam prorisionis et 
Ordinationis apostoUcae , etc.* etc. Megestrian eami nt 
domini ClemenHs papœV lititranm de cùria, UêL xxxf. 
jirehiueê êÊcrèteê ^aiiean^ 



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106 DES TËMPLIËR& 

«L qu il eut rendu à la Képublique Chrétienne 
des services si écktans , que JiS Saint-Sié^e 
. ce Apostolique l'avait comblé de biens , de 
«c privilèges ». de pouvoirs» d'exemptions et 

^ de perniissions » et quoiqu'enfin le concile 

CL DB VlBNlfB» QUB CE PONTIFB AVAIT CHARGÉ' DB 

<K L*EXAMEN DE L AFFAIRE , EUT ÉTÉ d'ayIS DE 
, (CSABST&TXm 9B.PO&TB& UN JUGBMENT FO&MBL 
<C ET DÉFINITIF. » (l) 

Ainsi finit TOrdre célèbre des Templiers. 

Le simple récit des injustices sous lesquelles 
il a succombé dispense de toute réflexion. 

Le pape avait appliqué» en faveur des Hos- 
pitaliers» la plus grande partie des biens de 
rOrdre supprimé. 

Si l'on en croit plusieuts historiens , TOr- 

(i) ........ Clemens papa V, pariter praedecessojr nos- 

ter,per suas sub piuiubo 6 nonas maii aiino încarnatio- 
nis dominio» i3iâ» expeditas litteras» Ordinem Milita<« 
rem Templarîoram nancnpatorum» quamTÎs legitiinè 
confirmatum , et aliàs de cliristianâ republlcâ adeo pre* 
.clai e meritum , ut à sede apostoUcà insiguibus beaeiiciis» 
privilegiis^ facultatibûs» exemptionibiis» lioentî»» cumu.- 
latasfuerit» ob univertaiem diffamationein aappresaitet 
tptaliter extinxit, etiamsî conciliam générale V iennense, 
cui negotium ex.aminandum commiserat, a iormali et 
de^tÎTà £sreMàk sententià censuerit se absiiuere. 




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DES TEMPLIERS. 197 . 

dre de Saint-Jeaa de Jérusalem avait pajé 
cher au pape lui-même cette honteuse préfé- 
rence. (1) 

Mais les riches dépouilles de TOrdre du 

Temple ne passèrent pas en eiiLier aux liéiîLiers 
choi»s par le pontife. 

Les trésors , le mobilier saisis dans toute v 
la France, au moment de l'arrestation des Che<- 
Taliers, restèrent à Philippe-Ie-Bel, et jusqu'à 
sa mort y il perçut le revenu des domames de 
rOrdre. 

Clément V avoue , dans une lettre à Phi- 
lippe-le^Bel, avoir reçu une partie du mobi- 
lier, (2) et il est très -certain ç^ue la cour de 

(1) Unde depauperata est mansîo hospitalis ^pûi^'se 
existîmabat înde opnlentam fieri. S. Aar^toistiiruB, • 

Papa lîospitalariis ha c asslgriavit nua sine luagu* 
pecimiae iateryentu. fVALsiUQHAii, ■ 

Bicitur autent papam et regem ex bonis ipaia florenoa 
duo centum millia percepisse. Chrf>mcon F. F. Prifsj 
MuRATORi, rer. Ital. script, , t, ix, />. yÔO. 

Papa yero stâtim boua TempU iaûnito thesauro Fra- 
tribus yeadidit hospltalis Sti. Johaimis. BMtvjsnrmMifius^, 

(3) Philippe-le-Bel ayait écrit au pape : « A cause des 
« retards et des renvois qu'éprouve l'affaire des Tem- 
« pliers f le peuple crie contre vous et moi , et murmure 



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iQ8 DES TEMPLIERS. 

Rome sappropiia de riches et nombreux dcH 
maines de TOrdre aboli. 

Je pourrais accumuler les preuves : une 
seule suffira. 

(c Les Chevaliers du Temple , dit un his- 
IX torien , aTaient plusieurs domaines dans la 
ce ville de Saint -Paul, dans son territoire et 
<c dans diitéreos villages du diocèse. Il j a eu- 
« core, dans le quartier qu'on appelle deSaint-*^ 

tt en .dUant que nous ne nous soucions pas de l'afiaire^ 

<( mais de l'envahissement des biens des Templiers. 

ic Propter moras et dilationes praefatas, contra nos et 
ic toam magnitudinem populos clamabat et etiam mur- 
«( murabat, dicentes quod nec nobîs neque tibt de negotto 
<( hujusmodi erat curae^ sed de pra;dà bonorum qux Tem- 
n ]|larii possidebant. n 

Le pape lui répond : «t Le peuple n'a pas sujet de raor- 
« murer contre mol touchant renvahissement des biens 
*t des Templiers , puisqu^il ne m'est jamais parvenu 
a qu'un peu de mobilier déposé entre les maias du car- 
te dînai et lequel n'équiraut pas aux dépenses fai- 

« tes» etc. 

a Nec est etiam unde populus contra nos de praedâ bo- 
tt norum Temj^ariorum praedictorum valeatmurmurarej 
«c cnm de bonis ipsis nihil ad nos unquam perveneric 

n nisi modica bona mobilia posita penès Berenga- 

iK rînm cardinalem qu c ad sumplii?^ et expensas.. 

(( suilicere minime potuerunt. » Ayignon^, a nonea dê 
may iScig. * 



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DES TEMPLIEKS: 199 

«c Jean les maisons de Saint- Vincent , le 

a pré de Selles , le château de Chaiiders et 
a plusieurs autres fonds dépendant de la com- 
<c manderie de Riche-Branche. Tout ckla pitt 

«C SAISI PAK LES OFFICIEKS DE SA SAINTETÉ ET Upi 
AU DOMAim DB LA CBAXBRE ÀPOSTOUQUI^ DU 

<C CoMTAT VÉWAISSIN, » (l) 

Le roi , les autres princes s'emparèrent ou 

disposèrent de plusieurs possessions de l'Ordre. 

Bientôt on s'occupa 9 dans les divers pajs de 
la Chrétienté, du sort définitif des Templiers. 

£n Italie , ceux qui n'avaient pas encore 
. été jugés, furent absous par le concile de Bo- 
logne , et par les archevêques de Pise et de 
Florence. 

Les opinions des historiens ont été parta- 
gées sur le traitement que les Templiers éprou- 
vèreut en Provence. 

Quarante-huit avaient été arrêtés , le même 
jour 9 par ordre de Charles II, comte de Pro- 
vence j et traduits dans diflBerentes prisons* 
. Albert de Blacas, précepteur d'Aix et de 
Saint-Maurice, éuit gardé dans les prisons 
d'Aix, au commencement de j.3o8. 

(l) II us to ire de V Eglise cathédralti de Sauit-Paul" 
'/.Vois-Citàteaux i parBoY£R. Âvignou, ijio, 4°, p. 



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200 DES TEMPLIERS. 

Non seulement il ne périt pas , mais nn 
document du temps prouye qu il jouit pendant 
toute sa vie de la Commanderie de Saint- 
Maurice, du consentement même des Hospi- 
taliers, (i) 

La découverte de ce titre permet de croire 
qu'en Provence , les Templiers furent non 
seulement épargnés , mais traités d'une ma- 
nière qui ne peut s'accorder qu'avec l'idée 
qu'ils avaient été reconnus innocens. 

Les Templiers Allemands avaient déjà été 
absous par les conciles de Mayence et de 
Trêves* 

On se souvient comment les Templiers An- 
glais avaient été jugés avant le concile.de 
Vienne ; la même décision fut appliquée aux 
Chevaliers irlandais > en i3i2. 

Je n'ai point parlé encore des Templiers 
d'Bcosse. Leur grand -prieur, Henri de la 
Moorè, avait donné l'exemple de supporter 
noblement .la persécution. Il parait- quils 
trompèrent les poursuites de leurs oppres- 
seurs ; deux , seuls Écossais lurent arrêtés ; 
et répondant avec courage et vérité , ils se 
montrèrent dignes de leur grand-prieur ; nul 

(i) Transaction du 2^ février i^xH, reçue par Jean 
Maurel; notaire* 



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DES TEMPLIERS. 201 

tribnnal ^ nul copcile ne s'assembla contre 

eux ni contre !^ autres Chevaliers qui , par ' 
lenr faite ou fenr dispersicm , eurent le bon- 
heur d'échapper à ITnquisition. Que devin* 
rent-ik ? Ce n'est pas à moi de souleTer le 
voile mystérieux des conjectures par lesquel- 
les on. explique le sort ultérieur de ces infor- 
tunés : rhistuirepublique.se tait, mon devoir 
est de. me taire comme elle» 

Les Templiers de Catalogne ajant appris 
combien on avait maltraité les Chevaliers 
français et craignant de semblables in jus-; 
tices, s étaient retirés dans des châteaux forts. ' 
Jacques II , roi d'Arragon , ordonna de les 
saisir et de les livrer à ITnquisition* 

Alors ils s'adressèrent à rarchevéque de 
Tarragone , et demandèrent à être jugés. Le 
10 août i3i2 9 le concile fut assemblé. Tous 
les Templiers de TArragon s y présentèrent : 
le concile entendit des témoins , fit diverses 
procédures, et après avoir scruté sagemeat 
Taffidre, ne trouva les Chevaliers coupables 
d'aucun crime ni souillés d'aucune hérésie. 

Par le jugement définitif , ils furent absous 
de tous les crimes et délits, de toutes les erreurs 
et impostures dont ils étaient accusés ; il fut dé- 
fendu de le^ dilTamer, attendu que, par lexa- 



/ 

%ot DES TEMPLIERS. 

men sévère qu'ayait iiitle concile, ils aTaiènt 

été trouves au-dessas du soupçon, (i) 

- XiC jugement fut prononcé > le 4 noTembte 

l3l2. 

£o appliquant les Inens des Templiers à l'Or- 
dre des Hospitaliers, la bulle d'abolition avait 
e^g^cepté tousiesbienssituésdansles rojaumesde 
GastiUe, d*Arra^on , de Portugal et de Major- 
que ; les ambassadeurs de ces états au concile 
de Vienne ravalent expressément exigé. 

En i3i7 ^ Tordre des Chevaliers de ]>iotre- 
Dame de Montesa fat érigé dans FArragon , à 
la place de celui des Templiers , avec Tauto- 
- risation de Jean XXII ; le nouvel Ordre hé- 
rita de leurs biens ^ et ses Chevaliers furent 
destinés i combattre les Musulmans d'Es- 
pagne. \ 

. (i) (>>QTeiierimtTempiarii^ovincIa]esmcoiioiliiiiiiy 

quod j quidem j iiris dispositioiie oJjseï vatâ ineos, inven- 
tum est^ scrutaudo ^ testes examinando et super iis varié 
inquirendo ; nec ullum in eis criueii mTentum fuit rel 
quod alîquâ haereseos Ittbe rafecti eraent. Qoare sesHeadi 
definitivd omnes et singuU à cunctis delictis, erroribus 
et imposturis de qui bus accusabantur , ^bsoluti fuére^ 
decretumque fiiit ne aliquiseos infamare auderet, quod in 
iaquisitione prr concSium factâ> ab omni sinistrÀ suspî- 
cîone imiDunes reperû fuissent. A&mnnn, CoU, max» 
concil, omnium Miapan. et noi^i orbis, p* 54^. * 



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DES TEMPLIERS» 2o5 
• Les nouYcaux Chevaliers avaient dés habite 
blancs , marqués d'une croix rouge , sembla- 
bles à ceux des Templiers. 

£a Portugal, l'Ordre des Templiers ne fut 
pas détruit; les Templiers qui s'appelaient 
les Soldats du Ch&ist , quoiqu'ils prissent 
plus généralement le titre de SoiiBATS D¥ 
Tejiplb, n'éprouvèrent de réforme que dans 
leur nom. Ils furent obligés de prendre ex^ 
fçlusivement le titre de Milice du Chiust. 

Ce fut le roi Denis qui sauva , d'une manière 
aussi honorable , ces guerriers opprimés. Pro- 
tecteur éelaivé des lettres et des arts , fondar- 

teur de runlversité de Goïnibre , OÙ il avait 
attiré , de toute TEurope , ks plus savans 
hommes de son siècle , honorant l'agricnltu^ 
re, et ne dédaignant pas d occuper ses rojales 
mains à cet art utile , il avait, par se$ gran- 
des qualités, mérité et obtenu le titre glo- 

: rieux de PAas ns la Patrib , et de Roi La- 

• bouiieur! 

Quelle digne et glorieuse réhabilitation que 

l'estime et les bienfaits de ce monarque ! 

C'est ainsi que l'Chçdre des Templiers con- 
tinua d'exister sous le noiu d'Ordre du Christ. 

L'histoire nous a transmis le nom de quel- 
ques chefs des Templiers , qui conservèrent. 



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3o4 DES TEMPLIERS. 

dans rOrdre du Christ , le même rang qu'ils 
tenaient dans celui du Temple, (i) 

Des censures ecclésiastiques contraignirent 
tous les anciens Gheraliers à rester dans TChv 
dre du Christ. 

Cet Ordre jouissait d'une si grande consi- 
déraiioa, qu'aucun vice-roi ne partait pour 
les Indes , sans être décoré du titre de Cii&- 
\alier. Le Portugal eut beaucoup à se louer 
des Chevaliers du Christ et de l'emploi qu'ils 
faisaient de leur fortune. 
' Quand Philippe-le-Bel eut exigé et obtenu 
la bulle d'abolition de FOrdre du Temple , sa 
politique fut satisfaite ^ et quoique le pape eût 
déclaré que les Chevaliers survivans à cette 
abolition 9 seraient personnellement jugés par 
les conciles diocésains 9 la persécution cessa. 

Mais l'oubli indulgent qui sauvait les Che- 
valiers, pouvait-il s'appliquier au g rand-mattre? 
Il avait toujours réclamé son jugement^ et sans 
doute il le réclamait encore. 

* • • 

( 1 ) Laurent Fernandez > grand-commandeur \ 
, Gilles Stavanez » commandeur de Portalegre \ 
Jean Gîles > oommandear ; 

Bodrigue Amez, commandeur; 

Laurent Fernandez, commandeur de Dornes; 

Galiriel Yanes. < 



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DES TEMPLIERS. soS 

Le pape s'était expressément et solennelle- 
ment réseiré le droit de prononcèr sur cet il- 
lustre accusé ; il s'en était imposé le devoir. 
Mais ce ju^e suprême et tout-puissant n'eût 
osé soutenir les regaids et les discours de cette 
grande Tictime. 

Quel parti prendre? Le pape , sous un fri- 
vole prétexte commit Téi^éque d'Albe» et 
les cardinaux de SaiiU-Eusèbe et de Sainte-i 
Pâque^ . pour juger, à Paris, le grand-maitre 
et trois autres chefs de l'Ordre. 
La bulle du ii. des kalendes. de janyier 
. i5i5 ( V. st. ) , s'explique ainsi : 

« Ne ppuyant , ^à. caju^e . d^s. af£stires.péni- 
<c bles et multipliées qui nous occupent > ion^ 
ce ner notre application personnelle au juge- 
•r ment du grand-maître et des autres chefs de 
« rOrdre , ^que nous nous é^ons spécialement 
« réservé , nous yous chargeons d'e^i^aminer 
« les procédures faites contre eux, et notam- 
« ment celles qui ont été faites par les, cardi- 
« naux de Saint-Nerée et Saint-Achiilée , de 
•t Saint - Cjriaque et de Saint- Ange , qui 
« avaient procédé d'après notre mandat spé- 
« cial* N.ous TOUS dQnnqns, le pouvoir de con- 
ce damner et d'absoudre ^ et d'infliger une peine 
« proportionnée aux délits des accusés et mè^ 



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so6 D£S T£MPLIEIi5. 

<c me de leur Êiire payer ^ sur les biens de 
« rOrdre, ce qwt vous jug'erez conTenable , 
«pour leur nourriture / leur habillement^ et 
a leurs autres besoins* » (i) 

Les termes de la commission prouvent qu'il 
ne s'agissait pas de rendre un jugement con-^ 

tradictoire : pour la légalité d'un tel jugement, 
il eût fallu préalablement intern>g^ le grand* 
maître et les autres chefs , entendre leurs dé- 
fenses et justiiicationsî mais la boUe ordonne 
de ré^^ ler leur sort ^ en consultant seulement 
les premières procédures , et Tinterrogatoire 
subi à Ghinon par le grand «-mattre/deyànt 
les trois cardinaux , en août i3o8 , interro- 
gatoire dont le grand --mattre avait désavoué 
la rédaction , lorsqu'il avait comparu devant 
la commission papale. 

Cette nouvelle injustice explique la conduite 
que tint le grand -mattre en présence des 
gxands et du peuple ^ qui assistaient à la pro- 
clamation du jugement 
* Comme le roi voulait un spectacle d'appa« 
tut qui en imposât au peuple et à la France, et 
qui devînt le dernier acte de cette grande ca^ 
tastrophe, le 18 mars i3i3 (v.st«)» parurent en 

(i) Regestrum litteranm Cttriœ armi noni domini 




DES TEMPLIERS. 207 

public, sur un échaiaud dressé dans le parvis * 
Notre4!>ainey les trois commissaires du pape, 
auxquels avaient été adjoints Philippe de Ma- 
rigni, archevêque deSeas, et d'autres prélats 
dignes sans doute de siéger à ses côtés. Le 
grand^maitre et ttois autres chefs dé TOrdre 
furent amenés, et entendirent la sentence qui 
les condamnait à la réclusion perpétuelle* 

Les juges comptaient sans doute sur le si- , 
lence de <^e& inlortunés, mais le grand-maitre 
saisit, avec un courageux empressement, cette 
dernière occasion de s'expliquer devant la 
France et devant la postérité* ' 

Depuis six années , languissant dans les 
lers f manquant du nécessaire , privé des 
secours et des bienfaits de la religion , il 
était resté séparé de ses Chevaliers, on avait 
refuse sa présence à leurs vœux réitérés ; 
conduit devant le pape , qui était à Poitiers , 
on avait pris le parti de le faire arrêter à Chi- 
non et de le présenter seulement à des com- 
missaires , dont il fut obligé de dénoncer lé 
rapport inlidèle. Ramené dans les prisons de 
Paris, ^t apprenant ' que le pape s'était ré- 
servé sott jugement , il avait demandé avec la 
vertueuse opiniâtreté de l'innocence , d'être 
conduit devant le pontife pour être jugé ; ré- 



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so8 .DES TEMPLIERS. 

clamaliun juble, sans cesse rciiouyelëc, cl re- 
nouvelée toujours ea vaia I Acc^Ublé de la dou- 
leur que lui causait le supplice injuste de tant 
de venlueux Chevaliers , eX la honte de quel- 
ques autres qui abandonnaient TOrdre^ il avait 
vu s'écouler le, temps hxé pour le concile 
général^ sans j être appelé^ ni pour sa propre 
défense > ni pour celle de son Ordre ^ quoi-* 
que ce fût son droit , quoique le pape eût 
déclaré que les défenseurs de TOrdre se- 
raient admis devant les pères .du concile. La 

décision irrégulière et injuste qui pronon- 
çait Tabolidon^ avait retenti jusqu'au fond 
de son cachot. Enfin la dernière espérance 
qui lui était restée dans ses n^aiheursi « l'espé- 
rance d'être jugé par le pontife suprême , lui 
était^ encore enlevée ; des conunissaires le ju- 
geaient sans l'interroger , sans permettre qu'il 
usât du droit, naturel et sacré de proposer ses 
défiejises : quelle ressource pouvait donc res- 
ter au grand-maitre ? La mort. Il eut la vertu 
de>la mériter; il eut. la gloire et le bonheur de 
l'obtenir. 

Prenant à témoins tons les.spectat^eMrs^.il 

s'écria : (i) . 
(i) Je me sers de la traduction de M. de Ybrvot* 



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DES TEMPLIERS. 209 

«c II est bien juste que^ dans* ua si terrible 
« jour et dans les derniers momens de ma 
« vie , je découvre toute Tiniquite du men- 
V songe et que je fasse triompher la vérité. 
<c Je déclare donc^ à la lace du ciel et de la 
« terre ^ et j'avoue, quoiqu'à ma honte éter* 
« nelle , que j'ai commis le plus grand des 
(c crimes , mais ce n a été qu'en convenant de 
ce ceux qu'on impute avec tant de noirceur à 
u notre Ordre : j'atteste, et la. vérité m'oblige 
« d'attester qu'il est innocent. Je n'ai même 
« fait là déclaration contraire, que pour sus- 
« pendre les douleurs excesnves de la torture, 
«X et pour fléchir ceux qui me les faisaient 
« sou£&ir. Je sais les supplices qu'on a infligés 
ce à tous les Chevaliers qui ont eu le courage 
« de révoquer une pareille confession; mais 
« TaiFreux specUcle, qu'on me présenlc, n'est 
« pas eapable de me faire confirmer un pre- 
ce mier luensunge par un second : à une cou- 
u àxïion si infâme, je renonce de bon cœur à 

« la vie. » 

Quelles furent la surprise et la pitié de cette 

foule de spectateurs ! Mais aussi quelle fut la 
colère du roi et de ses agens, lorsqu'ils appri- 
rent que le grand-maître et l'un des autres chefs 
avaient montré ce désespoir vertueux! 

14 



210 DES TEMPLIERS. 

Le conseil du roi fut assemblé à Tinstant, et, 

sanâ 1 éiuriner la sentence des coiniaibsaires du 
pape, sans faire prononcer aucun autre tribunal 
ecclésiastique, ce conseil cuudamna lui-même 
MX flammeis le grand-maître et l'illustre Che- 
valier qui avait fait une semblable déclara- 
tion. 

On dressa le bûcher à la pointe de la petite 
Ile de la Seine, non loin du couvent des Au- 
gustins , et à Fendroit même où depuis avait 
été placée la statue écjuestre de Henri lY. 

Le gtrand- maître et son généreux compa- 
gnon montèrent sur le bûcher, qui fut allumé 
lentement 9 afin que, brûlés à petit feu, ils 
eussent le temps d'implorer grâce, en désa- 
vouant leurs rétractations. Qu'on juge des 
tourmens de ces infortunés 1 ils les supportèrent 
avec une constance que rien ne put altérer. 
Xandis que le spectacle de leurs corps à ck ini- 
brûlés, tandis que Todeur fétide de leur chair 
consumée répandaient partout Fhorreur et la 
pitié ^ eux seuls paraissaient insensibles à leur 
sort ; protestant toujours, et jusqu'au dernier 
soupir^ de leur innocence et de celle de TUr- 
dre, ils montrèrent une énergie et une rési- 
gnation dignes de leur rang et de leurs vertus. 
Ce spectacle tragique arracha des larmes à 



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DES TEMPLIERS. 

tous les spectateurs. Pendant la nuit^ les cendres 
de ces.Tictimes fnreat recueillies, comme de 
vénérables reliques^ par des personnes pieuses 
et de saints religieux. 

Des historiens ont écrit que le grand-ynaitre, 
avant de rendre le dernier soupir , s'écria : 
* « Clkment, juge inique et cruel bourreau^ je 
« t'ajourne à comparaître^ dans quarante jours, 
n devant le tribunal du souverain juge. >i 

D autres ont ajouté qu'il ajourna pareille-- 
ment le roi à y comparaître dans Tannée. 
' Je ne m'arrêterai pas à discuter quel degré 
de confiance méritent ces traditions ; mais le 
pape étant mort dans les quarante jours, et le 
roi dans Tannée , et tous les deux d une mort 
imprévue , (i) il est incontestable que 1 opi-^ 
nion alors répandue de lèur «châtiment , par 
la justice céleste , est encore un témoignage 
en faveur de FOrdre et des Chevaliers. Les 
peuples nlmaginent pas que le Ciel s'arme 
pour venger le supplice et lamdrt de personnes 
justement condamnées. 

Tel fut le dénouement de là fktale et san- 

(i) L'histoire atteste 4|ue tous ceu£ qui^ dans le 
temps y furent lei perséealearo ^ i'CMre etrdeS'ClKeira*- 
^ lîers^ périrent de morts prémturées ou funestes. 



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ai2 DES TEMPLIERS.^ . 
glante tragédie ^ dont Philippe -le -Bel avait 
disposé successivexaeni toutes les parties. ^ 

11 avait pu comprimer l'opinion publique , 
lui imposer silence , mais non pas la changer. 

En vain les actes du concile de Vienne 
étaient cachés^ ou supprimés : les prélats 
qui avaient assisté à ce concile ^ répandirent 
dans l'Europe les détails du scandale et de Jla 
violence dont ils avaient été les témoins et 
presque les victimes. 

Les historiens étrangers accusèrent Philippe- 
le-Bel. Le doute^ Tincertitude qu'cApriment 
les dironiques françaises , ibrment une accu-^ 
sation plus terrible encore. 

Quand la justice seule a interposé son auto- 
rité pour punir de grands coupables, quand 
les ministres de la religion et de la loi se sont 
concertés pour prononcer un juste châtiment.^ 
lopinion publique ne manque pas de Tapprou-^ 
ver. Il n'^st pas d'exemple qu'elle ait injuste- 
ment blâmé les actes de l'autorité^ surtout 
dans des temps peu éclairés, où la seule appa-» 
reuce des formes légales établissait nécessai- 
rement un grand préjugé contre les accusés, 
qu'une sentence solennelle déclarait coupables. 

Et comment Topinion publique ne se serait- 
elle pas prononcée eu Iciveur des infortunés 




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DES TEI\rPLIERS. 2i5 

Templiers > quand elle était encouragée par les 
souverains ? ; , ' 

. Sans parler du roi de Portugal, qui les proté- 
gea si honorablement, du roi d'Angleterre, qui 
ne dédaignait point de veiller à ce qu'ils re-^ 
çussent dans leurs prisons les secours qui leur 
avaient été assignés ; sans me prévaloir de la 
faculté qui leur avait été accordée de passer 
le reste de leur vie dans leur^ propres mai- 
sons , quoique cédées aux Hospitaliers ; com- 
ment expliquer l'événement qui eut lieu, cinq 
ans seulement, après Tabolilion de l'Ordre? 

Quelques Templiers avaient cru, et avec rai- 
son peut-é^ que Fabolition de FOrdre les avait 
relevés de leurs v<3eux, et ils s'étaient mariés. 

• On pouvait faire^ en faveur de la légitimité 
de ces mariages, un raisonnement décisif. 

S'il était vrai que l'Ordre eut été coupa- 
ble d'impiété et d'hérésie , s'il avait été aboli 
parce que ses statuts étaient contraires à la 
foi chrétienne, pouvait -on se refuser à l'évi- 
•dence que dès lors il n'avait ^ pas existé de 
vœux légitimes qui eussent lié les Chevaliers, 
et qu'ainsi, quand ils se mariaient, on ne pou-;- 
• vait pas les aecuser de manquer à leurs vœux? 

Jean XXII examina }a validité des mariages 
fcontractés par les Templiers, depuis la des- 



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ai4 UTES TEMPLIERS- 

tnictioii de l'Ordre; el il n'hésita point de re-^ 

garder les Templiers, comme liés par leurs 
Toenx précédens* Il jugea donc qne les récep- 
tions des Chevaliers avaient été faites dans la 
forme licite. 

Il fit pins ; il leur permit d'entrer à leur gré 
dans d'autres Ordres » et il ordonna qu'ils j 
fussent reçus sans difficulté. 

Voilà donc la Cour de Rotne qui proclame 
solennellement Topinion qu'elle avait de l'in- 
nocence de ces malheureux, proscrits. Cette 
cour pouvait s'expliquer impunément ; Phi- 
lippe-le-Bel n'était plus. 

Serait -il pertn^ de conserrer encore des 
doutes sur les motiis secrets et les prétextes 
apparens qui produisirent l'infortune des Che- 
valiers en France , et rabolition de l'Ordre 
dans presque toute la Chrétienté ? 
♦ La postérité soulevé enfin le voile qui a 
couvert ce mystère politique. 

Et si 1 on considère que, dans l'incertitude, 
les présomptions d'innocence sont en faveur 
des proscrits , s'il n'est clairement prouvé 
que la justice, exercée par une autorité puis^ 
santé, a été aussi impartiale que le châti-* 
ment a été sévk'e ; si Ton considère que ia voiiL 
des Templiers fut étouifée dans les flammes. 



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DÉS TEMPLIERS. 2i5 

oiî se ^ec^t dtns la 'wdttiijde des pï:îso0s ; quç 
dans le temps aille roi, le pape et tous 1^ 
oppr0ssetti9.de xes vBiiQârbm 
les poursuivaient, les accablaient, le$ extcp- ^ 
]iiiii9âeiit*et «ans cesse ot p^j^io^t, ils ne pou^ 
vaient , du fond de leurs cachots, rien opposer 
aux diâSsfflaadoas quijai3a3iaie0t<x)»ti!ê.e^^ 1 
nion du moment ; que ces di£Buna1ioi|ft étaient 
lues au milieu jdes temples et 4fiS pièces pu- 
bliques , et que les accusés ignocaadt m^ême tous 
ces libelles, marqués du sceau de la loi> en 
étaient avertis seulement par les tortures ; que 
menacés de la mort et voulant interjeter un ap- 
pel f ils ne purent obtenir , même des com- 
missaires du pape , le secours et le ministère 
d'un officier public pour valider cet appel; si 
Ton considère enfin que c'est par un hasard 
heureux qu'après avoir été ensevelies pendant 
cinq siècles, quelques pièces, échappées aux 
ravages du temps , (i) permettent de connaître 
les détails de ce procès extraordinaire ; que 
c'est dans ces pièces dressées par les accusa- 

(i) Par l'inventaire fait à A\igaon , lors du retour dc» 
papes à Rome , il paraît ^ue les pièces relatives aux Tem- 
pliers étaient en telle quantité , qu'on se contenta d'en 
faire une mention générale > sans les ^éeifier. Biblioi. 

irnpér. 



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2i6 DES TEMPLIERS. 

teurs^ qu'il faut chercher et qu'on, trouve les 
preuves évidentes de rinnocence de TOrdre 
et des Chevaliers; qu'ainsi c'est de, la bouche 
même de leurs ennentas que sort le cri de la 
vérité; n'ai -je pas, à Texemple d'un ancien^ 
et avec bien plus de raisoii , le droit de dire à 
• tous ceux que ce cri a pénétrés d'un sentiment 
d intérêt 5 de pitié et de conviction en javemr 
de ces illustres proscrits : Que SBRAnH^B» SI 

TOI» I« AVIEZ Le^VS «UXHlâlU»? (l) 

♦ 

(i) ^lai^Jufh^hb» 2fEjfifiL3. 



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APPENDICE. 



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TABLEAU 



offre les dates de prétendues réceptions 
illicites , laites a une époque où les chefe. 
de l'Ordre étaient avertis des accusations. 



DBPUIS SIX MOIS. 

Baudouin DE GISI , iSs' témoin de l'infonnation 

fidte à Paris par les commissaires du pape. 

Nec steterat in Ordine, nUt quasi per DimnnjH 
ANiruH, antè capdonem eomm. 

JACQUES DE VILLE PARISIS, 157' témom. 

Nec steterat in Ordine y m&i per BIMIDIUH ANNUM 
seu quasi ^ antè captiotiem eonun. 

JEAN DE CANES, i6f témoin. 

Nec steusrat in Ordine , nisi per dimidiuk annum, 

an le captionem eoruin. 

DBVITIS QUATAB MOIS. 

RAOUL LOUVET, 202* témoin. 

NuUum alium viderai recîpi in Ordine , nec fueivit in 
eo, nisi per QUATUOa. ]il£NS£S^auiè captionem eorum. 



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330 APPENDICE 



DEPUIS MOINS DE TEOIS KOIS« 

KAYNAUD DE VILLE MOSTRUE, Si' témoio. 

* Non fnerat in Ordiiie , nisi ukdecim septimanas , 
«ntè eoram cftpt*onem : U opoié été reçu die donûnkà 
mlè ftstom Magdalenae. 

DBPUI8 KOIHS DB DSÎTX MOIS. 

NICOLAS DE SERRA. 

Reçu à Troyes par Raoul de Giri; 

Plusieurs témoins ^ les 97**, 98* et loi* de l%ifiip- 
matiou faite par la Gommbsion du pape^ déclarent avoir 
assisté à sa réception ^ et en fixent Fépoque à MOINS 
DE DEUX MOIS avant Pamstation. 

Et Nicolas de Serra a fait aussi Faveu eiugé^ qu'H 
avait été reçu dans la fonne illidle. 

« 

OWZE JOUIiS AVAIîX. 

GUILLAUME A(.BERTL 

f aurais pu rassembler un plus grand nombre de ré- 
ceptions piélondiK iTie nt faites dans le cours de tctte 
époque, d'une manière illicite, mais la certitude d'une 
seule suffit pour faire adopter Fopinion que j'ai pré- 
sentée. 



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TABLEAU 

dei Parens qui ont &H reoeroir leurs Parent dans 
POrdre^ d'après les dépositions des témoins entendus 
par la Commissiçn papale. 



PiLAENS ST GOUSXVS. 

Témoîm* 

BAUDOIN DB 8t.4U8T, \ f ptr loh cmuio. 
i3»« BAUDOIN DB QI8I« j \ pur m prciit. 



ONGLBS £T JSiBYEVX. 

6ie JEAN DE St.-JUST, *v ^lunsnn oncle, 

67« THOMAS DE BRENCO UET, j l par ordre de son onck. 

74« JEAN DE RUMPREY . f J son oncle. 

109^ PONS DE MASYALLIBR , \ reçu < Id. 

i5gr PU'RRE DE St. -BENOIT, ( j Id. 

162» ANDRÉ DE MO JS T-LODAT, \ / Id, 

1770 HUGUES CHAENERI^ J \ Jd, 

43e HUMBERT DE St.-JOB£ , a^MÎsli aux réceptions de ses deux 
neveux. 

PIBRBB DB LAGNI , veça en pr^ienee àt m o&ck« 

laS* PIBBBB THÉOBALDI , m êêùmiU A la i^ceplioii de aon aem. 

\ 

i3ie PllîRRE DE GRUMENIL, n en présence de son 

fsètxe , / \ onde , {irfltre. 

313* GUlDOLACHAB8ANADB9^f J en présence de ion 

219c DURAND HARNERY, \ / Id. 
PIERRE DE MADIC, J \ Id, 



X 



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%22 APPENDICE. 

Les i39«, 174*, 98e, i3i«», 2i4«, ai6» 
réceptions fiûtet pir éeê ondes 4b noutciMs 
nomment pas. 

FRÈRES. 



ont assisté 4 des 
Chevalim qu'ils ne 



7t HUGUES DB BUBI8, 
i4« UUMRËEr DU PUT, 

iyG<^ GUiJLLAUMEDUPLESSIS 



reçu 



en ncsencs de son 

frère, prêtre, 
en présenc€! <le ses 

frère ei oncle, 
en présence de non 



5i« BARTHELEMY DE TRECIS , a assisté ù la r<îcepiion de Jea» 
SE ÂNNOKIA , présent Raoul db Ahkosia., son oncle. 

JDsns l'infonnatÂon prise à Cahors, Ratsavs et Piebjib Tsyao 
dlclsrcBt^pio l'on d'^njt. « été rcfu en pséience de ses deux aatree 
frètes. 

piass ET BlirFAzis» 

Témoins. 

lo» RENAUD DE YASSINUC , a reçu un Chevalier âgé de 
soixante-dix ans^ et le lils dn lécipiendaire 4tait Ton dee 
témoins. 

i8i* RENAUD DE BORT, fut reçu par «on oncle, en pré^nce Je 
son père. 

Dans rinformation fiùte par Pinquisiteor à Pkris, Dowikique jm 
Dijov déclare aToir été icçu*en présence de son pi^e et de son frère. 




^MMHMMWMIMl 



mÊiimmmimmmmmm/mimmiiMmimiifm 



CONTRADICTIONS 

que préâeotent entre elles plusieurs dépositions des 
lémoiBS entendus à Paria par les Gommiasaweftda 
Pape. 



Tânoiiia. 

y GEOFFROI DE THATAN , 
«dépose avoir reuié d'après 
l'ordre du 



3" Jeak de St.-BbvcIt» ^ 

déclare avoir reçu plu- 
sieurs Templiers et n'a- 
voir jamais exigé qu'ils 



13« GILL&TDEBNCRBY 
vroit 



ifCRBY, dit S 



62* Jean le Gambiek , qui dé- 
pose n'avoir aasisté qu'à la 
réception de l&ur ns Uo- 



36" SIMON DB LBCHUN, dé- f laz- 
dare avoir renié en pr^ 
•ence du 



{ 



sis Lagiti y ' qui 
n'wm asHfte à a»> 
réception* 



3ge PIERBEDEBOUCHEURS, 
dit avoir reué, etc* , en pré- 
seuce du 



Sj* GiriLiiAiniB SB Lafiacb , 
qui dépose n'avoir assisté 

q^ii'à une seule réception , 
celle de MiCAEJU Mos- 
TET. 



4l» RAOUL DE GISI , prétend 
avoir fait la réception iili~ 

cite du 
Et celle de ToasAVGâ eu pré- 
dtt 



6»« IXAV £8 CrAXBlSE^qui dé- 
pote avoir été reçu par Ro- 
bert DE Beau VAIS. 
192^ Par-ISIUS de Bu&is, qui dé- 
pose n'avoir assiite à au- 
cune réception* 



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234 



APPENDICE. 



49«PHIIJPEAGATH£, dépose r iSl^ OLiLLACM£BosS£I.,qui dtT-' 

avoir reçu àtmUêmlmw J claie <pie Fbiufpb Aga-- 

licUet le J the le rc^ut et exigea de 

^ loi k icniemc&t, etc. 



66«fiOBERTBHIOYS,ait ravoir 
renié , etc. , en présence du 



^O^ReYNII a DELARCHANT,qui 

ne jparie pa» de cette i é- 
ceptioB, et ifi^dare tt'en 
avoir vu qu» dana la £nme- 
licite. 



690 HUGUES D'OTSEMONT/r 6&> Albijh se Likiers , qui 

parle de sa réception d;u»s I d^pcsp n'nvnir asuLstc qu'à 

la forme illicite , et cite | la V('< çpiiondeBoBS&TDB 

comme pi'éseut le \ hj^iavAi», 



76» ROBERT VIGIER, a vu 
seceroir dana la fome 
licite, par Hi|UB»tBi.AX- 



ia5« Jeak Sarra^ih , qui pré- 
tend avoir été reçu par 
BlAintB dfus la forme il^ 

licite , nomme les léraouis 
présens à sa récejption , et 
ne parle paa de Yictsa. 



Qi« THOMAS QUrNTINjdit f 49" Phiuppe Agathe, qui pr^- 
avoirété recudantlafor- < tend n'avoir jamai* &it 

me illicite par le l renier , etc. 



96» JEAN DE GÏSI , dc'pose 
avoir assisté à deux récep- 
tions illicites, et nomme 
comme autre témoin le 



1 



56« Robert le BRioys,qui dit 
n'avoir jamais a&tisté àdea 
réceptions. 



jN'lCOLAS DE TROYES , 
déclare avoir TU reccToir 
jsA» DE PkuiK en pré- 
senoe de 



8i« CntiriBvnBBicEv, lequel 
•outient n'avoir aaiifté à 
aucune réception. 



io5« JEAN DETOURNON, dit 
avoir vu recevoir sans re- 
nier, etc.^ le 



44* ArAM D-F VAT.TrCCT'RT, nui 

assure avoir cle leçu pw 
P1EB.ILE NORMAMT,eta- 



voir 



etc. 



(l) Ce ÇhevftUer a toujonrf toaleiiu n*aToir fait qiia d«i téecf tiaes Ikitat. 




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APPENDICE. 



â25 



aiia HUGUES LA HUGONIB, 

déclare avoir ëlë reçu par 
l.MRFRT dt; Comborix , et 
uoimuc comme témoms 
kl 

Et 



107' Ansm Qùuouis , 
dépose que Hugues la i 

coNiE fut reçu par Geof^ 
FiiOI JD£ GoiiAVIlJ.2, 

io8« Bme&i db Pam, qui dii^ 
i^ceptlbn. 



ii5« RAOUL DE TAVERNI , 
dépose ayoîi* aatUléà h ré» 

' ception de Raoul de Fre- 
MF.couRT par le Grand- 
Maitre , dans, le chapitre / 
général à Paris , en pré- \ 
fcnce de deux ceau Uhe-» 
iraliers, et que la réception 
fut dans la forme illicite; 
U ttomme comme préseos 



43« Imbeiît de Saint- Jork, 
qui cite <leuv lëcepîiotis 
^ites dans la forme licite 
per Hugues se P^raudo , 
en présence de deux cents 
Chevaliers; c'étaient cel- 
les de Renaud de Cl- 

GM1ÉR£§ et de X^lERRE DB 
BOBLI. 

Raoul bb Gui , qui n'en 

parle pas. 
Jean de Tournon, qui n*en 
parle pas , et qui d'ailleurs 
dépose n'sToir assisté qu'à 
des réceptions dans la ib]>« 
me licite. 
y2« Guillaume d'Arbla Y , qui 
déclare u'avoii- assisté à 
\ aucune réception. 



4i» 



119, RAIMONDDESANTONI, 
dit avoir renié, etc., eu 
présence des 



GuiiLAUMB HE Laplace , 

qui dépose n'avoir assisté 
qu'à une l eception lirîte, 
Jacques de Corme illes , 
qui affirme n'avoir assi&té 
' ou'à deux réceptions fiûtes 
daift la £»nne ucite« 



122« FIERRE DB LANI, dit r iSi^ Robert m Raiiteval , qui 

renié , etC« I en pré- V de'cl u o que la réception. 

\ de PiERRr jjT Lani a été 

^ faite dans la ioime licite* 



avoir 



sence du 



iSli GUILLAUME BONCEL- Ç 4gc Philippe AcATHE,qui avoue 
Li , dépose avoir été forcé I avoir reçu GyiLLAUMS 



de renier^ etc. , par le 



BoNCELLi , mais dans la 
forme licite. 

>5 



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926 



APPENPIGB. 




i5y JBAK DE .HBAÏil . 
aToir reniéy etc.» en 
•ence du 



145»= BERTRAND DE SOM- 
MORENS, prétend qu'il 
a ct^ reçu depnis dix ans , 
avec deux autres Clieva-> 
liers , par François Mi- 
chel, et que toua les trois 
omk realë^etc; que Fim 
des deux dievaliers éuU 

1^43* PHILIPPE MANTVT , dît 
aroir as6lsté à une vécep^ 
lion fidte dans la forme 
iSicile^ en présence du 



l4g* MARTIN DE MARSEIL- 
LE, dit avoir assiste à la 
rcrcpiion de Pierr e Bol- 
CHEiL. oii assistaient aussi 
las 



l57« JEAN DURAND , après 
^ avoir déposé d^^^rd qu'il 
fttf Mçdt danS'V Ittrnie lï- 
<atc , retourne , quelque 
temps après , devant la 
cpimnii^iou uajpale , et 
'didlic dans 
lAlbjTikfaiDidltej jtjnftf infir^f 
tOÊKmotiauànU 



l5ie RoDERT DP. Raixbval, qu^ 
ne parle pas de cette ré- 
ception, et dédaven'aToir 
assisté qu'à dearéoeptiona 
i lûtes danala foime ficite. 



128« Jean de Novion , qui ne 
paile pas de cette tiiplc 
réception, et déclare avoir 
lui-même été reçu , depoii 
vingt-huitattijjparPjwuŒ 
No&MAsn. 



55c Thomas DE Erttal, qui dit 
avoir assisté à deux récep- 
tions dans laforme illicite, 
et ne nomme point celle 
de Pmusvb Mamii. 

5;^ GuiUJkmn BB LAn<ACB; 

69* Hugues d'Ovsfmont : l'un 
et Tautrc n'ontassiste'qu'à 
une seule réception , di- 
sent-îla, et ce n'dtait pas 
celle de FibulbBovchb&. 



5» Jeax de ST.-BEîfoh',Tqof 
déclare n'avoir assisté qu'à 
des rétepào^ê'^uU»- 
me licite. . 



iÇa» ANDRÉ DE MONTLO- 
DAT, dit avoir vu lere- 
Toir dans la forme illicite 
G. HB 8;r.-BBVolT| par le 



S» Jsak de St. -Benoît, qui 
dit n'avoir iamaia ^t 
nier, etc. 

iSg* FxfiutB ne 8(r.-B(11fii^r,qiii 

affirme n'avoir assisté qu'à 
des réceptions £ûtea dsBi 
la tocme licite. 



APPE£fDIG£L 



l6«P ODO DE BUmS, cite corn- f lii. «iMOir « BAowt, «,î «| 
me témoin d'une léce^ < n'aToirat * ' * 

lion le l cepiion. 



170e BERNABDDE VILLABS, /- io6« 
dit avoir assistu à la r('r('|>^ 
lion que riEaaE de ÛLa.- 
sic at, dftua la fotme iD». 
cite , du 

Et afCrme avoir lui-même \ 2i4« 
Clë reçu daii« la forme illi- 
cite par Gérard d£ i>ANx 
SBT j cependant k 



Gérard de B<)k^^>Ab£il- 
LE, qui d^'claré avoir ete 
reçu fAT Fa^nçoiê as 
Bo&T. 

Bosc DE Mactauba, aoi^ 

tient avoir vu recevoir 
dans la forme licite Beh.- 
VAED Z>E VlJULARs, par 
JSAS I4A CBAAaABB. 



f '^7- ÊTIEf^E GÙR50LA3 , qui 

BTKDBy dit ayoïr lenié, I déclaie n'avoir aMîfttf à 

etc. g en pr^enoe du |^ 



ancune réception. 



xyS» OinUiAUMB TEXTO- 

dit avoir été 

dans L iV-rrae illicite 
, iHBr iiT Bi,AtfX£ 

seuce du 



rEXTO- ✓ 

e'té reçu 1 2it)e DnuJTi 
licite par / cited'; 
^ en jpé- I non oc 



JhmàMB Charnevi, qui 
d'autres réception* «t 
oeIl»-Jà. 



Imbert BLANKr , ..ritHe en Angleterre , a toujours iootenii n'avoir 
iait que des réceptious dana la forme licite* 



BArniELEMI BAHTHO- r 124. Guillaumb s. L«4oe , qui 
LU 1 1 , dit avoir ienie,etc > déclare n'avoir jamaia tu 

\ rien d'illicite dani *l^^*^^f**> 

Q ré<«ption. 



«a pr(i«eace du 



«>7« PIERRE GERARDI DE 
MUR8AC j dépose qu'il 
fut reçu dans la forme iUi* 
cite, csn prfeen ce du 

ai7» GtniiLAXJMB AVRIL, dit 
avoir été reçu dana la for- 
ma iUicite.par lo 



lo6« Élie Costa tt, qui déclare 
avoii' afifiisté à la réception, 
mais qu'elle fut daus la 
fomwlictie. 

viDO Daufhi2( , qui pré- 
tend n'avoir reçu ni vu 
recevoir des Cbevaliert 
^ut dans la fonne licite. 



82$ APPENDICE. 

ai8«FIERBBM0BIN, ^ JdL 



LT Blankk , qui , arrête et 
»f PIERRE DE BONNNE- I interrogé en Angletrrre , 

FONT, dit ayoir été reçu < a constammeot souteuu 

dm» la fiime ittidlt pr 1 n'«Toir fiitt des rëceptUni» 

\ fue dans Ufoima Lcîu. 




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EXAMEN 



|>& DIY£fiS£S PAOCSDURBS FAITES DAHS^ TOUTE I<A 
CEBÉTIENTÉ OOHTBfi LB8 TEHfLIBB»» ' 



CHAPITRE PRËMIËa 



FRANGE. 



§ I." 

INT£R&OGATOIKE 

â 

die cent trenlc-Iiuit (i) TeinpUers détenus au Xempk à Paris. 



liBsTempliersaTaientétéarràtés', le 1 5 octobre iSoj , 

à Paris et dans le lesie de la France. 

Dès le 19 I Tinqui&iieur Guillaume Imbert ^ Frère- 
Prêcheur , chapekin du pape ^ conleMeur du roi , in- 
terrogea les Chevaliers détenus à Paris, dans leur propre 
palais y qui était devenu leur prison ; et quoique daus la 
rédaction de chaque déposition ^ l'inquisiteur déclare 

(i) C'est par erreur ^e Dupuy en a compté cent quarante. 



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i5ô APPENDICE. 



que le. témoin parle sans contrainte , oa trouve des 
preuves nombreuies et inctoUtettaUéa que les tortures 
avaient été employées* Les înstructîons , données par 
rinqui&iteur à se& délégués ^ portent Tinjonctionde tor- 
turer ^ jusqu% œ qu'ib obtitun^nt les a v^us requis , et 
3 est prouvé qu'à Paris, trente- six Chevaliers péri- 
rent dans ces épreuves cruelles. 
' Dès qu'il fut permis d'espérer quelque î^stice^ 
quatré-YÎA|^t^Uti , iratngeant parmi les défenseurs 
de rOrdre , démeaureai ainsi les aveux airachés 
par la violence. Il est k remarquer qu'après la ter- 
rible catastrophe du ii Unat , tes oiBciers du roi ne- 
trouvèrent, pour déposer devant la conunission pa- 
pale 9 que vingt-cinq témoins^ panni les cent trente^ 
huit interrogés au Temple^ 

Et encore, en se donnant la peine d'examiner les 
doubles dépositions de ces vîngt-dnq témoins ^ &ites 
devant PinqiiiiiienretdiBvaitt tes «Dommfassfrttsdn pape, 
soit en comparant l'une à 1 autre , soit en les comparant 
à celles des témoins entendus par la commission y on 
trouve des contradictions, des invraisemblances , qui 
èenles sufifiraîent pour faire rejeter ces dépositions y si 
l'on n'avait déjà la certitude morale que toutes ne sont 
què le résultat des menaces ^ de la violence ou de ht 

séduction. 

Voici quelques exemples de ces contradictions : 
Jean de Tou&non dépose , dans k première 
ii^rmation, que le Chevalier qui' frisait sa récep-* 
tion^ le conduisit derrière l'autel et lui ordonna de 



1 



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APPENDICE. sSi 

renier , etc. D ictus recipiens dtixii eum rétro altare 

et 09tendU aibi crucem quamdam» ei postea ^ 

de mandate dieti rêcipientisy abnegaidi Jeeum* 
Chrisium , etc» 

Dans la seconde ^ 3 dit que Guillaume Fabri le con- 
duisit dans une chnmbre, et exigea de lui (ju'il reniât. 
GuiUelmus Fabri duxit ipsum tesum ad quamdam 
cameram.*»*» precepU ei quod abnegaret deum*,*** et 

ahnegcwit deum, ^ * 

Voilà trois sortes de oontradictiona , ijuant aux 
personnes qui fent renier , 2^ quant au lieu ouïe réci* 
piendâtre renie , 3^ quant à l'objet renié : dans la pre- 
mière déposition^ c'est le Cbrist^ dans la seconde ^ c'est 
Dieu. 

Dans la première déposition^ il dit qu'il a reçu beau* 
coup de Frères^ et de la même manière que lui-même 
avait été reçu. 

Dans la seconde ^ il dit n'avcàr fait que des récep- 
tions liâtes* 

Régnier Larchai^t y dans la première dé posi- 
tion y déclare avoir vu douze fius la lète de Pidoie ^ et 
il la décrit ; dans la seconde 9 il ne parle plus de l'idole* 

ËXifiNliB Do&MONT, dans sa première déposition j 
dit mit vu Garin de Grand-* Villars , recevoir illidte- 

ment Robert son neveu j dans la secuiide ^ il déclare 
n'avoir vu recevoir personne. 

Dominique DE Dijon , devant rinquibitcur, dé- 
clare avoii* été reçu en présence de sou père et de son 



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a39 APPENDICE. 



frère; dmmlesooiiiiiiissairesdupape^ilaoïiim foii& 
autres témoins. 

Gilles de Ghevreuse , dans la première déposi- 
tion y dit qu'il a vu recevoir uu Frère; et dans k se- 
conde 9 il dédare n'avoir assisté li aucune réception* 

Guillaume de GiaG| reçu à Marseille, airume , 
dans la première^ avoir renié dans le lieu même où il 
fut reçu ; et, dans la secondej il dit avoir été conduit 
dans une tliambre où il renia. 

Guillaume d'A&teblay^ amnAnier du roi, dé- 
pose , au Temple , que Jean de Toumou qui le reçut 

l'obligea à renier le Christ et a cracher sur la croix , 
attendu que les statuts de l'ordre l'exigeaient. 

Devant les commissaires du pape , il dit que Jean 
de Toui non , après avoir fait la rcception licite , se re- 
tira , et lui enjoignit de faire ce qu'exigeraient de lui 
Pierre de Cormeilles et Robert Picardie et que ceux-ci 
l'obligèrent à renier le Ciiriat cL à cracher sur la croix^ 
en l'absence de Jean de Toumon» 

Au sujet de Pidole, sa première déposition porte 
que , dans deux chapitres à Pans , il a vu Hugues 
de Péraudo l'adorer , et que lui-même a feiat de l'a- 
dorer. Cette tète , ajoute-t*il , est de bois argenté et 
doré ; elle a une barbe ou une espèce de barbe. 

Dans la seconde déposition , il dit : « Aux cha- 
« pitres généraux où j^ai assisté k Paris , j'ai vu fré- 
^ quemment sur Pautel une tète d'argent qu'adoraient 
(( les cheis qui tenaient le chapitre. On assurait que 
4( c'éuit la tète de l'une des onze miUe Vierges , et ^e 




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APPENDICE. ^55 

(c le wpiBf avant notre arrestation. -Mais à présent 
« que j'ai entenda parler dHdoles et de tètes , je soup«- 
i( çonne que c'était une tfète d'idole , parce qu'il me 
a semble qu'eUe avait deux faces y qu'elle .était uFuik 
<c aspect terrible et qu'elle avait une barbe d'argent. » 

On lui demande si^dans les jours de solennité, cette 
tète était montrée au peuple. U répond quHl croit 
plutôt qu'on la montrait avec les autres rdiques , qu'3 
ne croît le contra ii e. 

De teUes contradictions peuvent-elles laisser quet 
que doute sur la fiiusseté des dépositions? 

INFORMATIONS 

^fiutei dam les pi-ovioceâ par les la^bileuri» ou les £vé(£ue&. 



§11. 

DIOCÈSE DE ÎÎÏME& 

On trouve à la suite de V Histoire de Nîmes , par 
Ménard, diverses procédures contre les Templiers y 
arrêtés dans cette ville ou dans ses euviroos. 

Ils fuijent interrogés au commencement de ^Bovem* 
bre i5o7 ^ à Pinstant où on les eut rassemblés dans ime 
même prison. Quarante-KÔnq déposèrent et non seu«* 
lement firent les mêmes aveux, mais ils les firent avec 
cette uniformité d^expressions , qui montre , à la fois^ 
dans l'accusé^ peu d'intérêt à donner des détails qui 
excusent les délits dont il fait Paveu ^ et dans Pinqui^ 



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I 



dS4 APPENDICE. 

émUf cène pmnpie ist sévère expéiâàaa ^pi se 
«entente-dMileiAr «n ^os les aveux extgiés* 

Ces qu«>ante«cinq témoins peuvent être divisés en 
deux daMes ; l\iiie dépose mot à mot ^ confemémeiit 
«nXtftieles mvfsyès^e la pfirt da rov, pour diriger les 
feterrogatoires 5 l'autre , qui est la moins nombreuse ^ 
pffle de le tète, adorée dans le chapitre de Montpellîer* 

Peu de jours après , les inquisiteurs ont soin de leur 
£iire confirmer deux fois ces déclara lions. 

Aa moment même où les Chevaliers , déFensenrs de 

POrdre , périssent à Paris si cruellement et si glorieu- 
sement I pour avoir rétracté leiurs aveux ^ on voit ceux 
de Nimes pénétrés de ce grand exemple, Fimiter avec- 
courage , et révoquer leurs précédentes déclarations , 
sans se dissimuler le grand danger auquel ils s'ex- 
posent. 

n parait que ce courage ne leur fut pas alors im- 
puté a crime $ ce <|ui permet de croire que l'on 
n^approuvait pas , dans l'intérieur de la France , les 
exécutions sanglantes, qtd avaient lieu dans la capitale 
et dans ses environs. 

Ce ne intcpe quinze mois après, et lorsque le con^ 
die de vienne allait s'assembler, que Von s^occupa en- 
core des Templiers de Nimes; une ordonnance de la fm 
du mois d'août i S 1 1 , prononça qu'ils seraient mis à la 
torture , pour arracher d'eux la vérité, 

La torture produisit-son ellet ordinaire ^ la plupart 
de cenx qui avaient rétracté leurs aveux , les renott^ 
vclèrcnt. 




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APPËNDIGfir sS5 

Après le onneîk dit Vîeftne ^ Pévèqiiè de Nlmei 

tcrit ( le 5 des îde» de novembre) d^ahsondre les Tem- 
pliers qui ont lait des aveux ^ et de ies admettre aux 
Mtoemeas de l'Éf^ié. 

Vingt - deux sont réconciliés , et acceptent leur 
grâce ; paraii eux y il s^en trouvait un qui ^ admis dans 
l'CMie ) peu de teiii|is âvaoi Parrosutioii ^ mérite en*' 
èere moins de croyance que les autres , qoand il parle 
de réception illicite à une époque où les chefs de l'Qr-^ 
dye avaient offisrt àu pape de se disculper. 

Parmi ceux qat obUMwt leur grâce 9 parce qu'ils 
retouïnaient à leurs premiers aveux ^ on remarque 
|miripalemesit ceux qui cKsaîent avoir été présens au 
chapitre de Montpellier qUand le dîabk s'y était 
rnontré sous la figure d'un chat y promettauL aux 
Frères les biens temporels ^ et qui affirmaient y avoir 
n des démons sous la figure de &mmes. 

Dans leur première déposition, les mornes témoins 
n'avaipit parlé ni de ckat^ ni de tétes^ etc. £t tous ces 
«veux aussi singuliers que ridicules ^ tuiviretil nmné* 

diaiciiicuL rordounauce qui portait de les torturer pour 
arrackk^ la vérité ! (i) 

§111. 

BAILLIAGE DE TKOYËS. 

Deux Templiers furent interrc^és par le prieur des 
Frères-Prêcheurs, délégué par l'inquisiteur Guillaume 

(i) Torquendôs ewe pro eruendâ veriule. 



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936 



de Paris ; ils d^iosèrent , et on rédigea les dent dépo** 

«dons par un seni acte : on lenr avait accordé un délai 
pour délibérer comme s'il en fallait pour répondre 
eonfonnémeni à la vérité* Après k délai ^ ils firent lea 
«venx exigés. 

Uun d'eux y NiCOLAS D£ Ser&A j n'avait été reçu 
dans l'Ordre qne àeax mois avant Farrestation : dr> 
consumée suffisante pour démontrer la &usseté de cet 
aveu. 

Aussi Nicdas de Serra se )oigntt-il bientôt avx Che- 
valiers qui prirent la défense de l'Ordre. 

Le délégué de riaquijâieur a grand soin de dédarep 
qu'en fiiisant lenrs réponses ^ ces Templiers pleuraient 
et demandaient pardon k genoux. 

Un chevalier du roi leur fait répéter leurs dépo^ 
sitions* 

Dans Pun et l'autre acte » il est dit <{n*3 fimt ces 
aveux librement et sans contrainte. 

Une troisième déposition ^ oeUe de Raoïd de Gisi y 
est dans les mêmes termes que les précédentes ; à cha« 
gue demande , il répond oui , ^uod sic. 

Me sera-tron pas surpris que les deux précédeas té- 
moins , ayant affirmé dans leur déposition avoir été 
reçus par liaotd de Gîsi ^lesim^uiditeui b n'aient point 
interrogés Raoul de Gisi sur ce point ? Cette indiffé* 
rence ne démontre-t-elle pas qu'ils avaient un proto* 
cole commun y une série de questions , auxquelles ils 
exigeaient seulement une réponse affirmative? 

(i) Sul> primà audieacia M diUUont stbi daiâ et conceisâ. 



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APPENDICE. 23; 

n existe , de la part de Raoui< db Gisi | trois 
dépositions ^ celle dont je viens de parler , une 
autre devant Pinquisi leur Guillaume de Paris, dans 
le -Temple 9 laquelle est très -différente de la -précé- 
dente y puisqu'il' s'exprime en ces tenties : « Pai vu )a 
«tète dans sept chapicres différens; elle ressemble 
<i à la figure d'un certain démon y d'un Màuffe*^ et 
« toutes les fois que je jetais les yeux sur cette lète ^ 
M, un tel effroi s'emparait de moi, qu'à peine pou- 
« vais -je la regarder } cette tète était adorée dans 
« les chapitres. » 

Dans ceiLe seconde déposition , il avoue avoir fait 
. des réceptions illicités j il en raconte les circonstances^ 
qui ne s*acG0rdent point avec les détails fournis par les 

témoins qui dédaietiL avoir été itiçus par lui. 

Dans lu troisième déposition, devant les commis- 
saires du pape 9 il se trouve encore des différences 
très-remarquables. Entre autres , il ne parle que de 
deux chapitres où il ait vu la tète. 11 dit que dans 
Fun^ il fiit si eSBrayé , que s'étant incliné , il sortit sans 
attendre l'absolution , et qu'il ne peut donner des dé- 
tails sur cette tète. Il ajoute euiia qu'il l'aperçut en- 
core dans un autre chapitre > mais qu'il sortit* aussitôt 
qu'elle fut apportée ; « elle était , dit^il , dans un ssc : 
((je ne me ressouviens pas si elle ressemblait à la tête 
<t d'un homme j si elle était de métal onde hois^ ou 
4C si c^était un crâne humain* 

U ne iait cette troisième déposition qu'après 
HYoir comparu au concile de* âeos^ y avoir per«* 



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838 APPENDICE. 



&isié dans £tes 9vewc> et ayoif d^po^é le mazueau de 

Il cite diverses réceptions ^'il a faites ; mais conime 
picolas Serra persistait à défendre l'Ordre, il se garde 
bien de parler de eell» de œ Templier : cependant elle 
A^élait antérieure à Farrestatiea que de deux mois» 

S IV. 

BAILLIAGE DE CHAUMONT, 

Deux Templiers allemands venaient de P^risetie- 
tournaient chez eux 9 lorsqu'ils furènt arrêtés en pas* 

sant par le bailliage de Chaumont, vers la ûa d'ooioJttre 
2507. L'inquisiteur des diocèses de Toul^ Aietz et 
Verdun y les interrogea : Fun éuit prêtre , Fautrç 
frère servant 5 ils déposèrent en laveur de Tpfdrc. 

L'inquisiteur dédare à l'yard du 'frète servant, 

ne Tavait pas voulu souineUre k la Loit^ie^ c^ue^du 

qu'il éuit uès-maiade* (i) 

L'auteur de YSfUiairw critique eê apologétique des 
Tenipii^rsïitiymicounu cette pièceqne parrimiiccttion 
équîvoqué qu'en avait donnée Diipuy y a cm pemoi^ 
en induire que Templiers n'avaient pasiété pour»* 
suivis ^ CQodamués et brûles en Lorraine y quoique 

« 

(1) Ipsum nutem expoDcre tortneotis aoluîflDMW rationc aegritudi-' 



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APPENDICE. ^ 

Kfi fait sqU attesté par des éorivaîiis Goatdmpotiiiiis «i 
locaux. 

§ V. 

PONT-DE-L'ARCHE. 

Sept témoîns font des aveux uniformes^ en sexap^ 
portaui les uns atu dépositioQs 4es aatm. 
I^eur interrogatoire est du 38 octobre iSo;, - 

§ VI. 

Treize témoins sont entendus à C^eii , parmi les^ 
quels reparaissent ies sept du Pont-de-PArche 5 tous 
font des a!?eox aeiidblal>les. 

L'acte de leur interrogatoire porte qu'il» oui fait les 
«veux, après avoir entendu l'avis des Frères-PrêcheiirSy 
délégués parGuiltaume de Paris, lesquels^ dë tout leur 
pouvoir, exhortaient sépaiémeut cliacun de ces Teni* 
pliers à dire la vérité. (l) 

Les dépositions se terminent par ces mots : « Ils oni 
imploré la misérîcoi ele de Péglise ; ils ont demandé 
a avec insunce et en pleurant, d'être exempts des 
« pétoes de leurs corps et de leurs tneihbres ; et les 

(i) Au4îtoqii« conolio Fi»tm-PMl4itiirvii » q<lîf qii«i|lHiii 
ulwntur* 



34o APPENDICE. 

<( dcltgués de l'înquîsîteur , et les commissaires du roi 
a le leur promeiu lU. n (ij 

Il existe tme troisième pièce | relative à Pinterroga- 
toii e dc6 mêmes treize Templiers j elle est très-impor- 
tante ^ et seule cili^ suillrait à expliquer par quels 
moyens les agem de l'Iiiquisition et de la Cour parve* 
mieiii ii extorquer les aveux. 

11 paraît que ces treize Templiers , en doux pré- 
cédena* interrogatoires , avaient persisté à nier les &îts 
impuica à rOidre. Cette pièce le déclare expressé- 
ment* 

Cependant les deux procès -verbaux précédens 

certifient qu'ils ont fait des aveux, ce qui permet- 
trait de croire j ou que ces actes ont relaie des faits 
contraires à la vérité , ou que y lorsque les Tem- 
pliers refiisaient de iîdre les aveux ^ on ne , dressait 
point de procès-verbal. 

Quoi qu'il en soit ^ voici un extrait de cette pièce : 
« Les quiex avaient juré par deux fois- et esté exa- 
<( minez diligemment sur les articles desus diz et sia- 

« gulièrement, x^s Qyisx a&ticijss bux avaient 
a mt A FiiEiN. 

(( Kequi demandez et exiaminez chascun pour soi 
« derrechiei surlesdiz articles coguurentetconfèssereat 
<c les erreurs contenues es diz articles Se requérant 

(i) Petendo mi.«cncor<li.Tm eccîefii.e et relaxationem pœiiaium 
corporalium et nu mbroruïïi cum instatitià ac ctiam implorando , qiuc 
Fra(res-Pi;eilicatore« et milite» «nU disti nomiae ^uo •upi'S eiadm 
eoncetserunu 




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APPENDICE. a4i 

te à nous sous-prieur , recteur la nnsërîcorde de 

« sainte é^ise et à nous le«ditz Huges et £ngiiemià 
« de p^ne temporel, 

<( Les quiex choses leur furent otriees. » 

Si de idU déuik ne portaient pas avec eux-mêmea 
leur commentaire y f observerais que deux de ces té- 
moins y Gantier de Bullens et Mathieu Renaud ^ 
iurent condaoïnéâ par le concile de Sens , pour aycir 
ré vo<{iié les aveux <pi'ils n'avaieot fidts à Caen^ qu'après 
les avoir reiusés deux fois. 

§ VIL 

4 

CAEGASSOKNE. 

♦ 

' Six Templiers furent interrogés à Garcassoiine y au 
commenceuieui lie novembre iSo^. 

Outre les aveux ordinaires relatîft aux réceptions il- 
licites, leurs dépositions offrent des détails particaliers* 
Le premier, j£AN Cassanuas y parle d'une idule 
de cuivre jaune , ayant la figure d'homme et couverte 
d'une espèce de dalmâtique | TOILA , dit-on au réci- 
piendaire , UN AMI DE Dieu ^ qui coNV£&⣠ay£;c 

J}mVy QUAND IL VEUT, 

Le témoin déclare qu'on Padora par trois &is f et 

qu^à chaque fois on reniait le crucifix. 
11 croit que cette idole s'appelait Démon. 
Le second, Gaucbra»d de Mont-Pezat, parle 

aufiâi d^ua« Uoict; ^ a^ani la forme barbue d'uu 

i6 



24a APPENDICE. 

liomme, qu'on lui assura être faite en figure Baffomé- 
TlQUE ; on lui déclara, aj ou te-t-il, que c^ctait par celte 
idole qu'il pouvait être sauvé et non autrement. 

Le troisième, Raymond Rubei, dépose qu'où lui 
montra un Lois, où était dépe nte la figuœ Baffo- 
MÉTIQUE et qu'il Tadora en disant Yalla, mot des 
Sarrazius. 

Le quatrième, Guillaume Bos, dit avoir adoré une 
figure en bois, observant qu'il ne put pas discerner 
ce que représentait ce bois, mais qu'il lui sembla être 
de couleur blanche et noire. 

Le cinquième, ARNAUD Sabatier, déclare qu'on 
lui présenta , et qu'il adora un bois qui avait la figure 
d'un homme. 

Le sixième , PlERRE DE Mossi , dit la même chose. 

Les deux premiers assurent que l'idole était tirée 
de qUODAM COFINO , DE CAXIA. 

11 est à remarquer que ces lémoius ont été reçus eu 
divers temps et eu divers lieux. )' , 

Depuis rlii-Luit ans ... [ A Toulouse. . 



De Dans une cran 
cpuis sept ans s ti w 

, i rerosiis, appcifc 



ge de la maison de 
Lebresines. 



n . « i^diia la maison de Fcmico, diocèse 



S Dans la mais 
lis dix ans ^ 

f de INarbonue. 



r 

Depuis vingt ans . . . . < 



^ A Mas-Ucu , en Roussillon. 



En Provence. 



Yoilk donc des réceptions où l'on suppose des idoles, 



Googl 



APPENDICK 24s 

en diflerens temps et en dîfférens Keux , en Langue- 
doc . en Roussillou et en Provence ! 

Que sont devenues oes idoles de différentes formes , • 
de métal ou de bois, en fonte, en sculpture et en pein- 
ture ? Pourquoi n^eu a-t-on trouvé aucune ^ lorsque 
les Templiers ont été arrêtés 7 

C'est qii^elles n'ont jamais existé. 
.Je reviendrai sur cet article ^ parce qu'il a servi de 
texte à un auteur étranger qui^ admettant l'exis-* 
tence des figures , a essayé d^expUquer ce que c'était 
que cette ligure BaffomÉTIQUE. 

Mais les déposhions de ces témoins portent avec 
eUes-mèmes Femprernte du mensonge , qu'ont exigé 
la violence ou la t€;rreur ; ou n'aurait pas pris la peine 
de bâtir on système là-niessus y si l'on avait été instruit 
que le premier de ces témoins , Jean Cassanbas , et le 
sixième , Pierre de Mossi , se présentant parmi ceux 
qui déclaraient vouloir défendre l'Ordre, firent par 
eette démarcbe la rétractation la pliis formelle de 
leurs précédens aveux ; et que Jean Cassanbas fut 
ensuite brûlé à Carcassoutte , pottr avoir révoqué la 
première déposition, et parce qu'il persista, jusqu'à la 
mort, dans cette rétractation: que le second témoin ^ 
Oaucerand de Mont-Pezat , après son premier in* 
lerrogatoirc , avah été présenté au pape , mais qu'il 
révoqua ensuite à Paris expressément et littéralement 
les aveux faits devant le pape. 



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244 .APPENDICE. 

§ VIII, 

4 

INFORMATION DU BIGORRE: 

Six accu&é$ sont interrogés : deux font les dcclara— 
dons exigées^ trois y ajouieot que lors de leurs récep- 
tions , ils foulèrent la croix sons les- pieds. 

Dans une seconde information ^ ils répètent les 
mêmes aveux. 

Qnatre de ces témoins^ Guillauvb db Nosr^ 
Bertraîvd di: iMo>. ii'i:LLiER, Armand G cillermi 
et DaAGO DE CoETADA. se présentèrent coomie dé- 
fenseurs de l'Ordre 9 et, réToquèreut ainsi kurs pre- 
lulèi câ dépoâitions. 

§ IX 

CÂHOKS. • 

f 

Le a jauvicr iSoy (ou i5u3. ) 

Sept Templiers sont interrogés à Galiors^ ils font 
les aveux ordînairea. : 

Étienne Gaucelin, Kun d^eux^ fixe^ àplus 
de cinquante ans , 1 ^époque de sa réception. 

Raykond et jPiEB.RS Tbyac, déclarent que 
Tun d'eux a été reçu eu présence, de ses deiox autres- 
frères* 

Devant les commissaires du pape^ Pierre de Teyac 
rétracta expressément ses aveux , et déclara vouloir 




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APPENDICE. 245 

défeudre l'Ordre, en assurant <}ue ces aveux n'avaient 
. été arracliés que par la torture* 

Guillaume Arnaud fit la même déclaration : elle 
kii valut de périr avec les autres martyrs de la vérité. 

§x. 

INTERROGATOIRE 

■ 

Pour convaincre Clément Y de la vér ité des crimes 
imputés à TOrdre, et engager ce pontife à prendre des 
mesures rigoureuses, on ferma le dessein de fiiire com* 
paraître devant lui plusieurs Templiers; on sut choisir 
dans le nombre de ceux qui avaient déserté TOrdre^ 
les hommes c[u'on croyait les plus déicidés à persister 
Jaus leurs aveux. 

Le pape lui-même annonça qu'il en comparut 
sotxante^ouze • 

Les pièces qui sont parvenues jusqu^à nous permet- 
traient de réduire de beaucoup ce nombre ; mais il est 
vraisemblable que toutes les pièces n'ont pas été res-^ 
pectées par le temps. 

Ces dépositions offrent peu de circonstances remar- 
quables ; elles se bornent presque toutes à Paveu d'a- 
voir renié et craclié sur la croix : quelques accuses 
seulement parlent des idoles ou de l'autorisation rela<- 
tive au dérèglement des mœurs* 



1 



346 APPENDICE. 

Plusieurs déclarent avoir été torturés. 
Sur la dcDiande faite à Pierre de Rroel, s'il a 
été appliqué à k question , ii répond qa^il fncdéponiUé 
et mis un peu à la question; mais qiril nV q dit ni 
plus ni moins par la force des tortures y et que ceux 
qui le torturèrent éuienC tons ivres. ( i ) 

Guillaume de Haymes, interrogé s'il a été tor- 
turéy répond que nou^ mais qu'il resta en&rmé seul, au 
pain et à Peau, pendant un mois, ayant qu'il ne fît 

aucun aveu. 

GÉRARD DE St«-Martial, reçoidepuis cinquante 
ans ^ à Chamborel y diocèse de Limoges , avouant seu- 

Jement d'avoir renié et d'avoir craché auprès de la 
croix, ajoute qu'il lutdurcmeot torturé^ parce qu'il avait 
d'abord bonté de dédarer les fiûts^ quoiqu'ils fussent 

viais. (2) 

GÉRAUD BÉRAUDX dit qu'il renia , qu'il cracha au- 
près de la croix ^ et qu'il s'en con&ssa à un Frère* 

PiCihcur, qui ne lui infli^i a aucune pénilence. 

DÉODAT Jafet^ reçu à Pedeuat par Pods de Broet, 
£dt une déposition très-chargée; reniement ^ crache^ 

ment, baisers dcshunnùtc s , autorisation de mojiirs 
infâmes 9 idole ^ cordon ceint autour de i'idole^ etc^ 
ctc.^elc* 

* (i) Uixiiqnod fuit s])')îi (tus ; cl parum posUiu ia eisdem , sed nec 

plut» iicc minuit di3k.it m tornitntnrum et diitil (|uod illi ^ui euiu |>o- 
surniiit in tornientift eraut toti ebrii. 

(2) In diirU tormentii quarc nolebat confitert ea qax poftt ca 
eoufeitttt est , propier verecmidiuiii qiiMBTit scirci ca vera eue* 



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t 



n parle de Pidole en ces termes : (i) 

«J'étais seul^ dan^ une chambre ^ avec le chef qui 
« me reçut; il lira dWe caisse une tète ou idole , qui 
c( me parut avoir trois fiices, et il me dit : Tu dois 
a l'adohé^ comme ton sauveur et celui de 
i( L'OftDRB DU TBMFiiB* Alors noDs fléchimcs les 
k deux genoux ; je m'écriai ; BÂNT solT CELUI QUI 
«( SAUVERA MON AME ; et je l'adorai ». 

^Oa lui demanda s'il s'était confisssé de ces impiétés^ 
il répondit que non , parce qu'il craignait d'être mis 
dans une prison perpétuelle. 

Interrogé s'il a été torturé ^ il répond que oui , mais 
que la torture ne l'a pas forcé de làîre ces nveux ; qu'il 
)e$ a fiits^ inspiré par Dieu et par la bienheureuse 
\ierge Mane. 

Déoclat Jafet se rangea ensuite parmi les défenseurs 
.de rOrdre, et rétracta expressément la déposition 
qu'il avait faite devant le pape* 

Âoo DE Savignao n'avait pas été torturé, mais mis 
aux fers et au pain et à IVau , pendant environ quatre 
semaines , avant qu'il fit les aveux, 

Raymond MA56EL, d'Aix en Provence , parle d'une 
tète qui avait trois ikces. Il déclare avoir été tortuié. 

Pierre de Clavstro fiiit des iveux. U avait 

(i) Idem magister et ipsequiloquitur erant toXï in dictâ cameiâ ^ 
Spae magister traxit de quadam cassia, quoddam caput nru vdolura 
in fitto enint tret finies, nt sibî Tidcbatur , et tonc dixit ei praedictua 
magiater : hune debea adoiare tanquam SaWatorem tumn , et Or- 
dinii Temj^i ; et tune ambo fflexeruat genua et dixit idem qui lo- 
quiiiir : benedictua ait qoi aniraam meAm nlvabît et aum adoravst. 



4 



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«48 APPENDICE. 

quitté l'Ordre : il était allé en Sicile avec Charles 
d'Anjoa; et, passant fMir Borne, il s'y étnt confessé; 

il avait reçu en outre raLsolution générale y qui fut 
donnée par le pape Boniface V liL 

GmiLAUMB DE Rbsbs avait aussi qmttéPOrdre; il 
ol)tinl,de Pierre (It iMadic,des lettres de congé de l'Ordre. 

' Guillaume Malmokx a renié et craché une seule 
feis. On lui demande pourquoi nne seule ; il répond : 
« Parce que le chef qui me recevait me uaitail avec 
u. douceur* » 

Raimond Narbokne dépose que le chef qui faisait 

sa réception pi itune idole noire et très-hidtuse, ayant la 
forme d'une tèle humaine , et que ce chef tira de cette 
tète une ceiûlnre qu'il loi donna pour porter sur sa 
chemise, (i) 

ÉxiEMNE Trobati, reçu à Montpellier, dit : c(Le 
«r recevant me montra sur l'autel une idole ayant la 

(( forme d'une tète, et une croix où j1 y avait f image 
« du Christ, en me disant que je ne devais pas croire 
« que Dieu &t mort, parce que cela n'était pas croya«* 
« ble, mais que je devais me confier en cette idole, 
<( qu'il nie fit adorer, comme on haise les reliques ». 

Ce Templier se rangea ensuite parmi les défënsenis 
de rOrdre, et rétracta expressément les aveux quil 
avait faits devant le pape. 

(i) Deindeacoepit dictai preoeploT qoodâum ydolum Talde tiii|ie 
tt ni^iDy habem formam cap&tis Imiituii ; et inde aecepU xonam 
^amdam q;iuun e&tfaxit dedicto capite , q[uaiii dédit dicio reccplo ut 
pOTUrci cam inper camiftiam tuam. 

\ 



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APPENDICE, 949 

4 

AdÉmVR de SpAROS déclare qu^il a été torturé, 
mais que néanmoins en avouant qu'il avait craché au 
pied de la croix ^ il n'a dit que la vérité. 

J}. a Pourquoi avez -vous craché sur la croix ? 

JR. <e A cause de mon grand désir d'aller au secouH 
K de la Terre-Sainte : mes chevaux et mon équipage * 
« étant prêts ^ j'aurais eu honte de retourner ches 
« moi , quand j'avais pris congé de mes amis : je con- 
(( sentis donc à faire ce qu'autrement je n'eusse ja- 
« mais £iit ))• ^ 

Devant la commission papale à Paris, Adémar de. 
Spaïos réiracta cette dëpositîon et celle qu'il avait 
£iite auparavant à Toulouse 9 après avoir été torturé, 

Jean de Foltiac déclare avoir renié Dieu; il 
voulut quitter l'Ordre , et il protesta devantl'ofiicial de 
Paris. « Il est vrai , observe-t-il , que dans ce qui fut 
<f éciit par roffK ial, il n'( jxjiriL question dos erreurs 
« de l'ordre y mais seulement de ses austérités ^ parce 
« que j'aurais vraisemblablement péri y si j'avais dé- 
(( noncé les erreurs, (i)» 

C'est ce même témoin qui a été cité au sujet de la 
lettre que le grand-maitre adressa auxChcvaliers, pour 
les inviter à rétracter leurs aveux , c'est le même qui a 
parlé du trésor apporté par le grand-maître en France. 

SiuoN Chrétien ta Pruiko, reçu depuis deux 

(1) Cette circonstance mërite d'être remarquée. Fuûque ceux qitt 
voulaient quitter TOrdre prenaient le prétexte de Mi WHétUé», ii 
est éTÂdeat qu'il n'avait pa» dégénéré. 



I 

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dSo APPENDICE. 

ans h Soissonsy déclare avoir renié la croix y et s^ètre 
confessé à un prêtre de POidre, qui Ini ordonna^ pour 
péniieiice 9 de lire le psautier* 

11 dife qu'il u^a pas élémis à la «piestioa , xnais éixoi^ 
tement înc<nrcéré, avant ses aveux. 

Jean de Anisi dcciare avoir été torturé , ajoutant 
qu'à i'înstaut où il i'ut mis à 1^ question, il avoua touu 
Ce même témoin, présenté aux commissaires du pape k 
Paris, donna des expl'C(iti9ns qui furent catjse cju on 
le renvoya , sans rédiger sa déposition» 

Aymerig Cambbl^a^ dit qu'il était malade ^ 
cliez ses parens, lors de l'arre^talion des Templiers; 
mais que Tajant apprise» il se mit en marche vers la' 
cour du pape, pour £iire les aveux et pourvoir au salut 
de son âme. 

Jacques db BniiGBCouRT dépose qu'ayant été reçu 
illicîtement, il s'évada ensuite et sortît de POrdre; 
qu'il alla avec ses frères k la guerre del^^Iandre^eiqu'il 
n'a pas été saisi , comme les autres Templiers. 

Iter DeRochebort assure qu'ayant été reçu dans 
laforme illicite , il se coafessa au patriarche de Jérusa* 

' lem et en obtint des lettres de gràoe ^ qui cependant 
n'exprimaient pas le délit. Il prétend que le patriar- 
che entendant sa coniéssion, pleura amèrement, (i) 

) Et croira-t-on que si le patriarche avait eu ainsi 

(i) Habuit liucias al> ipso g^raciales , non expresso aliquo delicto* 
Dictiis patriarclia , ,ukî ita conli .ssionP dicli rnililig , flevit amarè. 

Voilà encore un témoin qui dcuoncc l'hérrsie de VOrth-p ; et dins 
It {Àèce qui l'absout iui-méme, il n'e«t pas question de cqtu héi^ém^ i 



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4 



APPENDICE. a5i 

connaissance d'une hérésie dans TOrdre , il se /ùt 
lionié à répandre des larmes stériles ? L^histoife a con~ 
servé le souvenir des querelles des patriarches et des 
Templiers ; et certes , le pontife de Jérusalem n'aurait 
pas liésité à rechercher et k punir une hérésie dont 
les efiets pouvaient être si dangereux pour lui-même , 
pour la cité sainte et pour la chrétienté. On demande 
au témoin s'il a été torturé^ il répond qu'ill'a été plu- 
sieurs fois 9 parce que^ quoiqu'il e&t fiut quelques 
aveux y on en exigeait davantage. (l) 

Pierre db Condem déclare avoir été reçu dans 
la ferme illicîte* On voulait le mettre à la torture^ 
mais à Taspect du siuistre iqstrument , il fit les 
aveux. (2) ^ 

Rayhond StÊPHANI parle en ces termes : «Pai été 
« reçu à Lebrosines, auprès de Bésiers^ dans la forme 
a illicite. On me montra une tète^ en me disant qu'il 
c( fiUait Padorer ; mais je refusai et je ne Padorai point* 
C( Cette tète me paraissait, quoique je n'en sois pas 
a bien œiriainy blapche , avec une barbe ». 
Aves-vous été torturé? 

JR. Oui f à Carcassonne 9 et fortement. 

i>. Pourquoi ne diaiezovoos pas la vérité? 

(1) Interrogatus si fuit tormentatus post captionem suam , dixit 
quf id sic , pluiles , quia licet omnîa procdicta coufesfus fuiasetin primo 
toi niento, quapi ebantur al> eoalÎA qam omiiia i^onbatyticatdeydolo 
et de alii», etc. 

(3) YolelMnt eum ponerc ad tcfcmeiita, atà «Catîiiiviiô tomenti» 
woaSmuB est. 



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aSa APPENDICE. 

Parce que je ne m'en souvenais pas; mais je 

priai le sL'Qcc:lial de permettre que )C conférasse avec 
mes compagnons, et ayant délibéré avec «lu^^ la mé— 
inoire me revint (i ) 

A ces extraits des principales dépositions des icmoiiis 
présentés devant le pape, peut-on méc^unaitre qu^ellea 
ont été Pouvrage des tortures et de la terreur? Outre 
que les détails de la procédure ne laissent aucun doute 
à cet égard ^ outre que les ordres du roi et du pape 
prouvent que non seulement les inquisiteurs avaient 
la faculté d'employer la torture y maïs qu'ils en avaient 
l'ordre exprès y il n'e&t pas inutile d'observer que, dans 
le temps même , l'opinion publique attribuait aux 
seules tortures les aveux que les accusés avaient re- 
nouvelés devant le pape.. 

L'auteur contemporain de la Chronique d'Asti le dit 

exprcsséniciit. (2) 

Tuas les Templiers qui purent mauiiéster a cet égard, 
leur opinion 9 l'énoncèrent franchement* (5) 

Aucun de ces témoins, présenté à la commission 
papale établie à Paris contre l'Ordre ^ ne put déposer ^ 

(1) Interro^tiu ti toit UameaMm» ^"dt quoi fui forttter toiv 

Uientatus in Carcassona. 

Inl( riopatus quarr non Jirrhat vciiiatcm , dixit qiiîa nonrccorda- 
l>atur , sed rogavit sonos* allum ut permitterct (|uoii po&sit loquicum 
■ociU recorilatus fuit de lis. 

(2) Ad qiue paedlcto alîqai ex eo Ordîne cofpenmt trepîdure u 
ex TOBMEXTis goiÎau 81TUMO voimncis etrege pnedicto oonfeni «mt. 

(5) ha Ânglelene , à Mas-Deu, eu Italie , etc. 




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APPENDICE. a55 



«dit pour avoir rétracté exprefisémenti soit pour u'a* 
voiv paA Toulu répéter -les- mêmes aTeint : les com- 
missaires furent réduits au parti prudent de ne pas les 
entendre 9 quoique plusieurs eussent déjà prêté le ser* 
ment, (t) 

C'est pourtant d'aprrs les dépositions de ces témoins^ 
qne Clément V avait acquis ou ieinl d'acquérir la con- 
viction des crimes des Templiers , et qu'il s'était aban^ 
donné coiitr e eux aux mesures les plus irrégulières et 
les plus violentes ! , . 

n est permis de dire que le pape ne fit rien de ce 
qu'il aurait dû faire, s'âl avait eu Pintention desWu- 
rer de la vérité, en imerrogeaut quelques-uns des ac- 
cusés,, 

Ân lieu de rassurer ces infortunés et de leur rendre 
le courage que le malheur et la crainte leur avaient 
ravi ; au lieu de leur annoncer qu'ils pouvaient être 
véridiques impunément; enfin, au lieu de présenter 
l'homme indulgent, le père à des proscrits déjà iuiiinidés 
par des épreuves cruelles, il ne leur montra que le 
pontife suprême ; il les fit comparaître dans la solen* 
nité d'une grande assemhlée, dans un cousistoire pu- 
Uic , en présence d'un concours immense de grands ^ 
d'ecclésiastiques et de peuple. , 

On n^amen^ qijie des accusés qui avaient renouvelé 
desaveuxdevantles cardinanx.On était bien sur queie^ 
înfortunésn^éleveraîent pasla vçix, et qu'ils ne montre*» 
i raient p^is, au.çiiiieu de cette asseniblce imposante^ 

(i) Procès, contra TanjUar. 



354 APPENDICE. 

un courage qui les avait abandonnés dans Pinlerroga- 
toire fait par les seuls cardinaux. Le moyen était 
sans doute bon pour trouver des coupables , mais non 
pas pour éclairer la conscience du souverain pontife. 

Une circonstance importante qu'il suffit de rappeler 
ici y c'est que le roi de France était alors dans Poitiers. 

• • ■ . 

• ■•• : ■ ' ■ § XL 

CLERMONT. . , w,. 

^ ...... • 

L'information faite par Pévêque de Clermont fut 
composée de soixante-neuf témoins : quarante firent 
les aveux exigés, et >ingl-neuf soutinrent constam- 
ment rinnocence et la pureté de l'Ordre. J'ai exposé 
précédemment qu'jiprcs les interrogatoires, l'évèque 
assembla d'un côté, ceux qui avaient fait les aveux , et 
de l'autre, ceux qui les avaient refusés. On n'aura pas 
oublié combien la réponse des vrais Chevaliers fut 
plus ferme et plus noble que celle de ceux qui aban- 
donnaient TOrdre. 

Il suffira h présent d'observer que, sur les vîngt-ueuf 
qui avaient montré cette courageuse fermeté devant 
l'évèque, dix- neuf, à la tète desquels se trouvaient 
Bertrand de Sartîges et Guillaume de Chambonnet, 
choisis ensuite pour représenter l'Ordre devant les 
commissaires du pape, et assister à l'audition des té- 
moins, s'offrirent pour la défense de l'Ordre et, ame- 
nés k Paris , le défendirent hautement et impunément , 



r 



APPËJNiBICË. s55 



du mmiiSy ils ae £ireat pas livrés aux flammea ^ parce 
que , n'ayant jamais fidt d'aveux «t n'eu ayant point à 

rétracter, iU ne purent être condamnés ^ sous le pré-» 
texte d'être kérétiqoes^retap^. 
. Des quarante -qui âfvaîeht fiit i)es aveux | deux sé 
placèrent ensuite parmi les défenseurs de l'Ordre; 
Après la cruelle catastrophe du li mai iSio^ la crainta 
de la mort les porta à se désister de la défense dè 
rOrdre, mais du moins ils ne sei virent pas de témoins^ 
contre lui^ dans la procédure prise par les êomoiis^ 
saires du pape* ' ■ ' - 

' Quinze des trente-huk restans déposèrent devant 
ces commissaires; et| en comparant les détails quë 
quelques-uns donnèrent alors ,'aveé èenx qu^ls avaient 
dumiés, quand ils avaient déposé devant l'évéque de 
dermonty on trouverait encore des contradictions 
■assen frappahfés , pour- leur -fiiire refiiser la moindre 
croyance k Fégard des faits sur lesi^ueis ils ne se con- 
tredisent pas. 

Ainsi, quelques^ns «ffirmént devant un tribunal 
n'avoir assisté à aucune réception, et ensuite devant 
l'antre tribunal, ils indiquent les réceptions auxquelles 
^ils ont assisté , el i^îce persâ. 

D'autres varient sur les noms des témoins présens à 
leur réception I d'autres enfin omettent ou ajoutent 
des circonstances trës-essentielleii. 

Les exemples suivans suiEront. 

Gqioo m CHATENA2IB déclare devant l'évèque de 
Qermont n'avoir assisté à aucune réception 4 et^ de* 



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356 APPENDICE. 

vaut les commissaires du pape, il dit avoii^ assislé à la 
réception d'Umbald de la Bobsade. 
GuiLLAUUfE Avril dépose à Qennont c|u'il iîti 

reçu par Foulques , piccuplcur de Paulliac, et qu'il 
n'assi&ta jamaû k aucune léceptiou^ et, devant h$ 
commissaires du pape , il déclare avoir été reçu par 
Pierre de Grisfei , et avoir as&iblé à la réceptiou de 
Guillaume Àyuardi. 
Hugues Guabneey^ ^près avoir dit à Clermont 

quM a\a;t été reçu par Raymoud d'Elbaysso, prétend 
à Paris avoir été reçu par Pierre de Dmno« 

Jean db Menât déclare à Glermoot avoir vu rece-^ 
voir Jean Sarrazin et Guillaume Botlon; et à Paii^, il 
dit avoir vu reçevoii' Guillaume de Hagneri^ Pierre de 
jMontinhaCy et ii^iavoîr pas assisté k dfautres réceptions. 

Étiennb Deusglottes y d'après sa déposiiiou 
faite à ClermoDt, n'a vu recevoir personne ^ et, dia- 
prés sa déposition laite à Paris^il a vu recevoir Étienne 
Jaliossâ par Pierre de Madic. 

Dire que l'un des témoins, Pierre de Bonnefond, 
qui déclare avoir été reçù pr Himbert Blaocke^prétend 
Tavoir été d'une manière illicite, c'est démontrer évi- 
demaieut qu'il a l'ait une £iusse déposition* £lle avait 
été transmise aux évêques anglais y juges d'Himbert 
Blancke, qui persista toujours, à en soutenir exprès- 
sémeut la lausseté. (i) 

■ 

(i) Super hereticali rcce^ioM «lioruiu ÎB proce6iu CiaraiiiOi(t«nis 
jjMMQUUi et per ipsum iacu* 



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APPENDICE. aG; 
§ XIL 

MAS-DEU. 

Raymond Coste, évéque d'Elne^ commença cette 
procédure ^ aii château de Tnilars ^ en iSog. 

Vingt-cinq Templîers furent interrogés : tons sou- 
tinrent TinDocence de l'Ordre avec cette fermeté et 
cette candeur que la vérité seule peut inspirer* Le 
livre des statuts fut déposé entre les mains de Pévèque. 
Ils déclarèrent qu'ils ne concevaient pas que des Tem-» 
pliera eussent fait l'aveu des crimes imputés à FOrdre^ 
puisque jamais POrdre ni les Chevaliers n'en avaient 
été coupables. 

Raymond de La Garde ^ Précepteur, observa 
qne, selon ces statuts ^ un Chevalier, coupable des 
ticrc^lenu lis Jt mœurs qu'on imputait à tous , aurait 
perdu l'habit de l'Ordre , et , les iers aux. pieds et 
aux mains ^ aurait été jeté dans une prison j pour y 
être nourri du pain de la tristesse et abreuvé dç l'eau 
de la tribulation^ tout le reste de sa vie. (i) 

Bartuélemi de La Tour y prêtre^ s'exprima ainsi : 
«Je ne crois pas^ sauf l'honneur et le respect que je 

(i) Adicieiis qood^ juxtà ftttaU «Uctl Ordinû, quiedmqu» es, ftatri-* 
Iras dîcti Ordinit peccattnm contra natanm conumiitieti quod pcardcr* 
debebatliabitaiii tua rdigionU et in inignîf compedUbu» et in. coUo 
catenis appotîtii et în manibus manicis ferreisy Italiet peipetno caroeri 
inancipari , nbi in pane trittitiae et a^nâ trîbubtioiâf babet compleit 
Cl finira raU^aum vUa tempua. 

»7 



258 



APPENDICE 



<( dois au souveram pontife et aux cardinaux qui attes^ 
« teiii les aveux du graad-maitiv , | e ne puis pas croire 
« qu'il ait avoué les crimes dont l'Ordre est fiiussement 
«accusé, (ij » 

Berenguieh de Gollo dit : 

iilùn l'honneur de la. croix et de Jésus crucifié, les 
« Frères de l'Ordre adorent solennellement la croix , 
« trois fois raniiée 5 le veudi cdi-baiiU, et les jours des 
« lètes de la croix , en mai et en 8eptt:ml>re« (2) » 

Jban DS Coma., piétine , ajouta 4ue, bien loind'in* 
sulter à la croix, les Cheval. ers av.âcut pour elle un 
tel respect, que lorsqu'ils devaient satisfaire k ceriaias 
besoins naturels, ils ataient Pattention de déposer leur 
manteau où est la figure de la croix. (5) 

Ce détail paraîtra minutieux; mats les personnes 
qui ont étudié l'esprit humain , jugeront que les feur- 
hes ou les hypocrites n'imaginent pas de semblables 
moyens de délense* 

L'iniormation fut terminée le 11 des kal. de sep- 
tembre x3io« 

(1) Non crédit ncc est fiJes ejus , quod dictus roagutler confVssuf 
fiierU contenu in articulo supra dicio , »alvo tamen honore et reve^ 
rcntià domininoslri summi pontificûct ûntnim eius duorumcard*- ' 
aalium , de quibus agttor in articule. 

(a) In honorem cmcii et cruclfixi Jchsus, Fratre* ipsius Ordinit 
ncloiant eracem , ter in inno , tolemniter et reverenter , in flesto 
ffsctae-aucis mentis septembris et menais maii et die venerii aanct». 

(3) Et inter ceteros honores quos fiidunt ipst cruci, depoaunt 
mantcllnm vùn est crux , cum Tadunt ad natuise supcrflua oneia de-, 
poueuda. 



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APPENDICE. 359 



CHAPITRE IL 



ANGLETERRE, IRLANDE, ECOSSE. 



MJBS Templiers Irlandais et EcosMÎs obéissaient, 

coiimit; les l'ciiipliers Anglais^ au grand Piécepieur 
d'.Aiigleterre. (1) 

* I 

SI- 
ANGLETERRE. 

Tous les Templiers interrogés en Angleterre sou* 

linrent constimment l'innocence de POrdre; et ce qui 
ne lais&e aucun doute sur ce point, que confirment 
les mottumens judiciaires, parvenus jusqu'à nous, 
c^est que dans le résumé |>résenté au Pape , on ne cite 
contre les Templiers Anglais, au sujet du reniement et 
du crachement sur la croix, que deux dépositions £iiies 
f n France par deux Templiers, reçus en Angleterre, 



(1) Notorîum est quod Fratres HibernLe et Scoti» lemper fttenint 
magno prsceptori Angllae mbjecti, ita ^od totum est una prxceptoria . 
J^imùu làbwriê «camifh pnetssui cêntra Orditum Z^mpli ia 



s 



^ . APPENDICE. 

llobert de Saiiit-Just, par Hiaibcrt Blancke, et Go- 
defroy de Goneville , par Robert de Torville : cir- 
constance qui décrédite encore ces deux dépositions^ 
et démoutre, toujours plus évidemment, l'effet des 
tortures et de la terreur, ptiisque, de tous les Tcm* 
pliers reçus en Angleterre, ces deux seuls firent des 
aveux , attendu qu'ils forent interrogés en France : 
aussi nhcbitous pas à croire que les Templiers i ran- 
çaîs qui, en France, avouèrent les délits imputés à 
rOrdre, ne les auraient jamais avoués, sHIs avaient 
été interrogés pu des juges moins inexorables. 

Parmi les Templiers interrogés à Londres et qui 
tous s'accordent à soutenir l'innocence de l'Ordre , plu* 
sieurs s'expliquent avec énergie. 

Leur nombre est de quarante-sept. | 
Dansiecomté d'Yorck, vingt-trois prirent la défense 
de rOrdre. 

Dans le comté de Lincoln , il s'en trouva également 
vingt qui attestèrent Vûinocenoe de TOrdre. 

L'un d'eux, au sujet de l'autorisation relative an 
dérèglement de mœurs, avance qu'il existe un statut 
contraire, portant que les Templiers, coupables de 
mœurs dépravées , perdraient l'habit, (i) 

Vn autre Ciievalicr dit la même chose, 

s 

Plusieurs témoins étrangers à l'Ordre fîirent en- 
tendub en Angleterre. 

Leurs dépositions qui se réduisent presque toujours 

(i) Quod iu regulù eoium cssct statiilum conlrarivim : rlicciis cliam 
^uod , ex tali pcccalo couUa Uidiuiam , dcbei cul perderc domuxu. 



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APPENDICE. 2fri 



à des ouï-dire vagues ou à des faiu insignifians^ ridîr- 
* cilles, iavraisemblables ne firent et ne dorent ftire 

aucune impression sur Fesprît des juges. Je crois de- 
voir cependaat en rapporter quelques traits, parce 
qu'ik caractérisent l'esprit populaire; qui , dans tous les 
pays et dans tous les temps, recueille avec la même 
avidité les rumeurs les plus absurdes et les plus invrai^ 
semblables, en raison même de leur plus faraude in- 
vraisemblance et de leur plus gronde absurdité. 

Robert de Folde déclare avoir entendu dire à 
des Templiers que, cbaque année, le Diable venait dans 
leuF Chapitre enlever un Fièrc. (i) 

Agnès Lovecote rapporte , d'après des ouï-dîre ^ 
que, dans le Chapitre de Dineslée , (2) les Templiers 
adoraient un monstre qui avait la foi nie ou ligure du 
Diable et, pour yeux, des pierres éclaUntes qui illumi- 
naient le Chapitre 5 que les frères appliquaient des 
baisers au derrière du monstre, et y plaçaient une 
' croix noire, et qu'un jeune Templier , relusaut de 
commettre cette impiété , fat jeté dans un puits 
qu'on couvrit avec ime très-grande pierre.- ' 

i>[xcoi.As DucHEMiN , Frère iVlincuT, raconte sur 

* 

(1) Se «udÂTMte, clapsis xz aimit et amplius^ de quîbiudam reU- 
gîotis TemplariU , ut stbt Tidetur , quod singuUt annis in eoram capî- 
tiilo dklioliu iiQum è Fretribus aporUrct. 

(2) Dixit quod circitet simt elaptlxiv anniquod Roberto gamone 
fratris Johannis de Mona , tune preoepCoris nori Tcmpll Londinensb , 
aiuVivii in siibuibiis LondmensU>u8 quod dictas Robertiit audîvit k 
\\xQihm YaUero qui «erYiebat in Tempb qaod send cum celebaa- 



262 APPENDICE. 

oQï-djre qa'ttn Précepteur dn Temple avait tué son 

propre fîls, parce que celui-ci disait avoir vu les Tem- 
pliers tuant un récipiendaire qui reiufiait de renier la 
croix, (i) 

Thomas de Bedemee dépose avoir ouï dire qu'a- 
piès k mortd'uaTeinpKer,oo tronva dans ses Yèiemena 
une croix indécemment 'placée; Il ajoute qu'un antre 
Templier , ayant reçu l'hostie consacrée, la rejeta eu 
crachant* (9) 

tmn cMet capitulnm de Dinedee , qnod idem Valierns et quidam «lit , 
darictilo volente* iiiTe«tigareqiiid fietiatin capilulo TempU , kitniY»- 
mnt pott cbivis«iiun ^vi ulUra ingrcfiQf dcbeliat cUufiiee ottinm 
ted non benc fecit et tanc iUntei rétro oitittm qnodaperutnint yTÎ- 
derunC quod fraUrei apemerunt quamdiiin Toltam et itetato aliam et 
perdnxeruttt de Olo loeo wonatmm (pioddaBi ad fbraïain aeo imagl» 
wm diaboli , balMoi loeo ocnlomm lapidea iiHilaQtef et iUmniamitc» 
capitulnm, cnjui culum oacttlabantar omnea : primo ma^iater et poaten 
dii et poatea ponebant unam cmcem nigrarn a^ cnliim dictt monatri 
et -i^elMint omnet in cnioem.***. Brat tamen tbt quidam îuTenia qui 
hœ ftcere renuelialy quare diiit qnod iutvaTeiat rtligionem pro aa- 
lute anim» «nie et aliicr non deviaret & fide. Quod ipÀ ataiim precipi- 
ttYenmt in qnemdam patemn*....«««. 

(1) DeponH quod ipie andiji! k quodam tnUt Hotborio efnailem 
Ordinis minomm ^i diût ae andiviate aqoodam domino , eujna ao- 
men ignorât interlecit fiSium snom proprium pro eo qaare ipse filina 
retulit patri tuo , ae vidiaae Templarioa occidiaae quemdam receptnoi 
in Ordine Tcmplarioram pro eo quare post receptionem auam noluit 
abnegarc cmcem , prout Templarii , io quâdam camerâ dauai congre- 
gati tibi injungebant. 

{p.) Dcponit ae audivisse à quâdam domina Agaete qn» dicebat ae 
andiviaae à aorore cuiusdan Templarii quod cum ipaa aoror dcnu* 




APPENDICE; 365 
§11. 
IRLANDE. 

Treize Templiers furent arrêtés en Irlande : aucun 
ne fit les civeux exigés. Quarante- un lémoins étrdo-* 
gers à l'Ordre déposèrent certains faits qui attestent k 
crédulité populaire , sans rien prouver contre TOrdre. 

§ III- 

ECOSSE. 

Quarante-un témoins étrangers à l'Ordre ae lireut 
que des dépositions inslgniâantes. 

Denx seuls Templiers Airent saisis et interrogés en 
Ecosse j leur înienogatoire est daté d'Ediuiboi^rg; il$ 
répondirent avec fermeté^ et l'un d'eux donna, sur sa 
réception fiiice en forme Kcîte , des détails qui s'ac- 
cordent parfaitement, soit avec ceux donnés par les 
Templiers ildèles, dans toute la chrétienté soit arec 
les statuts de l'Ordre. * 

dasiet fnitrem sumn poat mortem, quaoqanm esse tante prohibUa quod 
niillus dfDudai'et eum poit mortcm , crrdcDS inventre st^na salutît 
inTenit in hracds dicti Templarii Iratrû aiû cruoem p^di^tcia contra 
anum..«... 

Dvdt etiam ^od aadint & qaodam fratre ordtnis sui Prcdicato- 
rum ifoxtà quidam Templariiis post receptioB«iii corp<Afia Ohriiti'icr- 
▼avtt iUttd in ore et siatiin dnm r«cewU de p«f entîAiaeitdotia , apitit 
mud. 



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264 



APPENDICE 



n~TrTfififiiin[iriiwii»M MM>wi)iiuiii)wjtjiM«>^ 

CHAPITRE IIL 



ESPAGNE, 



SI- 
ROYAUME DE LÉON. 

I/ARCHEvAqub de Cbmpostelle fit une informa- 
tion à Medina del Campo; tien te- trois témoins, furent 
entendus ^ trente éuient de l'Ordre. 

Le i". RoDBRIC JoHAKNlS, grand Précepteur âvL 
Temple dans les royaumes de Çastiiie et de Léoa, dé- 
clare qu'il ne sait pas^ qu'il ne croît pas qu'aucun 
Templier ait iàit les aveux des crimes faussement im- 
putés, à moins c^u'il n'ait cédé k la violence des tor- 
tures. (i) 

Cechevalîer etle septième témoin ^Lvppus Petrus, 

soutiennent que le dérèglement de mœurs qu'on sup- 
pose permis aux Templiers, est expressément condamné 
par les sutnts j celui-ci dit que , d'après ces statuts, le 

(i) Senodre me credere qtiod«liiuTeinpIariat taie qiûd cott- 
âtemar , cnni nmtàt «qamn , aiil fiiîMet per oompubionem tormoi* 
toniiii«M««« 



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APPENDICE. . 265 

isoi^iible seraii oondamné à une prison perpétuelle ^ et 
celai->là, qu'à serait justement mis à mort. (i) 

Trois témoins étrangers à l'Ordre étaient prêtres; 
rund'euiL assaie qu'il aentendnen confession plusieurs 
Templiers 9 blessés par les Sarrazins , et que ces Tem- 
pliers étaient bons catholiques: il dit la même chose 
des autres Templiers malades qu'il a confessés. (2J 

8 II- 

ROYAUME DE CASTILLR 

Information iiâite à Médiaa-Cœli , par i Évéque de Lisbonne. 

Elle n'est composée que de quatre témoins étrangers 
- à l'Ordre. 

L'extrait de leurs dépositions se trouve dans Fou-, 
vrage de M. De Murr. 

§111. 

Infoimation &ite à Qkbm, par le même Évéque. 

Cetteinfbnnationesloomposéede trente-six témoins* 

(1) Quod nimqiiam talia icelera fiierunt pcrpetrtta iFratribiM Or- 
dinisTempli, quod ipse sciret ; dicens quod secundamstatuta ordinis, 
qui talia committerei, pet-petuo carceri manciparetur. 

Adiciens qiiod si aliquis Fratrum (îicli Ordiiiis commlttcrei pecca- 
tum sodomiticum , iolerficerelur ab aliis in justicia secundum tra- 
dilionem rcgulœ. , 

(3) I(we testis audivit confeittonet mtdtoram Temjplariorum in- 
Mâktoramàâarracenis/qai statim deccsserunt et bene et caihoUc» 
eonfitebsniur et lâmUitêr confenîonei infirmomm. 



366 APPENDICE. 



Les vingt-quatre preniicrs su ni Templiers, ainsi que 
les vingt^septième^treiitième, uentc-unième et treate- 
sûièoie : tous attestent PinnoceiiGe de l'Ordre. 

Les autres sont étiangeii» a l'Ordre, et déposent en- 
core en sa laveur. 

§ IV. 

- 

ARRAGOJS £x CATALOGJSË. 

Les Templiers de PArr«igon et fie la Catalogne, 
condamnés à subir la torture, persistèrent à soutenir 
Pinnocence de l'Ordre , et le concile de Taragonne , 
présidé par l'archevêque de Taraguuue les déclara 
innoeens. 

Les actes de ce concile avaient été promis au public 
par l'archevêque de Marca, d'après les archives de 
l'église de Tarstgonne, Ils n'ont pas été publiés. 

§v. 

HOUYELLE GASTILLE. 

L'archevêque de Tolède présida à Sahmanqoe un 

concile où les Templiers furent jugés. 

Ils y comparurent « ayant à leur tète Don Rodrigue 
Tannet ^ ^r«oA maître de la province (i ) , et ils lurent 

déclares iniioceus. 

(2) Campomanes , Appendice a las DU^ertacioms del Orden ûm 
lo^ Itniplarios , p. 



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APPENDICE. 

% VI. 

. PORTUG AL. 

En Portugal , l'évoque de Lisbonne et d'autres pré- 
Jats , chargés d'inibrmer contre les Templiers 9 ne 
trouTèreot pas qu'il y e&t Jiea à accusation. 

(1) ^iMfovLAm^DittértaaUmeihUiOTie^ 



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APPENDICE 

1^* 



CHAPITRE IV. 



ALLEMAGNE. 



§1. 

Infonnatioii faite; par l'ArcheTêque de Mayence. 

Ci£TT£ înibniiation est composée de quarante • neuf 
témoins. 

i"" Trente - sept Templiers déposent en ikveur de 
POrdre, 

Le quinzième y FlBURf - BE DuLGUAN , reçu de- 
puis neuf ans , atteste qu'ayant voyagé outre mer , 
étant ^lé à Paris et en plusieurs autres lieux ^ il n'a. 
jamais rien vu ni appris des horribles erreurs qa'on 
reproche à l'Ordre, (i) 

Le seizième y Albs&ic de Vendkngs , reçu de- 
puis vingt-huit ans , ayant passé douze ans outre mer , 
et ayant a^bisté aux Cliapitres y tant outre mer qu'à 

(l) Quod IX anni svint elapsi Tel drcîter i{aod fuît receptus in 
ordine et quod fuit ultrà mare , Parisiîs et m plttribus aKîtlocîs , tm- 

quam frater dtcti Oi (liais, iicc uoquum aliquid de horrcndis erroribut 
percipere poiuit ycI audire. 



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APPENDICE. 369 , 

Paris et en beaucoup d'autres p iys , fidt la même 

déclaration. (1) 

Le GoMTB FKÈDéRiC , vingt -trbinème témoin, 
maître précepteur du Temple aux parties du Rhin , a 
passé y dii-ii, plus de douze ans outre mer 5 il s'ex- 
pliijue comme les précédens. Champion de l'innocence 
de POrdre , il oCTre de subir les épreuves et de porter 
le fer ardent. (2) • ' 

Dans rOrîenty ce témoin a long-temps habité avec 
le grand - maître^ dont il était le compagnon : re- 
venu avec lui , il l'a tenu toujours et il le tient encore 
pour bon chrétien ^ Aussi bon que personne puisse 
l'être. 

2° Les douze autres j 'parmi Ic^cjut Is sont trois 
comtes et d'autres personnes d'un rang distingué^ 
déposent également en faveur de l'Ordre. 

(1) xn auni vel circiter «tetÎMet ultta nMre tanqitunFmter Ordinis 
TempU et iateif uinet capitillis Fratrum tam ibidem quam Parisiis «t 
in aliia multia locû, et dicit se fiiÛM ia Qvdîiie xzvin annit rel 
- circiteri nec aliquid de hoxrendis defectibiia in articnlis content» acire 

Tel percipere poCoit quoquo modo. 

(2) Licct fuerit in partibus ultra marinis xn auois et ampliiis lan- 
quam Frater dicti Ordinia , uuiuquam Umen aliquid de honciidi» 

. erroribua aciTit,audivit yel iuteUexit* 

Et auper hoc pamna easet experientiam aulûre et fetxum udcus 
portare, 

Conversatiu fuit cum magno magistro Ordinia ultra mare et fuit 
aociua anus et cum ipso reveraua foit de pitibua ultra maiinis , u 
tune tenuit et adhuc tenci com pro bono cbristianO , ai aliquia bouui» 
cbrifltianua we po«sît« 




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,70 APPENDICE. 

Le quaranlièiue tcmoiu, Jean, arclii-pièue, à'ejL- 
prime ainsi • 

«Je me souvleiis d^ime année où il y eut une 

i< grande dise lté de Lie: la mesure qui se vend com- 
4C mimémeat dix sous et moins ^ se vendait trente- 
« trois, en ce temps de disette : tant qu'elle dura^ la 
« maison des 1 empliers de Masteire alimenta cha- 
<i que jour mille pauvres ou peu s'en faut. » (x) 

§11. 

InfonDAtioi» £iites par l'ArcheT^que de Trèyei • 

Elle est composée de dix-sept témoins , dont trois 
seulement sont Templiers. Tous déposent en £ivear 
de rOrdre. 

(1) Becolitquod magnA foitcareitia bkdiTÎdelicetqvod meiuii|« 
biadi qui communi estittittioiie Tendi tolet pro x tolidu Tel îofii , 
vendebatur xxxiii , et illo temporc mille tcI paido pauciores pan* 
}iere8 reficiebantur singtdis diebus in domo predicta (deMostaîre), 
dicta caresUa diuanie. 



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APPENDICE. 



271 



CHAPITRE V. 



ITALIE. 



§1- 

FLO££]SC£. 

, r 

La procédure £iîte k Florence^ dans Pégllse de Saint* 

Oiics y en octobre , îndiciiou neuvième ^ n'esi compo- 
sée que de six témoins. 

Je crois devoir citer quelques circonstances de leurs 
dépositions, qui contiennent toutes sortes d'aveux. 

Le premier témoin déclare que dans un Chapitre j il 
vit le chef et douze Vrèr es qui le composaient, cracher 
sur le crucifix^ que dans un autre Cliapître, plu- 
sieurs Frères et le grand Précepteur de Lombardia 
et de Toscane^ commirent le même crime* 

11 ajoute , qu'il a vu plusieurs fois fouler la croix 
sous les pieds par plusieurs Frères y et que tous ont 
mérité d'être brûlés. 

Liî tioiiicme U;niu;u prijLcnd que cliaque année, au 
mois de mai , on tenait un Chapitre pour renier la 
croix et cracher dessus. 

Le quatrième prétend avoir vu lecevoir des Frères 



I 



272 APPENDICE. 

qui p.v-ent sur la croix , et qu'il a entendu dire qxie, 
dans les maisons contenlttelles, ils s'assemblaient le 
Yendredi-Saint pour feuler lit croix aux pieds , et 
p.,.,. dessus. 

Le cinquième prétend avoir assisté à un Cliapitre où 
environ cinquante Frères crachèrent sur la croix* 

Je parlerai ailleurs de ce qu'ils disent touchant Ta- 
idoration du chat et des idoles. 

Trois parlent de la permission y relative aux moeurs 
deir;^U'cs et criminelles. Deux, disent nea iicn bavoir j 
et i autre déclare que non seulement cet abus n'était 
pas autorisé , mais que y d'après la règle expresse de 
POrdre , celui qui en aurait été coupable aurait j^tidu 
son état.(i) 

Trois de ces témoins déposent que le rédpiendaîre 
jurait d'augmenter les biens de POrdi e, par des voies 
illicites* 

Un autre , au contraire y affirme qu'ils ne juraient 
d'augmenter le bien de l'Ordre qae par des moyens 

honnètt 5 , c t qu'ils regardaient comme un péché de 
rau^^menter autrement* 

§ II- 
ROMAGIÏE. 

L'archevêque de Ravenne et l'évéque de Rimini 
firent à Cesène une information y dans laquelle fu- 

(1) Imo <3icit qiiod qui iiivtiitus fiiisset in hoc |)C<:c;ilo ptitlclj^t 
jnajuioncm wnm et de hoc crat preccj)tuiu exprcttbuiu in Ordine. 




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APPENDICE. 273 

nent entendos deux Templiers qui attestèrent Piano- 

cence de l'Ordre. 

Le second y Andhé de 5i£NN£ , dépose quM a 
entendu dire que plusieurs Templiers avaient fait dea 

aveux, par la crainte des lortures. 

U ajouie ; (( Si les erreurs imputées à l'Ordre eu^ 
Ksent existé, f aurais quitté TOrdre, et fiît ma dé- 
«nonciat ou aux prélats et aux inquisiteurs 5 j'eusse 
«L préiéré de mendier mon pain, plutôt que de rester 
«avec de telles gens; enfin, j^eusse même préfiré la 
« mon, parce qu'avant tout, il faut sauver son âme. (1) 

§ III. 

I 

MARCHE D'AKGONE, 

L'évêque de Fano , dans la marche d'Ancâne ^ en- 
tendit vingt témoins. 

Un seul était Templier. II attesta Pinnocence de 
rOrdre : k$ autres ne déposèrent Jiien de remar-> 
qoable« 

(1] Audivit tamen quod multi Fratres mctu tormentoiuin multa 

confe&si fuerint Se ni'ul scire rel audiv isse antea tle hib , et si 

scivisset, ut prsptUïit, aufugifiset et rece&sLsset ab cii , bi juiinibâci et 
denunciaseet quibus potuissetpraelatis et inquLsitoribus , ut prredixit. 
JHajm poilus ivisset meadicaudo , quaereudo paoem , «{uam remansiâset 
dim lalibus ; et potius ^«xe siutuiuiiiet mortem» quare aninus faluf 
pnefiemda ««t omnibua. 



18 



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«74 



Al'PEiNDIGE. 



§ IV. 

VILLES DU PATBIMOINË DE Sr.-PIEBBE. 

4 

En décembre iSog , l'évèque de Sutri oodh 

niença l'iiiformauou k Viterbe. Il passa eui>uii€ ea 
diilereoB pays. 

Il entendit beaucoup de témoîAs étrangers à POr- 
dre , sans qu'il put recueillir aucune charge contre les 
Templiers , el il termina &ea opérations en juillet 
i3io. 

Sept Templiers furent interrogés. 

Le premier, Cettus Hagonis, reçu à Rome, dans 
une chambre du palais de Latran , déclare l'avoir été 
de la manière licite. Mais il prétend que trois ou quatre 
ans après ^ le commandeur de la Pouiiie le iorça d'à* 
dorer une idole , et qu'on lui dit : <( Recommande-» 
« toi à cette IDOLE et prie-la de te donner la santé. » 

Le iait est Lien luvraîsembluble^ màîs ce qui ajoute 
encore à Pinvraisemblance^ c'est que quelqu'un^ en 
ordonnant d'adorer une puissance qui pouvait donner 
la santé , ait prononcé le nom d'iDOLK. 

André Armaki dépose avoir ibulé la croix et 
adoré l'idole. 

Guillaume de Verdun , prêtre ^ prétend que sa ro^ 
ception fut dans la forme licite ; mab que le même 
jour, gladio evagijiato ^ on le loi ça d(" renier. Voici 
comme il raconte la manière dont il ibula la croix sous 
ses pieds : 



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APPENDICE. 37* 

f( Gnillaiime de Piémom (1 ) fit avec âenx pailles une 

1C croi\ qu^il plaça à terre , et m'assurn que, si je ne 
« foulais cette croix de paille , il me tuerait^ et moî^ 
« par crainte de la mort > je la foulai ^ non pas comme 
n croix , mais comme paille. » 

U continue : « On me dit que les Templiers devaient 
4c se rassembler le Vendredi-Saint pour feuler la croix ^ 
« maïs )e n'ai ni assisté à une pareille cérémonie ni 
« appris qu'elle ait eu lieu» 

it On m'annonça y comme un précepte de l'Ordre ^ 
K que les prêtres Templiers, en célébrant la messe ^ ne 
<c devaient point prononcer les paroles de la consécra- 
« tion 9 mais je ne les ai jamais omises. 

« On me dit que chaque frère était obligé d'adorer une 
m idole ou tête j mais je n^en adorai point , je ne la vis 
U même pas ^ quoique la crainte de la mort m'eut ar- 
ec raché la promesse que je l'adorerais, quand on me 

te la monuerait. 

Gérard pb Plaisj^kce affirme que^ reçu de la 
manière licite , on l'introduisit ensuite dans une cham*- 

bre dont on ferma jes portes 5 et ou on le Ibrça de re- 
nier la croix et de la fouler sous ses pieds. Il dit avoir 
adoré l'idole* 

PiiiRaE Valent lis déclare qu'il renia 3 et que sur 

(i) GoiUelmiM àt Pedcmoiic* fecit erttcem In tenA de duolmf 
yalcit «t oomnimatuB eidem -quod niii ipw concolf^auret «undem 
criicem de pileîa &«taiiiy emn occideret, et ipie metu moitÎB ipMm 
cruœm de pakb mm m cruceiii m coide» eed ut paleM icoaicul* 




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876 APPENDICE. 

rinjonction de fouler b croîs sons les pieds ^ il la tou- 
cha seulement du LouL àu soulier. Il dit avoir adoré 
l'idole. 

YiNOLE , du comté de Pérouse , dépose n'avoir 
ni renie ni appris qiraucun Frère eût renié ; il ajoute 
qu'après sa réception licite y un frère lui ordonna de 
cracher sur une croix , et qu'il le fit. 

On lui demande : pourquoi ? 

n répond : « )e n'en sais rien. » 

Le même Frère lui ordonna y dit-il y de fouler la 
croix sous ses pieds ; et il la foula* 

Un lui demande encore : pourquoi ? 

11 répond : « Je n'en sais rien. » 

U parle de l'idole en ces termes : «On me la montra 
« sans me dire ce que c'était : je l'adorai^ j'inclinai la 
n tète devant elle. » 

G autier JoilANMs déclare qu'il fut d abord reçu 
licitement, mais qu'ensuite il renia et il cracha, sur 
la croix y . parce qu'on l'y força trois jours après. On 
exigeait de lui des indéct jicls il refusa , et on ne 
le pres^ point , dit -il, parce qu'on craignit que^ 
s'il criait y il ne fut entendu du dehors. 

RAVE N NE. 

J'ai eu occasion de parler du concile de Ravenne» 

Les oroumneus que riiLsioire en a couseï vés^ nomment 



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APPENDICE. 277 

sepl(i) Templioii», qui, devant les pères', affirmèrent 
avec couiage Pinnocence de lX)rdre. Tous iuieat ab» 
«ÔU8 par le concile. 

Ce qui serait à observer^ si mio pareille observation 
était encore nécessaire ^ c'est que les pères de ce cou- 
cUe reconnurent expressément que la torture , ou la 
crainte de la torture arracliaît dts aveux contre la 
vérité, et proclamèrent qu'il était de toute justice d'ad- 
mettre les rédamations de ceax qm avaient été con- 
traints de faire ces aveux. 

Commune senterUid decretum est umocentes ah-' 
âoÎpL,,,, Intelligi innocenies debere qui j metu tor^ 
meniorum , ^ confessi fuissent ^ si deinde eam con-- 
fessionem rePGcasseni i aut reçocarey hujusniodi 
tormentorum metuj ne infsrrentur nom, nonfuis'^ 
seni ausiy dum iamen id constareL (2) 

BOLOGNE. 
 Bologne , les Templiers lurent admis à se j^urger 

(1) RÂymimdat F<mtutt« 
Jftcobtu FoiitaiiB, 
Miurns. 

■ 

Jaoobus. 

GuOlelimu «jb Pigusnio. 
PetruB Cauft. 

Cmn nîliil easent obiectis criminibus testibusque adversîs debilitatî 
atque nbjecti, ad onmia breriter cooslanteique seoi&ùm âiuguli les- 

poiitleriint. 



t 



278 APPENDICE. 

canoniquemcnt , et ils fournirent les preuves éxigéeft 
par les loîi sévères de rioquisition (i) 



(1) Quos inter ^semorantur arlhnc B,ii tholoniTus Tcucararius et 
Albertuf à Berzano. Hi canonicâ pui f^. il oi c &uam niiiocentiaai pro- 
t. (Cia. Siflov. de £pi9copû Bononitmibus, lib. UI.) 



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1 



APPENDICE. 



CHAPITRE VI. 



NAPLES ET SICILE. 



ROYAUME DE NAPLEâ. 

§1- 

BRIND£S. 

L'arch£V£QU£ de Briades interrogea deux témoins 
Templiers , en juin iSio. 

Jean de Nériton dépose qu'ayant été reçu dans 
la forme licite ^ on lui montra une croix , et on lui de- 
manda s'il y croyait. Il répondit qae oui 9 ainfti qu'on 
autre iccipieridaire. 

Ce f ut apiès le repas^ qu'on exigea do Tun et de l'au- 
tre qu'ils reniassent ]a croix et qu'ils la firalassent sons 
leurs piedà , ce quiis iiieuL à rcxeiiiple de plusieurs # 
autres. 

Jusque*là , il n'y a que de l'invraisembiance et du 

mensonge ; voici du ridicule grossier : 

« Cela fait, ajoute le témoin , le frère Hyppoiiie et 

« les autres susnommés p snr la croix* Je ne les 

« imitai pas , et je m'excusai sur ce que je ne le 
« pouvais y ayant depuis peu d'înstans satisfait à ce 



4 



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ftSo APPENDICE. 



« besoin^ en présence de Pierre de Bourgogne. Payoïie 

<( que si j'avais eu renvie de p , j'aurais fait coimne 

« les autres. » ( i ) 

U a ¥u 9 dit - il ^dans un Cbapitre^ tons les Frères 
laisser avec î espcrt leurs capuchons et s'incliner de- 
vant un chat giis , et il s'est indiué lui-même. 

Quant aux mœurs lœncieuses y il nomme un Frère 
puni de la prison , pour s'être rendu coupable de tels 
déréglemens. . 

Hugues de SançAi , reçu à Beaune d'une manière 
lidte , passa , dit-il, dans Pile de Cliypi^e , et après y 
avoir demeuré six ans y on lui demanda s'il avait renié 
la croix et on le força de la renier. 

SICILE. 
§ II- 

m 

LUŒLUA, ou SÂIINTE^MABIE* 

Cette enquête, faîte en avril i3io par des délégués 
du pape 9 présente les dépositious de six Templiers ^ 

- (i) Quo fiieto inoontinenti pmdictiit iiater Ypolîtof et alii pro- 
xime dictl fratres mtoxenmt super ipsam crncent ; ipte veto 6«ur 
Joliuines âe Neriton, vt ipse dûtit, non minxit^ led fe exciuavit 
clictis Fratribtts quare ipse non poteiat mingere, qiluire non habdiet 
apetitnm mingendl eo quarc paulo aote mtnicerat , dicto Fratre Petro 

. Burgundione hoc viJeute Dixit lamen idem Frater Johanncs île 

Nerilon quod si appetilum miiigeuUi tune ha]>ui&set idem ipse fecissct 
^uoà tune «lii ieccnint. 



y 

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APPENDICE. 2Bi 



qui tons déposent contre l'Ordre. Mais on y tronve 
des GÎroonstanoes qni en démontrent expressément la 

fausseté. 

Le premier^ Galcerano de Teus^ dédare avoir 
été reçu à Afiknnet en Gital<^e ; et quand on pense 

que tous les Templiers Espagnols ont attesté l'inno- 
cence de rOrdre, est -il possible d'admettre l'idée 
qu'nn seul ait été reçu en Catalogne d^une manière 
illicite , et n'est-il pas évident que cédant aux tortures, 
ou à d'autres motifs impérieux 9 il a iàit les aveux 
exigés? (1) 

Aussi sa dépositiuii rctifcriue des extravagances qu'il 
sera utile de faire connaître. 

il rapporte Fexplîcatioii qui lui avait été (bumie de 
l'absolution donnée k la (in du Chapitre, par le chef 
qui le présidait. 

Voici les termes de l'absolution : 

« Je prie Dieu qu'il vous pardonne vos péchés , 
<( comme il les pardonna a Sainte Marie - Magdeleiue 
HL et au Larron qui Ait mis en croix. » 

El YOÎcî Pexplication que le témoin en donne : 

c( Par le Larron , dont parle le chef du Chapitre , 
« il fiiut, selon nos statuts, entendre ce Jésus ouChrîst, 
c( qui tnt crucifié par les Juifs , parce qu'il n'était 
« pas Dieu^et que cependant il se disait Dieu et Roi des 

(1) C'est ainsi que deux Cheralien reçus en Anglelerre , et torturât 
«n France, firent l'aveu qu'ils aTsient ^t^ reçus en Angleterre d'ime 
manière illicite, quoique tons les Templiers auglait aient coosum- 
ment sooteiia l'innocence de l'Ordre. 




aâa APPENDICE. 

<( Jniky ce qui était un outrage envers le vrai Dieu qui est 
« dans les deux. Lorsque Jésus , quelques mstans avant 

«sa mort 9 eut le coté percé d'un coup de Linct^ par 
4C Longin y il se repentit de ce qu'il s'était appelé Dieu 
a et Roi des Juifii ; et îi deoianda pardon au vrai Dieu : 

« alors le vrai Dieu lui pardonna. C'est ainsi que nous 
K appliquons au Christ crucîtié ces paroles : commk 

a Dieu pa-rhosvx au Larrok qui fut mis bn 

«CROIX, (i) 

K Quant à k Magdeleiae ^ ses péchés lui furent 
« pardonnés par le vrai Dieu qui est aux deux y parœ 
a qu'elle fiit son amie , et que pour le servir y elle firé- 
ii quentaii les églises et les monastères ^ et qu'elle alla* 
« mait les laiàpes des églises. » (s) 

A]outerai«je que ce témoin dédare que le chat depuis 
long-temps ne parait plus dans les Chapitres , et qu'il 
cite comme trfes-anctenne l'époque de cetteapparition ?^ 
4( On lit , dit - il , dans les anciens statuts de Damiette ^ 

« 

(i) Oebes intelligere secundum novtrat conitkationet de iDo Jehta 
Tel Ckricto qui Ibit muàSxnn k li^aeii pro eà qiuwe non erat, et 
dicebat M Deum et Mfem Jadsonmi m opprobntim illins weri Dei 
qui est in coelis. Nam ille postquam appropmquaTit motti et fuit de 
lancea per LoDginum in Tatere peifisratus , ipsum pocnicuit de eo quod 
ie Deum dixerat et regem JudîBorom , et sic pnfnitcns de peccato 
petiit ▼eniam à tpvo Deo et «ic vcrus Deus «ibl pepcrclt et sic in- 
teUif^imu» de ilJo Chiisto cnicifixo prsedicta TCrba; Sicut Deus pe- 
percit lairoui qui luit in cruce suspensus. 

• (2) Fcccau fuerunt remissa heat» Mititae Magicien» à vero Deo 
qui est ÎA c«elUy pro eo quod ûiit arnica tua et in serritium cjus fre- 
quenuhat ecdeiias et monasteriA et in lytl» eccteiii» aicçendebat lu-^ 
minaria. ^ 



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APPENDICE. a85 

« que le chat avait coutume de paraître dans aMm- 
« hléesouchapitrei et d'y èti« adové, » (i) 

Il rapporte Pusage des réceptions criminelles au ma- 
gisi^e de Philippe de iSaplouae de Syrie | mort alors 
depuis cent quarante ans. (2) 

Tout est singulier et extravagant dans la déposîtîou 
de ce témoin. Il raconte que^ conversant avec un ancien 
de l'Ordre, oelui-d lai demanda comment il entendait 
ces paî'oles des statuts : per nesayre dt scudelas , MA* 
liYAN LOS FJLdYJiES DE DOS MN DOS , et que luî 

témoin répondît qn^il entendait que FAUTE D^icuEL-* 

LES LES FRL:RES MANGEAIENT DEUX A DEUX DANS 

MÊME ^ à quoi l'autre répliqua : que ces mots étaient 
mie autorisation des mœurs déréglées. Et cependant 
le témoin observe que , loin quelles fussent permises, 
un Fièi e, qui avait connaissance de tei;> désordres, était 
tenu de les dénoncer aux che&. 

GÉRARD DE Bourgogne , second témoin , dé- 
clare avoir été reçu d'une mamère lidiie dans la maison 
de Turria Ma/an^\ « Le jour même de ma réoeptiony 
(( dit-il, on m'obligea de renier : je me confessai au Frère 
a Moateoard, qui me répondit que ce reniement n'était 
4C pas un péché , atumdu que les Frères de l'Ordre fai^ 

(1) Ttine in Ordine Terapli fiiit dimimini quod catnt fpâ cbntae- 
Tcnt in eomm c»ngptg»»îûnî1nii feu cafîtulis iMm «pparuit, ntc !p-. 
tam uàmrmua* Tamcn csat in antiquit statntif Oamiati» Oïdinit 
quod iUe catuf connevift appavere in ipsU Fratnun cougrcgatioiiibiia 
et capitulis , et timc per ip«os Fratres adoiari. 

(2) Fiatcr Nt a|K>li Syri.-e qui primo induierit m Olduic quod 
Fl'atrcs ipsius Ort^initt apuenmt super crucem...*.. 



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284 APPENDICE. 

« saient de même; néanmoins ce prêtre me doriTu 
« l'absolu tioa de ce péché el des autres^ sans m'im- 
% poser aucune pénitence, 

Maïs pourquoi confesser ses péchés? pourquoi don- 
ner des aLsoluiions, si les cousliLulions de TOrdre 
exigeaient qu'on reniât ? peut-on présenter des înYraî- 
aemblances et desoontradictionsplas alisnrdes ? (i ) 

Le troisième , CuA&KON de Saint - Jean de 
MoNTROND 9 reçu dans la maisoii de Bajuli^ nerenia^ 
dit-il 9 que 9 six mois après , dans une autre maison. 

Le cinquième déclara aussi n'avoir renié que long- 
temps après. 

11 parait que ces m Templiers seuls aTakiit été 
arrêtés dans la Sicile ^ les autres , qui étaient eu très- 
gçmd nombre ^ avaient fui de llle^ ou s'étaient cachés. 

§ III. 

MESSIIME. 

L'arclievèque de Messine et l'évêque de Sora, dé- 
lés^ués par le pape pour faire l'info^rmation contre les 
Templiers dans la province de Messine, furent ré- 
duits à interroger des tém(Mns cUangcis à rOrdre. 11* 
en entendirent trente-deuK mais ils n'obtinrent aucune 
chaiige contre les Templiers. 

• (i) Fmer MontUMriui cui fbit oonfenos da\l nbi qubd illml dou 
eut iwceatum , quare tic tenebant et iadebant Flaires dictî Ordinis... . 
Sed nihilommils abioirtl eum de iUo peccato et de alus. Seà tamen 
pro illo peocato non dédit sibi alîquam pcenitentiam. 

Interrogataa si F^ter Montaoarii» yvnt et obi ait , Tetpoitdit et 
dixit «e netcire. 



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CHAPITRE VIL 



CHYPRR 

MM» 

L/enquêtb faite dans File de Chypre, en mai e( 

juin i5io^ fut composée de iio témoins. 

Soixanle-quiuze étaient de TOrdre et tous mirent ^ 
il soutenir son innocence , un courage et une dignité 

qui ctaîent d'autant plus remarqu ables que riiifttulie 
atteste que, pour résister à Toppression qui les me n a gai t^ 
ils avaient été obligés de recourir aux armes, qu'ils dé<- 

pûbèreuLenîjuilepar respc cl pu n r J a 1 o i . T o us do n iiè re n t 
des détails qui s'accordaient^ non seulement avec les 
dépositions faites à Chypre , mais encore avec toutes 
celles que les Templiers fidèles avaicnt^fiiites , dans les 
diverses parties de la chrét:eiitc. 

Ils observèrent 9 comme Tavaient observé quelques 
Templiers Anglais, qu'ils n'ftvaient pas été négligeas à 
se corriger des erreurs imputées à TOidre^ puisque ces 
erreurs n'avaient jamais existé, (i) 

Les autres trente-cinq témoins étrangers à l'Ordre 
étaleut tous recommandablesparle rang qu'ils lenaient 
dans l'église ou dans l'état. Non seulement ils ne dé* 
posèrent pas contre l'Ordre , mais même la plupart 
reuducut iiaulcment justice a son innocence. 

(i) Fxatrei dîcti Ordînâfliionneglexeniiit erroret corrigert / c&m 
iHUiqiMiin ioiiniiit dicti eitOMt ia dicko OnUnenec aliis. 



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a86 APPENDICE. 



CHAPITRE VIIL 



IDOLES, 

PIGUAES BAPFOMÉTIQUES^ ADORATIOIÏ DU GHAT^ 

DOUBLES GRADES ET SECONDES EÉCEPTIOWS , 



APRÈS avoir démontré, sous tantde rapports, la fiins- 

selé des accusations, de vrais- je parler encore de Tado- 
ration des idoles ^ de celle d'un cbal) etc. 7 Ces pdnts 
plus absurdes encore que les autres, plus évîdemmeDt 
invraisemblables ^ ne soni-ils pas amplement réfutés 
par les rai&onneineiis et les preuves que l'ouvrage pré* 
sente ? PTaî-ie pas déjà dit que, presque partout, les in- 
quisiteurs n'avaient pas insiste sur ces prétendus crimes, 
et que le pape , lui-même, Faocusateur suprême de 
l'Ordre , s'en départit expressément, lorsqu'en avouant 
qu'il n'existait pas de preuves contre l'Ordre , il ne 
fonda ses motifs de ^jospicion , qui lui servirent de pré- 
texte pour Pabdition, que sur les prétendua indtees 
résuliaiil désaveux d'avoir icnié le Christ et ci aclié 
sur la croix ? 

Oui sans doute , cette diseuiaioft ne paralini pas né« 



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APPENDICE. 387 

^cessaire; mais c'est même par ce que tout lecteur a la 
certitude de la iausseté de ces accusations ^ qu'il iuv* 
porte d'examiner «njourd'hui jusque» à qnel point 
les inquisiteurs avaient réussi à s'en procurer des 
preuves y par les moyens violent et cruels qu'ils em- 
ployaient. 

Dans les instructions que l'inquisiteur Guillaume 
de Paris envoya dans les provinces , il ordonnait d'in- 
terroger les Templiers snr une ydole qui est en 

FORME d'une teste d'iIOMME A U NE GTIANT BAUBE. 

L'acte d'accusation que proclama ia cour de Rome 
portait : 

« Art. 46. Que dans toutes lus provinces, ils avaient 
ii des idoles, c'est-à-dire des têtes dont quelques-unes 
ii avaient trois &oeft et d'antres une seule, et qi^'il s'eit 
a trouvait qui avaient un crâne d'homme. 

« Art. 47 et suivans. Que dans leurs assemblées et 
« turtoutdans les grands chapitres^ila adoroient l'idole 
« comme un Dieu, comme leur sauveur, disant que 
(( cette téte pouvaitles sauver, qu'elle accordait à l'Ordre 
« tontes ses richesses et qu'elle fiûsait fleurir les arbres 
« et germer les plantes de la terre. » 

Les témoins torturés dont on exigeait des avenir 









1 



faisaient ceux d'avoir renié le Christ et craché sur la 
croix. 

Mais quoique les inquisiteurs eussent senti de bonne 
heure le ridicule extrême exiger le» aveux relatifs h 
l'adoration de Tidole et du chat^ ils ne purent dlacer 



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388 APPENDICE. 



des diverses procédures faites dans Ja chrétienté ^ les 

passflges relatifs h ces Idokb < l au chat; et d'après ces 
preuves arrachées par la violeiiQei il faudrait admettre 
quM se trouvait des idoles dans toutes les maisons de 
rOidreoù se faisaient des réceptions. Cependant , lors- 
qu^ou saisit^ l'improviste tous les TempUers^ trouva- 
t-on dans toute la France ^ ni hors la France^ aucune 
de ccb idoles? 

§1- 

InjGDinuitioit contre le» détenus du» k pdait da Temple. 

Baynier de PArchant déclare quHI a vu Tidole 

adorée par les 1 i ères ihius les Qiapitrcs généraux , et 
qu'il l'a vue douze fois dans douze Chapitres* C'était 
QUODDAM CAPUT CUH BARBA QUOD ADORANT 
VOCANT SALVATOREM 8UUM. 

On lui demande où l'on gardait celte idole : il ré- 
' pond qû^il Pignore^ mais qu'il présume qu'elle était 
gardée chez le grand-maitre de l'Ordre^ où ch^ celui 
qui tenait le Chapitre. 

Gaucher de Liancourt, précepteur de Reims, a 
vu deux fois les Templiers adorer cette tête, dans deux 
Chapitres de Paris, (i) 

GuiLLAUJdtE DE Hbrblat (a), aumôuier du roi ^ 
a vu cette tète dans deux Chapitres présidés par Hugues 
de Peraudo, visiteur de 1 rauce j il a vules Jb r ères i ado-^ 

(i) U en a padédanft la déposition devant le pape. 

(>) TçyeK ci«4ipr^ w, jmgmflbisjàn la commiinioa papsle* 



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APPENDICE. 289 

rer et lui-mèine en &îfiait le semblant , il'croît que cette 

tête était de Luis argeuLc et duré j elle avait une espèce 
dm baihe. 

Jacqubs Diîcis a tu six fois la tète en six Chapitres 
tenus par Guillaume de Beaujeu ^ alors gi aud-maitre^ 
oa par Hiigiies de Peraiido ^ et il l'a adorée. 

Jean de Tovrnon, trésbrîer du Temple de Pàrîs > 

a vu une fois dans uu Chapiue et adoré une tète peinte 
qui était lians une niche. 

Hi GUESDE Peraudo, interrogé au sujet de l'idole, 
répond qu'il la tint entre ses mains h Montpellier dans 
un Chapitre; que les Frères présens l'adorèrent) et lui-* 
même feignit de Pa dorer. 

B. Où est cette lète? 

Jï. Je la rendis au Préceptèur de la maison de 

Montpellier; je ne sais si les envoyés du roi Tout 
trouvée. 

jD. Comment était cette téte ? 

jR. Sur quatre pîeds, dont deux du côté de la face et 
deux par derrière, (i) 

Raoitl de Gtsi â vu l'idole^ sept Chapitres pré* 
aidés par Hugues de Peraudo et par d'autres. (2) 

Z). Comment l'adorai t-on? 

R. A r&nstant que la tête était montrée^ tous les 

(1) Pourquoi n ini( i rogea-t-on point Hugues de Peraudo sur les 
têtes que te» uiiuoias disent avoir adorées dans le Chapitie présid« 
par lui ? 

(a) Yoya ct-«pèf • 

*9 



2QO APPENDICE. 

Frères, étant leur capuce, s'éienclaieiit ' à terre et 

l'adornii ni. 

JD» Comment est sa iigure? 

M, Terribl». £lk me semblait celle d'ua certain 
démon qu'un appelle eu I rançais Maujje, Tuuiis les 
fols que je la \ oyais ^ j 'étais telleu^nt saisi que je ne 
la regardais qu'avec terreur et tremblement. 

/>• Pourquoi donc Fadonez-vous? 

Ji, Je pouvais Lieu adorer l'idole ^.puisque j'avais 
renié le Christ jf mais je ne l'ai jamais adorée de 
• cœur. • • 

D, Vous souvenez- vouô de quelqu'un des Frères qui 
l'adoraient? 

R. Je me souviens de Gérard de Grandvillars. 

Jean d'Anisy a vu deux fois dans un Chapitre ik 
Paris jcette tète portée pr Gérard de Grandvillars, 
maïs il n'a jamais pu discerner ce que c'était ^ parce 
qu'il était placé à im endroit é/oigné, et qu^ le Cha- 
pitre qui se tenait de nuit n'était éc:lairé que par un 
petit cierge : cependant il ne croit pas <pie cette tète 
fût quelque chose de bon. 

GjeoffkDy DKGoNËYiLjUE; déclare n'avoir jamais 
entendu parler de cette tête que par le pape au (^rand- 
maîue et à lui, à Poitiers, 

§11. 

Infomuitioii & CarcaMotme. 

Jean db Cassanhas , reçu à Toulouse, depuis dix- 




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APPENDICE. 291 

huit RDS) déclare que lechef^ qui le reçut/tîra DE Qi70- 
D^M coFiNOy d'un panier, nne idole de laiton , ayant la 
figure d'un homme ^couvette d'une espère de dalmati^- 
que, et il la plaça sur UHAiu ARCAMj en disant : «Voîd 
m un ami quïconirerseavecDieuy quand il veut. Rendez^ 
«'lui grâce de ce qu'il vous 'a conduit dans cet Ordre 
<( comme vous le désiriez. » Le témoin ajoute que tous 
les Fi-ères adorèrent l'idole , se mettant trois fois à ge-> 
HOUX devant elle et l'adorant ^ chaque fois. 
jO. Cortiinent s appelait ectie idole? 
R. Démon, à ce cpie je puis croire. 
Gauzerakd PB MoNTPÉZAT^reçu dans une grange 
de la maison de Perosiîs, nommée Lesbrésines , depuis 
sept ans , dit que le chef, qui le recevait^lui montra uue 
idole dorée ^ ayant la forme d'homme avec de la harhe; 
ce chef lui déclara quMIe était faîte IN figura M 
Haffometi 'j et lui Gauzerand renia trois fois la croix^ 
adsôrando dictam ymagînem site ydolum ter. 

B.ATMIICONB RuBEl dépose que celui qui le recevait 
lui montra un bois où était peiute FIGURA BAFFO- 
-MET! et illam asoravit obsculando sibi pedes^ dicens 
jyaUa verbumSarracenorum, 

Guillaume Bos, reçu depuis dix ans, dans la maison 
de Pemico , diocèse de Narboune ^ dit qu'on lui montra 
une figure en hois. 

J}, Qne représentait celte fi^^uie? 
JR. J'étais si troublé, que je ne pus le discerner î 
mais il me temUe que le bois était hlanc et noîr| et 
i 'adorai la lirai t. 



2^2 APPENDICE. 

AKNAOTUa SabbATISRII, rcçtt.k Mas-Deu, dans 1er 
B ( i; .sillon , dépose qu'on lui présenta un bois qui offrait' 
Timage d'un homme, et U i'aduia^Uoifii iuib, eu lui bai- 

sani les pieds. (() 

Pierre de Mossio dédare qu'on lui montra un 

bois ayant la figure d'un huaiinc j qu'on lui enjoignit 

d'adorer cette idole y et qu'il l'adora troiA fois. 

♦ 

§IIL ' 

J 

'infonnatlon àewki le» Curdinaui «t le P*pe. 

R ATIWOKB N ARBOKNB, reçu à Peyroy crs, depuis envi- 
ron vingt ans , dépose qu'on lui montra une idole indé- 
cente et noire, ayant la forme d'une tète humaine. Ou 
lui dit que c'était son sauveur et qu'il devait l'adorer. 

Etiekne Irobati, reçu V Montpellier depuis 
environ vingt ans , dit qu'on lui fit baiser l'idole , qui 
était en forme de tète , comme on baise les reliques. 

Gaucher de Liancourt, Précepteur de Reims» 
reçu à Paris, depuis envuon ireule-quatre ans, déclare 
qu'il a vu en deux Chapitres l'idole portée par im 
préu e. On fléchîssîiîi les g< f toux devant elle | mais il 
n'cTi a rien fait , il ne l'a pas a lorée, 

DÈODAT JafET, reçu à Péihnat, depuis environ 
' a. X -huit ans, dépose que celui qui le recevait lui 
montra une tête ou idole , qui lui ^ai ut avoir trois 

(i) OnftTnjnr h dépotition de» Templiers de Ma84)eu» «'il faut 
Qgfntt ^ue dan» leur nuifoin ou «dorait des idolee. 




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APPENDICE. agâ 

faces , en lui disant : Tu dois i'adorer < omme ton sau- 
veur et le sauveur de l'Ordre du Tem^ile^ et que lui , 
témoin, adora IHdole, disant : «Béni soit celui qui 

a sauvera mon ame ».. 

Raymond Stephani, reçu à Briz-Mas , diocèse de 
Béziers^ dépose que celui qui le recevait lui montra 
une tète qui lui parut Manche, avec de la barbe; mais 

il ne put juger ce que c^éiait que cette idole, et il ne 
l'adora point* 

Etienne de Troyes, reçu, depuis onze ans , par 
Hugues de Peraudo , à la Sahlonnerîe^ dans le diocèse 
de Meanx , déclare qu'il vit une tête avec une barbe à 
poils noirs et blancs» On lui enjoignit de Tadorer. Les 
autres Frères dirent : « ADons^ adorons-le| et rendons- 
(( lui hommage : c'est lui qui nou» a créés et qui nous 
« perdra ». 

lia adorèrent cette tète et lui rendirent hommage 

avec un grand respect. « 

§ IV- 

Bernard de Selgues dépose que dans un Cha- 
pitre y à Montpellier^ apparut le diable sous la âgure 
d'un chat , rôdant à l'entour d'une tète que tenait le 
président du Chapitre. Le chat pailaii aux I rères, 
leur promettait des moissons, de For, de 1 argent et 
tous ks biens temporels* On adorait h tète* Après 




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9^ APPENDICE. 

FadoraUûii^leftdémuMis apparaissaient sans k figure da 
feniinei , etc. 

La lèic répondait aux questions qu ou lai faisait. 
B]g&TAAND DS biTLVA dit auflsî avoiT va le diable^ 
dans un Chapitre^ sous la forme de ehal et soua celle 

de femme. 

Nazel Boteti, Pontius Rufi, ont vu les Frères 
adorer la tète en différens Cliapîtres, 

§ V. 

InfimniftioB à Flotcmee* 

Le premier témoin a vu une tète à Rome et une à 
Plaisance. 11 devait s'en trouver une dans tous les Cha- 
pitres , et le» Frères devaient l'y adorer : lui-même Fa 
adorée à Plaisance et notamment h Rome , où il a assis* 
té à quatre^Chapitres provinciaux. Dans Fun de ces 
Chapitres étaient trente Frères , et dans un autre y 
cinquante; et tous, ainsi que le grand Précepteur ^ 
adorèrent l'idole. Les Frères disaient à cette tète: 
DsuSj jiDJurji MB, Cette tète était placée dans la 
muraille y elle avait une Ikce semblable à la iacc d'un 
homme I blanche ^ garnie de cheveux noirs et crépus; 
elle avait quelque chose de doré qui lui couvrait le cou 
et une partie des épaules. 

Le témoin ajoute que l'adoration de l'idole est un rit 
observé dans tout POrdre. 

Le second témoin déclare avoir vu une tète offrant 
nne effigie qui n'était ni l'effigie du Christ, ni celle de 
la Vierge ^ ni celle d'aucun saint Dans un Chapitre ^ un 



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APPENDICE, 39S- 

I rt'i e dit aui^. autres : a Adorez ceue tète^ c'£&( votr« 
^ Dieu , c'est votre Mahomet. IsTUB capud rs&TSK 
« De us esTj et y es teh f. 1 1 1 um l t.)) 

Le troisicme a vu^ dans un Cliapitre^ celte tète. Les 
Frères radoraientetdisftient qu'elle pouvait tontoomme 
Dieu, Elle avait une lace s( niLlable à celle d'un hotuinc, 
les cheveux noirs et cièpus. Lu Piccepteur lui dit que 
cette téte ressemblait à celle qui était à Bologne; et nn 
autre Précepteur déclara que les Templiers adoraieut 
aussi une tète à Pise. 

Le quatrième témoin dépose avoir vu la téte dans 
un Chapitre composé de deux: cents Frères qui l'ado- 
lèrent. 

Le cinquième a aussi vu adorer la tète 9 et observe 
qu'on l'adorait communément dans tout l'Ordre. 

Le sixième a, vu adorer la tcte y elle avait iwe face 
d'homme. 

Informatioa prbe dans les vilks du patrimoine de Saint-Piem. ' 

Le premier témoin , Cettus Ragonis , reçu à 
Rome, dans une chambre du palais de Latrau , dépose 
qu'on lui dit, en lui montrant l'idole : liRecom* 

i( maode-toi à elle , et prie -la qu'elle te donae \^ 
u santé». 

Le second témoin , André Armani , déclare 

qu'on lui montra une i lole STJTURJS CUBIT.4LrSj 
ayant trois tètts. Les Frères Fadoraient ^ et lui disaicut 



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âge APPENDICE. 

qu'elle leur donnait toutes les richesses de FOrdre j 
«jumelle était le grand Uieu^ et* qu'elle pouTak les 
sauver. 

Il l'adora , parce qu'ils étaîerit armés de l'épëe nne^ 
QLADIIS ErAGINATIS CONTRA IPSUM. 

GuilXAUME DE Verdun rnppoite qu'on lui dit 
que chaque T rère devait adorer une idole ^ mais il n'en 
a jamais vu ni adoré aucune. Cependant par crainte de 
I?) mort , il avait promis d'adorer l'idole^ quand on la lui 
montrerait. 

GÉRARD OE Plaisance , quatrième témoin y dé- 
pose qu'on lui montra une idole STATURjB CUBI^ 
TAUa» Elle était de bois, à ce qu'il lui sembla. On lui 
enjoignit de l'adorer comme uo Dieu, ainsi que Pado— 
raient tous les autres Frères, et onjuî dit que cette 
idole pouvait le secourir et le rendre riche* Cédant aux 
menaces, il l'adora. 

Pierre Valentin parle dts idoles ou têtes de boîs 
qu'il adora et vit adorer une ibis à Sainte-Marie du 
duché d'Urbin, et une autre fois in Castro Araldi, dio* 
çèse de Viterbe* 

§VII. 

LklpxiiMtion dant kt rojanmef de Naplei et de Sicile. 

L'un des témoins entendus à Brindes, Jban db 
NÉRITON s'explique ainsi : 

((Dans un Chapitre composé de douze Frères ou en- 

41 viron , survint un chat d'un poil gHs pommelé. Xon^ 



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APPENDICE. 397 

K les Frères préâens, alors assia^ se levèrent sur leurs 
4C pieds, et ayant 6ié leurs lapuces, inclinèrent lenr 
<( tète (1) ; moi-même j'en fis autant. » 

§ VIIL 

InCormations eu Angleterre. 

. En Angleterre y les témoins étrangers à l'Ordre rap- 
portèrent , comme je Fai déjà observé, quelques bruits 
vagues dont on nourrissut la crédulité populaire, dans 
ces temps d^ignorance* 

lyouihdire en ouï-dire « Agnès Lovecotb raconte 
que la porte du Chapitre de Dinesiée n'ayant pas été 
bien fermée , on vit les Frères ouvrir une armoire et 
en tirer un monstre, qui avait la forme ou l'image du 
diable, et qui, aù lien ^enx , avait des pierres bril- ' 
lantes qui illiinnuaient le Chapitre. Tous les Frères 
baisaient le derrière du monstre , et, tour à tour, y 
appliquaient une croix noire, en crachant sur cette croix» 

Un Frère-Mineur dépose avoir appris d'un Templier 
anglais qui avait quitté l'Ordre, qu'il existait en An- 
gleterre quatre principales idoles ^ une dans la sacristie 

(1) In quodam Capitulo pr.Tsent ibus in illo Capîtulo duo- 

dccim i ratribus dicti Ordims vel circà vidclicet quidam catus 

pili grisi seu liaidi bupervcnit in eodem Capituio. Et tune omnes 
prsdicti Fratres qui emnt prnpscntes et ipsc idem FralPr Jolinnnes, 
tune «edenles . m ]j<:clibiis ^urrexerunl et amotis huietis suis seu ca- 
puciis , inclinaveruni caput suum. Et ipse idem Frater, cjui non por- 
tahat tune birretum ^ seu capuciiiin> quia erat jiotua Frater , iimiliter 
caput suum indiaaTit. 



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298 APPENDICE. 

du temple de Londres , une à Bristelhani , la troisième 
apud Brueriam , et la quatrième ultra Umbram, 

Un autre témoin, étranger à FOrdre, rapporte de 
pareils bruits. , 

Il y a plus. Deux témoins étrangers h l'Ordre j dépo- 
sent, d'après des oui-dire, que les Templiers anglais 
adoraient un veau. 

Jean de Vassincton, officiai d'Yorck, déclare 
qu'il a entendu parler d'une assemblée de Templiers, 
pour une fête solennelle qu'ils célébraient , et dans la- 
quelle ils adoraient un veau. (1) 

Guillaume de Jaffort rapporte que Guillaume 
de Remburre , prêtre de l'Ordre de St.-Augustin , lui 
confia avoir confessé Patrice de Rippon, Templier, et 
que ce Templier avait déclaré que, dans sa réception, 
on lui avait montré la figure d'une espèce de veau place 
sur l'autel, en lui ordonnant de baiser et vénérer ce 
veau, ce qu'il fît. (2) ^ . • 

â - 

(1) Multi Fratrcs dicti Ordiiiis Ulic ronvencrnnt pro quodani so- 
Inntii fe.ntn quud liabcbanl, in «juo TiLuluui (^ucmdam adoral>auU 
Diminutio laboris , etc. 

(2) Willelmiis de Reinbiirre, presbyter Ordinis Sancti Augustlni , 
dixit sibi qiiod audivcrat confesslonem Fratris Patricii de Rippon , 
Ordinis Tcrapli , qui Patricius inter caetera conIVssus fuit sibi qiiod 
in receptlone sua ostcnsa fuit sibi quardam imago quasi cujusdam 
\ituli supjKisita quasi cuidamaltari. Uiccbatur ei quod illani imagi- 
nem oscularetur et vcncrareturj quod et fccit. Diminutio laboris , etc. 



4 



APPENDICE. 399 

Eo^te fiûte par la Cemmifûm ptpilf cvotrrrOvdfV*' 

Les commîssaîres du pape n'imislërent *pa$ sur ce 
chef d'accusation ; et It: p<;u détails ^v^e 4ouncn| 
à ce sujet ua très* petit Bombre de jbémoins^ pour-t 
rait Êcil^ment s'appliquer à des reliques et cbà^j^ dç 
saints. Il se passa même ui\ ipu.^ <^ui expli^iji^rait cooi-* 
ment les témoins ^ torturés ou intîmidés 9 auraient 
travesti en idoles j les reliques et les châsses , dont 
Texistence et la vénérî^iioa prouvaient^ i aiiaelit^ïucnt 
des Templiers aux dogmes et aux i^g^ d^. l^ïiglû^ 
romaine. ^ 

GuxLLAUME D'AnT^EOiAV j aumoftier du roi , Pi?é-i 
capteur de Choisy , soîxaiite-^deoxtèiii^» lénoîn » dé*» 

posa avoir vu, dans le Chapitre général à Paris , une tète 
d'argent qu'adorait n i le^cheisqui tenaient leCliapitre^ 
en disant .que c'était la tèt^ de Vvmfi des ona^ tvS^n 
Vierges ; piais qu'il soupçonnait que c'était une idole , 
parce qu'il lui lîembl^ qu'elle» avait deux face^^ uuQ 
gmnde iHifbç d'«i^cii^> et fmt ff^^ ét^it d'un aspect 
terrible. 

Les comaussaires fîrcut. r^chercbercett^î tète^Ou, en 
trouva une qui renfermait des ossemens^avec cette im^ 
crîption : TÈTE Liii. Des personnes présentes la re- 
connureut pour la châsse de reliques qu elles croyaient 
être de l'iue des onze mille Vierges. 



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5oo APPENDICE. 



J^obscrve eujoore que ces détails ^ tout absurdes qu^ils 
aimt , n'étaient peui-ètr« pas mutiles pour démontrer 
toujours plus la i'iussclé et Pextravagauce des déposi- 
tions recueillies contre l'Ordre. 

On voit queee n'est qu'en France et en Italie ^ c'est- 
à-dire dans les pays où les mesures violentes de Pliilippc- 
le-Bel et de Clément V pesaient davantage sur les pros- 
crits j qu'on arracha d'eux des aveux rêlatib aux idoles ; 
etune circonstance qui n'échappera pas aux juges éclaî- 
xésy c'est que les mêmes aveux sont presque toujours 
faits ^ non par les personnes qui ont été reçues dans les 
mêmes Kenx , maïs par lès personnes qui déposent 
devant les mêmes inquisiteurs ^ quoiqu'elles aient 
été reçues en difiérys temps et en différentes mai^ 
sons de l'Ordre y de sorte que cette tète ou idole qu'on 
avait cru d'abord n'exister qu'à Paris et à Montpellier, 
et ne parailre qu'aux grands Chapitres , aurait été 
montrée h des récipiendaires dans les moindres mai^ 
sons fie rOrdre, et, je le redirai encore, sans qu'il soit 
resté la moindre trace de ces idoles j sans que les 
autres Templiers qni ont ftit des aveux aient parlé dé 
ces idoles , dont le culte aurait du être un objet fon- 
damental dans Phérésîe imputée aux Templiers , piiis* 
qu'il eût remplacé le culte Chrétien. 

Ceci me conduit à parler des figures Baffomé- 
TtQUES. 




t 



APPENDICE.. Soi 

Figure! bafibmëtûiuei. 

Parmi les nombreuses recherches qu'on a ikites de 
nos jours , pour découvrir si les Templiers avaient un 
secret et quel était ce secret , il a été présenté le sys- 
tème que les Templiers avaient des opinions Gnostico-* 
Manichéennes et Vfue l'idole qu'on les aceusait d'adorer 
éla^t une âgure Baffomëtique ^ mot difficile ou 
peut-être inipossible à expliquer. ' 

Une observation très<simple suffira pour* renverser 
ce système et léiuter réruditiou dont on a tâché de 
l'appuyer. 

, Dans la déposition des deux témoins entendus à Car^ 

cassonne , qui parlent de FiGURA Baffometi , il est 
évident que c'est par une làute d'orthographe ou de 
prononciation que ce mot est ainsi écrit y au lieu de 
jUIaJiometi y soit qu'alors dans les provinces du midi , 
on pronoDçat ainsi le nom de Mahomet ^ soit que le 
copiste ait écrit par erreur BaffbmêH y comme il a 
écrit en même temps asorare pour adorare^ et ce qui 
doit ne laisser aucun doute k cet égard , c'est que le ' 
second témoin prétend qu'on lui fit prononcer T ALLA j 
mot des SarrazinSj dit-il j*qui si^iiltic Dieu. 

£n6n, on rest€;^a convaincu que les inquisiteurs 
ont voulu faire avouer aux témoins que les Templiers 
. rendaient un culte à Mahomet , et que ce mot ne s'ap- 
plique qu'à Mahomet ^ si Ton se souvient que l'im de& 



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Soa APPENDICE. 



témoins entendus à Florence , prétend qu'en lui mon* 
trant l'idole , on lui disait : « Voici votre Dieu et votre 

«Mahomet. » ECCE i)£LS VESTER ET VESTER 

Mauumbt. 

§XI. 

Doubles réceptions. 

Parlerai -je du système des doubles léoeptions? Il 
i^'est pas phib heureusement imaginé. Sur quoi a-t-oii 
pu le fonder ? Sur une on deux dépositions isolées 
qu'a dictées la nécessité de ne pas Elire une déposition 
qyÀ aurait pu être trop facilement convaincue de faus- 
seté : des accusés embarrassés , craignant qu^on ne leur 
confrontât ks témoins de leurs réceptions , Ou gênés 
peut-être parce qu'ils avaient déjà déclaré .que leur 
réception avait été dans la forme Keho^ ont imaginé de 
dire qu'il y avait ^ pour quelques-uns, une seconde 
réception ^ mais iL sont dcaiemis pai* toutes les autres 
dépositions Ht^tim pbo fropsssss sabsban^ 
TUR; et s'il y avait eu denx réceptions , dont la se- 
conde eut initié au secret des impiétés et des désordies 
imputés à l'Ordre 9 pourquoi les aveux de ces pré*> 
tendus délits seraient-ils sortk principalement de la 
bouche des ^ervans, des 9rères qui étaient chargés 
des travaux de la campagne ou dc^ devoirs de la do- 
mesticité, qui au reste s'accordent tons à déclarer qu'ils 
ont iaii le prétendu rcniemeut dans leur première et 
noique réception'/ 



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APPENDICE. 3<)5 
; S XII. 

> Épreuves, , 

On a enfin essayé, au sujet des dclits impute^, aux 
Templiers , une explication qui est indiquée pas- 
sagèrement dans la procédure faite par la commis-* 
sion papale. 

Ce dernier système suppose qu'en recevant le nou- 
veau Chevalier^ on le soumettait à des* épreuves j et 
qu'on lui proposait de renier le Christ, pour juger b'il 
résisterait aux menaces des Musulmans ^ au cas que ^ 
tombé dans leurs mains y il fiit exposé au malheureux 
choix de renier ou de mourir» 

Entre autres témoins^ le soixante-quinzième, Jean 
j>£ BuFPAVANT, reçu en pirésence de Raynaud de 
Brîgnoles , dépose que , se refusant à renier Dieu et 
à cracher sur la croix , Raynaud lui dit en riant : 
<( NON CURES , qUIA HOC NON EST NISI QUM^ 

« DjiM, TRVTA.yt «Ne t^aflecte point, ce nVst qu'une 

u, moquerie. » 

Mais il eut été ridicule de tenter une fausse épreuve^ 
qui ne présentait aucun danger ^des initiés qui de- 
vaient avoir dan ires idées et d'autres sentîmens, quand 
^îls tomberaient au pouvoir des Musulmans: d'ailleurs , 
s'il ne s'était agi que d'une épreuve faite pour un motif 
aussi excubaLlc, Ls Chevalitiis n'auraient-ils pas i^t'né- 
ralement doimé une explication qui les eut disculpés? 
et lorsque les diverses procédures ne fournissent au- 
cune conjectiu'e fondée sur deâ détails ^xcoxistanclé^j 



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* 



5o4 APPENDICE* 

ni sur un oertaîn nombre de dépositions ^ n'ai-je pas 
droit dédire que ce système ne mérite pas une sérieuse 
discussion? 

Je ne puia mieux terminer ces observations relatives 

aux idoles , aux figures BaflPotné tiques y etc. , que par 
cette l éiiexiou judiâeuse de Bayle ^ au sujet desTem* 

plîers : « S^ils étaibnt assez iupiss four rb- 

ii NONCER A LA RELIGION CHR£tIEMNB QUI ÉTAIT 
{( CELLE D£ l^UR NAISSANCE^ COMMENT AURAI£NT- 
«ILS PU SE CONFIER A UNE IDOLE?» (l) 

(i) Batle, Nouvelles de la Rép, des Lettres , septembre i6âo. 



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INDICATION ET NOTICE 



BBS FliCSS lirÉDITES QUI SOm aXSES DAm CET 



AoKOEtiSATio pro Oïdine TempU- Tre8.d«8Gii«rt. 

riorum. 

Octobre i5o4. 

Fegesirum litteiaiuni curiae.... Do- ieatitti 
num oonilaai papas vill. 

Interrogatoire de cent trente-huit Tem- Tré«. des Chart, 

pliers prisonniers à Paris, dans lepa- ^^'^^^^^^^^ 
lais du Temple, commetiré, le 1 9 octobre ^ * ^ 

l3o7 y et fini, le 2 ± novembre suivant ^ 

par linquisitear CuilUurne de Paris et 

ses délégués. 

La déposition de plusieurs Templkrs Tr^.d«tCliaK^ 

de la baillie de ïio^e^, bous maiii de 
tabellion, 

Ista est examinatio duorum Templa* Très. desChart, 
riorum. iSo;. * cmu i^u.o^ôr 

Interrogatoire de deux Templiei^ Al- 
lemands fait par Raoul de Heruey | ia(jui> 
Dateur k Xoul| Meu et Verdun. 

20 



5o6 • APPENDICE. 

Tréi.deaClnrt« C'esC la confession qne kft Templiert 
cwt. 1 ,ii.«a5. Stiint-Eticnne de îleniieviîlo, qui sont 

en prison au Poiil-de4' Arche ^ oui iette. 

Tx^f.detCbart. Instrumenium publicum de coxiTes- 
offt. i,B.*'i7* âone Templariorum* 

28 octobre 1007. 
loiormalion faite à Gaen» 

THi.dcfChait. ExaDiioation faite le )0«r de samedi 
eut. 1 M. ^ fe^te us Sains Apostres SyiMNt et 

Jude , Tan de grâce mil ccc et sept, etc. 
la&rmatioa &ite à Caen, 

Tïé».detCban. Coufessiones quorundam Templario- 
cMTt. i , nj» i4. ^ civîtaie Carcassona d^tenlorum. 

Tradantur domiuo ic^i. 

Novembre iSoj» 

Trës.defCliart. Serenissimoprincipi donanoPhilippo, 
«art. 1 , n.* i4. ^^g^ Prmieorinn, dentnr istae oonfessioûes 

<juas feceruut Teuiplarii BigoiT». 

Décembre lioj* 

TrÀ.dcfClttrt. information faite à Cabors les a et 5 
«Mt,i,ii.*ai. janvier i5oj. 

' Très, des Chai t. Regiœ majestati significat Bertrandos 
«art. i , M." 19. ^assa, miles commissahus depuutus su- 
pet ^eKcti» TauplariAitM ezîMBtinm 
in Blgorrâ, 
Mars lioS. 




4 



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APPENDICE. 5o7 

ArtTCuli quaestîonum in ncgotio Tem- lWB.deiCliMt. 
planonua. ' 

Bulle de Clément Và Philippe-le-Bei, Tfét.distaiatc. 

U non. maii^anno pontif. IV. 

Mémoire où soni ré«olue8 diverses 
qaeslionft touchant les Templiers. 

Vers i5o8. ^ 

Autre mémoire commençant par ces Trés.dcgCharu 

eut. 1. 

mots: 

In Dei nominei amen, Christus vin-- Trës. d«sCiurt, 
cU,ChriêtU9hgnaiy^Chriêtuêw^hU. 

Ecrit sur papier , et presque indé^ 
chifirable. 

BrouiUoç de l'acte d'accusation dressé IWs.aeiChttt. 
contre les Templiers. ^• 

6m' papier. 

Responsiones coQsiliariiprovineîœNar* Ardb. da v«t. 
bonensîs super dubiis«...in £icto siagu- 3fûcf2/. 
larium persoiiaruni Tempiariorum. 

i3o9. 

Adresse par laquelle le peuj^e irakiçaia fiiU. Jm^ét. , 
demande à Philippe-le-Biel la j^nition ^ 
aes Templier.. ~B^dJL^ 

i5o8. WgW^M 



5o8 APPENDICE. 

Arch. au Vat. . Inquisilio coDtrà ïemplarios in curià 
Imtr.misM. ^^^^^ 

Deposit'ones faclaecoiam dominis Lan- 
dulpho et Petro Coiumpna. 
i3o8. 

Arch. du Vat, Inquisitio contra Templario» în curià 

Inqnîsitîo lâcta per reverendissimum' 

Berengurium ) litiili Sanctoiiim Nereiet 
Achilei y presbyteri cardioalis , couua 
Templarîos* 

29 , 3o juuii et i julii i5o8. 

Airh. au Vat, luquisitio conlrk Templarios ia cuiià 

liutn jiii^cell, ^^^^ 

Deposîtîones fecl» coram domino 
Stepbano , tituliS.CuriaciiaThermis. 
2 julii 1008. • 

Bibl. Imp^r. > Concordantîa inquestae &ctae cum ma- 
©7®» magistro Ordinîs Tcmpli , et quibus- 

dam aliis ejusdem Ordiais per iuquisito- 
rem heretîc» pfavîlatîs.... et per très 
dojniooâ cardinales dt^puiatos per domi- 
num nostram , cum codem magistro et 
quibusdam aliis fratribus de ina)orîba» 
Ordinia,et per ipsum domiuum nos- 
tram cum pittribus aliis. fratribus dicd 
Ordiais. 



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APPENDICE. 3o9 

Articuli €1 inrormalio fiicte ncp domi- ^"^f* > 

^ . MSC. de Baluie. 

imm cpiscopum Cilarauiouicusein cuiitra 

Templaiios. 
iSog. 

Processus contra Templarios in l'Van- B^l- Xmpér. , 
eià factus aono iSoo, à commissariis , Msc.duHwkj, 
deiiouiitiaiis in buUà démentis, papae, 
data X calead. juniiy pontiticatus anno iv, 
qnae habëtur in principio hujus volu-* 
minis. 

Cette procédure commencée en 1009 

par la commission papale contre rOrdre 
des Templiers, et terminée le 5 juin 
i5i 1 9 fut rédigée à double original* 

L'un fut envoyé au pape. 

L'autre fui déposé daDS le^ archives 
de l'église de Notre-Dame y avec défenses 
d'en donner communication , sans une 

permission expresse du pape (1). 

Ce manuscrit se trouvait dans la bi-» 
bliolliègue de M. le président BrissoUi 
lors de la réduction de Paris. . > 

Alors il fut tiré de cette bibliothèque 

(1) Et superabundanli cautelà dlciura proceà.sui^i priacium ex. 
dictis labellionibus lu lormam publlcam redactum, dcposuinuis ia 
thesaiirarià beat.T Mànac Parieiwis, aesquebeatitudikis vestr e lit- 



?io APPENDICE- 

et il passa dans celle de M. ServiOy «t<H 

cat*gèaéral(j). 

Il a ensuite appartenu à la famille de 
Barlay (2) y dont \ti& arm^ aoui em- 
preinteasor h oouvertiire ; îl est porté, 
dans le catalogue de IlHrky|âou$ le n 329. 

Vers le milieu du dix-hnllièaie siècle, 
M. de Harlay , conseiller d'état ^ ayant 
légué ses livres k la biUiothèqtie de Saint 
Germain des Prés (5)^ ce manuscrit fut 
eompris dans le le^» 

Eq 1793 , un incendie ay(int consumé 
une partie de cette biblîotbèque , ce ma- 
nuscrit fut traospoi té à la bibliotlièc^ue 
nationale* 

(1) Rtgiêtnt de Dmnr, toL 746, |65. 

n eittrH-TnifemliIaUe quoDnpujf mltliitpmAra^farMtiiri' 
^nal^k copie existai^ «itrc^ûpwim aca WQUfcritf diQf ^BiShlio- 
thèqiie Rojak. 

Od « cm recoiiMf tre Wcritve de Thxpaj tes qnd^iiee notée a» 
gtnales qui ee ttoimnt sur cet originaL 

■ 

(3) M. Senrniy eqneeiHer au Patlciiieat de 'Jhm,d0mm âH. dt 
Harlay , procureni^àiënl do même Parlement , toiia lea papîert de 
H. l'avocat-génâral Senrin. Ch^trvava, art. 12» • le anite deaAfiil 
main$ hiêiùriques , critiqués et UtUraine de Bainra. 

Mftcede PJSHefoûv UHénméeiaOïmgri^fim deSanO- 
. Maur, p. xî$. 



Digitizeci Uy 



1 



APPEJNDIGE. 3ii 

L'autre original qui forme au irès- 
^rand rouleau de parchemin, mau en- 
dommagé en plusieurs eadio'ts et illi- 
sible au commeucex&ent) se troUTe aux 
aichiyeB du Vaticau. 

I ragmeas d'informations faites contre ^mpér. , 

les Templiere Anglais. ♦ 

Londîni , în ecclesiis Sanctorum Al- 
phegii, Martini, Botulfî. i 

3 1 nonas , vif i idus febraarii , 

VI idus junii i5io. 

Inqnesta facta oontrà OrdmCTi Templi Arch. an Yat. 
liacdnittir mitcelL 

Hcpetitioinquisitionis in négocie Tem- Arch. duVat. 
plariorum Lincolnî». 

Deposîtiones quorumdam testium exa- 
mînatorum tam coatrà Qrdinem quam 
oontrà sîngulares peisonas OrcBnîs Tem- 
pli per dominum epîscopum Lincol- 
nensem» 

Depositiones quorundam testium exa- j^^h. du Vai. 
minatoram tam oontiÀ' Ordinem, quam Instr. misoeH, 
contrà singulares personas Templi în 
Angliâ* 

Inquesta facta Eboraci per reverendos Arch. du Yat. 
patres dominum .GniUelmum dei graiià 
Eboracensem epîscopum et D. abbatent 



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ili APP£NDIG£. 

de LaiigniacOyPatieQsiftdiocesis ac vene- 
rsbilem vimm magîstrum Sycardum de 
VauiOj sacfi palatîi audiiorem, inquîsi- 
tores in regoo Augli^oontrà Templarios^ 
•coUegis suis légitime exciuatis^ ia qoâ, 
citaiiouibus praemissîs, ad receptiouem 
testîucB seqaeDtîum estprocessum, pne- 
1I1Î5SÎ8 et recepiis ab ipsîs testibus jarai* 
mentis, de se ipsis tanquam pi incipalibus 
et de toto Ordine tanquam testibus , su- 
per artîculîs sub bullà transmissîsetalSs 
inquisitionem tangeatibus. 

Mu du Tat« Diminiitio laboris examinatimiimpro- 
cessuscontrk Or^nein TempliioAngliâ^ 
quasi per modum rubrkarum* 

B'ibi. Tmpër. RaimuDdi, episoopi Helenemis^ mqu- 
Msc.de Coibert, sitlo advewtts Templarios* 

Bibl. Imp^r. Soizante-neul pièces délachécs formant 
Msc. rie M« de chacune un quart on un huitième de 
^IJJ^'"*'*'' feuille de parchemin , relatives aux dé- 
penses de la détention des Templiers à 
Senlis et dam ses environs. 

Areh. èa Yat. Inquisitio ikcta in dvitate , dioeese et 
InsAr* mkcélh provincià Tievii eiihibus per rcvertndum 
mtrem dominum Baldtiinum y arcbiepb- 
copum Trevixensem ^ et Robertnm , 



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APPENDICE. $i3 

<lecâiiuxu ecclesiœ Saacti ServasiiTraJec- 
teoâb , contrà Ofdinn militi» Templi 
et m a gnam magUtram seu preceptorem 
Aiaxnaiiia* 

Inquiâido £acu Metînas per reverendoft Arch. du Vat, 
patfesel.domiaosdomiaQiiiRodèricam^ Iîmét. ««cei/. 
archiepiscopmn Compostellanum , do- 
minum J, Uli]Lboiien«em , etdominttin 
Geraldum , Paleniineiiflem episcopos , 
contrà ordinem militise Templi el m^- 

guum magistram sea preoeptorem {q;m 
CastcUas et L^onia. 

Rubrica super înquestà iàcia Cesenaa ^r^^^ auVat. 
proviuciae Roniaiidiol» per reverendos ^'^^^^ mUcdl 
patres dominos R. Dcî gratîà Raveuea- 
sem archiepiscopum, et Fr. Arimîneu-.. 
sexa episcopum.^, contrà Templarioa. 

■^RuUîca super inquestâ factA apud Arch duV.t. 
Fanum m Marchîâ Anchoiiitanà contrà Instr. màceli. 
singulares personasOrdioiaTemplijUcet 
ordo fuerit etlam cîtatus, per reveren- 
dum patK m domiiiutn R. miseratione 
diviuè Jbaaenaem epiacopnm. 

Ista inquesu facta fiût in Florentia, KM, Impfr. 

în eodesîà Sancti Egidii , die luiue 20 00 ^'"^^ nusoeU, 
tobris^indict. IX* 



3i4 APPENDICE. 

ifch.aa Val. Inquesta facta Cesens pro^MW Ro^ 
Itutr, mtscàlL pm^jf^la^p^r reverendos patreâ AgmioM 
R. Dn ^ifttià BAveneiBMHi aicbitpis-* 

copuin, et F. Arimmemcin epUcopum... 
oontrà Templarios. 

AxA. diiT«t« InqttMta &ott MetiM per domftios 
Ji^lr. mMotfl/. Johannem UlixLoneiiseru e t l jus collegas 
eontrà Ordinaiii et magouBi magbtram 
T^pli în Ispanià* 

Axch. du V u. Inquesta facla pcr dominumepiscopum 
Instr. miscelL Ulixtonensem et ejus coUej^ii , ia civi- 
tate Aniiensi , coatrà Ordioem , magnum 
jnagiâUum, pi cceptorem, 1 ralies etsin- 
gularas pevsonafi OrdinÎA Templi. 

C?esl IVnqtiète que M, deMurr a îndi- 
qoée sens le nom à*Aniiensi, dans sou 
ouvrage ; Christopr Gottlibb von 

MuRR , iiber den ^\ahren Ltapruug 
4er Rosenkreuzer uod d^ frejmaure- 
rordens y nebst einem aiihaii|9 zur Ges- 

cliicijLte der l enipeiberi^en. 

Mab an Heu de lire vwyà, inquesta y 
le copiste aiiruit du lire mona , parce 
qu'elle se trouve la neuvième dans l'Or- 
dre du travail des évèques de Soîssons , 
de Mende, de Léon et d'Aquilée, qui 
furent chargés de fiûre les rubriques et 




APPENDICE. 5i5 

les concordances de^phisieuri informa- 
lioiis. 

Concordandae super inquesta Auri^osi. 

Inquesta facta in villa de Metinâ del Arch. du Yat. 
campo , Salamanensisdiocesîs, perdomi- miscelU 
nos Roderîcum archiepiscopupi Compos- 
teUannm^etJ.Uliibonememepisoopam^ 
contrk Ordinem Templi , et magnum 
preceptorem dicti Ordiiiis in Ispanià 
constitutos et conirà singnlaies personas ' 
dcgcntes in regnîs Castellae et Legionîs. 

Inquesta làcta in diocesi Trevirensi Arch. du Vau 
per dominum an^iepkoopam et doori» ^n^tr, mUcell. 
rxam Robertom , deeanum eedeslœ 
Saqcti Servasii Trajectensis^ contrà Or— 
dinem militta» Templi et magniim pre- 
ceptorem regni Alamanîap» 

Inquisitio iacia Moguntîœ per domi- AtcH. du Yat. 
nos arehiepiseopnu Mogunlinam et ^ns^* miscelL 
Robértum y decannm ecdesis» Saneti 
Servasii Trajectensis^ inquisitores àsede 
apoataMcàdepiitatosi centrà Ordinem et 
inagaum magistnun seu prect^ptoreîn 
Alamaniae militiae Templi» 

. Inqnifitio £i€la Mogimtise rêve- ArdudnYat. 
rendmn Petramdominum P. archiepis- i»mo«H. 



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3i6 APPENDICE, 

copum Moguntinum et venerabiiem vî- 
rum dominum Robeitum ^ decanum 

ecclèbia: Sancti Ser\as;i Tiajeciensis ^ 
contra Ordiaem et magnum magi&trum 
seu preceptorem iUamani» militîae Tem- 
pH. 

Arcih. du Yat. lnc|uisUio facta per dominos archi- 
Instr. miscell. çpîJ^JQp^m Messamsiiacoi et episGopum 

Seranum aatorîtaie apostolicâ , contiÀ 
prcteptoi cm Templi et Ordinem in in- 
sulà Sicili». 

Aràks èa Tat. iDquûitio &cU po* doioînos Me»a« 
Inêtn mUedL nenscm archîepiscopum et episcopuiu 
Seranum oootrà «ingulares persooas Or* 
dînts mîlîdœ Templî , autoritiKte' apos-- 

tolicà civitale jVIe&sana. 

Arch. auYat. Inqui&itio seu processus anno i5io 
Cod. mcmbr. confectiia contrà TemplartoaetFratrem 
i46, pliiu35. Oddonem de Valdiie, miliiem.dicu Orr 
dinisy magnum preoeptOirepi in regno 

BîU. Impér. , Istae Sun I tubricae fiictae super inquestà 

n»» ^6. facià conirà majgistrum et Ordinem Tem- 
pli in Cypro. 

Aich. du Tat. Inquiaitto fiusta inCyprooonIrà Tem- 

plarios. 



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APPENDICE. 017 

Hegestram litteraram cptnttuininm . Arch^ iccritw 

dominl Clemenlû papœ V. 
Plusieurs Toliimes in-foL 

Regestmm litteraram caria» dommi Arch. tecrèici 

Clemeutiâ papai V. daVât» 

Lettre dç Clémeat V à Philippe le- Bibi. Impcr., 

Bel, datée de Vienne, 11 non. novem- MSC.deDupay, 
bris , pontificatûs anno VI. 

Chronique à la suite du roman de Bibi. Impér.» 

Favel. 68i3. 

Lettre du pape Jean XXII à PhOippe- Très, des Chart . 

le~Long, du 16 Kal. Juoii i5i6» n.o 37 , cart. 5. 



FIN. 



V 



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